On est toujours l'enfant de quelqu'un. - Beaumarchais

JJ tendit la main pour caresser la joue d'Henry.

Son fils. Son petit bébé. Elle n'en revenait toujours pas. Mon joli, joli trésor, si tu savais comme je t'aime fort, la comptine chantonnée par sa mère chaque soir quand elle allait au lit. La comptine qu'elle chantait maintenant à son fils le soir. Mon joli, joli trésor.

Un grincement lui fit tourner la tête. Will était appuyé contre l'encadrement de la porte, un sourire aux lèvres.

« Tu es prête ? » interrogea-t-il.

La jeune femme blonde regarda à nouveau son fils, lequel dormait paisiblement dans son berceau.

« Est-ce que je le serais jamais ? » soupira-t-elle.

Fin du congé maternité. Ça paraissait si simple de retourner au travail, de laisser Will s'occuper d'Henry. Sauf que ça ne l'était pas.

Quelle mère délaisse son bébé pour son travail, Jennifer Jareau ?

Elle poussa un nouveau soupir.

« Au moindre problème, appelle-moi, d'accord ? »

« Promis » répondit Will.


La première chose que Morgan vit chez JJ fut qu'elle était d'une nervosité inhabituelle. Mais bon, c'était probablement le retour du congé de maternité qui la mettait dans cet état.

« Alors, quelle est l'affaire ? » interrogea Rossi une fois que toute l'équipe eut pris un siège.

La blonde se mordilla la lèvre avant de se lancer.

« Tallahassee, en Floride. Cinq meurtres d'enfants à deux semaines d'intervalle chacun, tous violés et battus à mort » annonça-t-elle en faisant apparaître sur l'écran vidéo plusieurs photos de garçons plus ou moins blonds, visiblement au début de l'adolescence. « Et il semblerait qu'il y ait eu un nouvel enlèvement il y a moins de vingt-quatre heures. »

Les deux dernières photos de la série s'affichèrent en grand sur l'écran : la première représentait un garçon blond d'environ treize ans, l'air grincheux, et un garçonnet brun de trois ans tout au plus au sourire radieux. En dépit de la différence d'âge et de coloration, les deux visages se ressemblaient de manière frappante.

« Richard et James Shurley » dit JJ. « Enlevés à leur domicile en l'absence de leur père. La police de Tallahassee pense qu'il s'agit du même tueur en raison du mode opératoire et du choix du premier garçon. »

« Un jeune adolescent blond aux yeux sombres » résuma Emily.

« Au bout de combien de temps les autres victimes ont-elles été retrouvées ? » interrogea Morgan.

« …Trois jours. »

« Si le tueur s'en tient à son rituel, il nous reste moins de soixante-douze heures pour retrouver Richard Shurley en vie » calcula Reid.

« Décollage dans une heure » décréta Hotch avant de se lever.


JJ regarda brièvement l'écran où s'affichaient encore les photographies des enfants disparus avant de suivre le reste de l'équipe hors de la pièce.

« Ça ne colle pas » laissa tomber Emily, installée dans un des sièges du jet, le dossier dans les mains. « Pourquoi enlever James avec Richard ? »

« Peut-être qu'il ne voulait pas laisser un enfant de trois ans tout seul ? » hasarda Reid, sourcils plissés par la concentration.

« Ou alors, il s'en sert comme d'un moyen de pression » suggéra Morgan.

« Fais ce que je te dis, et ton petit frère n'aura rien » ajouta sombrement Rossi.

« Plus vraisemblablement la dernière option » affirma Hotch. « Dans le cas de la deuxième victime, Dimitri Simmons, la grand-mère était présente au moment de l'enlèvement et affirme que le kidnappeur l'a menacée pour que le garçon le suive. »

Rossi leva un sourcil.

« Elle a pu voir l'agresseur ? »

« Il semblerait que non, celui-ci l'a frappée par derrière. Elle s'est retrouvée à moitié inconsciente, et tout ce qu'elle a été capable de décrire, c'est la voix du tueur. Selon elle, c'était une vraie voix de fumeur. »

« La plupart des fumeurs ont les cordes vocales endommagées par le tabac, ce qui leur donne un timbre de voix très grave » débita Reid.

« Mais on n'a retrouvé aucun mégot sur la moindre scène de crime » déplora Emily.

« Espérons que la police locale aura recueilli davantage d'éléments » lâcha Hotch.

JJ s'était assise à l'écart, plongée dans ses pensées.

Elle avait déjà vu des crimes plus atroces concernant des enfants. Alors… pourquoi celui-ci la secouait-il autant ?

Les cheveux blonds. Oui, c'était ça. Les cheveux blonds des victimes.

Henry n'avait encore qu'un fin duvet sur le crâne, mais il était déjà évident qu'il allait avoir des cheveux blonds.

Elle ferma les yeux et respira profondément. Il fallait qu'elle retrouve son sang-froid.