Lorsqu'il rouvrit les yeux, il se demanda comment il avait atterrit ici alors que la dernière chose qu'il se rappelait était d'être allé aux toilettes.
Après s'être assuré qu'il ne rêvait pas et qu'il se trouvait encore une fois à l'infirmerie, il se redressa et mit ses lunettes. Il fut stupéfait de voir Malefoy et Remus endormit dans des fauteuils près de son lit, il n'eut cependant pas le temps de s'interroger plus longtemps là-dessus car l'infirmière sortit en trombe de son bureau.
- Mr Potter, enfin ! s'exclama-t-elle, ce qui réveilla Remus et Malefoy.
Les deux parurent soulagés mais Malefoy eut l'air assez gêné qu'Harry l'ait vu endormit à son chevet. Il s'excusa rapidement et sortit presque en courant de l'infirmerie.
- Je suis là depuis longtemps ? s'enquit Harry à voix basse.
- Trois jours ! répondit furieusement l'infirmière. Mr Malefoy vous a trouvé inconscient dans les toilettes après le réveillon de Noël !
- Trois jours, répéta Harry dans un murmure.
Décidément, ça devenait une habitude ces petits séjours à l'infirmerie.
- Ah, il a enfin reprit connaissance, dit Rogue qui venait d'arriver en compagnie de Dumbledore.
- Oui, à l'instant, les informa l'infirmière.
- Harry, dit Dumbledore d'une voix douce. Nous voulons bien te laisser tout le temps que tu veux pour te remettre, mais si tu continues de ne pas manger, nous allons intervenir…
Harry le fixa avec un air complètement paniqué avant de se tourner vers Remus, qui ne fit qu'hocher la tête d'un air désolé.
- Vous… Vous ne pouvez pas me forcer à faire quoi que ce soit, répliqua Harry d'une voix incertaine.
- A faire non, répondit Rogue sur un ton froid. Mais nous pouvons vous forcer à parler…
- Vous n'avez pas le droit ! explosa alors Harry en se levant brutalement. Remus, ajouta-t-il en se tournant vers lui. Tu m'as promit, et Sirius aussi, que jamais vous ne me forceriez…
- Tu es en train de te détruire Harry et ça, ni Sirius, ni moi ne pouvons te laisser faire, lui répondit-il navré.
- Je ne veux pas en parler ! hurla-t-il complètement hors de lui en reculant de plusieurs pas. Vous ne pouvez pas comprendre, laissez-moi !
- Harry, tenta Remus en avançant vers lui.
- Non ! rugit-il de nouveau en continuant de reculer.
La situation devenait assez incontrôlable. Harry était complètement à bout et cette discussion l'obligeait à se réfugier dans ses derniers retranchements. Il avait l'impression d'avoir été trahi par Remus mais aussi par Sirius, même s'il n'était pas là.
Et puis, il y avait Malefoy. Pourquoi c'était toujours lui qui le trouvait lorsqu'il était au plus mal ? D'abord la nuit, en haut de la tour d'astronomie et ensuite dans les toilettes alors qu'il venait de s'évanouir.
- Harry, calme-toi ! lui ordonna fermement Dumbledore. Nous n'allons rien faire pour l'instant, nous te mettons juste au courant de ce qui arrivera si les choses ne changent pas… Alors s'il te plait, retourne dans ton lit.
Harry se détendit légèrement et se sentit un peu honteux de s'être emporté aussi facilement. Il hocha la tête avant de se glisser de nouveau dans son lit. Rogue, Dumbledore et Remus quittèrent alors l'infirmerie sans ajouter un mot, après lui avoir lancé un dernier regard inquiet.
- Mr Potter, reprit l'infirmière. Vous avez perdu pas loin de dix kilos, alors je vous préviens tout de suite que si vous en perdez encore, je n'aurais pas d'autre choix que de vous envoyer à Sainte Mangouste. Là-bas, ils vous feront reprendre du poids de force, alors ne m'obligez pas à vous y envoyer, lui dit-elle. Vous allez rester là cette nuit et demain, vous pourrez retourner dans votre dortoir, avec l'obligation de venir me voir tous les soirs après le diner. Et je vous préviens tout de suite, si je constate que vous n'avez rien mangé de la journée, vous aurez le droit à quelques potions qui vous rempliront l'estomac, est-ce que c'est clair ?
- Oui, marmonna-t-il pas très content.
Cette nuit là, Harry fut de nouveau tiré du sommeil par un cauchemar. Heureusement pour lui, il n'avait pas réveillé l'infirmière.
N'arrivant pas à se rendormir, il s'habilla et s'emmitoufla soigneusement pour ne pas avoir froid. Il sortit silencieusement de l'infirmerie et grimpa jusqu'à la tour d'astronomie.
La conversation qu'il avait eu hier soir lui revint en mémoire et l'énerva une nouvelle fois. Ils n'avaient pas le droit de l'obliger à parler, c'était sa vie, ses souvenirs,… Des larmes de rage, de douleur, de désespoir, tout y était, se mirent à couler sur ses joues. Dans un geste complètement désespéré, son point s'abattit violemment dans un mur et le craquement, suivit presque aussitôt par une vive douleur n'arrangea en rien son état.
Alors qu'il essayait de se calmer en ignorant l'horrible douleur qui lui transperçait la main, il vit que quelqu'un l'observait.
- Depuis quand tu es là toi ? siffla-t-il dans sa direction.
- Suffisamment longtemps pour t'avoir vu frapper dans le mur, répondit-il sur un ton froid.
- Quand vas-tu arrêter de me suivre ? cracha-t-il.
- J'étais là avant toi ce soir ! Je t'ai vu arrivé ! Tu n'aurais jamais du venir jusqu'ici, tu tiens à peine sur tes jambes ! s'énerva-t-il.
Harry ne répondit rien et se contenta de le fusiller du regard. Il lui tourna ensuite le dos et observa sa main blessé. Il avait du se casser plusieurs phalanges et le dessus de sa main était en sang. L'infirmière allait lui faire une crise quand elle verrait ça.
- Ils veulent me forcer à parler ! s'écria-t-il soudain, surprenant Malefoy.
- C'est ça qui te met tant en colère ? lui demanda-t-il après s'être rapidement reprit.
- En partie, admit-il en plongeant son regard dans le sien.
Pour le coup, Malefoy était complètement perdu. Depuis quand Harry lui faisait ce genre de confession ?
- Tu te souviens de qui je suis ? s'enquit Malefoy avec prudence.
- Bien sûr ! s'exclama-t-il. Mais j'en ai assez de me battre avec tout le monde, avoua-t-il dans un murmure.
- Ils ont raison, déclara-t-il à voix basse.
- Raison de quoi ? l'interrogea sèchement Harry.
- De vouloir te faire parler, tu t'enfonces un peu plus chaque jour ! Tu n'es plus que l'ombre de toi-même, tu dois te libérer de ce qui t'empêche de vivre ! s'exclama-t-il en le toisant.
Harry le regarda avec des yeux ronds. Il rêvait ou Malefoy tentait de le convaincre d'aller se confier à quelqu'un ?
Harry se détourna brutalement et abattit ses deux mains sur le parapet. Il avait cependant oublié qu'une de ses mains étaient déjà sérieusement amochée et ce nouveau contact avec la pierre lui arracha un cri de douleur.
- Sombre crétin, siffla Malefoy en s'approchant de lui.
Il lui attrapa sa main blessée et sortie sa baguette. Harry voulut se dégager mais Malefoy raffermit sa prise. Harry n'eut donc pas d'autre choix que de se laisser faire. Malefoy nettoya d'abord le sang, ce qui laissa apparaître trois entailles. Il en referma deux mais ne put rien faire pour la troisième, qui était beaucoup plus profonde. Pour terminer, il immobilisa la main d'Harry dans une attelle et le relâcha.
- Merci, murmura Harry.
- Mrs Pomfresh va être ravi de constater que tu t'es baladé dans le château et qu'en plus tu t'es blessé, déclara-t-il sur un ton franchement ironique.
- Aucune importance, répondit-il en haussant les épaules. Je rentre, tu viens ? ajouta-t-il brusquement.
Malefoy hocha la tête. Il décida de le raccompagner jusqu'à l'infirmerie car il devait bien admettre, qu'il se demandait comment il pouvait encore tenir debout.
Alors qu'ils arrivaient au 3ème étage, ils tombèrent nez à nez avec Rogue.
- Potter et Malefoy, que faites-vous ici ? les interrogea-t-il sèchement.
- On retournait dans nos lits, répondit Harry.
- Et pourquoi n'y êtes vous pas ? Et en plus vous vous êtes battus ? s'exclama-t-il en voyant la main d'Harry.
- Non ! s'exclama Malefoy. On a juste… On a…
- J'ai frappé dans un mur et Malefoy a soigné ce qu'il a put, lâcha alors Harry conscient que Malefoy n'osait pas le dire.
- Vous avez frappé dans un mur ? répéta-t-il d'une voix à peine plus forte qu'un murmure.
Harry hocha la tête.
- Explications, exigea-t-il.
Harry serra les mâchoires, hésitant à dire la vérité. Finalement, il se jeta à l'eau :
- Ce que vous m'avez dit hier soir m'a énervé et pour me défouler, j'ai frappé dans un mur ! avoua-t-il moitié irrité, moitié honteux.
Rogue ne rajouta rien, il se contenta de le scruter attentivement tout en le raccompagnant jusqu'à l'infirmerie.
- Mrs Pomfresh vous attend Mr Potter, déclara-t-il. Mr Malefoy, je vous raccompagne jusqu'à votre salle commune.
Quand Harry poussa la porte de l'infirmerie, il tomba sur une infirmière assez en colère qu'il ait disparu en pleine nuit. Bien évidemment, sa main blessée ne passa pas inaperçue et tandis qu'elle le soignait, il dut de nouveau expliquer comment il s'était fait ça.
Elle le raccompagna ensuite jusqu'à son lit et lui donna une potion. Il regarda suspicieusement la potion mais le regard que lui lança Mrs Pomfresh le dissuada de poser des questions. Il la but donc avec beaucoup d'appréhension et une grimace de dégoût à cause du goût infecte.
En milieu de matinée, il fut réveillé par des cris provenant du bureau de l'infirmière. Il reconnut sans aucune difficulté les voix de Dumbledore, Rogue, Remus et de l'infirmière.
- …frappé dans un mur, vous vous rendez compte ? s'exclama l'infirmière.
- Et c'est Mr Malefoy qui l'a soigné, rajouta Rogue sur un ton stupéfait.
Harry en avait assez entendu et prit soin de faire du bruit lorsqu'il se leva. Le résultat souhaité fut là : le silence se fit dans le bureau.
L'infirmière débarqua quelques secondes plus tard avec son petit déjeuner posé sur un plateau. Rien que l'odeur du café lui souleva le cœur, ce que l'infirmière dut remarquer puisqu'elle posa précipitamment le plateau et vint l'examiner.
- Que se passe-t-il Mr Potter ? s'enquit-elle inquiète. Vous êtes blanc comme un linge.
- C'est l'odeur du café, ça me rend malade, murmura-t-il tout en respirant profondément par la bouche.
- Oh ! s'exclama-t-elle surprise. Que voulez-vous à la place ? Thé ? Chocolat ?
- Non merci, juste un jus de fuit suffira, marmonna-t-il.
Elle hocha la tête et alla récupérer le plateau. Elle lui apporta après avoir soigneusement retiré le café.
Harry soupira lorsqu'il se retrouva face à son plateau. Il y avait, à son goût, beaucoup trop de nourriture. Œufs, bacon, toasts,… Remus décida de venir lui tenir compagnie et il s'installa sur une chaise à côté de lui.
- Tu veux manger avec moi ? lui demanda alors Harry.
- Tu sais très bien que tu dois manger, murmura-t-il avec un froncement de sourcils.
- Je vais manger mais pas tout, tu as vu la quantité qu'elle m'a mit ? s'exclama-t-il. Même avant je ne mangeais pas tant…
- Qu'est-ce que tu ne veux pas ? s'enquit alors Remus avec un petit sourire.
- Le bacon et une partie des toasts, répondit-il. Je vais essayer de manger les œufs et… Trois toasts…
- Alors mange, sourit-il.
Harry mangea lentement et Remus lui prit ce qu'il ne voulait pas. Le repas dura en longueur mais au moins, Harry avait mangé.
Mrs Pomfresh l'autorisa ensuite à quitter l'infirmerie en lui rappelant de passer chaque soir après le diner.
- Qu'est-ce qui s'est passé cette nuit exactement ? s'enquit doucement Remus alors qu'ils se dirigeaient vers ses appartements.
- J'ai fait un cauchemar, comme d'habitude… Comme je ne réussissais pas à me rendormir, je suis sorti prendre l'air… J'ai repensé à ce que vous m'aviez dit hier soir et ça m'a énervé alors j'ai frappé dans un mur, répondit-il. Malefoy m'a vu, m'a soigné et il me raccompagnait jusqu'à l'infirmerie lorsqu'on a croisé Rogue, termina-t-il.
- Et… Tu as réfléchi à ce qu'on t'a dit hier soir justement ? demanda-t-il avec hésitation.
- Je compte manger et… Je parlerais quand je serais prêt… Sirius rentre quand de mission ? s'enquit-il pour changer de sujet.
- Pas avant lundi, répondit-il.
- Je ne pourrais même pas le voir avant la reprise des cours, ce n'est vraiment pas juste !
- Tu pourras le voir à Pré-au-Lard lors des prochaines sorties, le réconforta Remus.
Harry hocha la tête. Depuis que Voldemort était mort, il y avait une sortie à Pré-au-Lard un weekend sur deux ce qui était très agréable pour tous.
Les jours continuèrent de passer. Le Gryffondor et le Serpentard se retrouvaient toujours en haut de la tour d'astronomie au milieu de la nuit.
Les derniers jours des vacances arrivèrent, les autres élèves arriveraient le lendemain et les deux jeunes hommes profitaient une dernière fois de la tranquillité du château.
- Est-ce que tu as profité des vacances pour parler à quelqu'un ? s'enquit Malefoy brisant ainsi le silence.
- Non…
- Plus têtu que toi ce n'est pas possible ! s'exclama-t-il alors le regard dur. Severus pourrait t'aider par Merlin !
- Severus ? répéta Harry stupéfait en le scrutant attentivement.
Malefoy se mordait la lèvre, il avait royalement gaffé.
- Oui bon, c'est mon parrain, avoua-t-il brusquement.
Harry le regarda avec des yeux ronds, Rogue le parrain de Malefoy ?
- Là n'est pas le problème Harry ! tempêta-t-il.
- Et depuis quand tu m'appelles Harry ? releva-t-il de nouveau.
Mais ce n'est pas vrai, songea Malefoy, encore une gaffe !
- Ce n'est pas que ça me gêne, enchaina Harry. C'est juste que… Enfin, ça m'a surpris c'est tout… Tu peux m'appeler Harry, sourit-il.
Malefoy lui rendit son sourire et se détendit un peu.
- Et qu'est-ce que tu en sais que Rogue pourrait m'aider ? reprit Harry.
- Je… C'est chez moi que tu étais retenu prisonnier, avoua-t-il la mine déconfite. Et… Et je sais que c'est Severus qui t'as sauvé… Et d'après ce que je sais, il n'a parlé à personne de ce qui s'était passé là-bas… Tu sais, je lui ai posé des questions quand tu étais détenu et je voyais bien que ton sort l'inquiétait mais…
Il n'acheva cependant pas sa phrase, il venait de croiser le regard d'Harry et jamais il ne l'avait vu autant torturé. Il comprit que ses paroles avaient fait remonter des souvenirs douloureux chez Harry et il s'en voulait de lui en avoir parlé. Il aurait mieux fait de se taire. Il voyait maintenant les larmes envahir le regard émeraude et ne savait absolument pas quoi faire…
- Tu as raison, finit par murmurer Harry la voix tremblante.
Il se leva et sortit un parchemin de sa poche. Il l'observa soigneusement et le remit dans sa pocha après avoir murmuré "Méfait accomplit". Rogue n'était pas encore couché et c'était tout ce qu'il avait besoin de savoir.
- Viens Drago, chuchota Harry.
Drago fronça les sourcils mais n'ajouta rien. Il voyait les larmes rouler sur les joues d'Harry et encore une fois, il se demandait d'où il tirait la force de tenir encore debout.
Ils descendirent silencieusement jusqu'aux cachots et une fois à quelques pas du bureau de Rogue, Harry flancha. Si Drago n'avait pas été là, il se serait sûrement écroulé par terre. Drago passa alors un bras d'Harry autour de ses épaules et alla toquer à la porte.
Vu qu'il était près d'une heure du matin, Rogue s'attendait à voir le directeur en ouvrant sa porte. Mais voir Malefoy qui supportait Potter, non, ça il ne s'y attendait pas.
Drago retira le bras d'Harry de ses épaules et amorça un mouvement pour se retirer mais la main d'Harry agrippa son poignet.
- Reste, murmura alors Harry. Si tu veux des réponses, reste…
Drago échangea un regard avec son parrain et entra finalement à la suite d'Harry. Rogue les entraina dans ses appartements et les deux jeunes hommes s'installèrent sur le canapé tandis que Rogue s'installait dans un fauteuil face à eux. Sur la table basse qui était posé entre eux, il y posa trois tasses et une théière.
- Quel est donc l'objet de votre visite à une heure aussi tardive ? s'enquit alors Rogue.
Drago haussa les épaules et regarda Harry qui semblait s'être reprit et avait séché ses larmes.
- J'ai… J'ai besoin de parler, murmura-t-il hésitant.
Sur le visage de Rogue se dessina un fin sourire qui exprima tout son soulagement à ce qu'Harry, se décide enfin.
- Je n'ai peut-être pas ma place ici, dit Drago à voix basse.
- Tu peux rester, déclara alors Harry d'une voix assurée. Sans toi, je ne serais jamais venu ici…
Rogue n'y comprenait plus rien, il avait le souvenir d'un Potter et d'un Malefoy se cherchant des noises pour un rien et là… Là, il avait l'impression qu'ils étaient amis… Son filleul lui avait décidément caché beaucoup de choses ces derniers temps…
- Je vous écoute Potter, dit alors Rogue en plongeant son regard dans le sien.
Après quelques secondes d'hésitation, Harry se lança. Ils avaient tous raison et c'étaient les discussions avec Drago au milieu de la nuit, en haut de la tour d'astronomie qui lui avaient ouvert les yeux.
Alors il raconta tout : les humiliations que Voldemort lui avait fait subir en usant de l'Imperium, les pluies de Doloris qui l'avait fait hurler, toute la douleur qu'il avait ressentie quand ses os se cassaient à cause d'un sort ou d'un coup violent, il raconta aussi comment il avait supplié Voldemort de le tuer et que celui-ci lui avait rit au nez…
Au fur et à mesure qu'il racontait, Rogue revoyait ce qu'on l'avait obligé à observer, se rappelant lui aussi de chaque instant. Drago se souvenait juste des cris, puisque Voldemort avait fait en sorte que tout le manoir entende Harry hurler pendant qu'il le torturait. Mais il ne pouvait s'empêcher de frissonner, il comprenait maintenant pourquoi il n'avait pas voulu parler : il voyait dans son regard qu'il revivait chaque instant de souffrance.
La voix d'Harry se brisa à la fin de son récit. Il ne pleurait pas mais il devait faire des gros efforts pour essayer de contrôler ses tremblements.
Le silence s'installa et permit à Harry de se calmer, ils le voyaient inspirer et expirer calmement tout en gardant les yeux fermés.
Rogue parla ensuite, tentant de l'apaiser par la parole ce qui était loin d'être dans ses habitudes.
Finalement, Drago décida d'aller se coucher et salua Harry et son parrain d'un signe de la tête et partit.
- Vous feriez mieux d'en faire autant Potter, déclara doucement Rogue. Vous m'avez tout dit et si vous voulez, je…
- Ce n'est pas tout, le coupa alors Harry sur un ton dur.
Rogue le regarda stupéfait, il ne se souvenait pas d'avoir assisté à autre chose mais lorsqu'il croisa le regard émeraude, il comprit que la blessure était plus profonde que ce qu'il pensait.
- Vous n'étiez pas là, commença Harry les poings serrés. Il n'était que trois… Voldemort, Dolohov et Rodolphus Lestrange…
Rogue ne voyait toujours pas ce qu'il voulait lui dire mais il ne voulait surtout pas le brusquer, de peur qu'il se rétracte et ne finisse pas de se libérer. Il attendit donc patiemment qu'il reprenne son récit, ce qu'il fit après plusieurs minutes de silence d'une voix tremblante et les yeux fermés :
- Vol… Voldemort leur… Il leur a demandé de… Ils étaient… Heureux de le faire et…
Harry s'interrompit de nouveau, Rogue avait entendu les sanglots dans sa voix et ses larmes commençaient à couler malgré ses paupières clauses. Il pensait bien à quelque chose mais il priait Merlin que ce ne soit pas ça.
Harry finit par hurler ce qu'il ne pouvait plus garder pour lui et Rogue fut parcouru d'un frisson d'horreur ; ce qu'il pensait était exact et il comprenait maintenant la lente descente aux enfers d'Harry.
Car oui, Dolohov et Lestrange l'avait violé.
Rogue ne savait absolument pas quoi répondre à cela ; mais de toute façon, que pouvait-il dire de plus ?
Il vit Harry se rouler en boule dans le canapé. Bien sûr, il ne pouvait pas dire qu'il aimait Harry, les souvenirs qu'il gardait de son père et de son parrain étaient beaucoup trop présents… Mais il était touché par toute la détresse qu'il envoyait en cet instant. Il fut sorti de ses pensées par la voix d'Harry. Il ne cessait de répéter des "merci" dans une litanie sans fin.
- Ne bougez pas Potter, je reviens, déclara alors Rogue en se levant.
Il n'était même pas sûr qu'Harry l'ait entendu. Il alla chercher des potions dans sa réserve mais quand il revint, à peine cinq minutes plus tard, Harry s'était endormit.
Il hésita à le laisser ici, mais finalement, il renonça à le réveiller. Il métamorphosa le canapé en lit, lui retira ses lunettes et déposa une couverture sur lui avant d'aller dormir.
