Chapitre 2 : Le réveil
Elle se pencha vers le blessé, les sens aux aguets, et vit le visage du professeur se tordre de douleur. Rapidement, elle lança un sort pour vérifier les pulsations cardiaques. Le rythme avait augmenté, laissant prévoir une reprise de conscience. Fébrilement, elle souleva légèrement la tête du lit, lui prit la main et appela doucement :
—Professeur Snape ! Vous m'entendez ? Si oui, serrez ma main.
Une brève pression lui fit gonfler la poitrine d'une inspiration soulagée. Enfin, il se réveillait !
—Professeur, essayez d'ouvrir les yeux.
Un frémissement traversa les paupières closes. Au bout de quelques secondes, doucement, elles se levèrent et Helena se trouva confrontées à deux iris d'un noir profond. Alors qu'il clignait des yeux en gémissant, elle détourna la lampe de chevet pour ne pas l'aveugler et tendit l'oreille car il essayait de parler.
—Eau…Boire…
Elle lui souleva avec précaution la tête, fit apparaitre un verre d'eau et l'approcha de ses lèvres.
—Buvez doucement. Votre gorge n'est pas encore complètement cicatrisée.
Il avala une gorgée en grimaçant. Le liquide avait du mal à passer à travers les lacérations que lui avait fait le serpent. Elle le reposa délicatement sur l'oreiller .
—Où…suis-je ? chuchota-t-il dans un souffle.
—N'essayez pas de parler. Vous êtes à Sainte Mangouste. Vous y avez été admis il y a deux mois, lorsque vous avez été mordu par Nagini.
Un éclair d'incompréhension traversa les prunelles sombres du professeur. Helena fit venir une chaise et s'assit à côté du lit.
—Harry Potter et ses amis vous ont trouvé, vous vous souvenez ?
Il abaissa brièvement les paupières pour acquiescer.
—Quand la bataille fut terminée, Harry est allé rechercher votre corps. S'apercevant que vous étiez toujours en vie, il s'est empressé de vous ramener à Poudlard où vous avez été prit en charge par des médicomages.
Puis voyant les interrogations dans le regard du professeur, elle continua son récit.
—Et oui, Voldemort est détruit, Nagini a été tué par Neville Longdubat et pratiquement tous les mangemorts ont été fait prisonniers. Leur procès a eu lieu voici un mois et vous serez ravi d'apprendre que la communauté sorcière a fait de vous un héros grâce aux souvenirs que vous avez donné à Harry et que vous avez été décoré d'un Ordre de Merlin première classe !
Le « héros » eut un rictus méprisant et voulut se redresser. D'un regard il enjoignit à Helena de rester à sa place et, dans un effort surhumain parvint à s'assoir. L'infirmière s'empressa de remonter la partie haute du lit pour qu'il puisse s'adosser. Il s'appuya au dossier, les yeux fermés, la sueur perlant à son front sous l'effort qu'il venait de produire. La jeune femme ne put s'empêcher d'éprouver de l'admiration face à la volonté de cet homme.
—Il est normal que vous ayez du mal à bouger. Le venin du serpent rependu dans votre corps paralyse encore vos articulations et dans vos muscles. Cela devrait s'estomper dans les semaines à venir. Je suis désolée mais nous ne pouvons rien faire sinon attendre que votre corps assimile les restes du vais vous laisser seul quelques instants, je dois prévenir le directeur que vous êtes réveillé. Ne faites pas d'imprudence, je reviens.
Un faible hochement de tête lui répondit. Inquiète, elle lança quand même une série de sort pour prévenir toute chute. Puis elle s'élança dans le couloir en direction du bureau du professeur Rosney. Hors d'haleine, elle jeta une poignée de poudre dans l'âtre et appela :
—Docteur Rosney…Docteur Rosney…
Un bruit de course lui signifia l'arrivée du médicomage. Les flammes crépitèrent et la tête de Rosney apparu en leur milieu.
—Helena ! Que se passe-t-il ?
—Il est réveillé, Docteur ! Le professeur Snape est réveillé !
—Par le caleçon de Merlin ! J'arrive ! Donnez-lui à boire par petites quantité, puis faites-lui avaler une potion de régénération musculaire. Je suis là dans cinq minutes.
—D'accord Docteur. A tout de suite.
Helena repartit en courant vers la chambre de Severus et fut rassurée de voir qu'il n'avait pas bougé. Elle leva les sortilèges et lui fit petit à petit avaler la potion. Il garda les yeux fermés, apparemment épuisé. Elle descendit délicatement le dossier du lit pour lui permettre de se reposer plus confortablement. Puis elle attendit la venue de Rosney.
Celui-ci ne tarda pas. Il entra calmement dans la chambre et se dirigea vers le blessé.
—Monsieur Snape…
Severus ouvrit les yeux et dévisagea le médicomage.
—Je suis le Docteur Rosney, vous avez été admis dans mon établissement il y a deux mois dans un état critique.
Le professeur hocha la tête d'un air agacé et murmura d'une voix rauque :
—Dites-moi juste quand je pourrai sortir d'ici !
Le Docteur Rosney le regarda comme s'il était devenu fou et s'insurgea.
—Il va vous falloir attendre d'être complètement guéri avant de seulement penser à rentrer chez vous. Il est hors de question de vous lâcher dans la nature tant que nous ne serons pas sûr que vous soyez partiellement rétabli. D'ailleurs je doute que vous alliez bien loin, vu l'état de vos muscles et articulations.
Severus lui lança un regard froid puis ferma les yeux, soudain saisi d'une fatigue diplomatique. Il ne voulait pas entendre les sermons du médecin et préférais faire semblant de dormir.
—Helena, restez à ses côté et s'il s'agite de trop, n'hésitez pas à vous servir de votre baguette pour l'attacher. Il est primordial pour sa santé qu'il reste au lit encore quelques jours.
Un grognement se fit entendre du côté de l'alité, ce qui fit sourire l'infirmière. Le Docteur Rosney sortit de la chambre pour regagner ses pénates alors qu'Helena rajustait le drap et la couverture de son patient. Celui-ci ouvrit les yeux et, sans qu'elle ne s'en rende compte, détailla la jeune femme.
La trentaine bien passée, les cheveux bruns et longs retenus en queue de cheval par un chouchou, les yeux d'une chaude couleur de chocolat, elle était plutôt mignonne. La blouse blanche qu'elle portait laissait deviner une silhouette voluptueuse, loin des cannons de la mode qui demandait des femmes longilignes et maigres. Son cerveau entraîné d'espion avait, en quelques dixièmes de secondes, enregistré tout cela et Severus se dit qu'elle était, ma foi, bien appétissante. Il ferma les yeux et se laissa aller dans un sommeil profond et réparateur.
Helena, qui ne se doutait pas de l'attention dont elle était l'objet, reprit place dans son fauteuil et reprit sa lecture, après s'être assuré que son patient s'était paisiblement rendormi.
Les mots dansaient devant ses yeux, son attention était sans cesse dirigée vers l'homme endormi, dont la respiration apaisée ne laissait supposer plus aucune douleur. Pendant de longues minutes elle l'observa. Son teint était moins blanc au fil des minutes. Le retour à la conscience, les quelques gestes qu'il avait ébauché lui avaient redonné un peu de couleur. Il restait malgré tout extrêmement pâle. Sans en avoir rien montré, elle avait été saisie par le noir intense de ses yeux, un noir profond, froid, comme si rien n'avait un jour éclairé la vie de cet homme.
Elle se sentait pleine de compassion pour lui qui n'avait plus aucune famille, pas d'ami, rejeté puis encensé par ses paires. Qu'allait-il devenir à sa sortie d'hôpital ? Qui prendrait soin de lui ? Pourrait-il reprendre son poste de professeur à Poudlard ? Il allait avoir besoin de soins constants pendant quelques temps, encore allait-il falloir qu'il les accepte !
Helena soupira et posa son livre. Elle n'avait plus du tout la tête à lire, tellement le sort du professeur la préoccupait. Pourtant, jamais en dix huit ans de carrière elle ne s'était autant sentie concernée par le devenir d'un patient. Mais celui-là n'était pas comme les autres. Il avait un vécu et une histoire bien particulière, mêlant guerre, espionnage et drames. Quelle allait bien pouvoir être sa vie ?
Elle sombra dans un léger sommeil, habituée qu'elle était à s'endormir rapidement et à se réveiller aussi vite.
