Devant les nombreuses demandes que j'ai reçues, voilà la suite !

C'était ça qui le travaillait depuis ce matin. Sa fille lui en avait parlé, un jour, et puis il avait oublié…

« DAD ! »

« Quoi ? »

« Ca fait trois fois que je te demande d'aller nous chercher de l'eau. »

« Vas-y toi-même. Hors de question que je vous laisse tous les deux en tête-à-tête. Fût-ce pour vingt secondes. »

« Bon, je vais en profiter pour voir où en sont les escargots. »

« A priori pas loin. »

Elle ignora la dernière remarque de son père et partit en ondulant les hanches de façon provocante. Le dénommé Tony fit un effort visible pour regarder ailleurs. Touchant… Dante fit de son mieux pour avoir l'air le plus glacial possible (comme son frère savait si bien le faire). Avec un peu de chance, le jeune homme partirait en courant. Sa fille ne le lui pardonnerait jamais mais il s'en fichait pas mal.

« J'aime beaucoup l'appartement… »

Ca avait l'air de fonctionner, Tony semblait extrêmement mal à l'aise. Mais il essayait quand même de faire la conversation. Comment faisait Vergil pour couper court à toute conversation déjà ?

Ah oui, il répondait par un regard condescendant.

« Et euh… Vous faites quoi dans la vie ? »

Dante répondit avec un large sourire.

« Chasseur de démons. »

Soit Tony le prendrait pour un fou, soit il le croirait. Dans les deux cas, il fuirait. La réponse parfaite.

« En fait, Dad est détective privé. Mais il a une façon assez personnelle de voir les choses. »

Matelda posa sur la table un plat fumant.

« Je n'ai pas trouvé de carafe, dit-elle avec un ton accusateur. »

« Vraiment ? C'est bizarre. »

« Tony, j'ai préparé ça spécialement pour toi, ajouta-t-elle en découvrant le plat contenant une douzaine d'escargots baignant dans une sauce verdâtre. »

« Pas encore mariés et tu veux déjà l'empoisonner… C'est-y pas mignon… »

« C'est mon plat préféré s'exclama Tony. Tu es géniale ! »

« On va quand même pas vraiment manger ça ?! »

« T'as peur, Dad ? »

« Moi, peur d'une bande d'escargots en sauce ? Je pensais juste que ces bêtes servaient seulement à… A rien. »

« C'est un peu déroutant au début, mais on devient vite accro, vous allez voir, dit Tony d'un ton professoral qui raccourcissait dangereusement son espérance de vie »

« J'aurai préféré que tu me ramènes un cocaïnomane, dit Dante en contemplant le contenu de son assiette d'un air inquiet. »

« Et vous travaillez avec la police, demanda Tony après avoir sorti une bête de sa coquille et la tenant nonchalamment au bout de sa fourchette. »

« Le moins possible. »

C'était le bon moment pour l'arrivée d'une horde de démons. Histoire de se débarrasser des escargots dans la confusion. On peut toujours espérer un miracle…

« T'as oublié de les accompagner d'herbe. Je suis sûr qu'ils sont malheureux là. »

« N'ayez pas peur, Monsieur Dante. Essayez-en juste un ! »

(Moins huit minutes pour la deuxième phrase. Moins une heure pour la première.)

Dante se décida enfin, pour ne pas passer pour un pleutre plus longtemps. C'était caoutchouteux et un peu gluant.

« Vous saviez que ces animaux sont hermaphrodites, demanda innocemment Tony au moment où le démon déglutissait péniblement. »

(Moins deux heures. Plus une heure pour le côté « je te poignarde dans le dos ». Quand même, l'attaque avait été bien placée.)

« A quoi tu penses Dad ? »

« Je fais les comptes. »

« C'est rentable une affaire comme la vôtre ? »

« Je ne fais pas ça pour l'argent. »

« Bien qu'il extorque des sommes exorbitantes à ses clients, ajouta Matelda en gloussant. »

« Mes services sont exceptionnels et valent leur pesant d'or. »

Le dessert, un gâteau au chocolat, permit à Dante de manger un minimum pour ce repas. Il écoutait d'une oreille distraite les caquetages des deux tourtereaux, un vague sourire aux lèvres. Et s'il avait du présenter la mère de Matelda à ses parents ?

« Et vous faites quoi dans la vie, Monsieur Sparda ? »

« J'ai scellé le monde des démons et régné quelques siècles sur les humains à la place de Mundus, mais maintenant je prends une retraite bien méritée et je profite de ma famille. Et vous, comment avez-vous rencontré mon fils ? »

« Oh, et bien je me suis fait enlever par des démons, et Dante m'a sauvée. »

« Comme pour sa mère et moi ! »

« Je suppose que vous vous êtes rencontrés à l'université ? »

« Oui, nous suivons le même cours de natation. »

« Le QUOI ? Vous voulez dire que vous avez remarqué ma fille alors qu'elle sortait en maillot de bain d'une piscine ?! »

« Euh… Ben en fait… »

« Aucun rapport avec ça, Dad !»

Ben voyons… Vu la couleur que Tony venait de prendre, Dante n'était pas dupe.

« Et toi, chérie ? Quand est-ce que tu rencontres ses parents ? Je suppose que c'est tout de même assez sérieux pour que tu oses l'amener dans mon antre. »

« Mes parents sont en voyage jusqu'au mois prochain. Ils sont tous les deux chercheurs en cryptozoologie. »

« Ils étudient les cryptes des zoos ?! »

Tony réprima un rire.

« Non, il étudient l'existence possible des animaux mythiques comme… »

« Les Cerbères ? Les Léviathans ? Les Griffons ? »

« Entre autres. »

« Bon, Dad, il faut que Tony rentre, il se fait tard et le quartier n'est pas des plus sûrs. Je vais le raccompagne un peu. »

« Non, reste là. Je vais le ramener directement chez lui. Dites-vous au revoir. »

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« Ca fait combien de temps que vous sortez ensemble ? »

« Bientôt un an. »

« Tu as beaucoup de chance que je ne l'aie pas su plus tôt. Puisque je ne peux pus rien faire contre maintenant, je vais être clair : si tu lui fais le moindre mal, si elle verse la moindre larme, je te mets en pièce de telle sorte que tu seras encore vivant quand je te ferai bouffer par des escargots. C'est clair ? »

« Super clair. »

« Bien, bonne soirée ! »

Je sais que les escargots ne mangent pas de viande, mais si on étale une fine couche hachée très menu sur de la salade...

Allez, bientôt de l'action et des morts !