Bonjour !

merci pour toutes vos reviews ! ça m'a fait plaisir de vous retrouver ! le résumé vous a perturbés apparemment, mais vous inquiétez pas, vous saurez tout dans quelques chapitres ! Faudra juste un peu de patience, Chris n'arrive pas tout de suite.

Ce qui arrive tout de suite, par contre, c'est le chapitre deux (admirez la transition) ! Je vous préviens, il se passe pas grand chose dedans, c'est plutôt explicatif... il faut bien passer par là...

Ah, et au fait, je sais pas si vous avez remarqué mais pour différentes raisons j'ai changé le titre, désolée. (je savais bien que j'avais posté trop tôt la première fois!)

Bonne lecture !


Jour 1 (suite) :

Si j'étais un mec bien, je serais allé aider Nivans à se relever et je l'aurais porté jusqu'à son lit, plutôt que de le laisser par terre dans l'entrée comme un chien galeux. Mais étant la personne que je suis, je me suis contenté de monter le son de la télé.

Je ne pouvais pourtant pas m'empêcher de le surveiller du coin de l'oeil. Il s'était allongé sur le dos, tenant son épaule, il fixait le plafond et respirait comme si on venait de le tirer de la noyade. A la télé, il passait une sitcom débile, j'ai mis le son encore plus fort. Quelle vie de merde on se paye, quand même.

Au bout d'environ dix minutes, il s'est tourné péniblement sur le coté et a essayé de se relever. Il s'est ensuite traîné jusqu'à sa chambre sans un regard. Quand il a fermé la porte derrière lui, je me suis senti un peu mieux. J'étais soulagé de plus l'avoir devant les yeux. J'ai eu le temps de savourer la sensation parce qu'il y est resté enfermé tout l'après-midi. Je me suis un peu emmerdé, du coup. J'aurais pu aller faire un tour mais il faisait moche. Le Minnesota, quel Etat pourri. Il fait gris tout le temps, il pleut et il y a du verglas. Quelle idée de vivre ici.

Quand Nivans a repointé son nez, il faisait nuit et j'étais toujours avachi devant la télé (en voilà une journée bien remplie). Il s'est d'abord dirigé vers la cuisine pour attraper une bouteille d'eau et des médocs, puis il est revenu dans le salon. Je me suis pas fatigué à chercher mon flingue cette fois, je l'ai ignoré. Son œil non muté était tout rouge et boursouflé, et l'autre j'en parle même pas. Il a viré du canapé les quelques fringues qui n'étaient pas déjà par terre et il s'est assis. Il s'était mis tout au bord, mais je me suis quand même décalé un peu. J'avais pas envie de choper la gale de l'enfer, même si par définition, je suis immunisé.

J'ai continué à l'ignorer, tout en sachant bien qu'il allait exiger des explications. La question qu'il m'a alors posé n'était pas celle à laquelle je m'attendais :

- T'as réparé la télé ?

Sa voix était toute enrouée d'avoir toussé. J'ai grogné un « ouais », je faisais de mon mieux pour le snober. Il m'a lâché après un moment de silence :

- merci.

L'ignorer, l'ignorer... franchement, je sais pas comment il arrive à s'en sortir tout seul au quotidien, avec un bras amputé jusqu'au cou.

- Tu vas pas me tuer, alors ? M'a-t-il demandé de sa voix cassée et indifférente.

- Si.

- Quand ?

- Quand je voudrai.

Il a appuyé son profil dégueulasse dans le dossier du canapé et il a fermé les yeux. J'ai cru qu'il allait se rendormir. Je suis allé jeter un coup d'œil dans la cuisine. L'évier était plein de vaisselle à ras-bord, dont pas mal était déjà cassée. J'ai ouvert tous les placards. Y avait rien à béqueter dans cette baraque.

- J'ai la dalle.

Nivans, qui avait profité que je me sois levé pour s'allonger, m'a dit :

- il y a de la pizza dans le frigo.

- Je l'ai finie la nuit dernière.

Il a ouvert les yeux pour me jeter un regard mauvais mais n'a rien dit. Et moi non plus, parce que c'est à ce moment là que j'ai pris conscience qu'à moins que Nivans ait mangé à l'hôpital, qu'il ait pris un sandwich sur le chemin ou qu'il planque des gâteaux dans sa chambre, il n'avait rien avalé de la journée. Et avec tout ce que je l'avais vu vomir, le rendement était carrément négatif.

C'est pas mon problème, ça. Moi, j'ai besoin de manger, je suis en pleine croissance. J'ai continué a fouiller partout jusqu'à ce que Nivans daigne se rappeler que j'étais là :

- Commandes-en une alors. Le numéro est sur le frigo. Ya de l'argent dans le tiroir de l'entrée.

- Tu m'as pris pour ton secrétaire privé ou quoi ?

Il a grogné un espèce de « comme du veux » et il s'est tourné de l'autre coté, l'air de royalement s'en foutre. J'en ai déduit qu'il avait pas faim, et c'était mieux comme ça. Je pouvais commander ma pizza sans avoir l'impression de faire ça pour lui.

J'ai tourné en rond en attendant que le livreur arrive. J'étais un peu énervé que Nivans m'ait piqué la place sur le canapé. Il avait zappé sur un reportage montrant les usines géantes de soda qui pompent toute l'eau potable des villages en Inde, un truc bien plombant. Nivans arrêtait pas de tousser, et il crachait du sang et des glaires de J'avos. Moi je dors pas sur ce canapé ce soir.

Je me suis approché :

- Hé, Nivans... ton fric dans le tiroir de l'entrée, ça va pas le faire, pour la pizza. Je m'en suis servi pour m'acheter un kebab à midi.

Il m'a jeté le même regard mauvais que tout à l'heure, quand je lui avais annoncé que j'avais fini la pizza. Il s'est assis pour boire un peu d'eau et il m'a demandé:

- Dis-moi, je voudrais pas te vexer mais quand est-ce que tu rentres chez toi ?

Chez moi, chez moi... c'était une notion complexe.

- Quand je t'aurai buté.

- C'est à dire « quand tu voudras » ?

- T'as tout compris.

Il a eu l'air agacé, et aussi un peu perplexe. On a alors entendu sonner. Les pizzas.

Le livreur devait avoir mon âge, mais il paraissait beaucoup plus con, je dis ça en toute objectivité. Il a été surpris quand il m'a vu, et il m'a demandé si Piers était là. Comme de toute façon je n'avais rien pour payer les pizzas, je l'ai appelé.

Nivans s'est pointé. Il avait toujours du mal à marcher droit, il s'appuyait au mur quant il pouvait. Quand il nous a rejoint, il a eu un genre de vertige et il s'est appuyé contre moi. J'ai failli le mettre par terre en lui gueulant : « Oh ! Et maintenant tu me prend pour ta béquille ? » mais j'ai pas eu le temps parce qu'il m'a lui-même repoussé très vite. Il a fourré un porte-monnaie dans les mains du livreur qui a prélevé ce qu'on lui devait. Puis comme lNivans s'appuyait au mur avec sa main, c'est à moi que le livreur a rendu le porte-monnaie en me remerciant. Puis il a sorti a Nivans :

- C'est bien que t'aies quelqu'un pour t'aider.

Nivans a ricanné.

Sitôt la porte fermée, il est retourné s'enfermer dans sa chambre sans dire un mot. Je me suis réinstallé avec ma pizza devant la télé ou il passait toujours ce reportage horrible. Le ricanement froid de Nivans m'était resté dans la tête. Je me sentais inexplicablement seul.


Jour 2 :

Le lendemain, Nivans est descendu acheter des céréales et une bouteille de lait pendant que je flemmardais sur le canapé.

Quand il est revenu dans la cuisine il a fait plein de bruit, et comme ce n'était pas une pièce séparée je ne pouvais plus faire semblant de dormir. L'odeur du café m'attirait vachement, aussi, alors je suis allé le rejoindre. A ma surprise, il m'a dit bonjour.

- T'as l'air d'aller mieux, ai-je marmonné.

Son œil était cerné, sa peau blême et il toussait toujours, mais comparé à hier c'était rien du tout. Au moins il ne se traînait pas par terre et il ne crachait plus des morceau de chair de mutante par la bouche. Bêtement, je me suis aussi senti mieux en le voyant manger.

Il a haussé les épaules :

- T'es mal tombé. Le jour du traitement c'est toujours le pire.

Je me suis assis et je me suis servi des céréales. Bizarre cette histoire. De ce que j'avais lu sur google actualités, l'antidote faite avec mes anticorps marchait pas si mal. Il y avait eu des gens sauvés et tout. Il y avait même eu un vaccin de créé, qui s'est commercialisé l'hiver dernier. Même que les médias nous ont matraqué le cerveau a grand coup de pub pour inciter les gens à se faire vacciner, ça a déclenché l'hystérie dans tout le pays, relayée par les campagnes de prévention qui se frottaient les mains. Résultat, à part quelques vieux hippies sous LSD, tout le monde s'est fait vacciner bien que ça coûte la peau du cul. Les mecs du marketing, les commerciaux, les médecins, les pharmaciens, les chercheurs, les ministres du gouvernement, ils se sont tous fait des couilles en or avec mes anticorps. Tous sauf moi, pigeon que je suis.

Enfin, tout ça pour dire que c'était bizarre que mon antidote marche pas sur Nivans. Peut-être qu'on lui avait administré trop tard. Entre le moment ou j'ai fait la prise de sang et la validation de l'antidote, il s'est passé un mois et demi alors...

- Y a un truc que je comprend pas, m'a soudain interrompu Nivans.

Il a attendu que je le regarde pour continuer :

- Toi et moi, on se déteste. Dès l'instant où on s'est vu on a su qu'on se supporterait pas. J'ai raison ?

Je crois que je vois ou il veut en venir. J'ai grogné un « ouais » pas intéressé.

- Et maintenant, tu viens ici pour me tuer, donc j'imagine que tu me déteste encore plus qu'avant, même si je sais pas pourquoi. Et pourtant on est là, à prendre le petit déjeuner ensemble comme une famille. Je te suis pas, Muller. Je comprend pas ta logique.

Le choix du mot « famille » m'a fait sourire. C'est sur que Nivans et moi, on ferait mauvais genre dans la pub de l'ami Ricoré. Le Nivans de maintenant en tout cas, l'autre aurait été parfait.

Puisque je n'avais pas l'intention de le tuer pour le moment, autant le rassurer un peu :

- T'inquiète pas, Nivans, si je te tue c'est rien de personnel. On m'a embauché pour le faire.

Lui qui jouait les blasés depuis hier, cette fois il a été vraiment surpris.

- Ta famille, ai-je précisé sournoisement.

Il refusait de me croire alors je lui ai dit le peu que je savais sur le papy psycopathe, la mémé folle, l'héritage qui a dérapé et tout le folklore. Je ne sais pas vraiment à quoi je m'attendais mais pas à ça : Nivans avait rien vu venir. Il a eu l'air hyper triste. Comme un gosse qui va pleurer. Ça m'a presque fait un peu de peine pour lui. Vu la grande gueule qu'il avait, et vu qu'ils avaient coupé les ponts depuis des années, j'imaginais qu'il aurait pris ça plus agressivement.

- Combien ils te payent pour ça ?

- Quinze mille.

Il a forcé un sourire qui m'a rassuré :

- T'aurais pu demander plus. Ils sont pleins au as. Tu t'es fait avoir.

- Je renégocierai quand ils me relanceront. Et maintenant à mon tour de poser les questions : qu'est-ce qui s'est passé après qu'on se soit séparés dans la base sous-marine ? Et pourquoi mon antidote marche pas sur toi ?

Il m'a raconté sa sombre histoire de bras arraché et de virus injecté sans réfléchir. Au début j'ai trouvé ça dégueu et super con, mais après je me suis rappelé que j'avais vu plein de gens se l'injecter volontairement, ce foutu virus C, pour du fric. Moi-même, je l'avais fait. Alors je me suis abstenu de juger.

Enfin, je l'ai quand même traité de con, pour la forme.

- Grâce à ça j'ai pu sauver Chris, m'a-t-il répliqué comme si la peau de ce gros lard tueur de père était ce qui avait le plus de valeur au monde.

- Quand je suis revenu à la surface on m'a mis en quarantaine et on m'a appliqué ton antidote dès que ça a été possible. Mais ça ne marchait pas bien. Ils m'ont fait des tests et c'est là qu'on a découvert que le virus que je me suis injecté n'étais pas le virus C habituel mais une version améliorée, qui avait déjà assimilé tes anticorps.

Évidemment. Cet abruti s'était injecté le virus renforcé que Neo-Umbrella avait mis au point quand ils me séquestraient en Chine. Vraiment pas de chance.

Malgré tout, le virus renforcé n'était pas 100% au point lui non plus, étant donné que je m'étais enfui, et mes anticorps avaient toujours un certain effet dessus. Le traitement de l'hôpital fonctionnait relativement sur Nivans. Ils parvenaient à endiguer le virus, à empêcher Piers de muter complètement en le gavant de médocs et en faisant ce qu'ils avaient fait hier : un traitement par aphérèse qui remplaçait ses leucocytes par une synthétisation des miennes. Nivans redevenait un peu plus humain pendant un certain temps, puis le virus reprenait le dessus et il fallait refaire le transfert.

Ça faisait six mois que Nivans était rentré chez lui, huit depuis sa sortie de quarantaine, et il devait se taper son aphérèse-machin-truc toutes les semaines. 80% de la pension que lui versait l'armée partait là-dedans. Nivans m'a dit tout ça sans avoir l'air de s'inquiéter. Et s'il toussait comme le Vésuve ça n'avait rien à voir avec sa mutation, il s'était tout bêtement enrhumé. Soi-disant qu'avec tous les médocs son système immunitaire était un peu niqué.

J'avais envie de lui répondre : Sans dec. Le mec se rendait pas compte qu'il avait chopé la tuberculo-pneumonie.

- Et t'es tous seul ? Ai-je demandé en regardant le bordel qui régnait partout. T'as pas des gens qui t'aident ?

Si j'ai posé cette question, c'est pas tant par compassion que parce que je voulais savoir s'il existait des gens plus seuls que moi sur cette terre.

- le livreur de pizzas que t'as vu hier me file un coup de main de temps en temps, m'a-t-il répondu innocemment.

- Et Redfield il est où ?

Jusqu'ici Nivans était calme et ne rechignait pas à répondre a mes questions. Mais à l'instant ou j'ai prononcé le nom de son capitaine chéri, il s'est subitement braqué :

- Toujours dans le BSAA, j'imagine. Pourquoi ?

- Ben je sais pas, il vient pas te voir des fois ?

- Pourquoi tu veux qu'il vienne me voir ? On n'est pas mariés que je sache.

Oulà ! Le prend pas comme ça, j'y suis pour rien si vous êtes pas mariés mon pote.

- Tu lui as sauvé la vie...

- C'était mon boulot.

- Oui mais si tu te retrouve dans cet état c'est pour...

- Arrête, Jake.

J'ai senti que j'avais mis le doigt sur quelque chose de gros comme une maison. Piers a repris plus doucement :

- Chris n'est pas responsable des choix que j'ai fait. Il a sa vie, j'ai la mienne. On est plus en contact, c'est des choses qui arrivent quand on est adulte, tu comprendra quand t'auras un vrai travail.

J'ai ignoré sa provoc et j'ai insisté, parce que franchement je comprenais pas. Il s'était arraché le bras et injecté le virus pour sauver Redfield et le mec l'avait laissé en plan ? mais C'EST UN GROS BATARD ! Moi à sa place j'aurais sûrement fait pareil parce que c'est bien trop creepy, mais Chris Redfield est censé être la lumière de l'humanité alors comment il a pu ? Une preuve de plus que le monde part en couilles.

- T'étais dingue de lui pourtant !

Je m'attendais à ce que Piers nie et qu'il s'énerve, et au début il a pris son élan pour le faire, mais il s'est contenté de passer une main fatiguée sur la partie saine de son visage :

- On s'est vus quoi, deux fois ? Trois ? Dix minutes à chaque fois ? Et ça t'as suffi pour en déduire ça ?

- Ça se voyait tellement, Nivans.

Il a soupiré et il a débarrassé la table sans répondre. Y a pas plus clair comme aveu, je pense. Il m'a dit d'un ton neutre :

- J'ai pas envie de parler de Chris. De toute façon je sais pas grand chose, à part qu'il a survécu à la base sous-marine. S'il lui était arrivé quelque chose depuis, je ne serais pas au courant.

Il a dit ça en crispant un peu sa main sur son bol. Un malaise a commencé à s'installer. Nivans essayait de laver la vaisselle, prudemment, avec sa main gauche maladroite. Avant que j'arrive il ne devait pas le faire souvent.

- Sherry a survécu aussi, l'ai-je informé pour détendre l'ambiance.

- Je sais. Je l'ai vue il y a quelques mois.

Il avait revu Sherry ? J'ai eu l'impression de m'être pris une baffe. Il m'a fallu rassembler tout mon sang froid pour donner l'air de m'en foutre :

- Où ça ? Comment ?

Je devais faire une drôle de voix parce que Nivans m'a regardé :

- Un peu après que je sois sorti de quarantaine, elle est venue me voir à l'hôpital.

Je me suis senti affreusement jaloux, et aussi affreusement seul, triste et abandonné.

- Fais pas cette tête Muller, elle est restée dix minutes et on a à peine parlé. J'étais pas en état.

- Elle a dit un truc sur moi ?

Je n'ai vraiment pas pu m'empêcher de poser la question. Nivans a détourné le visage mais j'ai bien vu qu'il avait souri :

- Non... désolé. En même temps je l'aurais un peu mal pris qu'elle vienne me parler de toi alors qu'on venait de m'apprendre que j'avais muté de façon irréversible.

Tss. Quel égocentrique.

- Comment elle a su dans quel hôpital t'étais ? Moi ne je savais même pas que t'avais survécu.

- Sûrement par Chris. Sherry est une amie de sa sœur, elles se sont connues a Racoon City. Ils sont venus me voir ensemble. Ils se voient souvent maintenant, tu sais.

Mais non, je savais pas ! Et ça me fout la rage putain ! Ils sont tous devenus potes et Nivans et moi qui avons fait tout le boulot et qui sommes ceux qui ont le plus souffert, on nous laisse en rade avec le vomi et les poubelles ! Ça me révolte !

J'ai crié à l'injustice devant Piers et je n'ai obtenu qu'un regard de pitié. Bon okay, le boulot on se l'est réparti, et si je suis prêt à admettre sans trop de mauvaise foi que Nivans-l'amputé-mutant est celui qui a le plus souffert dans cette histoire, juste après ce cher l'Ustanak que Sherry et moi avions entre autres écrasé avec une foreuse et jeté dans la lave avec des cailloux dessus (c'était marrant), Nivans a placé la barre un peu haut pour le reste d'entre nous. Mais moi, par contre, après la base sous-marine j'avais donné un demi-litre de sang et pour ça on m'avait fait quoi ? UNE PIQÛRE ! Et j'ai horreur des piqûres ! Alors hein ?

Nivans a commencé à rire, ce qui m'a ému, quelque part, avant de s'étouffer avec une quinte de toux.

- T'es con, a-t-il réussi à me lâcher.

Je suis allé prouver mon indignation en allant me mettre devant la télé sans rien débarrasser. Apprendre que Sherry et Chris étaient devenus potes sans nous, je trouvais vraiment ça pas juste !

Si j'avais su dans quel hôpital était Nivans, j'aime me dire que ça n'aurait rien changé parce que j'en avais rien a foutre de ce mec mais en vérité je serais allé le voir, j'en suis certain. J'y serais allé pour me foutre de sa gueule et pour l'humilier, peut-être, mais je n'aurais pas hésité.

Après les événements en Chine, quand on m'a relâché dans la nature, je me sentais pas vraiment bien. J'ai eu comme une sorte de zombie-blues. Sherry était partie sans dire au revoir, et je me suis retrouvé tout seul face au monde d'aujourd'hui. C'est débile à dire mais ça fait vraiment bizarre. Je veux dire, j'avais frôlé la mort de tellement près, j'avais vu des choses tellement horribles que je n'avais qu'une envie c'était d'en parler tout le temps, de raconter à tout le monde, de monter un documentaire sur ma vie ce genre de trucs. Et de me heurter a l'indifférence des gens, je l'ai pas supporté. C'est vrai qu'on m'avait proposé un suivi psychologique dès ma sortie, mais comme un gros frimeur j'ai cru que j'en avais pas besoin. Résultat, j'ai passé les premiers mois dehors à confondre les gens avec des J'avos, à vouloir prendre les passants par les épaules et les secouer en leur racontant que j'avais vu des gens devenir des monstres, à éplucher les moindres recoins d'internet à la recherche de photos, d'articles, de n'importe quoi qui parle de la base sous-marine. Il y avait rien. Tout était classé top secret. J'ai fini par me demander si c'était pas moi qui devenait dingue, si j'avais pas inventé toute cette histoire après avoir testé la seringue soi-disant énergétique d'Ada Wong, et à me dire que peut-être, Sherry et la base sous-marine n'avaient jamais existé.

A cette période de ma vie j'aurais franchement donné n'importe quoi pour savoir dans quel hosto était Nivans et pouvoir aller le faire chier. Voir sa sale gueule, parler du 30 juin 2013 avec quelqu'un qui était là, que ce soit Nivans le teigneux, Redfield ou même l'agent Kennedy, ce prince charmant à la manque et la fille transparente qui l'accompagnait.

Au bout d'un moment, ça m'a passé. J'ai fini par arrêter de penser à ça tout le temps. Et quand j'avais vu la photo de Nivans que m'avait donné sa famille, ça n'avait réveillé aucune émotion. Trop tard, avais-je pensé. Mais finalement, c'était la mutation sur son visage qui m'avait ramené en arrière et qui m'avait empêché de tirer. Et de parler de tout ça avec lui, alors qu'on était même pas potes ni rien, mais simplement de parler de la base sous-marine avec quelqu'un qui la connaissait, j'avais l'impression que ça changeait ma vie. J'étais pas fou, et j'avais pas rêvé. Moi je trouve ça vachement rassurant même si c'est sans doute une question de point de vue.

Depuis le canapé, j'ai lorgné vers Nivans qui était toujours en train de batailler avec la vaisselle. Il m'a jeté un coup d'œil lui aussi, et quand nos regards se sont croisés il m'a fait une remarque désagréable sur mes couverts que je n'avais pas débarrassé. J'ai secoué la tête et j'ai monté le son de la télé. Avec le sourire cette fois.


A suivre !

Je vous souhaite de super fêtes de fin d'année ! si j'ai la pêche et que j'ai des vacances je posterai un petit oneshot pour Noël (le fameux oneshot... dont je parlais déjà à Noël dernier... T_T). Sinon, rendez-vous en janvier ! Encore merci à tout le monde !