Note de la traductrice : Ceci est une fic de Noël, alors je vais tout poster régulièrement d'ici au Nouvel An ! Bon hiver à toutes/tous !


Secouant la bouteille qu'il tenait à la main, Harry s'agenouilla sur le lit, l'esprit tout absorbé par le mystère que représentait Draco Malfoy. Les Malfoy s'étaient fait la malle vite fait bien fait dès la fin des procès d'après-guerre. On pouvait les comprendre : Lucius n'avait réussi que de justesse à ne pas terminer de purger sa peine à Azkaban, et ça avait dû vite devenir lassant de devoir nettoyer les fruits pourris et autres sorts qu'on leur jetait à la figure à chaque fois qu'ils montraient le bout du nez en public. Ils étaient partis s'exiler dans un de ces coins d'Europe de l'Est qui se terminait par « anie » ou « arie » ; Il ne se souvenait pas de l'endroit exact. Et puis, il y avait de cela environ cinq ans, Malfoy était revenu en Angleterre.

Ginny adressa un sourire un peu fade à Harry, triturant un bout de tissu élimé près de la couture de la taie d'oreiller :

« N'oublie pas qu'on doit voir Ron et Hermione vendredi, dit-elle. Et Andromeda nous laisse Teddy dimanche.

- Je n'oublierai pas, répondit Harry avant de faire couler du sirop de chocolat sur sa poitrine et son ventre nus.

- Ah ! gloussa Ginny, les joues baignant dans la lumière de fin d'après-midi. C'est froid. Et ça va être atroce à nettoyer si on en met sur les draps.

- Ta mère doit avoir un truc. Tu lui demanderas.

- Ouais, super idée. 'Maman, Harry a tartiné du chocolat liquide sur mon corps nu pour le lécher et on en a mis sur les draps. Tu aurais un truc pour l'enlever ?'

- 'Oh Ginny', répondit Harry, en imitant Molly – ce qui lui donnait une voix trop aigue et grinçante qui ressemblait plus à celle de Kreattur que celle d'un quelconque Weasley – 'Je suis outrée ! Je n'en crois pas mes oreilles. Tout le monde sait que la crème anglaise est bien plus indiquée pour les sports de chambre.'

Ginny décolla les hanches du lit, secouée d'un éclat de rire qui fit gigoter ses jolis petits seins. Harry avisa celui de gauche et pressa fermement la bouteille.

- Bon, dit-il. Maintenant ferme-la. Ron n'a pas arrêté de me dire que c'était sexy.

- Tu pourrais éviter de parler de Ron pendant qu'on fait ça ? S'il te plaît ?

- Avec du chocolat sur le corps ?

- Merlin, soupira Ginny en laissant retomber sa tête sur l'oreiller. Ecoute, je vais faire une sieste. Tu fais ce que tu veux.

Elle ferma les yeux et tourna la tête de côté, le sourire aux lèvres, révélant sa fossette.

Harry pouffa de rire et se pencha au-dessus d'elle, cherchant par où commencer. La peau pâle de Ginny, constellée de taches de rousseur, était maculée de sirop brun et brillant, ce qui, sans l'odeur forte de chocolat, aurait pu être un peu perturbant. Il jeta son dévolu sur une zone juste au-dessus de son nombril et y donna un coup de langue. Ginny gloussa, mais étouffa son rire aussitôt. Tout en déplaçant le bout de sa langue le long de son abdomen avant de virer à gauche pour faire le tour de son sein, Harry essayait de déterminer si ça l'excitait ou pas. Il était un peu dur, mais ils étaient nus dans leur lit donc ça n'avait rien d'inédit. Ginny glissa les doigts dans ses cheveux avant de les faire courir le long de sa nuque. Lorsqu'il se mit à lécher son téton, elle se tortilla en laissant échapper un soupir doux.

Faisant remonter ses paumes le long de ses cuisses, Harry enfouit son visage dans le cou de Ginny – contre sa peau douce et chaude, dans l'agréable odeur fleurie de son parfum.

Harry ne savait pas pourquoi Malfoy était revenu. La Transbulgarianie avait dû perdre de son charme à la longue. Tout ce qu'il savait, c'était que l'inimitié entre eux s'était multipliée par cinq durant son absence. Ils ne s'étaient pas croisés souvent, ces cinq dernières années, mais ç'avait été à chaque fois… mémorable.

- Harry ?

Ginny lui tapota le dos, et Harry se rendit compte qu'il avait eu l'esprit ailleurs. Il se redressa sur ses bras, la regardant, et dit :

- Alors, ça te plaît ? Quoi… Qu'est-ce qui te… ?

Elle se couvrait la bouche d'une main, les yeux grands comme des soucoupes, réprimant un fou rire.

- Merlin, ta tête.

Elle baissa les bras et se mit à rire à gorge déployée.

Bon. Alors, le chocolat, pas une bonne idée. Ginny lui fit une fellation dans la douche, ce qui était adorable de sa part, mais elle battit en retraite lorsqu'il voulut lui rendre la pareille, et cela lui flingua le moral.

- Il faut que j'y aille, dit-elle en se séchant. J'ai promis d'être à l'heure pour le dîner avec tous les profs. »

C'était l'inter-saison et les Harpies n'auraient pas besoin de Ginny pour encore plusieurs semaines ; elle faisait donc un remplacement à Poudlard pendant la convalescence d'Angelina qui avait la Dragoncelle. Harry était un peu jaloux : passer ses journées sur un balai, à jouer au Quidditch avec des enfants….

Il se shampouina la tête et le temps qu'il se rince, elle était déjà partie. Une fois habillé et prêt, il transplana au Chaudron Baveur où il devait retrouver ses amis pour leur apéro hebdomadaire.

Tirant le bord de son bonnet de laine sur son front pour mieux dissimuler ses cheveux et sa cicatrice, Harry fendit la foule du pub, tête basse, dans l'espoir d'atteindre la table où l'attendaient Ron et Neville avant qu'on le reconnaisse. Les cheveux flamboyants de Ron étaient son phare de l'autre côté de la salle, et Harry se dirigea vers lui d'un pas résolu, aspirant à un bon whiskey pur-feu et une soirée sans prise de tête, bien mérités après la journée qu'il avait passée. Dennis passait la soirée à faire son homosexuel de son côté, mais Harry ne voulait pas penser à ça, ni à quel genre de mecs s'intéressait Dennis à part Malfoy, et il ne voulait surtout pas se demander à quel genre de mecs Malfoy s'intéressait.

Pris d'un frisson, il contourna une table entourée de sorcières passablement éméchées. Malheureusement, sa manœuvre échoua : un bouillon de chuchotements s'éleva d'entre leurs têtes, Harry entendit son nom, puis une main se referma sur son poignet. Il serra les dents, puis se força à faire face à sa ravisseuse et sourire.

« Harry Potter, souffla la fille, les joues rosies par l'alcool.

- Ouais, fit Harry en regardant ses pieds. Salut.

- Viens prendre un verre avec nous !

Ça, c'était venu de l'autre bout de la table : une fille aux cheveux noirs qui avait le regard d'une prédatrice semi-hystérique.

- Je suis juste sorti pour boire un verre avec mes amis, marmonna Harry, un tic au coin du sourire.

- Vas-y !

- Rien qu'un verre.

- Allez, Harry.

- Je veux simplement passer une soirée tranquille avec mes amis comme n'importe qui, c'est tout.

Son regard se voila et il tira doucement sur la prise de la première fille.

- Tu ne le regretteras pas, promis.

Une main remonta le long de sa cuisse, parce qu'après tout, sauver le monde sorcier du règne de Voldemort faisait de lui une propriété publique, mais Harry bondit aussitôt en arrière, et la fille qui lui retenait le bras tomba de sa chaise et s'étala par terre dans un cri suraigu.

Sans l'étreinte appuyée du bras familier, jeté soudain autour de ses épaules, qui l'entraîna fermement en direction de la table isolée au fond du pub, Harry aurait pris ses jambes à son cou ; mais Ron était là avec un « Désolé les filles, pas ce soir » et un « Ça va aller, mec. On est là-bas. »

La fille qui se retrouvait au sol se jeta sur la cheville de Harry mais il parvint à lui échapper à temps.

- S-Salut, Harry.

Neville déplaça nerveusement son verre lorsque Harry se glissa sur la banquette à côté de lui. De la bière se renversa sur la main de Neville et sur la table. Il se lécha les doigts, un sourire piteux aux lèvres.

- Salut Neville.

Harry s'efforça de refouler la morosité qui s'emparait de lui et voulait le faire couler. Qu'est-ce qui justifiait de devoir se taper un exercice de relations publiques et gestion de foule à chaque fois qu'il voulait traverser un pub ?

- C'est bon, j'en ai ras la marmite. A partir de maintenant, c'est Polynectar H-24 et sept jours sur sept.

Une serveuse avait répondu à l'appel de Ron et déposait un verre de Pur-Feu frais devant Harry. Il adressa un sourire à la boisson. Elle avait l'air bienveillante.

- Où est Ginny ? Tu sais qu'elles ont tendance à te laisser tranquille quand elle est avec toi.

- Gin est allée à…

- Elle est à Poudlard, répondit Neville en couvrant la voix de Harry avant de sursauter et rougir violemment.

- Tu ne tiens vraiment pas en place ce soir, toi, dit Ron en prenant une gorgée de bière.

Lançant un rapide regard en direction de Harry, Neville haussa les épaules. Harry lui adressa un sourire. Neville avait toujours été un peu tendu. Enfin, pas récemment, ni depuis la fin de la guerre, maintenant qu'il y repensait, mais quand même. C'était Neville.

- Comment va la flore, demanda Harry.

- La flore va bien, répondit Neville. Comment va la chasse aux méchants ?

- La chasse aux méchants va super chian… tement. Vous ne croirez jamais qui j'ai dû interroger aujourd'hui.

- Lavande Brown ? demanda Ron.

- Hein ? Non. Pourquoi… Non.

- Malfoy, dit Neville.

Harry le regarda en haussant les sourcils.

- Oui, comment tu as deviné ?

- Quand tu fais cette tête, c'est qu'il y a Malfoy dans l'affaire. Toujours.

- Malfoy ! s'exclama Ron l'air réjoui. Qu'est-ce qu'il a fait ? Il est bon pour Azkaban ?

- Non. C'est lui la victime. Un de ses employés, en fait.

- Ah bon ? – Un des monstres ? Qu'est-ce qui s'est passé ?

Harry ne prit même pas la peine de reprendre Ron sur sa terminologie ; il leur résuma rapidement les détails de l'affaire.

- J'espère qu'on règlera ça rapidement. Malfoy est tellement… A chaque fois que je le vois, j'ai envie de…

Harry pressa son poing dans son autre main.

- Si tu entendais Hermione parler de lui, dit Ron. C'est comme si c'était reparti avec la SALE. Malfoy exploite la misère de malheureux, il se fait des Gallions sur leur dos. Heureusement qu'elle n'est pas venue ce soir. Ça n'en finirait plus.

- Tu m'étonnes, dit Harry en retraçant le bord de son verre à présent vide du bout du doigt. Je ne pense pas qu'il soit comme ça, cela dit. Il était plutôt contrarié de ce qui était arrivé à ce Carlo.

Ron haussa une épaule.

- C'est Malfoy.

- Ouais, répondit Harry en faisant signe à la serveuse qu'il voulait un deuxième verre. Bon, ne gâchons pas la soirée à parler de lui.

- Je plussoie, renchérit Neville.

- On est trois, dit Ron. Tiens.

Il se pencha et baissa la voix comme il le faisait toujours lorsqu'il s'apprêtait à en révéler beaucoup trop sur ce qu'il trafiquait au lit avec la meilleure amie fille de Harry, laquelle ce dernier préférait ne pas imaginer en bottes montantes et les tétons couverts de paillettes, manipulant le sex-toy de la semaine. Mais bon, inutile de chercher à interrompre Ron quand il était lancé.

- Hermione a trouvé un livre sur le bondage magique et on a déjà testé les trois premiers chapitres. Il faut que tu ess…

Il cligna des yeux, se détourna de Harry et s'adressa à Neville :

- Il faut que tu te trouves une meuf avec qui faire ça, Nev. C'est juste génial. »

Si seulement la serveuse pouvait se dépêcher d'apporter son whisky.

Ce fut tôt dans la matinée de lundi qu'ils apprirent qu'un autre employé de Malfoy s'était fait agresser. Harry poussa un grognement et se massa le visage.

« Bon, ben ça y est. On peut considérer que c'est des agressions en série. On peut parler de série à partir de deux, Harry ? C'est plutôt cool, non ? Tu trouves pas ?

Ça devrait être inscrit au règlement intérieur, se dit Harry en contemplant Dennis : pas de tirades le lundi matin. Interdit.

- C'est absolument fantastique, répondit-il. Mais ne va pas essayer de partager ta joie avec Malfoy. Ça m'étonnerait que ça le touche.

- Oh, non, bien sûr, dit Dennis en levant les yeux au ciel. Voilà que je m'emballe encore, c'est tout moi.

- A qui le dis-tu…, dit Harry. Bon, on ferait mieux d'y aller. »

Au moins, ce jour-là, il ne pleuvait pas. L'air était frais et le ciel gris, mais il étaient secs. Malfoy les retrouva au centre de la ronde de caravanes. Il se tenait très droit, le visage impassible, mais il avait les poings serrés. Harry prit son courage à deux mains et ils se saluèrent d'un signe de tête.

« C'est Sasha qu'il l'a trouvée, dit Malfoy.

- D'accord, dit Harry. Allons parler à Sasha alors.

Alors que Malfoy les conduisait à la roulotte de Sasha, quelque chose se frotta à la cheville de Harry. Il baissa les yeux pour voir Borislav à ses pieds – sous sa forme de chat – avec Isabella à califourchon sur son dos, une poignée de poils gris dans chacune de ses mains minuscules.

- C'est Nancy qui s'est faite agresser cette fois, dit-elle sur un ton solennel.

Harry s'arrêta et s'agenouilla pour mieux l'entendre.

- Nancy ?

Isabella hocha la tête, le visage gonflé et les yeux rougis.

- Vous allez trouver le coupable, n'est-ce pas, Auror Potter ?

Une fois de plus, Harry se sentit rougir de honte à l'idée qu'il puisse laisser ses sentiments pour Malfoy prendre le pas sur son professionnalisme.

- Je le trouverai, dit-il. C'est promis.

Elle lui adressa un faible sourire, puis tapota l'épaule de Borislav. Il décampa, faisant rebondir Isabella sur son dos.

- Elle est tellement choupie, dit Dennis, d'une voix pas suffisamment basse pour éviter que l'intéressée se retourne et l'assassine du regard.

- Attention, prévint Malfoy. Elle a beau être petite, elle a tout autant de pouvoirs qu'une sorcière de taille normale. Et elle n'aime pas qu'on la traite avec condescendance.

Dennis fit une bouille, puis il continua :

- Qu'est-ce qu'il y a de condescendant à dire qu'elle est mignonne ? Moi, j'aime bien qu'on me dise que je suis mignon.

- C'est vrai ? dit Malfoy en adressant un rictus à Dennis.

Ce dernier écarquilla les yeux, rosit et renvoya un sourire radieux à Malfoy. Harry sentit ses tripes se transformer en glace. Il tenta de se racler la gorge mais cela prit la forme d'un « huhum » très clairement délibéré.

- On est en mission, Auror Crivey.

- Rabat-joie, dit Malfoy, et Harry ne comprit pas pourquoi l'expression du blond lui remontait le long de l'échine comme une couleuvre.

- Fais chier », se marmonna-t-il sans prêter attention à la moue indignée de Dennis.

Apparemment Sasha n'était pas encore rentré chez lui, ou rentrée chez elle ? Ils s'installèrent dans ses quartiers sur du mobilier qui consistait en un certain nombre de tabourets larges et spongieux, comme des sortes de poufs. Il régnait dans l'air de cette roulotte une étrange impression d'humidité, et une drôle d'odeur – une odeur d'embruns ?

Il fronça les sourcils mais s'efforça de garder les idées claires et prit la parole :

- Tu peux nous briefer, Malfoy ? La victime s'appelle « Nancy », c'est bien ça ?

- Oui, répondit Malfoy.

Avec ses longues jambes, c'était visiblement difficile pour lui de s'asseoir correctement sur les poufs : ses genoux remontaient trop haut et ses coudes ressortaient sur les côtés. Harry se demanda s'il avait lui aussi l'air ridicule.

- Nancy Draper. C'est une de nos aides de coulisses. Elle gère les rideaux et les accessoires. Une fille adorable.

Une ombre lui passa sur le visage et il détourna le regard. Harry rajusta son arrière-train sur le pouf et soupira. Dennis avait l'air d'un gros hibou sur son siège.

- Ecoutez, je vais nous métamorphoser ça en chaises et…

- Ne touche pas aux meubles de Sasha, claqua Malfoy.

- D'accord ! D'accord ! Je me disais juste qu'on serait plus à l'aise si…

- On est chez Sasha ici. Ça va pas te tuer de garder ton cul sur un coussin pendant quinze minutes, si ?

Harry sentit la moutarde lui monter au nez. Il jeta à Malfoy un regard noir. Celui-ci lui renvoya un regard tout aussi noir. Puis la porte s'ouvrit et Sasha fit son entrée.

Harry ravala un cri de surprise et se prépara à ce que Dennis pète un câble et les fasse tous empoisser ou étrangler ou quoi que ce soit que cette personne avec – pour l'amour de Merlin – des tentacules à la place des bras et des jambes puisse leur faire s'il blessait sa fierté de céphalopode. Harry planta les ongles dans la housse de son pouf, mais Dennis demeura étrangement silencieux et ne pipa mot durant tout l'entretien.

Rampant gracieusement jusqu'au dernier siège restant, Sasha leur sourit.

Le spectacle était affreux, affreux.

Comme Dennis semblait avoir été pétrifié sur place et restait la bouche entrouverte, les yeux rivés sur l'espèce de calamar, Harry lui prit le parchemin et la plume des mains.

- Alors, Sasha. Dites-nous ce que vous avez vu.

Il conserva une expression neutre. Il regarda Sasha dans les yeux. Il n'eut pas un frisson, pas un mouvement de recul, et ne se rua pas sur la porte pour s'enfuir en poussant des cris d'horreur. En dépit de tout cela, il entendit Malfoy ricaner à ses dépends. L'enfoiré.

Sasha avait une voix basse et rauque que Harry trouva étrangement séduisante – ce qui était très, très perturbant.

- Eh bien, ronronna Sasha, c'était tard. J'étais allé boire un coup avec Abe et Kitty, mais ils sont partis se coucher alors je suis rentré aussi. J'ai failli trébucher sur cette pauvre Nancy.

- Où l'avez-vous trouvée ?

- Par terre. Etalée par terre comme si elle était morte. Elle était vraiment jolie, j'ai mis un moment avant de le reconnaître. Son… Elle était…

Sasha laissa échapper un soupir, ce qui propagea une sorte de frisson le long de sa peau et fit onduler ses tentacules, obligeant Harry à contracter tous ses muscles pour ne pas frémir.

- Elle avait le corps tout entier recouvert de poils.

La main de Harry s'immobilisa au-dessus du parchemin. Une nouvelle agression, et encore une transformation. Il détourna les yeux de Sasha et chercha ceux de Malfoy. Celui-ci observait Harry, les mains jointes, le menton reposant au bout de ses doigts. Harry haussa un sourcil interrogateur.

- Il y a quelqu'un, dit Malfoy, qui est en train de transformer mes travailleurs Insipides en… artistes.

- Tu crois que c'est ça qui est en train de se passer ?

- Oui. »

Harry hocha la tête. C'est ce qu'il pensait aussi.

Lorsqu'ils interrogèrent Nancy, quelques minutes plus tard (celle-ci était encore sous le choc, mais assez remise pour leur raconter qu'elle s'était faite stupéfixer par un agresseur invisible et s'était réveillée dans cet état), Dennis sembla retrouver l'usage de la parole. Harry ne savait pas trop si c'était une bonne ou une mauvaise chose. Nancy n'eut pas l'air démolie par les compliments qu'il lui faisait sur la qualité soyeuse des poils châtains et ondulés qui recouvraient chaque centimètre carré de sa peau, mais cela ne sembla pas non plus lui remonter le moral.

« C'est bizarre, dit Harry lorsque Dennis et lui retournèrent dans le champ pour transplaner au Ministère et rédiger leur rapport. Pourquoi transformer des gens normaux en… euh, gens moins normaux ? Par vengeance ? Haine ? Peur ? Qu'est-ce qu'ils ont à y gagner ?

Il lui fallut une minute pour se rendre compte que Dennis ne faisait de nouveau plus un bruit.

- Ça va, Dennis ?

- Hmm ?

Dennis tourna la tête vers Harry mais son expression indiquait qu'il était toujours ailleurs. Son regard avait l'air songeur et ses lèvres étaient tordues en une moue curieuse. Sans trop réfléchir, Harry sortit sa baguette. « Finite ! »

- Hein ? cilla Dennis. Pourquoi tu as fait ça, Harry ?

- Tu étais ensorcelé. Non ?

- Pourquoi est-ce que je serais ensorcelé ? Sauf que… je l'étais. Comment ne pas l'être ? Tu as vu ce mec ?

- Mec ?

Il n'allait pas recommencer avec Malfoy, si ?

- Sasha, dit Dennis comme s'il récitait une prière. Il est tellement beau.

Harry cligna des yeux.

- Hein ?

Il cligna de nouveau des yeux.

- Qu'est-ce que tu as dit ?

- Oh, Harry. Comment se passe la vie dans ton petit monde étriqué ?

- Je te demande pardon ?

- Laisse tomber, dit Dennis avec un sourire si condescendant que ça le mit hors de lui.

- Il a des tentacules ! dit Harry. Je ne savais même pas que c'était un homme. Comment tu as pu le savoir ?

- Evidemment que c'est un homme, répondit Dennis, perdant son sourire et fronçant les sourcils. C'est forcément un homme.

- Je n'en suis pas si sûr.

Croisant les bras, Dennis répliqua :

- C'est un homme. J'en suis certain.

- D'accord. Vas-y. Vous aurez de très beaux enfants ensemble.

- Non. Non, on n'aura pas d'enfants. Parce que c'est un homme.

- Un homme qui fait partie d'une enquête en cours et donc c'est hors de question. Pareil pour Malfoy.

Le visage de Dennis se défit un instant seulement avant de s'éclairer de nouveau :

- Malfoy m'a dragué.

- Dennis, c'est pas une agence matrimoniale ici !

- Harry ?! s'exclama une voix féminine.

Harry fit volte-face et s'efforça aussitôt de conserver une expression neutre.

- Harriiiiii ! C'est bien toi, poursuivit la fille qui se précipita vers lui avec un sourire rayonnant.

Bien qu'elle eût l'air familier, Harry ne la reconnut pas. Il n'aurait jamais pu oublier avoir rencontrer une femme avec de telles marques de lacérations, des cicatrices épaisses et noueuses, qui partaient de ses cheveux et lui couvraient le visage et le cou avant de disparaître sous le col de sa robe de sorcière. Une tunique violette et volumineuse faite d'une matière épaisse brodée d'or. Elle portait également des dizaines de bijoux dorés : des colliers, des bracelets et des boucles d'oreille. Ses cheveux d'un blond foncé tombaient en une longue tresse le long de son dos.

C'est alors qu'il la remit :

- Lavande Brown.

Harry déglutit, parcouru d'un frisson. Il savait que Fenrir l'avait attaquée lors de la Bataille de Poudlard ; cela s'était produit sous ses yeux. Cela faisait tout de même un choc d'en voir les conséquences sur le long terme. Elle était si jolie avant. Il ne s'était même pas demandé ce qu'elle avait pu devenir après la guerre.

- Oui, c'est moi, dit-elle en lui sautant dessus pour l'étreindre. Oh, je suis si contente de te revoir.

Stupéfait, Harry resta parfaitement immobile jusqu'à ce qu'elle ait fini. Une fois qu'elle l'eût relâché, il recula d'un pas et croisa les bras.

- Co… Comment vas-tu ?

- Ça va vraiment bien, maintenant, répondit-elle en hochant la tête. Je suis la diseuse de bonne aventure du théâtre.

- Je me souviens de toi, dit Dennis. Tu sortais avec Ron Weasley à l'école. Vous passiez des heures à vous rouler des pelles dans la Salle Commune. On faisait des paris sur le temps que vous tiendriez avant de reprendre votre souffle.

Un air songeur se peignit sur le visage de Lavande :

- Ah, Ron. Notre passion se consuma comme un feu de paille, éclatant mais éphémère. C'était un amour véritable, quoique malheureusement nous n'étions pas destinés l'un à l'autre.

- Tu veux dire parce qu'il s'est barré avec Hermione Granger ?

Elle montra les crocs.

- Bien, bien, bien, intervint Harry en attrapant Dennis par le coude. Il faut vraiment qu'on…

- Tu lis vraiment l'avenir ? Tu peux me dire si tu vois un grand ténébreux à tentacules dans mon futur proche ?

- C'était chouette de t'avoir revue, Lavande, dit Harry en entraînant brutalement Dennis dans le champ. Il faudra qu'on se voie un de ces quatre. L'Auror Crivey et moi devons retourner au Ministère.

- Avec plaisir, Harry, dit Lavande. Tu vois encore Ron ? Salue-le bien de ma part.

- Ouaip, dit Harry avant de se retourner vers le champ. »

Une fastidieuse après-midi de paperasse l'attendait et ils n'avaient encore aucune piste pour l'instant, pourtant il avait sincèrement hâte de retourner au bureau, que ça mette un peu de large entre lui et Draco Malfoy.