J'étais assise, ou plutôt affalée sur ma chaise. Je me sentais aussi ridicule qu'on le pouvait durant un cours de soutien. Lily Evans, la volcanique et malicieuse rousse, désespérait depuis bientôt une vingtaine de minutes à me faire comprendre ma leçon de potion. La chouchoute de Slughorn était à quelques secondes près de s'arracher ses magnifiques mèches de feu. Il faut dire que je n'étais pas très coopérative non plus.

Mais que voulez vous ? Je suis adolescente et je me rebelle comme je peux contre ces cours de soutien qu'on m'a imposé. Et mon tuteur, soit Lily Evans, est celle qui pâtit en ce moment même de ma passivité. Mais ce que je n'avais pas pris en compte, c'est que plus je m'entêtais, plus je passais de temps dans cette maudite bibliothèque.

Je sortis alors un tantinet soit peu de mon inertie cérébrale et acceptais de prêter de l'attention aux conseils de mon aînée relatifs à la potion d'Aiguise Méninges.

Je retiens difficilement ses ingrédients, mais au bout de dix bonnes minutes je pouvais les citer sur les bouts des doigts sans jeter un seul regard sur mon livre de potion, que d'ailleurs la 6ème année rousse avait pris soin de refermer.

Scarabée, Bile de tatou, Racines de gingembre et Jus de citrouille.

Lily ne se retient pas de souffler de soulagement. Sous mon nez en plus. Mais il faut l'avouer, je lui ai donné du fil à retordre. Je souris fière de moi. Mais je déchantais rapidement quand elle me demanda de sortir mon cours de métamorphose ainsi que mon manuel. Je me penchai alors vers mon sac en sortit mon cours et me rappela que mon manuel trônait toujours sur mon lit dans mon dortoir, et s'amusait manifestement plus que moi.

Je fis part de ma, merveilleuse, constatation, mais au lieu de me renvoyer dans mon dortoir, comme je le prévoyais, elle me pria d'en chercher un dans cette imposante bibliothèque.

Avant de partir je lui tendis le parchemin sur lequel j'avais écris mon cours de métamorphose. Je partis déambuler dans les sections à la recherche de celle dédiée à la métamorphose. Cette maudite dernière trouvée, il ne me restait plus qu'à dénicher ce manuel de malheurs. J'arpentais les étagères du regard. Vieux livre poussiéreux, Vieux livre poussiéreux, Vieux livre poussiéreux, Manuel de quatrième année, Vieux livre poussiéreux, Guide de l'Animagus, Vieux livre poussiéreux... Et enfin Manuel de Métamorphose 5ème année.

Je m'approchais des étagères et, sur la pointe des pieds, fis basculer le livre vers moi. Une fois le livre attrapé, je filai en direction de ma table.

De loin, je pus voir Lily s'entretenir avec Sirius. Qu'est ce qu'elle peut bien lui vouloir ? J'allais bientôt le savoir parce qu'elle releva la tête et me sourit en me faisant signe d'approcher.

Je levais un sourcil, interrogatrice. Ils parlent de moi ? J'avançai rapidement vers elle, ma curiosité piquée à vif.

-Athéna, commença-t-elle, je te laisse aux soins de Sirius. Il est plus doué que moi en Métamorphoses, ajouta-elle à la vue de ma moue d'incompréhension. Moi, je vais aider son élève en potions.

Et après un dernier sourire, elle se dirigea vers la table qu'occupait Lewis Jermens, l'élève de Sirius. Et elle me laissa là, éburlée et désorientée.

Je luttais pour que ma mâchoire ne se décroche pas et lançais des œillades suspicieuses à la rousse qui nous épiait toujours du coin de l'œil.

Il y a un truc qui ne tourne pas rond. Le brun devant moi toussota pour attirer mon attention. Ma perplexité fut alors détournée vers lui. Pourquoi avait-il accepté d'échanger ? Et le niveau de Lily aurait largement suffi à m'expliquer mon cours.

A la demande du maraudeur, je lui tendis mon cours de métamorphose. Je vis ses yeux fixer un point au bas de mon parchemin. Sûrement un dessin né de mon imagination farfelue. Mais je vis ses yeux sillonner cet emplacement comme s'il lisait des mots.

L'évidence me frappa de plein fouet. Les mots que j'avais écris me revinrent.

''Être banale, ça me connait. Vaincre la banalité, ça c'est dans les spécialités du grand Sirius Black. Changer me fais peur. C'est pour ça, bien malgré mon envie de briller, que moi, Athéna Morris, reste ce que je suis : Une banale et ennuyante Gryffondor.''

J'étais paralysée sur place. Mais j'essayais de garder mon calme, de lutter contre mon instinct qui m'intimait de fuir. Je redoutais le moment où Sirius relèverait sa tête. Mais ce qui m'effrayait le plus est son regard, son jugement.

Je ne veux pas être jugée. Je n'ai pas choisi ce que je suis. Mon caractère je m'y suis habituée, et je ne demande à personne de s'y habituer.

Et je fis à ce moment la seule chose à peu près acceptable qui me passa par la tête. Je fis comme si de rien était, m'enfonçant un peu plus dans ma passivité, en améliorant mon air absent et essayant d'avoir un regard vide et sans expression.

Il releva la tête après quelques minutes et me regarda en fronçant ses sourcils bruns. Je me contenter de fixer un point au dessus de ses épaules. Je priais de toutes mes forces pour

qu'il ne pose aucune question sur ce que j'avais écris.

Je vis sa bouche s'ouvrir progressivement pour former un mot qui m'électrifia :

''Pourquoi ?''

Il voulait connaître la raison, mais comment lui expliquer si l'ignorais moi-même. Je pris un parchemin vierge et ma plume et traduisis mes émotions comme je savais bien le faire. Je m'exprimais en écrivant.

''Pour être franche avec toi, et avec moi-même, je ne sais pas. Je n'en ai aucune idée. Ca ne t'est jamais arrivé un jour de vouloir te sentir spécial(e) ? Juste un peu, juste assez pour te prouver que tu n'étais pas complètement inutile.''

Je glissai le parchemin jusqu'à lui, et commença à jouer avec ma plume le temps qu'il lise mon message. Je la fis tournoyais, m'aspergeant d'encre mais ça m'étais égal. Je pensais à son jugement, au fait qu'il pouvait penser que j'étais absolument pathétique. Et il en avait tout les droits. La plume me fut enlevée des mains, et ça me fit tressaillir.

Je regardais désormais le maraudeur qui écrivait je ne sais quoi en dessous de mon précèdent message. Je le fixais sans, totalement, m'en rendre compte. Mon regard dévia rapidement vers les mots calligraphiés sur le parchemin qu'il me présentait désormais.

''Oui, je sais ce que c'est de vouloir être vu. Et je peux même te dire, sans gêne, que je vis pour être vu. Je pense que, même si cela peut paraître superficiel et grotesque, une partie de moi ne pourrait vivre sans tous les regards que j'attire, sans l'attention. Modestie à part, je pense que sans toute l'admiration que certains me portent, je ne serais rien. Je serais encore plus insignifiant que je ne le suis déjà. ''

Je fixais les mots sans vraiment y croire. Lui, le grand, l'adulé, le respecté Sirius Black. Mais d'un côté, j'étais heureuse. Heureuse de ne pas être la seule à ressentir ça.

Je serais encore plus insignifiant que je le suis déjà. Qu'est ce que cela voulait dire ? Il n'était pas insignifiant. Il était le sex-symbol de Poudlard, le maître des Métamorphoses, le dieu de la batte, et le plus fidèles des alliés. En six ans, pas une seule fois, il n'avait laissé tomber ses amis. Du moins en apparence, il était toujours à leurs côtés.

'' De mon point de vue, tu n'es pas le moins du monde insignifiant. Du moins dans la société sélective qu'est celle de Poudlard. Tu es le charmeur de ses damoiselles, le maître des Métamorphoses, un batteur hors pair, et le plus fidèle des amis. Tu es sans contestations, et sans exagération, l'élève le plus adulé de Poudlard, si l'on ne compte pas certains Serpentard et une minorité de Serdaigle. Mais tout ceci se base sur des observations de ma part, et des faits que la plupart des poudlardiens colportent. Néanmoins, je pense tolérable que certains démons te rongent de l'intérieur. Mais débarrasses-en-toi vite. Tu ne peux pas savoir à quel point ceux-ci peuvent devenir envahissants. ''

Je me relisais une dernière fois, quand j'entendis une chaise raclait le sol, avant de me rendre compte que Sirius s'était approché de moi juste qu'à coller sa chaise à la mienne. Je ne pris pas la peine de lui tendre le parchemin sachant pertinemment qu'il lisait au dessus de mon épaule. Alors je lui passai simplement la plume. Il me surprit car au lieu de transcrire, il parla. Rien d'extraordinaire, en somme.

Pourtant, je suis plus à l'aise sur papier. A l'écrit, je ne m'embrouille jamais, tout est clair, comme prémédité.

- Tu as raison. J'ai des démons intérieurs. Je ne sais pas les combattre.

Ou peut-être n'a-t-il pas l'envie de les combattre ? Je détaillai ses traits. Il n'avait pas l'air anxieux, juste sincère. Et éventuellement nerveux, dû à la façon dont il se mordillait légèrement sa lèvre inférieure.

Ou tu n'en a pas envie. Quoique tu pense le combat n'est jamais perdu d'avance. Tout peut te faire remonter, ne te laisse jamais écraser par le poids que tu te mets sur les épaules. Ces démons ne sont que ta culpabilité, et tes idées les plus noires, qui essayent de te faire couler, chuchotais-je sombrement

Il me regarda les yeux légèrement écarquillés. Je l'avais choqué, j'avais vu juste. Un sourire d'autosatisfaction étira mes lèvres.

Tu veux dire que je m'enfonce moi-même. Mais…

Oui, tu t'enfonce toi-même. C'est pour ça que tu peux t'en sortir assez facilement. Tu sais, nous, les humains, avons des tendances assez... humm…

Masochistes ?

Oui, on peut dire ça comme ça.

La conversation s'arrêta après ma dernière réplique. Je lui laissai tout le temps pour rester plongé dans ses réflexions. Et je fis ce pourquoi j'étais venue dans cette maudite bibliothèque. Je révisais.

Sortilèges d'Apparition

+ Apparition d'un objet connu donc plus facile

+ Concentration requise pour éviter apparition partielle

+ Objet inconnu, difficulté accrue

Difficulté varie selon la taille de l'objet

Je devrais peut-être t'aider, c'est un peu pour ça que je suis là, non ?

Je sursautais à l'entente de cette phrase soufflée à mon oreille. J'haussai les épaules comme réponse. Il se mit alors à m'enseigner le mouvement de ce sort. J'ai bien dû galérer une bonne demi-heure avant de pouvoir faire apparaître quoique ce soit.

Mais je ressortis de la bibliothèque fière de moi. Mon week-end était à présent libre. Plus de devoirs ni de révision. Parfois ces cours avaient du bon.

J'étais arrivée devant la salle commune quelques minutes après le début de la réunion des préfets, ce qui me laissait tout le loisir de me promener dans le château sans subir les remontrances d'Evans ou de qui que ce soit d'autre. Je grimpais les escaliers quatre à quatre, et rentrai dans mon dortoir. Rien de bien extravagant, quatre lits à baldaquin aux draps rouges, une fenêtre, et heureusement, une porte pour sortir de cette chambre qui se transforme en comité d'accueil pour PEC, c'est-à-dire Poufs En Chaleur. Sans aucune douceur, je jetais mon sac sur mon lit. Et échanger ma chemise d'uniforme contre un pull gris simple.

Je sortis tranquillement de la salle commune, et me dirigea vers le cinquième étage. Pourquoi cet étage en particulier et pas un autre ? Pour la simple et bonne raison que ce palier, de la gigantesque école qu'est Poudlard, abrite mon refuge. Une alcôve dissimulée par deux statues. Un espace assez grand pour contenir deux personnes. Cette alcôve donnait sur une fenêtre, et par souci d'utilité, j'y avais aménagé une banquette de couleur sobre. Quelques coussins de couleurs vives trônaient sur ce petit matelas.

Cette petite salle, si l'on peut la définir ainsi, était devenue mon abri, mon refuge. Personne ne connaissait cet endroit à part moi, et j'avais depuis peu jetée un sortilège de protection pour que ce lieu ne soit destiné qu'à mon utilisation personnelle. Je me retrouvais à descendre les dernières marches qui menaient au cinquième étage, quand des rires et des pas se firent entendre.

C'était un groupe compact de garçons montant l'escalier, sûrement viennent-ils de la Grande Salle ou du parc. Mais ce n'était pas n'importe quel groupe de garçons. Les Maraudeurs au grand complet. Bien que cela m'étonne. Lupin n'est-il pas au courant de la réunion des préfets qui a lieu en ce moment ?

Du moins, il ne semble pas s'en soucier, et garde accroché sur son visage un demi-sourire amusé par les enfantillages de ses camarades. Je m'arrête sur la dernière marche de l'escalier massif et me décalai légèrement sur la droite pour les laisser passer. Mais rien ne se passa comme je l'avais prévu. Ils ne sont pas passé sans me remarquer. Sirius, qui en ce moment là était entrain de tirer grossièrement la langue, la rangea précipitamment dans son orifice buccal et m'adressa un signe de tête. Il plongea en suite ses iris orageux dans mes yeux vairons. Ce contact ne dura que quelques secondes, mais ces simples secondes donnèrent tout un sens au combat qui commençait. Notre combat.

Je lui fis un petit sourire et ignora les regards interrogateurs des autres Maraudeurs. Je les dépassai vivement puis partit rejoindre mon alcôve. Je ne voulais qu'une chose ; passer une dernière soirée tranquille sans Maraudeurs, combat ou démons intérieurs. Juste moi, mes livres et ma solitude.

Alors nouvelle fiction qui ne sera pas si commune. Elle sera plus sombre mais ne tombera pas dans le glauque. Ce sera aussi réaliste que possible dans le monde fantastique d'Harry Potter.

Bien sûr je ne possède rien à part Athéna et l'intrigue ( même si j'aimerais bien avoir Sirius et Rémus pour moi seule).

Bisous et à la prochaine. N'oublie pas les reviews/com's.