Bonjour à tous ! e vous remercie pour vos reviews, vos favoris, vos follows ! Certes, vous n'êtes pas très nombreux à avoir laissé votre avis sur ce premier chapitre, mais cela reste encourageant et m'a fait très plaisir. Je ne vous laisse pas mariner plus longtemps, et je vous poste la deuxième partie de ce one-shot. J'espère quelle vous plaira tout autant.
Allez, à la prochaine !
AMAZINGmadness.
AURORA
Quamvis atra sit nox, aurora tandem eam edet.
(Si sombre que la nuit soit, l'aube finira par la consumer.)
Peter Heppner – Give us what we need (Truth is not the key).
Au départ : « Rencontre avec Joe Black » est un film de Martin Brest, sorti en 1998, avec Brad Pitt et Anthony Hopkins. Le sujet est inspiré d'une pièce de théâtre des années vingt.
Le speech : Une nuit, l'inventeur et multimilliardaire Howard Stark ressent une violente douleur à la poitrine tandis qu'une voix surgissant des ténèbres lui annonce sa mort prochaine. À cet instant, un jeune inconnu se présente à son domicile pour l'accompagner dans son dernier voyage. Ce messager de l'au-delà, qui se présente sous le nom de Loki, impose à Stark de l'héberger chez lui afin de lui donner l'occasion de partager un temps les expériences, les joies, les émotions et les drames des mortels, qui semblent lui être étrangers. En contrepartie, Loki lui laisse le temps de mettre de l'ordre dans ses affaires, et lui donne un certain répit avant son trépas prochain. Les jours passent et le Dieu de la Mort découvre le monde. Les jours passent et Loki rencontre Anthony.
Ce qu'il faut savoir : C'est un Loki/Tony. Il y a quelques mentions charnelles, mais rien de très poussé, et un peu de grossièretés.
DEUXIÈME PARTIE.
Une fois, deux fois, trois fois. Tu comptes et tu arrêtes, parce que le monde est sans dessus-dessous et qu'il est complétement flou, putain, mais j'ai bu quoi hier soir ?
Anthony Stark ouvre les yeux sur un malentendu. Ou alors, un refoulement. Il pose les deux mains à plat sur le matelas, de chaque côté de son corps, parce que tout tangue et qu'il essaye de doucement se stabiliser. Comme si c'était possible. Il se souvient de quelques trucs. D'avoir pas mal bu, surtout. Et, que la personne qui a fini la soirée avec lui n'était définitivement pas Pepper.
Il soupira, las, résigné. La jeune femme allait le tuer. Si du moins elle l'apprenait un jour.
Alors, qui ? Quoi ? Il tourna la tête sur le côté. Il n'y avait plus personne près de lui. Le lit était fait. Il savait qu'il n'avait pas rêvé. Il en avait les douloureuses traces physiques.
Doucement, il se redressa. Doucement, il sortit du lit, nu comme un ver, et doucement il alla se doucher. L'horloge indiquait dix heures. Une heure respectable pour un lendemain de fête.
Il descendit vers onze heures. Un silence pas si étrange régnait dans la grande bâtisse. Le personnel faisait son travail en toute discrétion. Son père était soit au bureau, soit enfermé dans la bibliothèque. Et, Loki …
- Je suis désolé.
Le jeune homme sursauta, maugréa une injure en se tournant vivement vers l'homme qui venait d'apparaitre de l'autre côté du couloir. Loki le regardait, impassible. S'il regrettait bien quelque chose, son visage, lui, n'en portait pas l'expression.
- Désolé, de quoi ? On a couché ensemble une fois, ce n'est pas grave.
- Trois fois.
- Pardon ?
- Trois coïts, c'est bien cela.
Anthony secoua la tête, pinça l'arête de son nez entre son pouce et son index. Il se souvenait à peine de la première fois, il y avait juste des images éparses, colorées et vraiment très anatomiques. Et, bordel, qui disait encore coït dans ce bas monde ? C'était grotesque.
Lorsqu'il ouvrit de nouveau les yeux, Loki s'était rapproché, bien trop silencieusement. Il le regardait toujours de cette même expression avide, mais désormais il y avait également un peu de … regret ?, dans son regard. Cela mit mal à l'aise le jeune étudiant.
- Tu devrais arrêter de faire ça, comme si tu apparaissais ça et là comme par magie. Ça me fout les jetons.
Un sourire vint étirer les lèvres de Loki. Anthony n'y fit pas attention. Cependant, ce sourire finit par rapidement disparaître.
- Howard est au courant, un membre du personnel l'a averti à propos d'hier soir.
- Et alors ? Je suis majeur, je peux encore coucher avec qui bon me semble.
Loki pencha un peu la tête sur le côté, fronçant doucement les sourcils. Il ne comprenait pas vraiment la désinvolture du jeune homme. Il ne se serait jamais permis une quelconque « alliance » avec un autre être sans l'accord préalable, ou du moins la bénédiction, d'Odin, le Dieu des Dieux. Ces humains étaient trop instables, volages. Ils possédaient une liberté terrifiante, primaire. En avaient-ils seulement conscience ?
Anthony prit son comportement, son mouvement, pour de la désapprobation. Immédiatement, sans vraiment savoir pourquoi, il s'empourpra, s'embrouilla dans ses mots. Accentuant la perplexité de l'homme face à lui.
- Enfin, je veux dire … Je ne voulais pas dire que tu étais n'importe qui, je ne suis pas du genre à coucher comme cela avec n'importe qui, enfin si, ça dépend, mais pas là, en fait, crois-moi. Tu vas me prendre pour un mec facile, merde, c'est pas vrai, okay ? Je couche pas comme ça, t'es vraiment super canon, tu me plais vraiment, c'est pour ça, tu vois, pas parce que j'avais envie de tirer un coup, y avait de l'intention derrière, okay, tu comprends ?
Sa logorrhée réduite, il étudia son vis-à-vis avec raideur. Ses yeux verts écarquillés de surprise brillaient dans la lumière. Son sourire naissant et cette petite fossette irrésistible appelaient à la luxure. Loki semblait perdu, Anthony en avait certainement trop dit. Il passa une main dans ses cheveux bruns, soupirant lourdement. Quelle foutue histoire.
- De l'intention ? Est-ce que cela veut dire, des sentiments ?
La voix soudainement frêle de ce grand être élégant le fit revenir à la réalité. Il s'inquiéta de son air si sérieux, de son regard un peu inquiet.
- Non.
- Non ?
- Merde, non, quoi !
Anthony était nerveux, irrité. Il passait d'un pied à l'autre, les bras croisés sur sa poitrine. Il n'osait le regarder, mais ne baissait pas non plus les yeux. Il semblait aussi perdu que lui-même l'était. Loki ouvrit plusieurs fois la bouche sans pourtant oser parler. Ses pensées étaient confuses, éparses. Il y avait les lois, il y avait sa propre morale, il y avait Odin et Thor et Hela et Fenrir, il y avait tous ces Dieux en colère. Et puis, tout ce que l'Humanité pouvait apporter, il y avait ce monde, il y avait des possibilités inenvisageables.
Odin le tuerait certainement. Est-ce que cela était réellement un problème ?
- Loki, c'était juste comme cela, désolé, cela ne se reproduira pas.
Le jeune homme tourna les talons et disparu en quelques instants, la démarche rapide, le dos voûté. Cette discussion ne s'était pas aussi bien déroulée qu'il l'avait espéré. Il aurait tant aimé balayer cette nuit du plat de la main, il aurait tant aimé que toutes ces images cessent de défiler en boucles dans son crane.
Alors, c'est terminé ?
Anthony sortit de la grande maison, jeta un regard par dessus son épaule pour bien vérifier que personne ne l'avait suivi. Savoir que Loki n'avait pas été plus coriace lui tira un soulagement mêlé d'une pointe de déception. Il secoua la tête, se traitant d'imbécile, riant un peu. Il revoyait son long corps blanc penché au-dessus du sien, il entendait encore les gémissements exquis échappés de ses lèvres. Le jeune héritier se laissa tomber contre le mur de pierre, prenant sa tête entre ses mains. Revenir ici, il savait que ce n'était pas une bonne idée.
Loki le regarda s'enfuir sans vraiment de réaction. Il pensait encore à tout cela, à ces choses qui n'étaient pas là avant et qui doucement s'implantaient dans son esprit. Émotions, sentiments, ils en auraient tous ris, moqueurs et piailleurs, ces grands Dieux qui se disaient supérieurs et ne vivaient que pour la gloire et leur fierté personnelle. Le Dieu serra les poings et se téléporta dans une fumée âcre et brillante. Il y avait peut-être une raison, finalement, pour que les Dieux ne se mélangent jamais avec les êtres humains.
Tous les ans, Stark Industry organise une sorte de célébration à la gloire de l'entreprise et de son fondateur. Une petite tape dans le dos des concitoyens, des concurrents, afin de rappeler à tous qui prévalait sur le marché de l'armement et de la technologie de pointe. Cette petite sauterie coïncidait toujours avec l'anniversaire d'Howard. Cette année-ci ne serait pas une exception.
Il y avait tout le gratin. Les mondains, quelques peoples, les dirigeants interarmées, les actionnaires majoritaires, les politiciens et le peu d'amis. Howard buvait au bar en se préoccupant peu de tout ce petit monde. Il allait mourir, bon Dieu, tout cela n'avait aucune importance. Il écoutait Nick Fury bavasser à propos du futur et du SHIELD, qu'ils avaient créés ensemble. Il lui parlait de nouvelles recrues, d'une mignonne petite Russe, ancienne ballerine, qui n'égalait personne en beauté et en talent. Et, Howard hochait la tête. Et, Howard fusillait du regard son fils accroché au bras de sa jolie rousse, qui déambulait parmi les invités en les saluant chaleureusement.
- Pourquoi lui as-tu demandé de venir ?
Fury laissa son verre de jus d'orange sur le comptoir, puis tourna à son tour son œil valide vers le jeune homme qui, quoi que donnant le change, semblait pour une fois assez mal à l'aise parmi toute celle foule.
- Il s'inquiétait pour toi. Nous nous inquiétons tous, en fait.
Howard laissa échapper un petit rire dédaigneux. Il avala son verre, son scotch trente ans d'âge, et le reposa avec fracas sur le bar, demandant d'un geste brusque qu'on le resserve sans attendre, ce que s'empressa de faire le serveur.
- Tu aurais mieux fait de le laisser là où il était.
Il marmonna en regardant dans le fond de son verre, comme s'il cherchait dans le liquide ambre une réponse aux questions qui se bousculaient dans son esprit. Nick s'inquiéta de tout cela. Il fronça les sourcils.
- Qu'est-ce qu'il a fait pour que tu lui en veuilles autant ?
- Rien. Cela n'a en fait rien à voir avec lui. D'ailleurs, il faudrait que tu me promettes quelque chose.
Très bien. La situation devenait peu à peu surréaliste. Nick haussa les sourcils, souriant légèrement, plus que perplexe.
- Eh bien, c'est d'accord, je t'écoute.
- Il faudra que tu prennes soin de lui, d'Anthony. Lorsque je ne pourrais plus le faire, lorsque je ne serai plus là pour le faire. L'aider à prendre les bonnes décisions. Il est intelligent, je sais qu'il s'en sortira, mais … La mort de sa mère l'a vraiment ébranlé, j'aimerai que tu sois là pour lui.
Et, Fury promis. Enfin, ce n'était pas très sérieux. Howard perdait peut-être la boule, mais il aurait bien encore une vingtaine d'années à vivre. Encore vingt ans à le supporter, lui et ses frasques. Nick commanda un whisky. Il était vraiment temps de se changer les idées.
Pepper aimait parler de choses et d'autres, de banalités. Elle aimait parler de sa robe noire, de son coiffeur, de ses chaussures vernies, de sa manucure. Elle aimait parler de météo, de politique, d'économie. Elle aimait sourire et faire la belle devant des gens riches et charmants. Elle aimait poser une main sur son avant-bras, comme pour le rappeler à l'ordre quand sa conscience s'égarait, et elle aimait le forcer à parler à des gens dont les idées politiques, morales, religieuses, économiques, divergeaient des siennes. Elle était agaçante. Mais, il l'aimait tout de même. Elle avait ce truc pour le forcer à toujours se dépasser, à toujours se mettre en avant.
Anthony souriait, un peu faussement. Il serrait des mains sans grande conviction. Il buvait un peu trop de champagne, Pepper lui en fit plusieurs fois la remarque, mais il n'en tint pas compte. Il attendait quelqu'un. Quelque chose allait bien finir par se passer. Il était partit pendant deux semaines, cela était suffisant pour étouffer certains désirs, mais pas encore assez pour en contenir d'autres.
Qui sait, peut-être que Loki était parti. Peut-être qu'il ne le reverrait plus jamais.
Il avala une autre coupe. Il transpirait, d'angoisse, de peur, d'appréhension. Ses mains étaient moites, il avait vraiment trop chaud dans ce costume coupé sur mesure. Il défit le bouton du haut de sa chemise blanche. Pepper lui jeta un regard réprobateur qu'il ignora. Anthony ne parvenait plus à se concentrer sur la conversation, il n'en avait de toute façon rien à faire. Tous ces pique-assiettes et ces journalistes, il avait juste envie d'un peu de calme. De prendre l'air.
- Anthony.
Il releva les yeux des bulles de son champagne. Il croisa des yeux verts étincelants, un regard émeraude réjoui et avide. Sa respiration se bloqua un instant.
- L-Loki.
Peut-être était-ce cet instant ? Celui que les Hommes attendent, celui que l'être humain cherche toute sa vie ? Il est temps de faire un choix. Bouleverser les existences, détruire des vies, exploser en mille morceaux. Partir en vrille.
Loki lui sourit, chaleureusement, et Anthony arrive à lire dans ses yeux une joie non retenue. Lui aussi semblait l'attendre. Cela réveille des choses dans le fond de son estomac.
- Vous devez être Pepper, enchanté.
Anthony ne regarde même pas sa petite-amie. Il ignore complètement ses questions, son regard interrogateur. Non, il ne lui a pas dit qu'il connaissait cet homme, il ne lui a pas dit ce qu'il s'est passé entre eux, il ne lui a pas dit qui il était réellement. En fait, Anthony l'ignore lui-même. Cela n'a aucune importance.
Loki tient le change. Il se défait du regard brûlant d'Anthony pour serrer la main de la jeune femme. Il remarque l'air quelque peu rigide et désabusé de Pepper Potts. Comme si elle sentait la certaine tension qui désormais court entre eux. Comme si elle savait qu'elle n'avait aucune chance face à cela. Loki ne sait pas encore s'il en est vraiment ravi. Cela amène les choses à un nouveau stade, mais cela ne calme pourtant pas l'envie avide qui dévore ses entrailles depuis que ses yeux se sont posés sur Anthony.
- Il faut que je te parle. Maintenant.
Le jeune héritier attrapa son poignet fermement et s'excusa en bredouillant auprès de sa compagne. Cette dernière les regarda s'éloigner avec une certaine colère dans le regard. Elle se servit un verre. Elle cacha ses larmes dans le champagne hors de prix et se consola sur l'épaule de James Rhodes. Tony putain de Stark.
Loki se laisse faire sans résistance. Anthony ne parle pas. Il marche d'un pas rapide et déterminé. Il a délaissé le poignet de Loki et a maintenant entrelacé leurs doigts ensemble. Cela créé une nouvelle tension, et ce n'est pas vraiment pour le meilleur.
La musique s'étouffe et, soudain, il n'y a plus qu'eux deux. Ils ne sont même pas dans une chambre, c'est juste un petit salon désert. Anthony ferme la porte à clefs et soupire profondément en posant son front sur le bois verni. Il est une boule de nerfs, à vif, une vraie bombe sur le point d'exploser. Loki est à quelques pas derrière lui. Il le regarde, impassible, attendant juste que quelque chose se passe. Parce que, quelque chose finira bien par se passer, qu'ils le veuillent ou non. C'est un peu comme si c'était écrit.
Anthony finit par se retourner. Il y a de l'indécision dans son regard. Pourtant, croiser les yeux de Loki, il n'en faut pas plus. Un son guttural s'échappe de ses lèvres et il s'avance. C'est l'heure. Il referme la distance qui sépare encore leurs deux corps et leur premier baiser est d'abord violent, brutal. La tendresse attendra. Il plaque Loki contre la porte et emprisonne ses mains au-dessus de sa tête. Fou, folie, feu, il le déshabille rapidement, goûte avidement sa peau, gémit contre sa bouche et, en fait, le monde est de nouveau sans dessus-dessous. La réalité s'échappe. Il attrape les hanches fines de Loki et serre fort. Il le soulève sans vraiment d'effort et le Dieu en profite pour nouer ses jambes autour de sa taille désormais dénudée.
Tout finira ce soir. Le tonnerre gronde, roulement de tambour, c'est comme un spectacle qui commence. Le tonnerre n'est pas vraiment un bon espoir. Tu sais que tout ne finira pas bien, n'est ce pas ?
- On ne devrait pas faire ça.
- Je sais.
Tu le sais, il le sait, ils le savent tous. C'est complétement idiot, et fou. Ce n'est pas seulement être physiquement avec lui, c'est tout bonnement être en totale symbiose avec lui. C'est au-delà du sexe pur et simple. Il y a quelque chose de métaphysique, là-dedans. Il y a des sentiments, là-dedans.
De l'intention. Il y a de l'intention dans leurs baisers, dans leurs gémissements, dans la sueur qui roule sur leurs corps. Il y a de l'intention dans la façon dont leurs doigts s'entrelacent, dans les mouvements de leurs hanches, dans les mots improbables qu'ils se murmurent à l'oreille.
C'est tellement bête. L'interdit porte la chose au-delà de l'extase. C'est juste complètement dément.
- Je t'aime.
- Tais-toi.
- Non, attends, je sais que nous ne nous connaissons pas depuis longtemps, que nous sommes partis sur d'étranges bases, mais … je pense que je suis vraiment amoureux de toi. Ne ris pas, c'est vraiment idiot, et c'est peut-être aussi le champagne et ce sexe incroyable, j'en sais rien. J'ai pensé à toi à chaque instant ces deux dernières semaines, tu étais partout, j'ai cru devenir dingue. Je pensais ne jamais te revoir et j'en étais désespéré, j'étais une loque, je me suis bourré la tronche pour tenir, c'était fou. C'est quand je t'ai revu que j'ai vraiment compris. J'ai cru aimé Pepper depuis des années, mais en fait, cela n'a strictement rien à voir avec ce que je ressens pour toi. C'est fort, c'est intense, je crève si tu n'es pas là et, Loki, arrête de me regarder comme ça, tu commences à me faire flipper.
Tu vois, il y a le tonnerre qui gronde. Ça résonne dans tes oreilles comme une foutue marche funèbre.
Anthony regarda avec perplexité son amant se redresser vivement, attrapant ses vêtements éparpillés ça et là, se rhabillant prestement. Un instant, il songea à sombrer dans le désespoir. Apparemment, Loki ne partageait pas son point de vue. Foutaises, il n'y croyait pas un seul instant. Ses yeux, leur éclat terni par l'incertitude et la peur, l'émeraude vive. Il voyait bien là-dedans qu'une bataille était en train de se jouer.
Le jeune homme se releva du parquet froid et ne prit pas la peine de cacher sa nudité. Il attrapa le bras de Loki dans une poigne douce et ferme et le fit se tourner vers lui. L'homme ne tenta pas de se dérober. Il soutint même le regard de son vis-à-vis.
- Loki, parle-moi.
- Arrête, tout cela n'a aucun sens, il faut que je m'en aille, et tu dois partir toi aussi.
- On peut en parler. Je sais que j'ai peut-être été un peu brutal, mais bon, tu serais bien la première personne à me reprocher le fait que je parle de mes sentiments ! Reste là, si c'est mon père qui te fais peur …
- Cela n'a rien à voir avec cela.
- Putain, Loki, ne me dis pas que c'était que du sexe. Je t'ai vu, je te vois, je sais que tu ressens ce que je ressens ! Alors, quoi, qu'est-ce que tu as ? De quoi as-tu peur ? Pepper n'est pas un problème, je me fiche de ce que les autres peuvent penser, ça va aller, tout va bien se passer.
Il y avait l'avenir, le futur. Loki pouvait voir dans le crane d'Anthony, il pouvait voir tout ses projets, tout ce qu'il souhaitait faire, voir et dire. Il voulait Loki près de lui. Il voulait que les choses restent ainsi jusqu'à la fin des temps. Pour une fois, peut-être pour la première fois, le Dieu sentit des larmes se presser derrière ses yeux verts. Bassesse, faiblesse. C'était un monde auquel il ne pouvait appartenir.
Le tonnerre, cela voulait dire que Thor n'était pas loin. Et, ce n'était définitivement pas une bonne nouvelle.
Quelque chose comme un feulement animal s'échappa de ses lèvres. Il se défit de l'étreinte du mortel et le plaqua d'un geste vif contre l'un des murs, sous son regard incrédule et perdu. Sa main se perdit au creux de son cou, et il serra un instant juste en-dessous de sa pomme d'Adam, pas assez, pourtant, pour le faire suffoquer. Les mains d'Anthony s'accrochèrent désespérément à sa chemise, ne le repoussant pas, l'incitant même à se rapprocher davantage. Il était fou. Nu, le corps offert, il n'avait pas peur d'être à sa merci. Loki caressa du bout des doigts de son autre main son visage encore juvénile. Une caresse froide, aimante.
- Écoute, je suis désolé. Je ne suis pas celui que tu crois. Je ne suis pas d'ici, je ne peux pas rester avec toi.
- Tu es lâche.
- Non. Anthony, non, parce que si j'avais le choix, je n'hésiterais pas : je resterai avec toi. Mais, le risque que je te fais courir est trop grand. Je dois accomplir mon devoir. Ou ils n'hésiteront pas à nous tuer, tous les deux.
Il passe ses doigts sur les lèvres pleines du jeune homme, étouffant ses paroles vives. Anthony se demandait ce qu'étaient ces histoires. Il ne comprenait pas. Loki sourit tristement, puis se recula de quelques pas, prêt à se téléporter ailleurs. Anthony ne lui en laissa pas le temps. Sachant qu'il s'apprêtait à fuir, il s'avança à sa suite, posant ses mains dans sa nuque et rapprochant brutalement leurs visages, leurs lèvres s'écorchant l'une à l'autre, leurs corps s'épousant de nouveau parfaitement, les courbes recouvrant les creux.
- Je ne comprend pas, reste.
- Je suis désolé. Je suis Loki et tu es ce que tu es. C'était impossible.
Et, dans ce murmure, Anthony parvint à entendre « Je t'aime ». Et, dans ce murmure, Loki s'évapora en une fumée opaque, verte, entre ses doigts grands ouverts. Les yeux d'Anthony s'écarquillèrent. Sa bouche s'ouvrit sous la stupeur. Il tenta de rattraper la forme de l'homme en vain, sentant ses doigts transpercer le néant. Il resta un instant ici, quelques secondes. Et puis, des mécanismes se remirent en marche dans son esprit, des choses s'enclenchèrent. Les apparitions, les mots, le comportement d'Howard. Il ne comprit pas tout – cela aurait été impossible – mais il en apprit assez.
- Bordel de merde.
Il ramassa ses vêtements et les enfila en toute hâte. Il sortit dans le couloir en boutonnant encore son pantalon, bouscula quelques personnes sans prendre la peine de s'excuser. Il courut sans vraiment savoir où il allait précisément. Howard était la clef. Loki était là pour lui. C'était la seule chose à laquelle il parvenait à penser.
Enfin, après avoir questionné Jarvis, il entra en grand fracas dans la bibliothèque. Il n'y trouva nulle trace de Loki. Par contre, son père était bien là : assit à son bureau, la tête penchée sur le côté. Quelque chose se contracta dans la poitrine d'Anthony. Il n'avait pas besoin de chercher un pouls ou d'entrevoir un possible mouvement respiratoire. Son père était mort. Son teint pâle, cadavérique, son expression figée et sereine, étaient des signes évidents.
Ses jambes se dérobèrent sous son poids. Il ne remarqua qu'après un long moment que des larmes roulaient sur ses joues. Howard n'était pas la personne dont il avait été le plus proche, mais il restait tout de même son père. Et, Loki l'avait vraisemblablement tué. Ou, du moins avait-il quelque chose à voir avec sa mort. Les sanglots se firent plus forts dans sa poitrine. Loki avait disparu comme par magie, Loki avait tué sans laisser la moindre trace sur le corps, Loki était quoi ? Un foutu magicien ? Un putain de Dieu ?
Un rire étrange, presque hystérique, s'échappa de ses lèvres. Et, voilà. Il n'y avait vraiment que lui pour tomber amoureux d'un tel personnage. Pourtant, en y réfléchissant bien, il n'en retira aucun regret. Il aimait Loki. Les fossettes au coin de ses sourires, ses phrases venues d'un autre âge, son corps fin et musclé, sa peau douce et froide, son élégance naturelle et primaire. Il soupira, essuya ses larmes. Il se releva en se disant que toutes les choses devaient forcément avoir une fin.
En approchant du bureau, il prit tout de même la peine de poser ses doigts sur la carotide de son père. Comme il l'avait pensé, pas de pouls. Anthony passa un instant à observer le visage d'Howard, à tenter de percer le mystère qui entourait sa mort. Aucun indice, aucune arme. Juste un petit papier. Un papier qu'Anthony retrouva perdu dans la poche de sa propre veste.
Il y lut ces mots, griffonné en une écriture serrée mais claire, élégante et raffinée : « Nous nous reverrons. ». Aucun doute sur l'identité de l'expéditeur. Cela aurait dû combler sa colère. Il ne fit que sourire. Pouvait-il vraiment en vouloir à Loki ? Il soupira et tourna les talons, refermant la porte de la bibliothèque derrière lui. C'était une nouvelle époque, une nouvelle ère. Les hommes de pouvoir meurent et la magie vogue dans les airs. Les héritiers héritent et les gens s'aiment.
Au-dehors, les étoiles brillaient, le ciel était clément. L'orage avait cessé.
Et, voilà ! N'hésitez pas à me laisser votre avis, et à la prochaine ! ;)
