Chapitre 2:

Marcus était en pleine contemplation. Depuis qu'Eir les avait rejoint à l'étage, il ne pouvait plus se détacher de son regard. Comme s'il était envoûté. Il était persuadé qu'elle avait quelque chose. Peut-être devrait-il demander à Eléazar de venir à Landerneau pour confirmer ses soupçons. Mais cela risquerait d'attirer l'oeil d'Aro sur lui et ses théories. Il se pinça les lèvres. Il hésitait à en parler ouvertement à Aro, cartes sur table. Mais ce petit détail pourrait bien faire basculer la vie de cette mortelle vers la mort. Et le vampire voulait l'éviter à tout prix. Comment faire? Que pouvait-il faire?

Il avait remarqué l'intérêt que Caius avait envers Eir. Il avait toujours aimé les femmes qui savaient ce qu'elles voulaient. Puis son regard croisa celui de son frère aîné. Avec un sourire mystérieux, il déclara:

"_ Si j'avais été célibataire...

_ Elle est déjà prise, fit doucement la voix mielleuse de Robin."

Cela arracha un sourire à Marcus tandis que Caius avait ravalé le sien. Aro n'avait pas quitté son regard de son quotidien. Marcus releva que c'était encore le même. Qu'est-ce qui pouvait perturber à ce point son frère? L'humaine? Est-ce qu'il ressentait déjà les prémices de son attachement envers elle? Non ce n'était pas ça. Pourquoi avait-il peur qu'elle le regarde? Non... Ce n'était pas de la peur qui émanait de son corps. C'était plus... De l'indifférence. Oui. Voilà, c'était ça. Une totale indifférence envers ce qui l'entourait alors que normalement il s'intéressait à tout ce qui était nouveau. A chaque fois qu'il y avait une nouvelle secrétaire humaine à Volterra, il n'hésitait jamais à prendre leur main pour voir leur vie passée.

"_ Et comment se nomme-t-il? Demanda Caius."

Robin fut prise au dépourvu. Elle ne s'attendait pas à ce que le roi lui pose ce genre d'interrogation. Surtout si cela concernait une humaine. Elle hésitait à lui répondre. Elle ne savait pas comment Caïus allait réagir s'il découvrait la vérité. Alors que le vampire blond était sur le point de s'impatienter, Robin fut sauvée par l'intervention d'un "gentilhomme".

"_ Vous préoccuper d'une humaine n'est guère dans vos habitudes, souligna Aro en faisant tourner une page de journal.

_ Je veux juste me convaincre qu'elle est avec la bonne personne, répondit-il, sérieusement.

_ Et vous pensez que vous l'êtes? Ricana le liseur de pensées avec un joli sourire en coin.

_ Non. Mais je pourrais la diriger vers des mets plus exquis."

Aro leva les yeux vers son "frère". Son visage lisse exprimait une certaine curiosité par la réponse qu'allait donner Caius. Qu'est-ce qu'il entendait par "des mets plus exquis"? Parlait-il de Félix? Ou de quelqu'un d'autre?

"_ Est-ce à vous que vous pensez?

_ Non."

Caius leva ses yeux vers Marcus, qui s'enfonça plus dans sa chaise. Démasqué. Aro se tourna vers lui. Son expression montrait son étonnement.

"_ Vous, Marcus?

_ Elle est belle, lâcha le concerné."

Deux taches opaques étaient apparues sur les joues du vampire. Il n'osait guère regarder son voisin, de crainte qu'il souhaite lire ses pensées. Discrètement, il cacha ses mains de celles de son ami. Il n'avait guère envie qu'Aro ne découvre la vérité sur ce lien entre Eir et lui.

Si Marcus trouvait une femme belle alors qu'il était en deuil de Didyme, Aro pensait qu'il y aurait sans doute un moyen pour que Marcus s'implique un peu plus dans les affaires royales. Aro referma le journal et le posa sur la table. La mine impassible, il décida enfin de vérifier les dires de son beau-frère. Lorsque ses yeux posèrent sur la silhouette féminine, ses muscles du visage se détendirent lentement. Comme si le fait d'avoir l'humaine dans son champ de vision lui permettait de soulager ses tracas. Inconsciemment, il passa sa langue entre ses lèvres comme pour attiser sa soif. Sa faim de sang frais. Il ne vit guère le sourire de ses deux confrères - qui s'échangèrent un regard parfaitement entendu.

Quand Félix cassa la cible, la mortelle avait virevolté, envoyant une légère brise de parfum vers les rois vampires, afin de s'adresser à Erwan. Aro avait sursauté et cligna des paupières, surpris par cette réaction plutôt inattendue. Ce fut à son tour de s'enfoncer dans sa chaise. Encore choqué par ses agissements. Ses yeux sortaient de leurs orbites.

"_ Bon, ce n'est pas tout mais j'ai du travail à rattraper, fit remarquer Eir. Il est hors de question que je laisse la place à Gwenaël."

Eir passa près des dirigeants de la communauté vampirique pour embrasser Robin et Aro eut tout le loisir de la contempler. Sa démarche était déterminée et élégante. Le fait qu'elle s'était habillée en corsaire ne le dérangeait nullement. Au contraire, cela accentuait son charme. Son attirance envers elle. Il voulut saisir son poignet mais se retient juste à temps. Il ne voulait pas se donner en spectacle. Pas devant autant de monde. Il ne devait pas oublier qu'il était roi. Et pas n'importe lequel. Il faudrait qu'il arrive à lui parler en tête à tête. Peut-être que lorsqu'ils repartiraient pour Volterra, il l'oublierait facilement. Leurs regards eurent juste le temps de se croiser. Aro resta impassible tandis qu'Eir continuait sa marche vers le bar.

Aro ainsi que ses "frères" furent étonnés par le désintéressement de l'humaine pour eux. D'habitude, les humains faisaient tout pour que les vampires les remarquent. Sauf que là... Cela n'avait pas marché. Et il ne fut guère le seul à afficher une mine mi-déçu, mi-curieux à l'employée d'Erwan et de Robin. Aro se retourna sur sa chaise pour mieux la contempler. Depuis que Sulpicia l'avait lâchement abandonné pour un autre, il s'était tourné vers des contacts plus masculins. Marcus soupçonnait qu'il était au courant de l'identité de l'âme-sœur de son ancienne épouse. A présent, il avait des difficultés à redonner sa confiance envers la gente féminine. Peut-être qu'Eir pourrait y remédier? Mais puisqu'elle était déjà avec quelqu'un...

"_ Fais attention en rentrant, Eir. Depuis qu'il y a eu ces disparitions, j'ai peur que cela tombe sur toi.

_ Je sais me défendre, ne t'en fais pas. J'ai même une bombe lacrymogène dans ma poche intérieure. Et puis... Si on m'embête vraiment, je sais où cibler."

Eir essayait de plaisanter sur un sujet qui ne l'était vraiment pas. Robin secoua négativement de la tête. L'humaine ne pouvait pas comprendre. Ces disparitions n'étaient l'oeuvre d'un humain mais d'un vampire autre que les propriétaires du bar. Plusieurs fois la vampire voulait lui dire la vérité, et plusieurs fois, elle s'était retenue car elle ne voulait pas qu'Eir soit lamentablement assassinée par des suceurs de sang.

"_ Eir ne risque rien, fit Erwan en venant vers eux. Les disparitions n'ont lieux qu'aux abords de Landerneau.

_ Pour l'instant, fit remarquer la vampire, amère.

_ Si cela peut te rassurer, je peux te biper dès que je serai arrivée chez moi, proposa Eir, gentiment."

Robin considéra un moment l'idée de la jeune humaine puis soupira.

"_ D'accord, céda la vampire, impuissante.

_ Et si jamais, je me fais attaquer et que je n'arrive pas à les semer, je retourne directement ici, continua la mortelle. Comme cela Erwan aura l'occasion de leur casser la figure."

Cette fois-ci, Robin esquissa un sourire. Triste cependant. La vampire s'était occupée de l'humaine pendant vingt ans avec son compagnon. Jamais Eir ne s'est posée la question sur leur éternelle jeunesse. Elle ne semblait pas s'intéresser à ce genre de petit détail. Mais Robin pensait que l'humaine ne mettrait pas long feu pour comprendre ce qu'ils étaient réellement. Ce n'était plus qu'une question de temps.

"_ Très bien, mais sois prudente.

_ A demain! S'exclama la jeune femme en levant la main en l'air."

Eir descendit les escaliers et disparut dans la nuit noire de juillet. Robin lança un coup d'œil à Erwan puis fit:

"_ J'ai vraiment un mauvais pressentiment.

_ Robin... Ne commence pas. Nous avons pris les dispositions pour qu'il ne la retrouve pas."

Les rois tendirent l'oreille. De quoi Erwan et Robin étaient en train de parler? Qui étaient ces personnes qui en voulaient à Eir? Aro se leva et se dirigea vers le bar. Le visage empreint d'avidité et de savoir.

"_ Je pense que nous avons assez observé, décréta Caius avec son éternelle froideur.

_ Le temps des questions est venu. Vous n'avez pas le droit de nous mentir. Si vous le faites... Nous vous punirons. Et j'aimerais éviter cela, fit Aro.

_ Nous n'avons pas l'intention de vous cacher quoique ce soit, répliqua Robin sur la défensive.

_ Revois ton ton, rétorqua Jane en avançant d'un pas.

_ Allons, allons, ma délicieuse Jane. Du calme, temporisa le leader des Volturi."

Robin contourna le bar et se tenait devant les Volturi, attendant patiemment les questions de ses Maîtres. Erwan s'était mis à côté d'elle et attendait lui aussi que les rois des vampires prennent la parole. Aro tournait autour du couple tel un rapace survolant les versants des montagnes à la recherche d'une proie à manger. Son sourire chaleureux pouvait facilement tromper son adversaire mais si on le connaissait bien, Aro cherchait un moyen pour soutirer toutes les informations qu'il souhaitait avant de donner le coup de grâce. D'un coup, il s'arrêta devant Robin, qui tressaillit, et tendit sa main. La vampire hésita quelques millième de seconde puis donna sa main à son supérieur. Les yeux d'Aro se voilèrent, récoltant tous les souvenirs que Robin avait eu avec Eir et Erwan. Elle grimaça. Elle aurait dû écouter Erwan. Elle n'aurait pas dû prévenir les Volturi qu'un vampire était en train de semer la zizanie dans le pays de Landerneau-Daoulas. Elle aurait dû attendre qu'ils aient plus de preuves pour les apporter à leurs Maîtres.

Le leader du clan fit un pas en arrière et lâcha la main de la vampire. Il se tourna alors vers Erwan qui fit comme sa compagne. A la fin de cet échange muet, Aro eut un sourire qui frôlait l'hystérie. Dans ses yeux rougeâtres et d'un blanc crémeux, Erwan pouvait y lire toute la folie de ce vieux vampire millénaire. Il avait l'étrange impression d'avoir trahir Eir et détourna son visage sur autre chose.

Le couple de vampire craignait plus pour la vie de leur protégée que pour la leur. Ils l'avaient vu grandir et s'épanouir. Ils avaient réussi à réaliser leur rêve en quelque sorte: fonder une famille. Hélas, la loyauté envers les Volturi revenait toujours au galop. Et cela faisait du mal à Robin. Erwan pensait qu'Aro allait ordonner à Félix et Démétri de les démembrer. De toute manière, ils avaient en quelque sorte trahi la confiance de leurs Maîtres.

"_ Il est vrai... Que ces disparitions sont inquiétantes, fit Aro, sérieusement. De plus vous avez relevé l'odeur de Sulpicia aux abords de la ville. Là où la police soupçonne que c'était les derniers endroits où les victimes y sont passées. Démétri?"

Erwan et Robin s'échangèrent un regard. Erwan saisit doucement la main de sa compagne avant de regarder leur Maître. Devaient-ils être soulagés? Ou Aro était-il en train de ficeler un piège pour mieux les punir?

Démétri avait les sourcils froncés. Il semblait perplexe. Les membres de la garde ainsi que les souverains le fixèrent avec intensité. Ce qui accentua la pression sur ses épaules. Il ne savait pas comment l'annoncer à ses Maîtres. C'était bien la première fois qu'il était confronté à cela...

"_ Il y a bien des traces de votre épouse, Maître..."

Il hésita à continuer. Caius fit un léger "hum" pour encourager le traqueur à parler mais Démétri ne semblait pas l'avoir entendu.

"_ Mais? Fit Caius, impatient.

_ Il semblerait qu'elle ne soit plus dans les parages."

Aro arqua un sourcil, interrogateur. Demandant silencieusement à Démétri de donner plus en détail.

"_ Ni sur les autres continents, d'ailleurs.

_ Avez-vous trouvé des traces de lutte? Interrogea Aro à Erwan et à Robin bien qu'il savait déjà la réponse.

_ Non, répondit faiblement Robin.

_ Maître, reprit sérieusement le traqueur. Je sens qu'elle est encore en vie sauf... Que j'ai l'impression qu'elle a disparu de la surface de la terre.

_ Comment est-ce possible? Demanda Caïus en jetant un regard à Marcus."

Marcus haussa les épaules, tout aussi stupéfait par cette nouvelle. Aro restait quelque instant immobile. Il devait essayer de trouver une explication à ce phénomène. Aro pensa à Bella Cullen mais leur petite famille avait emménagé au Canada. Impossible que ce soit eux. Non. Il devait avoir une autre explication. De plus, le vampire châtain venait d'apprendre, par les souvenirs de ses deux anciens gardes, que Carlisle était le seul, avec Alice et Jasper, à habiter en Bretagne. Suite à la mystérieuse disparition de sa femme, Esmée, Carlisle a voulu quitter Forks et les Etats-Unis pour l'oublier. Il s'était exilé en France et c'est dans le Finistère Nord qu'il avait décidé de poser ses bagages. Cela faisait trois ans qu'Eir était en couple avec ce vampire végétarien. Ils s'étaient rencontrés à l'Université Brest Océane.

Une vague de jalousie se propagea dans le corps d'Aro. Il n'acceptait pas qu'une simple humaine soit dans les bras du vampire anglais. Il cacha son mépris et son dégoût face à ce sentiment d'envie. Il enviait la place d'Eir à cet instant. Comme il pouvait la détester... Et pourtant il n'avait qu'une envie c'était d'être auprès d'elle au lieu de Carlisle.

Avant que Carlisle ne rejoigne la France, il était venu à Volterra pour demander à Aro si Démétri pouvait localiser la présence d'Esmée. Le résultat a été plus que décevant. Le Maître des lieux, voyant la profonde tristesse de son vieil ami, l'avait amené dans une chambre accolée à la sienne. Ils avaient longtemps discuté. De leurs compagnes. Étrangement, Sulpicia et Esmé avaient disparus à peu près de la même manière, c'est-à-dire, il y a vingt ans. Elles avaient toutes les deux donnés une excuse du genre qu'elles aimaient quelqu'un d'autre et qu'elles avaient besoin de plus de liberté. Aro avait compris les besoins de son ancienne femme mais Esmé... Elle avait tout. Un mari aimant et des enfants ainsi qu'une petite-fille. Pourquoi demander plus? Quelque chose clochait. Il en était certain.

Les deux immortels, étant tous les deux meurtris, n'avaient pas honte de laisser aller leur tristesse. Le vampire carnivore avait alors profité de cette faiblesse pour passer à l'attaque. Le blond, surpris par cette étreinte, ne se débattit guère. Bien au contraire, il fondit sous les caresses du Volturi. Il acceptait ses baisers voluptueux. La nuit fut exquise. Remplie de délices. Mais toute bonne chose à une fin.

Au petit matin, Carlisle était parti comme si rien ne s'était passé. Aro avait repris son travail habituel et n'avait soufflé mots à personne, même pas à ses frères. Et ils ne s'étaient plus revus.

Maintenant qu'Aro savait que Carlisle était avec cette mortelle, il n'avait qu'une seule et unique envie: le reconquérir. Mais il se doutait bien que l'humaine serait coriace. Il grimaça. Il fallait qu'il trouve quelque chose mais quoi? D'abord, il fallait qu'il sache où ils habitaient. Ensuite, il pourrait élaborer un plan. Et après passer à l'action. Aro avait toujours eu cette obsession de posséder Carlisle, corps et âme.

Et pourtant... Eir pouvait être une recrue merveilleuse pour le clan des Volturi. Avec ce pouvoir qui germait peu à peu en elle, elle pourrait presque remplacer Afton. Quelle était la meilleure façon pour avoir ces deux nouveaux jouets entre les mains? Il pourrait demander à Chelsea de briser leur lien ainsi Carlisle reviendrait vers lui. Et Eir serait toute seule. Ou alors... Il pouvait faire en sorte qu'Eir se donne à lui afin de l'engendrer. Il était curieux de voir ce qu'un enfant hybride aurait comme pouvoir lorsque ses parents en possédaient un.

Décisions... Décisions... Que faire? Que choisir?

Erwan n'avait pas cessé d'observer Aro et il semblait comprendre les réflexions du vampire. Il se retenait de grogner. De sauter à la gorge de son Maître. Il y avait bien trop de monde. Et puis il perdrait la vie et Robin aussi. Cependant il ne pouvait pas accepter que son Maître fasse du mal à Eir.

"_ Heureusement que Robin a eu l'amabilité de nous prévenir, fit doucereusement la voix d'Aro en se tournant vers ses frères. Nous allons enquêter sur ses disparitions. Il me semble que tu as un classeur où il y a les fiches des disparus."

Robin s'activa à aller le chercher, revint avec le fameux classeur et le posa sur la table devant les rois. Marcus l'ouvrit et feuilleta lentement le livret. Il passait en revue toutes les fiches.

"_ Il n'y a que des jeunes femmes, nota-t-il."

Aro se pencha par-dessus l'épaule de son beau-frère. Toutes ces humaines avaient les yeux verts et le visage ovale. Bizarrement, cela faisait vaguement penser à une quelqu'un. Robin s'approcha de la table et fit tourner rapidement les pages.

"_ Ah... Cinq jeunes hommes. Même forme du visage, même couleur de peau et d'yeux, releva Caius, pensif. Puis-je?"

Marcus laissa le classeur à son confrère. Caius reprit le livre depuis le début et cette fois-ci, il ne regardait pas que les photos mais aussi les informations personnelles de chacune des victimes.

"_ Puis-je avoir un crayon et une feuille?"

Une fois qu'il eut le matériel demandé, il se mit à gribouiller des choses et à faire quelques esquisses rapides. Il prit ensuite son chef-d'oeuvre et fit à Robin:

"_ Ils ont pratiquement le même âge qu'Eir, n'est-ce pas?"

Robin se tendit et affirma les dires de son Maître d'un signe de tête.

"_ Quelle âge?

_ Elle va avoir vingt-trois ans.

_ Quand?

_ Dans trois jours, répondit automatiquement Erwan. Le vingt-sept juillet."

Caius haussa un sourcil. Il semblait réfléchir à quelque chose d'important. Comme se remémorer certains souvenirs qu'il avait gardé au fond de sa mémoire. Son index frappait doucement ses lèvres qui indiquait sa concentration. Il valait mieux ne pas l'interrompre lorsqu'il était ainsi, dans ce genre de transe.

"_ Elle est née en mille neuf cent quatre-vingt douze, une nuit de pleine lune, relata le vampire.

_ Oui et donc? Fit Aro, ne comprenant pas où son frère voulait en venir.

_ Les Enfants de la Lune ont été éradiqués, il y a moins de quatre cents ans, fit remarquer Marcus.

_ Ce n'est pas à eux que je faisais référence. Enfin... Pas directement. Savez-vous où elle est née?

_ Non. Sa mère ne nous a rien dit, fit Erwan.

_ Il y a une légende celte, que très peu de personnes ne connaissent, raconte la naissance d'une fille qui aurait la faculté de voir les choses invisibles et de retrouver le chemin qui mène à l'île d'Avalon. Ce nourrisson devait naître au centre d'une forêt et non loin d'une rivière ayant pris le nom d'un défunt seigneur, pendant une nuit de pleine lune, expliqua le vampire blond, les yeux vitreux."

Il y eut un silence. Assez gênant. Robin commençait à piétiner sur place. Caius jeta un coup d'œil à la vampire qui commençait à s'inquiéter pour cette maudite mortelle. Même si le vampire blond ne comprenait pas l'affection que Robin et Erwan avaient envers Eir, il savait ce que cela faisait de perdre son enfant.

"_ Ces humains n'ont pas disparus juste parce qu'ils sont nés un jour de pleine lune, répliqua Aro nerveusement.

_ Je n'ai fait que raconter le début de la légende, mon frère. Elle dit aussi que cette fille aurait assez d'énergie pour que les loups-garous puissent se transformer en-dehors de la pleine lune. Ils pourraient se métamorphoser en loup à chaque phase lunaire. Bien entendu, il n'est pas dit ce qu'elle doit faire pour ce rite."

Robin frissonna. Elle n'aimait pas la tournure de la conversation. Et pourquoi Eir n'avait-elle pas encore téléphoné? Elle ne mettait pas autant de temps pour rentrer chez elle. La vampire se dirigea vers le bar mais fut rapidement maîtrisée par Démétri qui la ramena près d'Erwan. Les iris ardents d'Aro la dévisagèrent, sévèrement.

"_ Je ne crois pas vous avoir dit de bouger, murmura-t-il comme pour lui-même."

Caïus se leva, alla vers le bar, trouva l'objet que Robin voulait prendre et le lui apporta. Aro fut abasourdi. Et d'un coup, une vague de colère déferla dans les pupilles flamboyants du vampire. Qu'est-ce qu'il pouvait détester cette mortelle en cet instant? L'imaginer dans les bras de Carlisle le répugnait. Carlisle était à lui. Rien qu'à lui. Elle ne pouvait le connaître comme lui le connaissait.

"_ Elle a le droit de vérifier si l'humaine est rentrée chez elle, grommela le blondinet en donnant le portable à Robin."

La concernée allait composer le numéro lorsque son téléphone vibra. Elle décrocha et s'exclama:

"_ Dis donc! Tu as pris ton temps pour rentrer dis-moi? Non mais tu es folle! J'ai cru que j'allais mourir!"

Erwan prit le portable et mit le haut-parleur pour qu'il puisse, lui aussi, prendre part à la discussion. Mais surtout pour calmer les deux tempérament de feux qu'il connaissait, c'est-à-dire: Eir et Robin.

"_ Ce n'est pas comme si tu étais déjà morte, répliqua au tac au tac l'humaine.

_ Pardon? S'étranglèrent les parents adoptifs d'Eir."

Ils pensèrent qu'elle allait bredouiller une explication sur sa découverte mais ce ne fut pas du tout le cas.

"_ Rooh, c'est bon. Je n'ai même plus le droit de plaisanter?

_ Pas quand il y a un malade qui traîne dans les parages.

_ D'accord, mam's. En tout cas, je puis te dire que je suis belle et bien en vie, en chair et en os dans mon appartement.

_ Et pourquoi as-tu mis autant de temps? Normalement, tu mets pas plus de vingt minutes.

_ Parce que Carlisle est revenu du travail, fit joyeusement Eir. Il fallait bien que je le bichonne un peu vu qu'on ne se voit pas souvent. Comme toi tu le fais avec Erwan.

_ Ça va passe-nous les détails..., dit Robin, gênée. Et... Passe-lui le bonjour.

_ Tu as le bonjour ... Enfin techniquement parlant... le bonsoir de Rob' et d'Erwan.

_ Renvois-leur mon bonsoir, fit la voix lointaine du médecin.

_ Vous avez le bonsoir de mon petit Doc, plaisanta Eir en riant. Rassurée?

_ Oui.

_ Bon bah... A demain.

_ A demain, c'est ça."

Et ils raccrochèrent. Robin soupira de soulagement alors qu'Aro ne cessait de se frotter les mains. Il semblait en pleine réflexion. Il se mordait sa lèvre inférieure. Oui. Il cherchait quelque chose pour reprendre Carlisle à Eir. Et cela ne plaisait pas du tout à Erwan.

"_ Tu vois. Il ne fallait pas s'inquiéter pour si peu, fit Erwan en frottant le dos de sa compagne.

_ On ne sait jamais."

Caius avait l'air bizarre. Il grimaçait ouvertement. Puis d'un coup, il lâcha en se rassoyant rageusement sur sa chaise:

"_ Pourquoi, à chaque fois qu'on va quelque part, il y a toujours ces satanés Cullen?"

Et voilà... Caius était à nouveau de mauvaise humeur. Il ne s'était jamais réellement remis de la défaite que les Cullen leur avait donné. Et il attendait patiemment le jour où les Cullen finiront par faire une entorse aux lois pour les punir sévèrement.

"_ J'espère qu'il ne va pas venir ici avec leur cabot. Je n'ai pas envie d'être imprégné par cette fichue odeur pendant le reste de la journée.

_ Il n'y a que Carlisle, Alice et Jasper, dit doucement Robin.

_ Alors ça va... Je pourrais survivre, grogna Caius."

L'aube se leva lentement. Les vampires étaient restés dans le bar à jouer au billard ou au babyfoot. Félix avait même trouver le moyen de trouer le tapis du billard. Cela avait faire rire Démétri et Alec mais pas Erwan qui avait pesté comme un chat feulant sur un autre félin. Aro attendait patiemment Eir. Il ne savait pas encore la façon dont il allait l'aborder. Il avait notamment perçu la soudaine animosité d'Erwan envers lui et avait demandé à Démétri d'être sur ses gardes.

Vers neuf heure et demi, Eir arriva en tenue de geisha. Ses longs cheveux noirs étaient attachés en un magnifique chignon asiatique. Sa peau était maquillée en blanc. Il n'y avait que ses lèvres qui apportaient un peu de couleur. Elle portait l'Obebe qui était une longue étoffe de soie en forme de T. Le kimono était imprimé de fleur de cerisier. Le fond était rouge, les fleurs or et les contours des tiges et des plantes en noir. Décolleté dans le dos, elle était caractérisée par de longues manches en forme de trompette et par une large ceinture nouée dans le dos qui s'appelait Obi. En plus de cela, elle avait des getas ainsi qu'une ombrelle. Beaucoup de personnes se retournaient pour la contempler.

Aro la trouva magnifique. Elle savait parfaitement mettre son corps en valeur. Et il oublia complètement que la serveuse était en couple avec Carlisle. Lorsqu'elle entra dans le bar, elle s'inclina comme les japonais: la tête penchée en avant et les mains sur les genoux.

"_ Konnichiwa! Fit-elle.

_ Konnichiwa, Eir, répéta Erwan, amusé."

Le roi n'attendit pas que l'humaine monte l'escalier pour aller saluer Robin. Il l'arrêta au milieu des marches pour lui prendre les mains afin de l'amener devant le bar du compagnon de Robin. Il écarta doucement une des mèches de la jeune femme et lui murmura à l'oreille en italien:

"_ Scusa, posso dirti una cosa? Hai degli occhi bellisimi." (Excuse-moi, je peux te dire quelque chose? Tu as de beaux yeux.)

Même à travers le maquillage, Aro remarqua qu'Eir s'était empourprée. Elle dégageait un appétissant fumet de miel et il crut qu'il allait se laisser tenter par cette pomme d'Eden.

"_ Sei bellisima, continua le vampire. (Tu es très belle)

_ Sei carino, répondit la jeune femme timidement." (Tu es vraiment mignon)

Aro eut un sourire plus large. Ainsi Eir n'était pas complètement indifférente aux charmes du vampire. Il tenta de se rapprocher un peu plus de sa proie. La mortelle avait remarqué son intention et le stoppa dans ses gestes.

"_ Sauf que je vais vous arrêter tout de suite, je suis déjà avec quelqu'un."

Le sourire sensuelle et charmeur du Volturi se fana rapidement. A la place, il esquissait un vague sourire, crispé, de convenance.