Hey :)

Voilà le troisième chapitre, qui nous fait rentrer dans le vif du sujet.

Bonne lecture !


Chapitre 3

Il pleuvait. Les gouttes rebondissaient sur le bord de la fenêtre et certaines venaient s'écraser contre la vitre. La Londres brumeuse s'éveillait tout juste. Les premières voitures quittaient les maisons en ronronnant, les volets des maisons s'ouvraient les uns après les autres, les portes claquaient, les rares passants pressaient le pas sous leurs parapluies. Tout semblait aussi calme que les jours précédents. Dans ce coin de banlieue londonienne, on aurait pu oublier la guerre qui sévissait ailleurs. Le quartier était une bulle rassurante protégée de remparts formés par les élégants massifs de fleurs égaillant les jardins. Pourtant, aujourd'hui, l'herbe verte devenait boueuse et les belles plantes s'affaissaient, alourdies par l'eau de pluie. Assise dans le fauteuil, je me contentai de fixer le paysage. Le froid avait engourdi mes membres mais je n'avais pas envie de prendre une couverture. La tasse de thé fumante me brûlait les doigts et je la serrai plus fort encore. Une larme coula hasardeusement sur ma joue et je l'essuyai d'un geste rageur. Je jetai un coup d'œil au livre abandonné à mes pieds. Sur la couverture verte se dessinait le titre en lettres d'or que mes yeux humides ne distinguaient plus. Je n'avais lu que quelques pages de cette histoire moldue et j'avais tout de suite détesté. J'avais détesté la famille que présentait l'histoire. Une famille heureuse, complète. Quelque chose que je n'aurais jamais, apparemment.

Et pourtant, comment avait-elle pu ? Je lui faisais confiance ; elle m'avait trahie. J'avais toujours pensé qu'elle était ma seule alliée.

-Tout va bien se passer, Anna.

Ma mère me regardait en souriant, malgré ses yeux emplis d'inquiétude. Elle caressa ma joue moite. Je me sentais fiévreuse alors qu'il faisait encore grand jour. J'anticipais trop, sans aucun doute.

Myriam Colson se pencha et d'une main douce, noua les cordes autour de mes poignets. Ces derniers portaient encore les stigmates du mois dernier. Je fermai les yeux et inspirai une grande bouffée d'air frais, ravalant mes larmes. J'étais terrifiée, une fois de plus.

Ma mère se racla la gorge. Je me ressaisis et tirai sur mes liens. Ils étaient solides.

-Je t'aime, tu le sais, dit-elle.

Puis elle s'éloigna de quelques pas et disparut dans un grand « Pop ». Je soupirai et m'adossai à l'arbre. C'était un grand chêne, probablement centenaire. A force d'être venue ici, je connaissais les moindres creux de sa base. Balayant des yeux la clairière déserte, j'attendis. D'habitude, me retrouver seule dans la forêt, à une journée de marche du premier village, suffisait à calmer mon angoisse. Malheureusement, aujourd'hui, les battements affolés de mon cœur ne s'apaisaient pas.

-Anna ?

Je ne répondis pas.

-Anna, tu m'entends ? Tu as besoin de quelque chose ?

Que répondre à cela ? Bien-sûr que j'avais besoin de quelque chose ! Je voulais tout. Je voulais ma vie. Ou plutôt une autre vie. Je voulais que tout redevienne comme avant. Je voulais que ma mère revienne.

Alors je restai silencieuse et, comme d'habitude, Laurence Hill, ma tante, s'en alla. Et je restai allongée sur ce lit inconfortable, dans cette chambre que je détestais, dans une ville que j'exécrais, dans un pays que je haïssais tous les jours un peu plus. L'Angleterre. Londres. Les anglais. Je n'en voulais pas. Je désirais juste rentrer en France, dans notre petit village, revenir dans le passé, oublier tout ça.

Le soleil poursuivit sa course dans le ciel. Mon mal-être ne faisait qu'augmenter. L'astre laissa place à la lune, ronde et brillante. Le tremblement de mes muscles s'accentua. Toutes mes pensées furent balayées par la douleur s'insinuant dans mes membres. Nous y étions.

Ce jour-là, elle m'avait aidée. Comme les autres fois, elle m'avait attachée avant de rentrer à la maison, le temps que la pleine lune passe. A présent, je me rendais compte qu'elle avait fui. J'aurais du m'en douter.

La tasse était froide dans ma main. Etais-je restée dans mes pensées tout ce temps ? Je finis par descendre, car c'était l'heure du petit déjeuner. Je ne pouvais pas en vouloir à mon oncle et ma tante. Laurence était finalement venue par portoloin. Elle était apparue à l'entrée, le visage pâle, l'air désolé. Elle n'avait rien voulu me dire, avait secoué la tête à mes questions, s'était bornée à répéter une seule phrase, vide de sens : « Un jour, tu comprendras. »

Comprendre quoi ?

Est-ce que ma mère avait eu trop honte de moi, elle aussi ?

-Anna, te voilà ! Installe-toi !

Je pris place entre mon oncle et ma tante, la mine sombre. Une partie de moi en voulait au monde entier et refusait d'être aimable avec quiconque. L'autre partie aurait voulu se réfugier dans les bras des membres de ma famille.

-Ecoute, Anna, tu sais qu'on t'aime beaucoup…

Le morceau de pain que j'allais porté à ma bouche s'immobilisa. Cela y était. Les deux adultes évitaient mon regard. Ils agissaient exactement comme tous les autres.

-Cela fera bientôt un mois que tu es là…

J'attendis la suite, la gorge nouée.

-Tu sais que nous ne pouvons pas te garder ici, dans notre appartement, pendant…

Devant mon silence obstiné, Laurence poursuivit.

-Il te faut un endroit plus sûr… Nous avions pensé…

Elle inspira un grand coup. Je fixai la table de bois, serrant les poings.

-Mon frère, ton oncle Oggs, travaille en écosse, dans une école de sorcellerie. Tu as peut-être déjà entendu parler de Poudlard ?

Poudlard ? Cette école ne me faisait pas envie du tout. Il devait y faire encore plus froid qu'ici et habiter avec tous ces anglais… Cela serait encore pire que Beauxbâtons ! Surtout que l'enseignement y était très médiocre, selon les rumeurs. Non, hors de question.

-Je lui ai écris, il serait ravi de t'accueillir. Tu aurais tout l'espace qu'il te faudrait… Tu pourrais même suivre les cours de l'école !

C'en était trop. J'explosai :

-Vous voulez vous débarrassez de moi !

Je me levai, envoyant valser ma chaise et me dirigeai d'un pas furieux vers la porte d'entrée. Ils ne valaient pas mieux que les autres ! Je sortis. L'air frais chargé d'humidité m'assaillit et je me mis à courir, ignorant les regards interloqués des passants et les grognements des gens que je bousculai dans ma course. Je filai, laissant libre cours à ma frustration, ma robe volant derrière moi. La pluie abondante mouillait mes vêtements, trempait mes cheveux. Je m'arrêtai la tête tournée vers l'horizon, dévoilant ma gorge au monde. Mes larmes de frustration se mêlaient aux pleurs du ciel. J'ouvris les bras, accueillant les éléments.

Tout ce que je souhaitais, c'était recommencer.

Pourquoi n'était-ce pas possible ?

oOo

Un pâle soleil se levait sur cette matinée de juillet. Je jetai un œil à la grosse valise brune presque vide posée sur mon lit.

J'avais finalement accepté la proposition de ma tante. Je ne savais pas si c'était une bonne chose ou non. Je n'avais tout simplement pas le choix. Dans quelques jours, la pleine lune me transformerait une fois de plus en monstre violent et sanguinaire. Je ne pouvais pas rester et risquer de me retrouver lâchée dans Londres, sans parler du danger que couraient Laurence et George.

De toute façon, ils m'auraient traînée de force dans cette école si je n'avais pas accepté.

En Ecosse, loin de la dure réalité, Laurence Hill estimait que je pourrais prendre un nouveau départ. Un départ pour quoi ? Le seul point positif est que je ne tournerai plus en rond. Et que je ne serai plus une bouche à nourrir supplémentaire pour Laurence et George.

-Tu vas adorer Poudlard, m'avait-elle dit.

Elle-même y avait étudié dans sa jeunesse. Tout cela allait beaucoup trop vite.

-Anna, tu as fini ta valise ? Oncle Oggs est là, viens !

Je bondis hors de mon siège et jetai un à la va-vite mes possessions dans ma valise. Je n'avais ramené que le strict nécessaire de la maison, puis Laurence avait verrouillé la porte derrière nous.

Heureusement, j'avais toujours ma baguette. J'avais plusieurs fois été tentée de la briser, pendant ma crise post-abandon. Pourtant, je ne m'y étais pas résolue. C'était mon père qui me l'avait achetée, avant mon entrée à Beauxbâtons. Il était très fier, à l'époque. Nous étions allés à Paris, dans la meilleure boutique française pour la trouver.

Je descendis l'escalier, traînant ma valise derrière moi, et trouvai ma tante en compagnie d'un homme grand, déjà d'un certain âge. Des rides creusaient des sillons au coin de ses yeux gris avenants. Il me sourit. Sa voix était douce et calme :

-Bonjour Anna.

Je ne l'avais rencontré qu'une fois, quand j'avais huit ans. Mes parents l'avaient toujours pris pour un illuminé amoureux de la nature.

-Bonjour, dis-je, légèrement méfiante.

-Tu as pris toutes tes affaires ?

Ma tante avait l'air angoissée. S'inquiétait-elle pour moi ? Je n'avais jamais été très proche d'elle, avant… Et c'était à cause d'elle si je partais. Je lui en voulais encore, évidemment. Je ne pouvais pas m'en empêcher. Et je m'en souviendrai.

-Oui.

J'avais revêtu une cape de voyage. Ma tante s'était arrangée pour me trouver des fournitures scolaires que j'avais rangées dans ma valise. Le poids de ma baguette se faisait sentir dans ma poche arrière. Le dénommé Oggs sourit :

-Dans ce cas, je crois qu'il est temps d'y aller.

J'hochai la tête et me tournai vers Laurence, la gorge serrée. Bon d'accord, elle avait été très gentille avec moi, de même que George. J'avais dit au revoir à ce dernier ce matin, alors qu'il partait travailler. Ma tante me serra dans ses bras et je lui rendis maladroitement son étreinte. Les embrassades n'avaient jamais été ma spécialité.

-Prends bien soin de toi, Anna, me souffla-t-elle. Et n'oublie pas de nous écrire ! Et tu reviens aux prochaines vacances !

-Oui… Tatie. Merci… Pour tout.

Tatie… Cela sonnait étrangement dans ma bouche. Enfin, je n'allais pas l'appeler Laurence, tout de même ?

Mise à part ce point, cela sonnait beaucoup trop comme des adieux.

Oggs la remercia à son tour et sortit par la porte de derrière pour arriver dans le petit jardin attenant à la maison. Je le suivis avec ma malle.

-Tu devrais me donner ta valise, ce sera plus facile.

Ma tante nous regarda sur le seuil.

-Quand tu es prête, prends mon bras.

Je jetai un dernier coup d'œil autour de moi. Le petit cabanon à outil, l'herbe bien trop verte, la clôture abîmée.… Les maisons de banlieue tout autour… Et je pris son bras. Aussitôt, je me sentis aspirée et eus l'impression de passer dans un tuyau. Je ne pouvais plus respirer. Quand je crus que j'allais imploser sous la pression s'exerçant sur chaque parcelle de mon corps, tout s'arrêta. Je m'écroulai au sol.

-Tout va bien ?

Je me relevai, ignorant la main secourable d'Oggs, un peu gênée d'être tombée comme cela.

-Oui, merci.

Nous étions à présent devant un grand portail en fer forgé, dans un petit bois. Au-delà, un chemin se dirigeait visiblement vers un grand château sombre aux nombreuses tours et tourelles. L'air était frais, vivifiant. Rien à voir avec la pollution de Londres.

-Bienvenue à Poudlard, Anna.


Le prochain chapitre devrait arriver rapidement. N'hésitez pas à laisser vos impressions. :)