I
Comment avais-je pus changer de la sorte ? Comment la brillante et belle Nessie Cullen était-elle devenue cette loque a demi-humaine ?
Car j'étais brillante, avant. Jolie, surdouée, puissante. J'avais tout pour être heureuse ; l'amour inconditionnel de Jacob, l'affection et la fortune de ma famille (Papa, maman, Esmé, Carlisle, Rosalie, Alice, Jasper et Emmet), l'admiration de mes amis (Seth, Leah, Maggie et Nicola, une jeune vampire brune que Carlisle avait sauvée d'un accident quand j'avais trois ans - dix pour mon physique-).
L'amour, la beauté, l'intelligence, la richesse et la santé, pas un des joyaux de ma couronne ne manquait.
J'étais la fille la plus gâtée de la terre ; j'abusais de tout : de l'argent de mes parents en achats délicieusement futiles, de ma beauté en la testant honteusement auprès de toutes les personnes de mon entourage, mais surtout, de l'affection de Jacob.
Jake m'aimait de façon indéfinie et absolue. Il était mon meilleur ami, mon frère, mon ange gardien, mon doudou, mon confident.
Il m'était essentiel.
Il ne pouvait résister à aucun de mes caprices, aussi stupide et puéril soit-il. Il était mon Jacob, il m'appartenait, et je me montrais très possessive vis-à-vis de lui. Cependant, je refusais d'être SA Nessie. J'étais égoïste, assez pour penser que Jacob m'appartenait- tel un objet de valeur – sans qu'il ait des droits sur moi. Droit n'est pas le mot juste. Des exigences, peut être.
Deux ans après ma naissance, nous quittâmes Forks, pour ne pas éveiller les soupçons. Nous nous installâmes sur la côte est, dans le Main. Un endroit magnifique, plus éloigné encore de la civilisation que Forks. J'habitais avec ma famille un petit manoir caché dans les bois, à proximité d'une petite rivière.
Jacob était venu avec nous, en sa qualité d'ami indispensable à ma mère et indéfinissable pour moi. Leah l'avais suivi à contrecœur, mais l'amitié qui les liait l'empêchait de partir. Au fil du temps, nous devînmes amies. Je suivais des cours par correspondance, et, dans les premiers temps, Jacob et Leah allèrent au lycée. Ils eurent chacun leur diplôme – et comme disait l'oncle Emmet « c'est le premier qui est le plus important ! »
Leah décrocha un petit boulot dans un magasin de lingerie et Jake s'occupa de nos voitures, et de mes devoirs.
Au fur et à mesure des semaines, je me rapprochais de mes sept ans sur terre. Mes dix-neuf ans, physiquement parlant. Une bizarrerie de plus dans notre famille. J'allais paraître plus vieille que mon père biologique, vampire figé pour toujours dans ses dix-sept ans. Carlisle et Esmé avaient l'air d'avoir trente ans tout au plus, Rosalie, Alice, Jasper et Emmet semblaient avoir la vingtaine, quand à Jacob, son métabolisme de Loup-garou lui avait fait atteindre l'âge adulte avant l'heure- comme moi- et paraissait âgé de vingt-cinq ans.
A l'approche de mon anniversaire, je devins de plus en plus capricieuse et égoïste. Mes proches firent semblant de ne remarquer en rien ce changement. Leah me le dit carrément et s'éloigna un peu de moi. Ma mère s'en inquiétait gravement.
Un après midi d'été, à la mi-août environ, elle entra dans ma chambre pendant que j'étais en train de comparer deux écharpes en soie pour envelopper mon téléphone portable.
- Nessie, ma chérie ? Avait-elle prononcé, A-tu un instant ?
Elle s'était assise en tailleur sur mon lit, et j'avais pu déceler de l'inquiétude dans ses yeux dorés.
- Oui, Maman ? Répondis-je d'un ton désinvolte
- Nessie, ma chérie, répéta-t-elle, je t'observe depuis quelque semaines et je me demande...Enfin, est-ce que tout vas bien ?
Question inutile, au demeurant, puisque mon père n'avait qu'à lire mes pensées pour savoir tout de mon humeur.
- Tout vas bien, maman, la rassurais-je, exaspérée, je t'assure !
Elle avait sourit d'un air incertain, passé sa main glacée dans mes cheveux, puis était partie d'un pas aérien.
J'avais sur la langue un goût amer.
