Severus venait d'achever son récit au directeur qui, comme lui, n'y comprenait goutte ou presque. Dumbledore finit par se rassoir profondément dans son fauteuil pour réfléchir.
La première interrogation était: « pourquoi Androméda Tonks? ». Et il fallait bien dire que pour le directeur de Poudlard, l'idée de simples représailles restait peu probable.
D'autant plus que Voldemort semblait vouloir se servir de cette sang-pur, sinon il n'aurait jamais retenu la main de Bellatrix contre elle.
Et comment Voldemort comptait-il l'utiliser, c'était l'une de ses principales inquiétudes.
Comme otage? Peu probable car le mage noir savait que Dumbledore ne fonctionnait pas au chantage, il avait déjà laissé mourir des gens dans des circonstances semblables.
Comme exemple? Dans ce cas il aurait fait en sorte que cela se sache, or le public n'était au courant de rien.
Il y avait probablement une ou des raisons plus profondes, Severus lui avait rapporté le rôle de Macnair et de Bellatrix dans l'affaire. Deux personnages qui avaient, du point de vue de mangemorts, d'excellentes raisons de s'en prendre à Androméda. Bellatrix considérait sa sœur comme la pire des traîtresses, nul doute qu'elle rêvait de lui faire payer ses actes.
Et Macnair, cette brute épaisse à qui on avait promis la main d'Androméda vingt ans auparavant, qu'elle avait repoussé à grands cris avant de s'enfuir en catastrophe quelques semaines plus tard.
Mais tout cela, il en était sûr, n'apportait qu'une partie de la réponse, que comptait faire Voldemort exactement? S'il s'était simplement agi de représailles de famille, il ne s'en serait jamais mêlé lui-même.
Et ce qui tourmentait Dumbledore était que l'enlèvement de cette femme aurait pu être évité.
Ils avaient appris par Severus ce qui allait se passer, mais cacher Androméda aurait rimé à sacrifier l'espion car il aurait été soupçonné. Mac-Gonnagal et Fol-Oeil étaient pour retirer Severus de la scène, d'autres aussi, alors on avait bien failli s'y résoudre, mais Androméda avait alors refusé de se cacher...
Dumbledore se souvenait encore de ses mots et de son attitude lorsqu'il lui avait répondu après un chapelet de refus:
- mais ...madame Tonks, il vous faut vous cacher! Vous ne pouvez rester exposée ici.
- Je vous ai déjà dit non trois fois! Je sais ce que je fais professeur Dumbledore! Je connais le danger que représente Bellatrix alors ne vous en faites pas pour moi!
La quadragénaire était aussi têtue que dans ses années à Poudlard, mais le directeur espérait qu'elle accepte de l'écouter, sinon elle courrait droit à sa perte.
- Mais enfin que voulez vous donc faire? Ils vous tueront sans hésiter si nous ne plions pas une fois que vous serez entre leurs mains, et peut-être même vous tueront-ils sur le coup!
- Et alors? S'écria Androméda furieuse, de quoi vous mêlez vous? C'est moi que cela concerne après tout! Je sais ce que je fais, et je ne vous demande rien. Ted est en sécurité et il n'y a plus que ma vie en jeu! Alors lâchez moi un peu s'il vous plait!
Et sur ce elle claqua la porte au nez de Dumbledore, celui ci soupira. C'est vrai, c'était son problème, il avait conscience de ne pas avoir sérieusement fait les choses mais il avait ses raisons.
Il avait prévenu Androméda et Ted du danger qu'ils courraient quelques jours plus tôt, des représailles que n'allaient pas manquer d'exercer la famille d'Androméda. Ted s'était caché mais sa femme était restée à attendre.
Le directeur de Poudlard avait toutefois omis volontairement de leur parler de quelque-chose: Severus Rogue lui avait rapporté le projet d'enlèvement fomenté par Voldemort, contre Androméda. L'agent double n'avait pas su toutefois lui en expliquer les motivations et c'est ce sur quoi il butait à présent.
Et il y avait aussi d'autres-choses, Dumbledore avait eu vent de la terrible correction qu'avait subi Bellatrix de retour du ministère, il en connaissait même le détail par un des mouchards qu'il avait réussi à installer habilement au manoir Malefoy.
Il s'était pour cela inspiré d'un film moldu qui montrait l'installation de petits appareils électroniques destinés à enregistrer les conversations... Après tout, si des moldus pouvaient le faire, lui, l'un des plus grands sorciers de tous les temps devrait y arriver.
Finalement, un doxys un peu trafiqué avait fait l'affaire il avait reçu en tout une dizaine de scènes intéressantes sur une semaine, avant que Voldemort ne détecte les animaux et ne les liquide en quatrième vitesse.
Et parmi les scènes, il y avait cet accès de colère qui avait suivi l'échec du ministère:
Il était prés de deux heures du matin, une femme était assise sur la rambarde d'un balcon dans le manoir. Elle était grande, mince et élancée, portait de très longs cheveux bruns et épais détachés qui masquaient un visage émacié et voilaient ses grands yeux d'un vert très sombre.
Ses vêtements, une longue robe et une cape toutes deux noires paraissaient un peu usés, et elle flottait légèrement dedans. Non seulement ils étaient trop grands mais en plus c'était des vêtements d'homme et pas de femme, cela se voyait à la coupe.
Bellatrix Lestrange attendait quelque chose, elle était angoissée et terrifiée sursautant au moindre bruit.
Un peu plus tôt dans la soirée, elle avait participé à une mission pour le seigneur des ténèbres, au département des mystères et tué son cousin qui se trouvait dans le camp ennemi. Elle avait torturé brièvement un adolescent de quinze ans et commis d'autres méfaits. La mission à laquelle elle participait avait toutefois été un échec et elle s'en trouvait la seule rescapée, sachant très bien qu'elle était sur le point de payer le prix de la défaite pour tous.
Soudain il y eu comme une rafale de vent venant de l'intérieur de la pièce, la mangemort se retourna alors effrayée, et tomba à genou en voyant un homme s'avancer vers elle d'un pas décidé et hargneux.
- Maître! Glapit-elle, s'il vous plait, ce n'est pas ma...
Mais il ne la laissa pas finir, sa baguette était déjà prête :
- Endoloris !
La femme poussa un hurlement de douleur et s'effondra, il la laissa se tordre par terre quelques instants puis abaissa sa baguette.
Bellatrix se redressa à bout de souffle, elle avait le visage blême et tenta une nouvelle fois de plaider sa cause.
- Maître, je...
- Tais toi insolente! Lui ordonna Voldemort d'un ton furieux, six, six gamins tu m'entends ? Espèce d'incapable !
Elle voulut encore répondre
- Je... Nous avons aussi du combattre l'ordre du phoenix maître, ils...
- Je t'ai dit de te taire ! L'ordre n'est arrivé qu'au bout d'une demi heure ! Vous aviez largement assez de temps pour tuer Harry Potter, ses petits copains, et vous emparer de cette prophétie !
Elle secoua la tête, bien que ce soit totalement inutile et reparla encore, sûrement inconsciente du fait qu'elle aggravait son cas en agissant ainsi.
- C'est Lucius, maître, murmura t-elle, il a voulu parlementer avec Pott...
- Endoloris ! Tu es aussi fautive que lui Bella ! Et Lord Voldemort le sait ! Cria le mage noir à sa fidèle qui se tordait de douleur en hurlant et sanglotant sur le sol.
Voldemort avait l'habitude désagréable de parler de lui-même à la troisième personne lorsu'il cherchait à impressionner. Toutefois ici ses pouvoir auraient largement suffi à cet exercice, rien qu'à regarder Bellatrix dont le corps était pris de spasmes à ses pieds. Il la tortura de cette façon un certain temps, avant de sortir de la pièce à grand pas, laissant la femme presque inanimée sur le sol.
Celle-ci ne semblait ni blessée, ni trop sévèrement amochée par le sortilège, toutefois elle était restée par terre un long moment sans oser bouger. Dumbledore n'avait pu s'empêcher de trouver que cette attitude était très étrange, avant d'apprendre par Severus Rogue qu'elle était enceinte et que l'enfant avait survécu à cette scène, au grand étonnement du maître des potions qui s'attendait à une fausse-couche.
Mais pour l'heure, il travaillait d'arrache-pied pour tenter de mettre au point un nouveau mouchard moins repérable. Car il savait pertinemment qu'en dépit de tout ce qui avait été dis, il était hors de question de laisser tomber Androméda.
-Tout me semble très difficile, finit-il par dire à Rogue, Androméda s'est fourrée dans un sale guêpier et je ne vois pas comment nous pourrions l'en sortir. En même temps, si on l'y laisse elle mourra à plus ou moins longue échéance.
-Elle l'a cherché, je crois que l'ordre a d'autres priorités Albus.
La voix de l'espion était sans appel:
-Honnêtement Albus, pourquoi devrions-nous la secourir? Rajouta t-il, nous étions prêts à faire des sacrifices pour la sauver, et elle ne nous a pas écoutés. Elle l'a dit elle-même, on devait la laisser en paix.
-Mais là où nous ne sommes pas innocents, répliqua Dumbledore, c'est que nous lui avons caché que Voldemort lui-même avait mis au point un plan la concernant. Elle croyait qu'il ne s'agissait là que de représailles et nous ne l'avons pas détrompée.
Severus eut une moue septique:
-Je pense qu'Androméda Tonks avait compris l'essentiel de se qui se tramait, répliqua t-il, elle savait qu'il y avait un projet d'attaque contre elle et que sa réalisation était imminente, le reste importe peu. Elle a joué la tête brûlée, si j'étais à votre place je l'abandonnerais.
-Tant de cruauté de votre part me choque.
Dumbledore semblait en effet indigné, il rajouta:
-Vous avez vous-même commis un grand nombre d'erreurs Severus, moi également, à côté des nôtres celles d'Androméda Tonks sont insignifiantes. Nous avons tous les deux tué, fait du mal et parfois même à nos proches... Pourtant nous en sommes sortis sains et saufs.
Severus Rogue grimaça:
-Je n'en suis pas si sûr Albus, que nous en soyons sortis saufs... Et je suis persuadé que Voldemort utilise Androméda Tonks comme appât pour nous perdre... Elle n'est qu'un moyen de nous égarer et de nous détourner de notre but.
-Expliquez-vous!
Severus obéit:
-Observez, dit-il, une grande partie de l'ordre est lié à Androméda: il y a sa fille, et par extension Lupin, Kingsley et Fol œil, il y a aussi Emmeline Vance qui était dans la même maison qu'elle à Serdaigle et qui a le même âge, tous les Sang Purs et même quelques Sang Mêlés sont parents avec elle, les Weasley en première ligne. Ce sont autant de gens qui vont s'emparer du sujet, le monter en épingle et se dissiper autour de lui. D'autant qu'Androméda est quand-même une femme à qui on reproche un certain nombre de défauts: sa distance et sa lâcheté. À mon avis il faut nous méfier, et honnêtement même au risque de vous révolter, je le dis: Si on apprend qu'elle a été tuée je serai soulagé pour l'Ordre, car je suis sûr que tant que son sort sera incertain, cela pourra déclencher des conflits chez nous...
Dumbledore ne savait quoi répondre, certes Severus avait bien vu sur des points, Androméda était têtue, un peu hautaine et elle n'avait surtout pas le courage d'être honnête et ferme lorsqu'il le fallait. Dumbledore avait même déjà entendu Molly Weasley la critiquer ouvertement car elle n'appréciait pas ses manières et l'accusait même d'être une mère indigne. Point sur lequel il était assez difficile de contrecarrer la mère Weasley quand on connaissait la jeunesse d'Androméda.
Toutefois elle avait bien changé depuis ces six années d'incertitudes, elle avait effectué des formations complémentaires lorsque sa fille était à Poudlard et même avant, de brodeuse d'opérette elle était devenue infirmière, puis sage-femme à la moldue et enfin médicomage reconnue travaillant au service des empoisonnements.
Après, c'est vrai que son caractère pouvait laisser à désirer.
Alors que faire?
