Réponses aux reviews :

Onarluca : Merci beaucoup ! Voici la suite !

Alixe :Tes compliments m'ont énormément touchée ! Merci, et gros bisous.

Cecile Rogue : Eh non, cette fois, t'es pas la première ! Mais tu es quand même sur le podium, lol. Nan, ça n'a pas d'importance, en fait. Merci pour review en tout cas. Gros bisous !

Nfertiti : Merci d'être passée ! Les réponses à tes questions suivent dans ce chapitre !

Coralie Malefoy : Encore un passage éclair, mais je te remercie quand même d'avoir marqué ton passage ! Je t'embrasse bien fort, 'tite pote !

Broack Dincht : Je suis contente que ça te plaise !

Bellatrix Black-Snape : Coucou, ma Lu ! Merci beaucoup pour ta review, et aussi pour tes commentaires qui m'ont permis de me rendre compte de quelques incohérences dans mon histoire. J'ai dû apporter certaines corrections. Comme tu peux le constater, tes reviews ne sont pas inutiles ! Si ça se trouve, sans toi, j'aurais pondu une histoire qui ne tient pas la route ! N'hésite donc pas à me faire part de tes critiques, et plein de Bisounours à toi.

Harana : Merci pour tes deux reviews ! Et aussi pour ta compréhension vis à vis du cas de Antje. Gros bisous à toi !

Lily Petite Etoile : Voilà la suite ! Gros bisous !

Merci à tous pour vos reviews et vos encouragements. Voilà le troisième chapitre. L'épilogue sera publié soit demain soir tard, soit jeudi.

Gros bisous à tous et bonne lecture.

Part 3 : Sirius et moi :

Je pleurai longtemps, sans pouvoir m'arrêter. Quelque chose semblait s'être décoincé en moi. Je venais de sortir des vieux squelettes d'un placard dont j'avais jeté la clé, et de mettre des mots sur des souvenirs que je m'étais appliqué à occulter pendant des années. J'avais cru être heureux, dans ma petite vie tranquille, mais ce n'était qu'une surface. En réalité, je n'avais jamais vraiment accepté les événements tragiques qui ont marqué mon adolescence.

Ça me faisait de la peine de réaliser tout ça. Les dés étaient pipés. Je croyais maîtriser ma vie, or ce n'était pas le cas. Mes émotions cachées et passées étaient des monstres tapis et prêts à rejaillir. Et c'était ce qu'ils venaient de faire.

À court de larmes, je relevais la tête, et regardai Dumbledore. Il avait cet air vieux et triste, comme au jour de sa mort. J'étais allé le voir à Sainte-Mangouste, avec Luna et Vera, pour lui faire un dernier adieu. Et lorsqu'il avait fermé définitivement les yeux, ma fille, qui n'avait qu'un an à l'époque, avait hurlé dans les bras de sa mère.

Dumbledore me rendit mon regard. Il eut un geste, comme pour essuyer une larme :

— Tu es très courageux, Harry, dit-il. Je suis fier de toi.

Je ne répondis pas. Je venais de me rendre compte du bizarre de la situation. Dumbledore était certes au courant de ce qui m'était arrivé. Mais à l'époque où nous nous trouvions, la prophétie de Trelawney n'avait pas encore eu lieu. Il restait encore quatre ans. Alors comment cela était-il possible ?

— Je suis dans la même situation que toi, répondit Dumbledore à ma question silencieuse. La prophétie disait également que je reviendrais aussi pour t'accueilir et pour t'aider, mais j'ai préféré que cet élément ne figure pas dans la copie. L'époque dans laquelle nous nous trouvons tous les deux est confuse, et difficile pour toi comme pour moi.

— Quelle période venez-vous de quitter, demandai-je.

— L'année de ton mariage, répondit-il avec un sourire.

— Oh.

— Le temps est un réseau élastique et compliqué, Harry. Il n'est pas bon de jouer impunément avec, et de modifier le passé ou le futur. C'est pour ça que les détenteurs de Retourneurs de temps sont si rares. De ce fait, je ne resterai pas très longtemps ici, et toi non plus. Tu regagneras ton époque originelle demain matin.

— Comment je vais faire ?

— Ne t'inquiète pas, ça se fera tout seul. Tu te réveilleras dehors, sur le banc devant la maison, comme si tu avais fait un rêve, sauf que c'en était pas un. La seule chose qu'il te reste à faire, c'est parler à Sirius. Je vais lui expliquer autant que possible ce qu'il en est. C'est un homme intelligent, il comprendra ce que je lui dirai, et il ne cherchera pas à en savoir davantage. Quant à toi, tu es suffisamment adulte pour connaître la part des choses à lui dire et à lui cacher.

— Comme la date de sa mort, par exemple ?

— Précisément.

Un silence s'installa. Je me sentais mal à l'aise. Certes, j'avais réussi à mettre des mots sur mes névroses, mes douleurs, mais je n'étais pas sûr d'avoir vraiment tout accepté. De plus, je ne savais pas si j'étais content ou pas de quitter cet endroit. Certes, j'allais retrouver mon monde, ma famille, mes amis. Mais j'allais aussi perdre Sirius pour la deuxième fois. Et je n'étais pas sûr de parvenir à le supporter.

— Harry, l'être humain est pétri de douleur, dit Dumbledore. Chacun d'entre nous a une part d'ombre avec laquelle il se doit de vivre. Ce que ton cerveau d'adulte a compris ces jours derniers en revivant tes quinze ans, c'est à quel point la période était troublée. Et aussi, bien que quand tu avais vraiment quinze ans, tu étais persuadé du contraire, il y avait des choses dont tu ne pouvais saisir la portée. Des choses que tu ne pouvais pas comprendre, parce que tu étais trop jeune, et pas encore prêt. Tu as également pu voir à quel point nous autres adultes nous inquiétions pour toi. Nous n'avons jamais cru que tu étais fou, bizarre ou malade. Les responsabilités que tu devais assumer étaient trop lourdes pour toi.

— Je suis désolé, j'ai été égoïste. Je me croyais exclu, incompris. Je croyais pouvoir tout supporter, et...

— Harry, tu avais quinze ans. C'est normal à cet âge de se conduire ainsi. Par contre, c'est la situation qui n'était pas normal. Rien n'est ta faute dans toute cette affaire. Tu as su faire preuve de beaucoup de courage. À présent, concernant ce que la mort de Sirius a réveillé en toi, ce n'est pas avec moi que tu dois en discuter, mais avec lui. Je vais d'ailleurs aller le voir de ce pas.

Il se leva, et me tendit la main :

— Je suis heureux d'avoir eu cette conversation avec toi. Pense à ce que je viens de te dire. Parles-en avec Luna quand tu auras regagné ton époque. Maintenant que tu es adulte, tu devrais parvenir à comprendre et à assumer ces vieilles douleurs qui t'empêchent d'être pleinement heureux. Adieu, Harry. Je te souhaite une vie pleine de joie.

Sans attendre de réponse, il sortit.

xox

Je me sentis un peu déprimé tout le reste de la journée. Personne ne s'en formalisa outre mesure, il faut dire qu'à l'époque, je vivais dans l'angoisse contante de voir mon cerveau pollué par Voldemort, de voir des meurtres et autres tentatives d'assassinats dans mes rêves, et en plus, j'étais toujours très troublé par mon songé récurrant du Département des mystères. Y repenser me fit mal : si j'avais su ce qui se trouvait derrière cette satanée porte, mon destin en l'occurrence, je n'aurais certainement pas eu envie de l'ouvrir pour voir ce qui était caché derrière. Je trouvai un dérivatif à mon spleen en regardant les autres, et, pour la dernière fois, à comparer ce qu'ils étaient au moment présent avec ce qu'ils deviendraient dans l'avenir. J'eus à un moment une pensée pour Rogue, qui d'ici quelques jours, devait débarquer au square Grimmaurd pour me parler des leçons d'occlumancie (je n'ai réussi à maîtriser ce pouvoir qu'à ma deuxième année de formation d'Auror), et aussi pour s'engueuler de façon relativement gratinée avec Sirius. À la fin de la guerre, Rogue avait subi de nombreuses blessures, dont on pensait qu'il ne guérirait pas. J'étais allé le voir à Sainte-Mangouste, et il m'avait fait des excuses sur la façon dont il m'avait traîté pendant toutes ces années ; il était persuadé qu'il allait mourir, et il voulait calmer sa conscience avant de partir. Contre toute attente, il avait survécu. Il avait quitté l'enseignement, et s'était installé à la campagne pour se consacrer à l'horticologie, et à la recherche en potions. Il avait beaucoup aidé Hermione à lancer son labo, même si ce partenariat était parfois houleux. En y repensant, je souris. Hermione était rentrée chez elle un nombre incalculable de fois en fulminant sur « ce vieux con aux idées étroites ».

Pendant le repas du soir, je constatai que Sirius avait à nouveau l'air triste. Mais comme c'était souvent le cas, personne ne fit de remarque. J'eus un pincement au cœur en constatant que tout le monde semblait s'en moquer. Tandis que je me levai de table, il me retint par le bras, et glissa discrètement : "Harry, il faut qu'on discute. Quand tout le monde sera couché, redescends ici. Je t'attendrai."

Je passai la soirée à jouer aux échecs avec Ron, et à papoter de Quidditch. J'affichai la mine sinistre de circonstance : à l'époque, je n'avais plus le droit d'y jouer. Une des vacheries d'Ombrage pour me destabiliser. Cette vieille buse sadique ne s'était jamais remise de sa confrontation avec des centaures, juste avant la mort de Sirius. Elle suivait un traîtement de choc. Tous les mois, elle allait à la pharmacie de Sainte-Mangouste chercher sa dose de potions anxiolythiques, à assomer un bœuf.

Sur le coup de onze heures du soir, Mrs. Weasley envoya tout le monde se coucher, et un quart d'heure après m'être glissé sous les draps, j'entendis Ron ronfler comme un moteur. Tout en mettant mes lunettes avant de descendre en catimini, je me demandai comment Hermione pouvait supporter ce boucan toutes les nuits depuis douze ans.

La cuisine était simplement éclairée par un chandelier à trois branches posé sur la table, et par le bout incandescent d'une cigarette. Sirius était assis, les jambes croisées, et il fumait. Deux mégots étaient déjà écrasés dans une soucoupe de porcelaine ébréchée. Nous nous regardâmes un moment en silence, puis un sourire étrange éclaira le visage de mon parrain. Je lui souris en retour, et m'assis en face de lui :

— Alors comme ça, dit-il d'un ton amusé, tu es descendu du futur pour faire un tour dans ton passé, qui est néanmoins mon présent, c'est ça ?

— Euh... fis-je. Exprimé comme ça, ça semblait compliqué, mais Sirius avait intégré le concept.

— Et si dans ton corps, tu as quinze ans, dans ton cerveau, tu as presque le même âge que moi.

— Ben oui.

Sirius se mit à rire :

— J'ai eu du mal à le croire, dit-il, mais tout bien réféchi, il me semblait bien que tu avais pris un coup de vieux en un temps record.

— J'étais si bébé que ça ?

— Allons donc, à quinze ans, on l'est tous encore un peu quelque part. Moi, à cet âge-là, j'étais un petit crétin qui ne se prenait pas pour la moitié d'une merde.

Je souris. Remus m'avait raconté, plusieurs années auparavant, des tas d'anecdotes sur la jeunesse des Maraudeurs, histoire de me faire voir mon père sous un autre angle après que je l'aie vu asticoter Rogue de la pire des manières dans une Pensine.

— Dis-moi, reprit Sirius en me rendant mon sourire. À quoi tu ressembles, à trente-cinq ans ?

— J'ai les cheveux longs, répondis-je. Sirius se remit à rire :

— Ben ça alors ! Me demande ce qu'en aurait pensé James.

— Moi aussi.

— Si tu veux mon avis, ça l'aurait fait marrer.

Un ange passa. Sirius continua de me regarder en souriant. Sans doute essayait-il de se représenter la tête que j'avais. Puis un éclair de tristesse traversa son regard, et il dit :

— Dumbledore m'a dit que dans l'univers que tu viens de quitter, je ne suis plus là. Il n'a pas voulu me dire exactement quand est-ce que j'allais mourir, et honnêtement, je ne tiens pas à le savoir.

— Pourquoi ?

— C'est un peu compliqué à expliquer, un peu confus dans ma tête. Je n'ai pas peur de la mort. La seule chose que je craigne vraiment, en réalité, c'est le baiser du Détraqueur. Parce que si ça m'arrivait, mon âme ne trouverait jamais le repos. Et je ne veux pas de ça. Je suis fatigué, Harry. Si on excepte la période que j'ai passée à Poudlard, et les quelques années qui ont suivi, je n'ai pas eu une vie très heureuse. J'ai grandi dans cette barraque immonde, entouré de gens aux idées extrémistes et à l'esprit étroit. J'ai passé douze ans en prison, à lutter à chaque minute contre la folie. Quand je me suis échappé, pour me venger, pour te protéger, je devais vivre tout le temps caché, et même si je faisais comme si ça n'avait pas d'importance, je trouvais ça très dur. Tout ça pour finir à nouveau enfermé ici... Je comprends que tu sois — ou que tu aies été, je ne sais pas trop — frustré, parce qu'il faut (a fallu ?) te cacher des choses, pour te préserver, pour que tu puisses t'épanouir le plus normalement possible.

— Ne te justifie pas, Sirius, ça ne sert à rien. Ce qui est du présent pour toi est du passé pour moi. Ça ne sert à rien de revenir là-dessus. Tu as fait ce que tu as pu, et ce que tu as cru être le mieux.

— J'aurais tellement voulu que ça se passe autrement, tu sais.

— Moi aussi.

— J'aurais voulu te voir grandir, Harry. Je t'ai vu bébé, tu étais le gniard le plus choupinet que la terre ait jamais porté, et puis quand je t'ai retrouvé, tu avais près de quatorze ans, et tu ressemblais tellement à ton père que j'ai cru à une hallucination. Et puis tu sais, même si la mort, je m'en fous, ça me fait un choc de savoir que je ne te verrai même pas vieillir.

Sirius soupira, et une larme roula sur sa joue.

— Et merde, fit-il d'une voix nouée. Il essuya ses yeux avec sa manche, et alluma une autre cigarette.

— Il y a quand même une chose positive, dans tout ça, reprit-il après avoir tiré quelques bouffées, c'est que si tu es vivant, et qui si tu as atteint cet âge-là, c'est que tu as tué Voldemort.

— Qu'est-ce que tu en sais, demandai-je. La guerre pourrait très bien durer depuis vingt ans.

— Je le sais à ta façon de te comporter. C'est ce qui m'a fait croire que cette histoire de remonter le temps n'était pas du flan. Avant que tu n'arrives de ton avenir, tu étais mort d'angoisse, comme tout le monde. Mais depuis que ton esprit adulte est là, tu montres un certain détachement, comme si tu savais déjà ce qui allait se produire. Et je pense que si Voldemort nous avait tous tués, les uns après les autres, tu n'aurais pas regardé tes copains en te retenant de ne pas rire.

— D'accord, j'ai tué Voldemort. Mais je ne veux pas en parler.

— Je n'avais pas l'intention de te poser des questions, dit Sirius. Mais il y a des choses qu'il faut que tu saches. Des chose que je n'ai vraissemblablement pas pu te dire auparavant, même dans ce qui est à la fois mon avenir et ton passé.

Sirius écrasa son mégot. Il avait l'air grave. Je savais que ce qu'il allait me dire était important.

— Harry, dit-il, s'il y a une chose pour laquelle je me sentirai coupable jusqu'à la dernière seconde de ma vie, c'est la mort de tes parents. J'ai totalement manqué de jugeotte, et j'ai fait de toi un orphelin en voulant jouer au plus malin. Si j'avais bel et bien été le Gardien du Secret de tes parents, Voldemort m'aurait peut-être enlevé, torturé et tué, mais tes parents seraient restés en vie parce que je n'aurais pas dit un mot. Après leur mort, j'ai voulu rattraper ma faute en prenant soin de toi. Je t'aurais élevé, et je t'aurais donné tout l'amour auquel tu avais droit, parce que je t'ai aimé la première fois que je t'ai vu. Tu étais né depuis à peine une heure, James t'a collé dans mes bras, et je ne savais carrément plus où me mettre.

Sous le coup de l'émotion que devait provoquer ces souvenirs, une autre larme roula sur le visage de Sirius. Il l'essuya d'un geste rageur en marmonnant un truc s'apparentant à « purée, c'est pas possible, je me sens trop con ». Il se colla une cigarette au coin du bec, mais il ne l'alluma pas. Il reprit son discours :

— Mais comme de juste, ça ne s'est pas passé comme ça. Il a fallu que Queudver reporte la responsabilité de ses fautes sur moi, et je suis allé en prison à sa place. A suivi cette période où, contrairement à ce qu'on croit, j'ai vraiment eu du mal à ne pas devenir fou. Certes, je n'avais pas dénoncé tes parents à Voldemort, et je n'avais pas fait exploser une tripotée de Moldus en essayant de fuir. J'étais donc innocent, mais j'avais l'impression viscérale d'avoir précipité la mort de tes parents. Au contact des Détraqueurs, qui patrouillaient toute la sainte journée devant ma cellule, je voyais, entre autres mauvais souvenirs, le cadavre de ton père et celui de ta mère. Seigneur. Et j'entendais tes cris. Les cris du bébé terrifié et blessé que tu étais. Je ne le supportais pas. Et c'est là que j'avais tendance à prendre ma forme de chien, pour oublier un peu tout ça.

Je ne savais pas trop pourquoi Sirius me parlait de tout ça. Peut-être en avait-il besoin. Peut-être voulait-il me dire ce qu'il avait ressenti pendant toutes ces années, tout ce qu'il n'avait pas pu ou pas voulu que je sache, parce que les circonstances ne s'y prétaient pas, ou alors parce que j'étais trop jeune ou trop vulnérable pour comprendre.

— Harry, j'ai aimé ton père comme je n'ai jamais aimé personne. C'était mon frangin. On avait les mêmes convictions, on aimait les mêmes choses, on faisait les mêmes conneries. On partageait tout. Pour tout te dire, j'avais une petite amie quand j'étais jeune, et elle était rousse, comme ta mère. Et la première fois que je t'ai vu, après m'être enfui d'Azkaban, j'ai cru devenir dingue tellement tu ressemblais à ton père. Et le jour où tu m'as dit que tu voulais bien t'installer chez moi si jamais j'étais innocenté, j'ai été heureux comme je ne l'avais jamais été depuis plus d'une putain de décénie. Mais il a fallu, une fois de plus, que les choses se corsent et ne se passent pas comme prévu.

Sirius parla pendant encore un long moment de ce qu'il avait ressenti, de sa peine, de ses regrets. J'eus l'impression qu'il était en train de déballer son linge sale. Ce qui me mit mal à l'aise, c'était que les peines et les regrets en question étaient terriblement voisins des miens. Je le dis à Sirius, qui, comme la nuit précédente, se leva pour me prendre dans ses bras. On pleura tous les deux comme des fontaines. Un véritable orage lacrymal géant, de quoi constituer un nouvel océan. Puis on se calma. Sirius fit du café, et on fit un sort au paquet de cigarettes. Presque sans parler. Nous étions à nouveau hors du temps, en train de vivre quelque chose que nous aurions aimé vivre plus tôt, et plus longtemps. Au bout d'un moment, Sirius reprit la parole :

— Il y a un dernier truc qu'il faut que tu saches, Harry. Tu vas retourner dans l'époque où tu es sensé vivre, et où moi, je suis mort. Mais je ne serai pas vraiment parti. Je ne sais pas quand ni comment je vais mourir, et honnêtement, je ne tiens pas à le savoir, comme je te l'ai dit. Je ne sais pas où vont les âmes quand elles passent de l'autre côté, mais je suis persuadé d'une chose. Les gens qu'on aime et qui nous ont aimés ne partent jamais vraiment, ils sont là, tapis, quelque part, et ils veillent sur nous. Tu vois, là, maintenant, je suis sûr que ton père, de là où il est, est en train de nous regarder, et il se fout grave de notre poire parce qu'on a pleuré comme des filles.

— Boarf, émis-je, pas très convaincu.

— Quand tu seras rentré chez toi, pense à moi, une fois de temps en temps. Et dis-toi bien que là où je serai, je suis heureux, parce que j'aurai retrouvé des gens que j'aime, et je veillerai sur toi.

xox

Le lendemain matin arriva bien vite. L'idée que ces étranges vacances cessent me paraissait bizarre. Mais tout allait redevenir normal, et j'allais retrouver mon train-train avec dans la tête, de nouveaux souvenirs et des pistes de réflexions pour essayer de voir mon passé et ma vie sous un nouveau jour.

C'était au moment où la nuit devient jour. Au dehors, la place était déserte. Je descendis doucement l'escalier, prêt à partir sans être vu. Mais Sirius m'attendait. Il tenait un gros oreiller joufflu par un coin. Une image curieuse.

Sirius m'accompagna dehors, en tenant toujours son oreiller. Il me le mit dans les mains, en disant :

— J'ai comme dans l'idée que tu connais quelqu'un qui aura besoin d'un deuxième oreiller pas plus tard que bientôt.

— Comment tu le sais ?

— Sais pas. C'est comme ça.

Devant la porte d'entrée, Sirius me serra une dernière fois contre lui. "Prends bien soin de toi, mon grand. Et sois heureux." Je dus faire un effort pour ne pas chouiner. Mon parrain me poussa dehors en disant d'un ton bourru :

— Dépêche toi. Ta vraie personne ne va pas tarder à revenir, et le temps va reprendre son cours normal. Salut, Harry. J'aime beaucoup l'adulte que tu es devenu.

Les yeux brouillés par les larmes, je sortis. La porte se referma sur moi, et l'instant d'après, une migraine s'empara de moi, tellement intense que je tombai dans les pommes.

A suivre : l'épilogue.

Te reconter enfin qu'il faut aimer la vie,

Et l'aimer même si

Le temps est assassin, et emporte avec lui le rire des enfants

Et les mistrals gagnants.

(Renaud Séchan)