2.
- Je n'ai même pas pensé au fait que tu devais être dispensé.
Je fis un léger sourire à Tezuka-kun, attrapant mon sac pour le suivre au dehors.
- Ce n'est pas grave, je ne peux pas m'entraîner, mais je veux revoir tout le monde. Enfin...
Tezuka-kun restait silencieux, marchant en fixant droit devant lui, semblant peu perturbé parce que je pouvais dire.
- ... enfin... je suppose que je veux les revoir...
- ... hmm.
- ... comment ça "hmm" ?
- ... sûrement. Que tu veux les revoir. Après tout, les membres du club sont parmi tes meilleurs amis et tu dois être un minimum curieux, non ?
- Oui... oui, ça doit être ça.
J'étais toujours légèrement mal à l'aise en présence de Tezuka-kun, mais je m'accommodais de mieux en mieux à sa présence.
Il était évident qu'il n'avait aucune pensée négative envers moi et que son attitude froide était juste quelque chose... d'habituel.
Le premier membre du club que nous rencontrâmes fut un garçon portant la veste des titulaires de l'équipe, qui était en train de s'entraîner non loin du vestiaire.
Il s'arrêta en voyant que Tezuka-kun allait ouvrir la porte et nous rejoignit à petites foulées.
- Tezuka-buchô, Oishi-fukubuchô.
Il inclina légèrement la tête, ce à quoi Tezuka-kun répondit aussi par un mouvement de tête.
Apparemment, aucun des deux n'était particulièrement bavard.
J'hésitais entre demander discrètement à Tezuka-kun de qui il s'agissait, de lui dire directement mon problème (dont il avait sûrement entendu parler) ou juste ne rien faire du tout.
Au final, alors que nous venions de rentrer dans les vestiaires, le garçon s'inclina profondément vers moi et reprit la parole.
- Oishi-sempai, je suis heureux de voir que vous allez mieux. Je vous souhaite une prompte guérison.
De tels mots auraient pu sonner vides, mais on entendait bien à son intonation que le garçon pensait chaque lettre de ce qu'il disait.
- Merci... je... enfin... merci.
Il s'inclina à nouveau, plus légèrement, et se dirigea vers un coin des vestiaires.
Je n'avais même pas osé demander son nom.
- OISHIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIII !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
Avant même que j'aie eu le temps de me retourner, je sentis quelqu'un atterrir dans mes bras, nous faisant nous écraser tous deux à terre vu que je ne m'y attendais pas du tout.
- Kikumaru ! Tu penses que c'est intelligent alors qu'il est encore convalescent ? 50 tours de terrain !
Kikumaru ? C'était donc lui, la deuxième moitié de la Golden Pair ? Le garçon dont je pouvais comprendre les moindres mouvements sans aucune concertation ?
Il sembla réaliser aux paroles de Tezuka-kun que ce qu'il avait fait n'était pas très intelligent et je dois avouer qu'effectivement il m'avait fait légèrement mal vu que sa main droite avait atterri sur l'un des hématomes de mon bras gauche.
- J'y vais après, j'y vais après !
- 60 tours.
- Oh, tu peux monter jusqu'à 150 000 si tu veux, je ne bougerai pas alors qu'Oishi est revenu !! Oishi, tu vas bien ? Tu vas mieux ? Tu te souviens de ton partenaire de doubles préféré ?
Je répondais par un léger sourire alors que le garçon m'aidait à me relever.
Je n'avais pas du tout imaginé Kikumaru Eiji comme ça, en fait. Mais il me plaisait déjà.
- Ca va, ça va... mais... non, je ne me souviens pas. On t'a dit ?
- Hmm ! C'est triste, tu as oublié toutes nos victoires !! Et toutes nos défaites aussi... c'est peut-être pas si mal que ça, en fait !
Je me mis à rire alors que Kikumaru m'entraînait à l'extérieur des vestiaires, laissant toutes nos affaires en plan.
- Tu ne vas pas t'entraîner, Kikumaru-kun ?
Il s'arrêta sur place et sembla prêt à crier, mais sa voix fut plus calme que je n'aurais cru.
- Eiji. Tu m'appelles Eiji ! Et non, on s'en fiche, les nationales sont passées, de toute façon les troisième année vont quitter le club bientôt ! Et puis tu es revenu !!
En fait, j'aimais bien Kikumaru -non, Eiji-, mais il parlait un peu trop. Ca faisait trop d'informations à gérer pour ma cervelle vide.
Ou alors était-ce la différence avec Tezuka-kun qui me choquait ?
Il s'arrêta contre un grillage et me regarda d'un œil curieux.
- Je dois te sembler bizarre, hein ?
- Euh... non... pas plus que ça. Par contre, moi...
- Bah ! Tout reviendra ! Tu peux me poser des questions sur tout ! Je répondrai !
- C'est vrai ? Merci !
Eiji me fit encore un sourire et tira sur ma main pour que nous nous assissions tous les deux.
- Mais d'abord dis-moi ce que ça fait !!
- Euh... ben... je ne sais pas vraiment expliquer ça. Je suis un peu paumé, mais j'ai l'impression que... ben que j'avais su bien m'entourer, à voir mon partenaire de doubles.
- Eh eh... si ça se trouve, je sais plus de choses sur toi que toi-même, maintenant...
- ... probablement.
- Et bien il faut réparer ça ! Qu'est-ce que tu veux savoir de passionnant ?
- ......... on nous appelle vraiment la Golden Pair ?
Eiji éclata de rire.
- Oui ! Mais on le vaut bien.
- Vraiment ?
- Hmm ! On a gagné les nationales, après tout ! Tu veux savoir quoi d'autre ?
- Euh... on était très proches ?
- Oui ! Enfin, je crois ! Toi tu es du genre à aimer tout le monde et à te faire du souci pour tout le monde... mais tu es mon meilleur ami !
- ... ça m'en fait déjà deux...
- Ah bon ? Je ne suis pas le premier à clamer la place ?
- ... Tezuka-kun.
L'expression d'Eiji changea légèrement, se faisant moins moqueuse.
- Bah, c'est pas grave ! Fuji et Momo sont aussi mes meilleurs amis, tu peux être le meilleur ami de Tezuka si tu veux !
Je faisais un petit sourire en guise de réponse.
Eiji était un garçon attachant.
- Je ne sais pas ce que je 'veux', hein... C'est juste que... Tezuka-kun m'a dit qu'il me considérait comme son meilleur ami, et que je n'avais écrit nulle part qui pouvait bien être mon meilleur ami...
- Arrête avec tes "kun", on te croirait revenu en première année.
- Hein ?
- Tezuka. Tu l'appelles Tezuka. Mais tu nous appelais tous les deux avec des "kun" quand tu ne nous connaissais pas encore bien, en première année.
- Oh. ... désolé, il ne me l'a pas dit.
- Ce n'est rien. Et puis ça ne m'étonne pas de Tezuka.
- ... ah ?
- Hmm. On s'y fait avec le temps, en fait. Enfin, toi, j'ai toujours eu l'impression que tu ne te rendais même pas compte de l'attitude de Tezuka.
Je ne répondis pas, réfléchissant.
C'est vrai que l'attitude de Tezuka-kun m'avait parue bizarre au premier abord, mais après avoir surmonté la première difficulté, le garçon m'avait paru plus approchable.
Avait-ce été comme ça la première fois que nous nous étions rencontrés ?
Est-ce que j'avais surmonté la première impression que donne Tezuka plus facilement qu'aujourd'hui ?
- Tu as une tête à te poser des questions. Tu peux me les poser, tu sais !
Je fis un sourire à Eiji. C'était vraiment agréable d'avoir quelqu'un à qui je pouvais tout demander. Après tout, ma mère ne savait pas tout sur moi et Tezuka avait été peu enclin à la conversation...
- Je me demandais comment ça s'était passé quand je vous ai rencontrés, Tezuka-k... Tezuka ou toi... si... en fait, si j'avais eu les mêmes impressions qu'aujourd'hui...
- Pour Tezuka, je ne peux pas dire... quand je t'ai connu, tu étais déjà accroché à lui comme un toutou, mais nous... ben en fait, au début, je ne t'aimais pas vraiment. J'avais un peu un sale caractère en première année. Mais toi tu étais tellement ouvert et tu m'as tellement impressionné qu'après on est devenu amis en un clin d'œil !
Je me demandai ce que ça avait été, de voir pour la première fois Eiji me sourire comme il le faisait maintenant ?
- Alleeeez, une autre question !
- Euh... euh...
- Tu vas pas me dire que tu n'as plus de question !
- Ben... ah ! Eiji, tu me connais bien, hein ?
- Oui !
- Alors voilà, ma mère m'a dit que si ça se trouve, l'autre déléguée de ma classe, Harada Emi, était ma petite amie. Tu sais si c'est le cas ? J'oserai jamais lui demander en face.
Eiji éclata de rire.
- C'est trop chou ! Non... enfin je ne crois pas. Ou alors tu le cachais bien. Mais tu caches tout très mal, donc je suppose que ce n'était pas le cas !
- ... ah.
- Déçu ?
- Non... peut-être... enfin, non, je suis plutôt rassuré, parce que si j'avais été avec quelqu'un, ç'aurait été une situation bizarre et enfin... tu vois...
- ... hmm, oui, je pense... enfin, tu n'as pas de petite amie connue ! Mais je peux toujours faire mon enquête si tu veux !
Je me mis à rire à l'offre d'Eiji.
- Ca ira, je pense... mais... enfin, je n'ai pas de question spécifique à poser, mais j'aimerais bien que... euh, enfin, tu peux me parler de ce que tu veux, de choses qu'on a faites ensemble, ou bien du club, ou je ne sais pas...
Eiji me fit un grand sourire.
- Attention, une fois que je serai lancé, on ne m'arrêtera plus !
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J'avais appris des tas de choses grâce à la conversation que j'avais eue avec Eiji.
Des tas de choses sur lui, des tas de choses sur moi, des tas de choses sur nous, et des tas de choses sur tous les autres, vu qu'apparemment Eiji était friand de commérages.
Entre autres, j'avais pu apprendre que le garçon qui m'avait souhaité un bon rétablissement était Kaidô Kaoru, un des deuxième année les plus sérieux de notre club.
Au bout d'environ une demie-heure de discussion, pourtant, quelqu'un sembla remarquer notre présence assis contre un mur.
Un jeune homme particulièrement grand, suivi d'un plus frêle dont le sourire faisait plisser les yeux tellement qu'on ne distinguait plus vraiment s'ils étaient ouverts ou non.
- Alors comme ça tu es assez en forme pour revenir au club ?
- Pas pour participer, mais au moins pour venir discuter.
Eiji se leva et attrapa le bras du plus grand des deux collégiens.
- Ca c'est Inui ! Surtout s'il te propose de boire quelque chose, refuse !
Eiji sauta ensuite sur l'autre garçon.
- Et ça c'est Fuji ! Et s'il te propose quoi que ce soit, refuse aussi !
Je me mis à pouffer de rire, et Eiji se rapprocha de moi avec un faux air sérieux.
- Je t'assure, ils sont très dangereux ! C'est pour te protéger que je dis ça !
Le dénommé Fuji émit un léger rire et vint s'assoir à mes côtés.
- Tu as l'air en pleine forme, en tout cas, Oishi.
- ... hmm. A part la tête, tout va à peu près bien.
- Surtout, s'il y a quoi que ce soit qu'on peut faire...
- ... ne pas hésiter à répondre même aux questions les plus stupides.
Ce fut au tour d'Inui de s'assoir, vite suivi par Eiji.
- ... ça devrait être possible.
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- C'est quoi ce rassemblement ?
- ... on ne fait que discuter.
- ... et vous êtes sûr de n'avoir rien de mieux à faire ?
- Les tournois sont passés, et Oishi a besoin de compagnie et d'éclaircissements sur ce qu'il était avant. Ca ne te coûte rien de nous laisser discuter, Tezuka.
Tezuka remonta ses lunettes à la remarque d'Inui et ses sourcils se froncèrent légèrement plus.
Il n'avait aucune raison de ne pas laisser faire, mais il n'en avait juste pas envie.
... pourquoi est-ce que je pensais ça ?
Je ne devais pas interpréter le peu de gestes de Tezuka comme je l'entendais. Ca risquait de nous conduire à un malentendu si je prenais cette mauvaise habitude.
- ... hmm. Ca ira pour cette fois. Kikumaru, n'oublie pas tes 60 tours de terrain.
- Hmmppfffffffff... bon... j'y vais. Inui, Fuji, je vous le confie !
Eiji partit en agitant la main en signe d'au revoir, puis tira la langue à Tezuka quand celui-ci eut le dos tourné.
Quelque part, j'avais l'impression que mes deux "meilleurs amis" ne s'entendaient pas le mieux du monde...
Tezuka nous jeta un long regard puis se remit en mouvement.
J'avais espéré une seconde qu'il se joigne à nous, mais apparemment, ce n'était pas son style de passer l'entraînement à discuter.
- Je peux poser une question bête ?
- Vas-y, on t'écoute.
- Eiji et Tezuka... ils ne s'aiment pas ?
Inui ouvrit son cahier, et même si Eiji et Fuji m'avaient expliqué en long en large et en travers que le collégien prenaient des notes sur tout, je n'arrivais pas à m'habituer à ce geste.
- Je pense... qu'ils ont juste des caractères trop différents. Kikumaru trouve Tezuka trop coincé et Tezuka trouve Kikumaru trop... trop...
- ... pas assez coincé.
Je ne pus m'empêcher de rire à la remarque de Fuji qui avait conclue la phrase d'Inui.
C'est vrai que mes deux "meilleurs amis" étaient un peu extrêmes, chacun dans leur genre.
- Ca fait bizarre de se dire que j'apprécie tellement deux personnes si... opposées.
- Bah, ici je suppose que tout le monde les aime bien tous les deux.
- ... vous savez lequel des deux je préfère ?
- Tezuka.
- Eiji.
Inui et Fuji se jetèrent un regard interrogatif après avoir répondu à l'inverse l'un de l'autre.
- Il préfère Tezuka.
- Eiji.
- Tezuka. Il a un lien émotionnel fort avec lui.
- Oui, mais Eiji est plus amusant. Eiji.
- Fuji, sois réaliste, Tezuka.
- Je veux bien qu'il aime Tezuka, mais il préfère passer du temps avec Eiji. Qui préfèrerait passer du temps avec Tezuka ?
- Tu marques un point. Mais je suis catégorique, il préfère Tezuka. Il aime les gens qui portent des lunettes.
J'étais plus étonné qu'autre chose par cette conversation, en apprenant autant sur moi-même que sur les autres.
Alors apparemment, l'affaire de savoir qui était mon meilleur ami n'était pas si facile à démêler que ça...
- Ne vous fâchez pas, s'il vous plaît. On s'en fiche un peu, de qui je préfère. C'était juste que... j'étais curieux. Maintenant je suis certain que je devais les adorer tous les deux.
- Hmm.
- Soit.
Les deux garçons se regardèrent un instant puis Inui se tourna à nouveau vers moi.
- Si tu arrives à te décider sur lequel tu aimes le plus, tu pourras toujours nous le dire.
- Je parie Eiji.
- ... et moi je parie sur Tezuka... qu'est-ce que tu veux parier ?
- A... arrêtez, je ne veux pas que vous fassiez des paris sur... sur ce genre de choses. C'est un peu... enfin...
- Désolé, Oishi.
Inui referma son cahier alors que Fuji m'offrait un léger sourire.
- Bon, il serait temps d'y aller. J'ai entendu Tezuka annoncer la fin de l'entraînement tout à l'heure...
Je n'avais rien entendu de tel, mais je devais avouer ne pas y avoir prêté attention.
Je jetais un coup d'œil aux alentours. Effectivement, il ne restait plus tellement de monde sur les courts. Quelques première année ramassaient des balles et il ne restait plus que deux joueurs échangeant encore des balles, plus Eiji qui semblait en grande discussion avec un garçon que je ne connaissais pas. Enfin... dont je ne me rappelais pas.
Je me surpris à chercher Tezuka des yeux mais ne le trouvai nulle part.
Accompagné de Fuji et Inui, je retournai aux vestiaires, continuant de discuter avec les deux garçons alors que ceux-ci se changeaient.
- Il faudra que tu voies Taka-san. Il a arrêté l'entraînement juste après les Nationales pour pouvoir aider plus souvent au restaurant de son père.
- Oui, pas de problème ! Il est dans quelle classe ? Je pourrais le chercher demain.
- On a qu'à manger tous ensemble. On viendra dans ta classe demain avec Taka-san.
- D'accord !
Encore quelqu'un à rencontrer. Je ne savais pas grand chose de "Taka-san", mais pour l'instant, j'appréciais tous les membres du club de tennis, donc je ne voyais pas pourquoi Taka-san ferait exception.
Finalement, Inui et Fuji furent prêts pour repartir et se dirigèrent ensemble vers la porte.
- Tu ne viens pas, Oishi ?
Non, j'avais... j'avais encore quelqu'un à voir.
- Ah, euh... j'aimerais bien revoir Tezuka. Il va revenir fermer la porte, non ? Vu que ce n'est plus moi qui le fait...
Fuji m'offrit un sourire.
- Il devrait être là sous peu. A demain, alors.
- Salut !
La porte se referma et le silence se fit dans les vestiaires.
Je m'assis sur l'unique banc de la pièce, tâchant de faire le tri de tout ce que j'avais appris aujourd'hui.
Il ne fallait pas que j'oublie que tout ce qu'on pouvait me dire n'étaient que les avis subjectifs d'autres personnes, et je devais faire attention à accorder une certaine valeur à chaque information, mais jamais trop.
Sinon j'aurais pu me retrouver avec 25 meilleurs amis.
La porte se rouvrit plus vite que je ne l'aurais cru, laissant apparaître les quelques élèves que j'avais vu traîner encore sur les courts ainsi que Tezuka.
Tout le monde se dépêcha, et très vite, seul Tezuka resta dans la pièce avec moi.
Contrairement à ce que je pensais, je n'eus pas à prendre la parole le premier cette fois-ci, vu qu'il m'adressa la parole tout en rangeant quelque chose dans son sac.
- Tu n'étais pas obligé de rester.
- Tu oublies que je suis chargé de fermer la porte.
Il se retourna soudainement vers moi.
- Tu...
- Ah... non... je ne m'en souviens pas, on me l'a dit.
Tezuka se retourna vers son sac.
Etait-il déçu ?
Quelque chose dans son expression me disait qu'il l'était, mais je n'arrivais pas à mettre le doigt dessus.
Est-ce que j'avais appris par le passé à lire l'expression de Tezuka ? Est-ce que je m'en souvenais inconsciemment, comme l'écriture ?
- ... Je m'en charge à ta place, tu peux rentrer.
- ... on m'a dit que je prenais cette tâche à cœur.
- Mais ce n'est pas nécessaire alors que tu ne peux même plus participer aux entraînements.
... il pouvait le dire clairement, s'il ne voulait plus me voir là.
- J'ai compris...
Je sortis de mon sac le plan à moitié faux de mon père, espérant que mon expérience du matin me permette de retrouver le chemin de chez moi.
Mouais...
- Dis, tu ne saurais pas où est l'arrêt de bus où s'arrête le 23 ?
- ...... je vais te ramener chez toi.
Ah.
On m'avait dit que Tezuka n'habitait pas très loin de chez moi. On devait sûrement prendre le même bus.
- Ca... ça ne te dérange pas ?
- Bien sûr que non. Attends juste une minute.
Tezuka finit de renfiler sa veste d'uniforme et après avoir inspecté les vestiaires de l'œil une dernière fois, il attrapa son sac et se dirigea vers la sortie.
Je me contentai de le suivre et d'attendre alors qu'il fermait la porte.
- C'est à quelle heure l'entraînement du matin ?
- 7h30. Mais ne te sens pas obligé de venir.
- ... je sais que je dérange l'entraînement vu que les gens viennent me parler mais... enfin...
- Tu ne déranges pas, Oishi.
- Alors laisse-moi venir...
- Je ne te l'ai jamais interdit.
Je répondis par un sourire, espérant que les paroles antérieures de Tezuka ne correspondaient qu'à de la bienveillance.
Après tout, s'il était mon meilleur ami, ça devait être le cas.
- Je peux te poser quelques questions ?
- Oui.
- Pourquoi... pourquoi tu ne m'as pas dit que je t'appelais seulement "Tezuka" ?
- ... tu m'appelles comme tu l'entends.
- Tu aurais dû me le dire.
- ......
- S'il y a autre chose du genre, je préfèrerais que tu me le dises... s'il te plaît.
- ... hmm. Si tu y tiens.
- On fait... on fait souvent le trajet ensemble ?
- Assez. Surtout pour rentrer. Tu viens toujours plus tôt que moi, habituellement.
- D'accord... et d'habitude on fait le trajet ensemble dans le silence le plus complet ou on discute ?
- ... ça dépend des jours, je suppose.
- ......
- ... mais n'hésite pas à me parler.
- Hmm... alors tu es prêt pour l'avalanche de questions jusqu'à ce qu'on soit rentrés ?
- ... hmm.
Je lui offris un sourire alors que nous arrivions au portail du collège.
Tezuka tourna à gauche.
Seul, j'aurais tourné à droite.
Il allait vraiment falloir vraiment que je corrige mon plan.
- On se voit des fois en dehors de l'école ?
- ... et des activités du club, je suppose que tu veux dire ?
- Oui.
- Hmm, de temps à autres.
- On fait quoi ?
- Ca dépend des fois, je suppose. On fait nos devoirs ensemble, par exemple.
- Ca compte comme "école", ça.
- ... on est déjà allé au bowling ensemble. Et hmm... avec tous les autres, on a dû faire pas mal de choses, aussi. Enfin, rien d'extraordinaire.
J'acquiesçais doucement.
- Tu sais le prénom de ma petite sœur ?
Il sembla étonné de la question.
- Akemi.
- Tu l'as déjà vue ?
- Hmm.
- Tu ne la trouves pas énervante pas moments ?
- Elle a toujours été plus que polie et agréable envers moi. Même si je crois qu'elle ne m'aime pas trop.
- ... Pourquoi ?
- Je vole son grand frère et je ne souris pas.
- Ah bon, tu me voles ?
- ... je suis l'infect capitaine qui oblige son grand-frère à aller jouer au tennis même le dimanche quand il pourrait l'accompagner faire du shopping.
- ...... Je ne savais pas que j'avais une telle dette envers toi.
Je le fixai un sourire aux lèvres, et pour la première fois, je me permis d'interpréter la lueur que je voyais flotter dans ces yeux.
S'il venait de faire un trait d'humour, cette lueur correspondait forcément à un sourire.
Ca ne pouvait pas être juste mon imagination.
- ... J'en déduis qu'Akemi-chan te fait des misères ?
- ...... non, mais des fois elle n'en fait qu'à sa tête. Je sais qu'elle est petite, mais bon... Des fois elle peut être si possessive...
- .........
Qu'est-ce que c'était que cette expression ?
- Qu'est-ce qu'il y a ?
- ... rien.
- Si.
Tezuka s'arrêta dans sa marche, me regardant fixement.
- Pourquoi tu dis ça ?
- Je suis sûr qu'il y a quelque chose. N'oublie pas que les choses que tu ne dis pas, je ne peux pas les deviner. Ou alors je ne peux plus. Alors dis-les moi.
- Ce n'est pas bien important.
- Dis-le moi, je veux savoir. Réponds aux questions d'un pauvre amnésique en quête de savoir.
Tezuka poussa un léger soupir.
- ...... tout le monde est possessif envers toi.
Et il s'était remis en marche, sans me regarder, alors que je n'arrivais plus à lire quoi que ce soit sur son visage.
