Fandom : "Viewfinder d'Ayano Yamane

Auteur : Shyn

Nouvelle édition : décembre 2014

TROUBLES

2

« Entre rage et passion »

- « Tu as fini ton cinéma ? » rétorqua froidement l'homme d'affaires en fronçant ses sourcils. « Cesse de te donner en spectacle, tu es pitoyable. »

Akihito leva sur l'homme ses yeux voilés de l'armes. Asami ne montrait aucune compassion. À quoi pouvait-il bien s'attendre venant d'un mafieux ? Il était stupide. Stupide d'avoir pu imaginer qu'il changerait après tout ce qui lui était arrivé. Stupide de penser qu'il pouvait y avoir un cœur sous ce bloc de glace.

- « Je suis peut-être pitoyable… mais moi je n'impose pas mes penchants en prenant de force un ''gamin'' contre sa volonté », riposta Akihito qui nota aussitôt l'éclat de colère dans les yeux de son vis-à-vis. « Et qui plus est, plusieurs fois… Alors oui, tu fais de moi aux yeux de tout le monde ainsi que des miens, un prostitué ! »

La voix d'Akihito s'était faite amère sur ses dernières paroles et il essayait du mieux qu'il pouvait de contenir les larmes qu'il sentait venir à nouveau. Quant à Asami, ses paupières se plissèrent jusqu'à prendre l'épaisseur incisive d'une lame de rasoir. Akihito s'apprêtait à voir éclater la colère du mafieux et, même si son regard lui glaçait le sang, il lui avait dit ce qu'il avait sur le cœur. Qu'importe quelles en seraient les représailles.

- « Alors peut-être devrais-je te mettre sur le marché », déclara flegmatiquement Asami en portant une autre cigarette à ses lèvres. Une fois celle-ci allumée, il releva ses yeux froids sur le photographe. « Bien que je ne fasse pas dans le proxénétisme, cette nouvelle perspective pourrait m'agréer, après tout… »

Brusquement son expression se fit plus menaçante alors qu'il toisait le photographe. Celui-ci, malgré ses intentions de lui tenir tête, sentit un frisson lui parcourir l'échine.

- « Tu continues toujours à te considérer comme une pute ? » demanda sèchement Asami.

Akihito considéra les yeux acérés de l'homme dressé devant lui. Qu'était-il

face à ce concentré d'assurance ? Son costume sombre, ses cheveux noirs plaqués en arrière, son regard noir sous l'emprise de la colère ainsi que cette aura obscure et terrifiante… elle était telle une puissance écrasante qui ébranlerait en un instant le plus téméraire des hommes. Et lui qui n'était qu'un petit photographe, pensait pouvoir se mesurer à ce géant de la mafia ?

L'atmosphère était d'une lourdeur suffocante et Akihito avait l'impression qu'elle lui comprimait la poitrine. Malgré cela, il était bien décidé à ne pas fléchir devant ce mur en béton armé.

Il prit alors une profonde inspiration, puis répliqua avec force de conviction :

- « Oui. »

Après mûre réflexion, alors qu'il commençait à réaliser que ce qu'il reprochait à Asami n'était pas réellement justifié – ou presque - il se demanda ce qui lui avait pris de provoquer le mafieux. Peut-être était-ce une envie irrépressible de le blesser comme lui l'avait fait ? Le blesser ?! fit-t-il soudainement. Existait-il sur cette Terre quelque chose pouvant égratigner cette surface plus dur qu'un diamant ? Le visage considérablement assombri d'Asami lui fit comprendre qu'il allait regretter son audace.

- « Eh bien soit », fit Asami d'un ton sec en écrasant sa cigarette dans le cendrier. « Fais ton travail alors. La chambre est de ce côté ! »

Akihito écarquilla les yeux et une goutte de sueur coula le long de son front. Asami ne plaisantait pas ! Il avait ce regard déterminé qui ne laissait aucune chance à l'incertitude.

- « Q-quoi ? »

- « Tu es devenu sourd ? » dit Asami en lui jetant un regard des plus glacials. Soudain il parcourut en un éclair les quelques mètres qui les séparaient et prit violemment Akihito par le bras pour le propulser sans ménagement dans la chambre. « Fais ce que ta condition de prostitué te dicte. Dépêche-toi ! »

Akihito se retrouva en moins d'une seconde étalé à plat ventre sur le lit. Choqué par la réaction virulente d'Asami, il tourna la tête dans sa direction. Il n'eut pas le temps de se demander s'il était sérieux ou pas, que le mafieux lança un nouvel ordre :

- « Déshabille toi ! »

Le choc laissa instantanément place à une indignation mêlée de frayeur. Akihito sauta hors du lit mais ses jambes se dérobèrent lorsqu'il vit Asami se planter devant lui sur une chaise. Il était assis, jambes et bras croisés, et le dévisageait tout en se rallumant une autre cigarette. Derrière la fumée grise, son expression était d'une impitoyable dureté. C'était pour Akihito la pire des humiliations qu'Asami pouvait lui infliger. Il lui demandait de se déshabiller de son plein gré ? De mettre son corps à nu pendant qu'il l'examinerait comme un vulgaire bétail !

Sa tête se mit à tourner et son estomac se retourna comme sous l'emprise soudaine d'une virulente nausée. Il avait l'impression de revivre la nuit où Arbatov l'avait violé. Ce souvenir encore vivace lui firent comme un violent coup de poing dans la figure. Il leva alors un regard meurtrier sur le mafieux et vomit toute sa rancœur :

- « Toi aussi tu veux évaluer la qualité de la marchandise avant de consommer ?! Veux-tu que j'écarte les jambes pour que tu puisses me ''préparer'' ou dois-je te présenter mon dos pour soulager ton envie bestial sur-le-champ ?! »

Asami fronça grièvement les sourcils puis plongea son regard inquisiteur dans ces yeux emplis de haine et de douleur. Bien qu'extérieurement il paraissait calme, les mots violents du photographe l'avaient frappé. ''Évaluer la qualité de la marchandise'' était une expression qu'affectionnait Arbatov. Il aimait à l'employer quelle que soit l'affaire qu'il opérait. Il prenait délibérément son temps pour examiner le produit avant d'en faire l'acquisition… Son envie de tuer le russe atteignit son paroxysme. Pourtant, il ne bougea, ni changea d'expression en voyant les larmes déborder des paupières du photographe.

Akihito détourna son regard du mafieux qui le sondait de ses yeux cuivrés. Malgré le désespoir et la colère qui l'animaient, Asami ne bougeait pas. Il avait décidé de lui infliger une humiliation et resterait là, à le regarder, jusqu'à ce qu'il obtienne ce qu'il désirait.

Ne pouvant plus supporter le poids de son regard, de rage, il commença à se déshabiller en serrant les dents. Les larmes roulaient sur ses joues. Mais il ne se défilerait pas ! Jamais ! Si c'est ce qu'il voulait, alors il le lui montrerait de quoi il était capable !

Asami toujours imperturbable, fixait les doigts tremblants d'Akihito retirer un à un les boutons de sa chemise avant de la jeter avec hargne sur le sol. Le jeune homme, la mâchoire crispée, ferma les yeux et entama de dégrafer son pantalon. Mais lorsque le bouton fut détaché, il sentit deux mains puissantes enserrer ses poignets pour les glisser ensuite derrière son dos. Akihito, surprit et apeuré par cette subite approche, eut un mouvement de recul. L'homme d'affaires le regardait froidement en le tenant fermement contre lui.

Après d'interminables et insoutenables secondes d'attente pour le photographe, Asami se pencha et approcha lentement son visage du sien.

- « Aucune puissance existante dans ce monde ne pourra changer ce que Feilong ou Arbatov t'ont fait subir », murmura-t-il tout contre son oreille. « C'est à toi de voir si tu veux vivre avec ces souvenirs. À toi de choisir de devenir un être pitoyable rongé par la haine et la vengeance. Mais dans ce cas, tes ennemis auront eu raison de toi. Et si cela devait arriver… alors tu ne deviendrais à mes yeux qu'un sale morveux pleurnichard dont je n'éprouverais aucun remord à user de ta misérable existence jusqu'à ce que tu ne sois plus qu'un déchet inutilisable. »

Sur ces terribles paroles, Asami referma les lèvres du photographe dans un baiser. Akihito n'eut aucune réaction. Les propos d'Asami, même s'il les avait prononcés d'un ton calme, l'avaient pétrifié. « Un déchet… » C'était pire qu'un plongeon dans la mer arctique. Il resta les yeux ouverts pendant qu'Asami glissait doucement sa langue entre ses lèvres. Mais même ce contact ne le sortait pas de sa torpeur. Il ne serait qu'un morveux pleurnichard avec une existence misérable pour finir, en déchet… C'était de cette façon qu'Asami le verrait et le traiterait. Le corps d'Akihito resta totalement inerte, comme vidé de son âme.

Notant l'inertie du photographe, Asami resserra un bras autour de sa taille et glissa une main dans sa chevelure en bataille. Tout en caressant de sa langue les lèvres du jeune homme, il sentit un goût salé s'insinuer dans sa bouche. Il ouvrit à demi les yeux et vit des larmes couler de ses paupières closes. Il frôla alors de ses doigts le dos nu du jeune homme et les fit glisser jusqu'à ses reins. Akihito tressaillit et se contracta. Il ne voulait pas être une nouvelle fois esclave des caresses de l'homme d'affaires. Il contiendrait autant qu'il le pourrait les sensations qu'elles produisaient sur son corps. Il ne lui donnerait pas satisfaction… Pas après ce qu'il lui avait dit et encore moins pour l'humiliation qu'il avait voulu lui infliger.

Asami approfondit son baiser en accentuant la pression de sa main sur la nuque du jeune homme. Il glissa un genou entre ses jambes et le renversa doucement sur le lit. Le mafieux regarda un bref instant les larmes qui ne cessaient de couler. Il fronça les sourcils. Akihito était vraiment un sale gosse, il comprenait tout de travers et ce défaut s'était accentué depuis sa séquestration. Il était d'une susceptibilité exacerbée. Asami ne supportait pas de le voir ainsi. Il était devenu un gamin pleurnichard, et ça l'agaçait. Il préférait de loin son caractère vif, têtu et lui tardait qu'il le recouvre. L'homme d'affaires glissa lentement ses lèvres dans le cou du photographe. Il avait la ferme intention de débrider cet entêté. Il avait trop attendu cette soirée pour le voir gâcher son plaisir. Akihito restait de marbre. Il se laissait faire sans émettre aucune protestation mais aucun gémissement de plaisir non plus. Asami ne s'en inquiétait pas. Bon nombre de nuits de vive passion commençaient ainsi pour finir par le voir sombrer dans l'extase. Et cette nuit là ne ferait pas exception…

Fort de cette conviction, le mafieux esquissa un sourire lorsque qu'il caressa de sa main le ventre du jeune homme jusqu'à son entre-jambe. Il sentait sous ses doigts son sexe palpiter sous son pantalon. Bienveillant, il fit glisser lentement la fermeture Éclair pour libérer la pression de l'objet de ses désirs qui devait se sentir trop à l'étroit.

- « C'est mieux ainsi », susurra Asami à l'oreille du photographe.

Celui-ci frémit mais ne répondit pas.

- « Fier comme Artaban », ricana Asami. « Mais nous savons tous deux comment cela va finir… »

Le mafieux se redressa et toisa de ses yeux narquois Akihito qui s'évertuait à ne montrer aucun plaisir. Dans un sourire en coin, Asami entreprit de lui ôter lentement son pantalon. Il regardait le photographe respirer avec force, s'efforçant à dominer ses sens. Il crispait ses doigts sur les draps et serrait les dents.

- « Tu luttes contre toi-même, Akihito », railla l'homme d'affaires.

Et tout en fixant ce visage contracté, il fit jouer ses doigts sur l'intimité du jeune homme à travers le tissu soyeux de son boxer. Il faisait doucement glisser son doigt sur toute la longueur du sexe qui se tendait et durcissait au contacte de cette caresse insidieuse.

C'était un supplice pour le pauvre Akihito. Mais il préféra se mordre les lèvres que d'émettre un seul gémissement. Malheureusement, Asami connaissait tous ses points faibles pour le faire plier. Il sentit une main remonter sur sa poitrine pour prendre possession d'un de ses téton qui durcit sous les doigts agiles. Il n'en fallut pas plus à qu'Akihito pour esquisser un mouvement.

- « Combien de temps crois-tu pouvoir encore résister ? »

- « Pourquoi ? C'est un concours d'endurance ? » pesta Akihito qui ouvrit enfin les yeux pour voir le pervers retirer sa cravate dans un sourire diabolique.

« Merde ! » se dit Akihito dont les joues commençaient à s'empourprer. Pourquoi avait-il ouvert les yeux ? Bon sang, il s'était encore fait manipuler par cet être démoniaque ! Il savait que son regard liquéfierait sa résistance comme un esquimau dans une fournaise. Et elle se liquéfia complètement lorsqu'il sentit son boxer glisser lentement le long de ses cuisses, mettant à nu sa virilité.

« Le salaud ! » s'exclama-t-il intérieurement. Ah Non ! C'était pire qu'un salaud ! En lui remontant légèrement les jambes, Asami venait de lui souffler doucement sur sa virilité déjà en émoi qui, bien entendu, ébaucha un frémissement en se redressant légèrement sous les yeux victorieux de ce dernier. Sentir ce petit air frais arracha au photographe un gémissement qui s'éleva haut et clair dans la pièce. C'était déloyal !

- « Déjà ? » fit Asami hautement satisfait.

- « Va… Va au diable ! »

Pour toute réponse, l'homme d'affaires lui adressa un ricanement.

- « C'est ça, moque-toi de moi autant que tu veux. J'en ai rien à faire ! » grogna Akihito en détournant la tête.

- « Vraiment ? »

L'intonation de la voix d'Asami fit frémir le photographe. Qu'allait-il encore inventer pour lui prouver qu'il avait Encore raison !? La réponse à sa question ne tarda pas à se présenter : des doigts rusés s'emparèrent à nouveau de son sexe mais Akihito sursauta lorsque qu'il sentit les lèvres de l'homme d'affaires s'y poser.

- « Non, pas ça ! » s'écria-t-il en se relevant d'un bond sur ses mains.

Surpris, Asami fronça les sourcils en voyant l'expression crispée par l'angoisse qu'affichait Takaba. Avant que Feilong ne l'enlève, Takaba n'avait pas eu cette réaction de rejet la première fois qu'il… Feilong ! Qu'est-ce que ce chinois avait fait ? Il planta ses yeux acérés dans ceux du photographe qui trembla à la vue du mafieux qui ressemblait à un animal sous l'emprise d'une rage soudaine.

- « Qu'est-ce qu'il a fait ? »

- « Q-quoi ? »

- « Feilong ! Qu'est-ce qu'il t'a fait ? Réponds. »

Eh bien non… Il ne pouvait pas répondre. Surtout en voyant la colère briller dans les yeux de son vis-à-vis. Mais pourquoi Asami réagissait-il aussi violemment ? Comme si c'était un sacrilège qu'il ait prit le sexe de Feilong dans sa bouche… Ce n'était pas de sa faute, ce n'était pas comme si il avait approuvé ni même apprécié ! Il eut soudain un frisson de répulsion. Il avait vraiment détesté ça ! Même si Asami l'avait déjà un peu initié, le faire avec Feilong fut… Il secoua la tête. En y repensant, il ne se rappelait pas en avoir été autant dégoûté avec Asami. Il avait plus ressenti un sentiment d'embarras, de surprise aussi, mais pas au point d'en avoir eu des nausées comme avec Feilong…

- « Akihito ! » tonna Asami en faisant sursauter de peur le pauvre photographe. « Qu'est-ce que ce Feilong a fait… ? »

- « Rien ! Qu'est-ce que ça peut te faire après tout. »

- « Ce que ça peut me faire ? » rétorqua Asami en se penchant comme un félin sur le photographe tétanisé.

Ce que ne permettrait et ne tolérerait jamais le mafieux, c'était que quelqu'un, autre que lui, prenne l'initiative de changer Akihito. Lui seul en avait le droit. Si des changements devaient s'opérer sur Takaba, lui seul devait décider quant à la manière de procéder. Étant sa propriété, et du fait qu'il avait la liberté du jeune homme entre ses mains, c'était un privilège qui lui revenait de droit. Et apparemment, au vu de la réaction d'Akihito, Feilong s'était approprié un acte dont il en avait la primeur. C'était à lui de former Akihito, pas à…

Soudain, on frappa à la porte mais Asami s'en souciait guère. Tout ce qu'il désirait à cet instant, était d'obtenir des explications de sa propriété. Cependant, les coups se faisant insistants, le mafieux tourna vivement la tête en direction de la porte. Il y avait intérêt que cela soit important… Agacé, il se leva dans un grognement de gorge et Akihito pu enfin respirer. Dieu soit loué ! Merci de te pencher un temps soit peu sur mon pauvre sort !

Mais qu'allait-il faire maintenant ? La colère soudaine d'Asami l'avait complètement refroidi. Il n'avait plus vraiment envie de poursuivre ses galipettes dans de telles conditions.

Asami ouvrit la porte, non sans une certaine brutalité, se souciant peu de son aspect négligé avec sa chemise déboutonnée. Suoh fut accueillit par des yeux aussi glacials qu'une banquise sous l'emprise d'un violent blizzard.

- « Je vous demande pardon, monsieur », s'inclina Suoh en notant le mécontentement de son patron. « Mais j'ai pensé que cela pouvait être urgent… »

- « Urgent ? Je l'espère bien », rétorqua sèchement le mafieux.

L'intonation sèche de son patron confirma au garde de corps qu'Asami n'appréciait guère sa visite impromptue et, étrangement, Suoh n'accordait plus autant de poids quant à l'importance son message.

- « Liu Feilong vient d'appeler. Il désire s'entretenir avec vous à propos de son contrat. »

- « Tiens donc… » fit Asami l'œil aussi mortel que du cyanure. « Il tombe à point celui-là… »

L'homme d'affaires jeta un rapide coup d'œil en direction de la chambre.

- « Je vais l'appeler », déclara-t-il avec un sourire malveillant sur les lèvres. Puis il reporta son attention sur son homme de main. « Ce sera tout ? »

- « Oui, mons… »

Suoh n'eut pas le temps de s'incliner qu'Asami lui avait claquer la porte au nez. La porte tremblait encore sur ses gongs. Il ne savait pas ce qui se déroulait derrière celle-ci mais, une chose était sûre : cela rendait son patron d'une humeur massacrante.

Assis sur le bord du lit, Akihito aperçut dans l'encadrement de la porte de la chambre, le mafieux traverser le salon d'un pas rapide. Il entendit le bruit d'un briquet s'allumer avant que le silence ne reprenne ses droits quelques instants.

- « C'est moi », fit la voix d'Asami. « Épargne-moi les formules de politesse, que veux-tu ? »

L'oreille tendue, le photographe tentait de savoir qui était au téléphone en écoutant la conversation d'Asami. Cela devait être sûrement quelqu'un d'important pour qu'il ne soit pas réapparu dans la chambre pour reprendre leur débat précédent ; ou ébats tout court. Cependant, le rire démoniaque du mafieux révélait que cette personne ''importante'' allait passer un sale quart d'heure.

- « Tu tombes vraiment mal Feilong… »

Feilong !? Le sang se glaça dans les veines du photographe. Il comprenait à présent pourquoi Asami n'était pas revenu à sa préoccupation première puisqu'elle se trouvait au bout du fil. ''Au bout du fil'' pour un portable… Il fallait impérativement trouver une autre expression, se dit Akihito en pouffant de rire.

- « Mon intention n'était pas de garder ton contrat », reprit Asami d'un ton neutre qui témoignait cependant une envie indubitable d'attiser la provocation. « Je comptais te le rendre puisqu'il ne m'est de toute façon d'aucune utilité. Mais malheureusement pour toi, il s'est produit un événement qui m'est des plus désagréable… »

Bingo ! fit Akihito qui commençait à voir se profiler incessamment sous peu un avenir noir d'embrouilles – ou plutôt d'emmerdes à s'en noyer jusqu'au cou ! Les deux mafieux allaient encore se déclarer la guerre. La trêve aura été de courte durée ; même si on ne pouvait pas réellement parler de trêve… Mais non, pourquoi compter fleurette autour d'une table devant un bon café alors que se tirer dans le ventre ou l'épaule était beaucoup plus amusant ?!

- « Je parle de la diligente sollicitude que tu as eu à l'égard d'Akihito… »

Merde ! Pas ça ! se lamenta le photographe qui enfouit sa tête dans ses bras posés sur ses genoux. Pourquoi Asami avait aussitôt pensé à Feilong ? Arbatov aurait très bien pu en être le responsable. Bon sang, Asami en faisait toute une histoire ! Qu'est-ce qui le dérangeait à ce point ?

-« Oui, c'est à ça que je fais allusion », déclara Asami dont la voix se fit plus acerbe. « Tu te montres bien trop imprudent, Feilong. Si j'étais toi, je surveillerais mes arrières. Qui sait ce qui peu arriver… Exact, c'est une menace et tu ferais bien de la prendre au pied de la lettre. Je ne plaisante pas cette fois ! »

Ses jambes ramenées contre le torse, Akihito frémit à l'intonation de l'homme. C'est vrai qu'Asami était avant tout un mafieux. Son comportement avec lui lui faisait souvent oublier qu'il était un homme d'affaires puissant mais surtout très dangereux. Mieux valait ne pas le provoquer si l'on ne voulait pas mourir prématurément d'une balle logée au beau milieu du front.

Cette constatation criante de vérité l'intima à prendre une décision. Il sauta hors du lit et commença à se rhabiller rapidement pour sortir de ce guêpier. Merci mais il avait déjà donné ! Malheureusement, dans sa hâte d'enfiler son pantalon, il perdit l'équilibre et se retrouva les quatre fers en l'air.

- « Qu'est-ce que tu fais ? » demanda Asami.

Trop tard… Lui qui avait pensé que leur conversation s'éterniserait…

- « Je crois qu'il est temps pour moi de partir. Demain j'ai un entretien d'embauche et j'aimerais être au meilleur de ma forme. » Dans ses grandes espérances, il espérait qu'Asami le comprenne car après tout, étant un homme d'affaires pointilleux, il devait louer le proverbe ''L'avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt''. Cependant, il n'osa lever les yeux sur le mafieux de peur que celui-ci, de part son regard brûlant, ne réduise en cendres le peu de courage qu'il avait puisé en lui pour déguerpir de ce piège au plus vite. Le mutisme d'Asami ne le rassurant pas, il se vit obliger d'argumenter. « C'est très important pour moi et je ne dois pas arriver en retaaaaaah ! »

Akihito poussa un véritable hurlement avant d'être jeter sur le lit. Apparemment, Asami devait se dire que le proverbe ne s'adressait qu'à lui seul…

- « Asami, arrête. Je suis sérieux ! » protesta Akihito.

Mais la détermination d'Asami semblait peser bien plus lourd dans la balance. Il était penché au-dessus de lui, dressé sur ses deux mains et le dominait de toute sa puissance. Akihito déglutit péniblement lorsqu'il vit l'intensité des yeux cuivrés posés sur lui. Il ne se souvenait pas avoir déjà vu ce regard et d'un côté ça l'effrayait. Il n'aurait su dire si le mafieux éprouvait le désir de le tuer ou le dévorer. Toutefois, connaissant Asami, le dévorer était plus probable et sa déduction s'avéra d'une indéniable clairvoyance.

Asami se redressa pour s'installer sur ses jambes, empêchant toute fuite possible. Lorsqu'il entreprit d'ôter sa chemise pour mettre à la vue de sa propriété son torse harmonieusement musclé, celui-ci comprit que les dés étaient jetés. Le regard d'Asami montrait l'envie féroce qu'il avait de lui et rien ne pourrait l'en détourner.

Étrangement, même Akihito ne souffrirait qu'un événement inattendu vienne troubler ce moment curieux mêlé d'appréhension et d'excitation. Que son ange gardien, ou quelque soit la divinité pouvant exister en ce bas monde, aille voir ailleurs si il y était ! Hein ?! Mais qu'est-ce qu'il racontait ? Il n'arrivait pas à croire qu'il puisse dire ça !

Asami ne l'avait pas encore touché que ses joues lui brûlaient déjà. Il n'y avait pas que ses joues, tout son corps était en fusion. Il se posa alors la plus grande question de toute son existence : était-ce réellement la façon dont Asami le regardait qui le mettait dans un tel état ? Comment ce mafieux qui représentait tout ce qu'il détestait chez l'homme, pouvait lui faire autant d'effets ? Ça le sidérait !

Malgré cela, il avança une main timide sur le torse de son amant. Il fit doucement glisser ses doigts sur les muscles de son ventre et le contact de cette peau l'électrisa un peu plus. Surpris, il retira aussitôt ses doigts.

Asami ne souriait pas. Il n'avait pas cet air diabolique qu'il affichait toujours dans des moments comme celui-ci. D'ordinaire il se moquait de lui en le narguant mais aujourd'hui son regard restait grave.

Asami se pencha à nouveau au-dessus de lui et les deux hommes se regardaient…

Soudain, le cœur d'Akihito s'accéléra. Les yeux cuivrés d'Asami brillaient d'un éclat brûlant. C'était la première fois qu'il les voyait d'aussi près et aussi longtemps.

- « On dirait de l'or », murmura-t-il soudainement.

Absorbé par sa contemplation, le photographe ne réalisa pas qu'il avait formulé tout haut sa phrase et même Asami n'avait pas relevé cette confession qui aurait mérité une raillerie de plus. Ce dernier n'éprouvait qu'une envie : prendre sur-le-champ ce corps qu'il n'avait pas étreint depuis trois semaines. Cet empressement était peut-être animé par son désir d'affirmer ses droits sur sa propriété, pour lui rappeler qu'il lui appartenait.

Ne pouvant plus refréner plus longtemps ce besoin, il prit subitement les lèvres du photographe qui sursauta par cette manifestation quelque peu brutale. Asami n'avait visiblement pas envie de s'encombrer d'interminables préliminaires. Sous l'emprise incontrôlée d'un violent désir, ses gestes se faisaient brusques. Akihito aurait pu s'en plaindre mais, curieusement, il éprouvait aussi cette faim féroce d'étreindre le corps de son amant.

Était-il devenu fou pour se laisser aller ainsi alors qu'Asami avait tenté de l'humilier peu de temps avant ? Au diable la raison ! Tant pis s'il le regretterait par la suite.

Il entoura ses bras autour du cou d'Asami et répondit avidement à son baiser. Leurs langues s'enroulaient fiévreusement l'une contre l'autre, provoquant comme une sensation de vertige à Akihito. Asami glissa ses mains sur le corps du photographe pour les diriger directement sur ses points sensibles. Il retira le pantalon et le boxer qu'il avait remis quelques minutes auparavant, et prit entre ses doigts son sexe qu'il caressa aussitôt. Akihito gémit et s'agrippa aux épaules de l'homme tandis que son corps se convulsa sous cette délicieuse caresse.

L'étreinte du mafieux était impatiente. Il le couvrait de baisers en alternant sur le cou et les tétons du photographe qui se cambrait d'exaltation.

Mais soudain, Akihito poussa une exclamation de surprise lorsqu'Asami le retourna subitement sur le ventre. Une des mains de l'homme d'affaires s'était glissée sous son ventre pour lui relever le bassin. Un filet de sueur coula sur la tempe du photographe lorsqu'il sentit le sexe tendu du mafieux entre ses fesses.

- « Asami atten… » Akihito termina sa phrase dans un cri de douleur lorsque son amant le pénétra sans douceur. « Tu… Tu fais mal… Arr-ête ! Asa-mi ! »

Malgré ses suppliques, Asami faisait comme il l'avait décidé. Il entama des mouvements de va-et-vient, n'écoutant que son seul désir.

- « Asami, non ! » cria Akihito qui avait les yeux embués par les larmes. « Tu es t-trop brutal ! Ar-rête ! »

Des bras puissants maintinrent le corps du jeune homme qui se déséquilibrait sous ses violents assauts. Akihito serrait les dents en maudissant le mafieux jusqu'à ce qu'il fut surpris par quelle douceur les mains de son tortionnaire glissaient sur son ventre et sa poitrine.

- « Je ne pouvais plus attendre… » souffla Asami contre son oreille. « J'en avais trop envie. »

Puis il déposa un baiser sur sa nuque et entreprit d'accélérer les mouvements de son bassin.

Akihito haleta. La douleur passée, une douce chaleur commença à envahir son bas ventre. Il poussa un gémissement et creusa ses reins sous les coups puissants de son partenaire. Asami resserra la prise de ses bras autour de son torse afin de le plaquer plus étroitement contre le sien. Leur peau luisante de sueur se caressait mutuellement.

Peu de temps après, une vague de feu brûlante envahit le corps du photographe qui coordonna instantanément ses mouvements à ceux de l'homme. Celui-ci fit jouer une nouvelle fois ses doigts sur son sexe et dans un cri de jouissance Akihito se cambra en arrière contre le torse de son partenaire. Le fruit de son extase coula entre les doigts qui enserraient son membre quand il sentit celui d'Asami se répandre comme de la lave entre ses cuisses.

Terrassé par le plaisir, Akihito voulu s'écrouler sur le lit mais le mafieux le maintenait toujours dans ses bras, lui déposant de tendres baisers sur sa nuque. Sa profonde respiration contre sa peau témoignait du plaisir qu'il avait prit pendant leur union. Akihito osait à peine respirer. Il voulait écouter et garder en mémoire le bruit du souffle d'Asami. L'homme n'avait encore jamais manifesté cet état de plénitude. Il sentait aussi les pulsations de son cœur contre son dos. Ce qui paraissait être un phénomène commun à n'importe quel mortel, pour Akihito c'était comme un rêve…

Un rêve qui fut malheureusement de tout de courte durée. Asami s'écarta brusquement de lui, le laissant à quatre pattes en plein milieu du lit comme un parfait imbécile. Le mafieux le regarda avec un sourire en coin et s'alluma une cigarette. La position de sa propriété l'amusait énormément.

- « Tu en redemandes Akihito ? »

- « Va te faire voire ! » lui balança aussitôt le jeune homme rouge de honte et de colère.

Ce fut le premier « Va te faire voire ». Le second fusa le lendemain matin lorsque le réveil sortit le photographe de ses rêves. Après avoir arrêté la sonnerie et allumé la petite lampe posée sur la table de chevet, il vit, posés à côté du réveil, un mot et une liasse de billet… Une violente envie de meurtre lui monta à une vitesse grand V lorsqu'il lût les quatre mots allongés sur le papier : « Pour ta merveilleuse performance. »

L'enfoiré ! Ce qu'il avait pu être stupide d'avoir pensé qu'Asami avait enfin décider à se montrer humain ! Il resterait définitivement qu'une bête venue droit de l'Enfer ! Salaud ! Le payer après avoir fait l'amou… D'ailleurs il ne lui avait pas fait ''l'Amour'', il l'avait pris sauvagement comme la bête infernale qu'il était ! Et qu'il resterait à jamais !

xxx

Akihito arpentait les rues en direction de son appartement tout en nourrissant sa rancœur contre le mafieux à coups de jurons les plus abjects. Il était aux alentours de six heures du matin. La ville s'était déjà animée depuis un long moment ; même si elle ne s'endormait jamais totalement. C'était le lot de toutes les capitales du monde entier : aucun repos ne leur était accordé. Il en était de même pour les hommes d'affaires ayant de grandes responsabilités ou pour les mafieux vivant de leurs larcins : comme pour le cas d'Asami !

Lorsque ce matin il avait ouvert les yeux, le mafieux s'était déjà fait la malle. Sa place laissée vide et froide dénonçait qu'il était parti depuis un petit moment. Naturellement, cela aurait été trop beau, voire miraculeux, qu'il ait daigner attendre son réveille en lui proposant éventuellement un petit déjeuner au lit. Bon, ok… oublions le plateau-déjeuner-romantique qui relevait du miracle. Mais tout de même ! Il l'avait planté, là, dans un lieu totalement inconnu. Qui plus est : un hôtel ! Alors forcément, sa condition de pute lui était revenu comme une gifle en pleine figure ! Et ce n'était pas les billets logés dans la poche de son pantalon qui allaient lui faire croire le contraire. Billets qu'il allait d'ailleurs balancer dans la gueule de ce salopard de mafieux qui le prenait pour un homme de joie !

Pendant qu'il ruminait toujours ses vindicatives contre Asami, des plaintes et ce qui ressemblait à des coups-de-poing, attirèrent son attention. Une bagarre !?

Intrigué, il s'approcha de la ruelle d'où affluaient les bruits. La petite rue était peu éclairée mais il distingua quatre silhouettes. Trois d'entre elles ruaient de coups la dernière qui venait de s'écrouler. Les lâches ! s'exclama intérieurement Akihito. Trois contre un, c'est sûr que c'était facile !

- « Hey ! » tonna-t-il tout à coup.

Les trois hommes à la mine patibulaire se retournèrent sur lui. Aie ! Ils n'avaient pas l'air commode… En les voyant, Akihito se demanda tout à coup ce qui lui avait pris de se mêler Encore de ce qui ne le regardait pas.

Et ce qui devait arriver, arriva ! Deux des trois hommes se ruèrent sur lui, et le rossèrent de coups. Mais le photographe n'était pas genre à se laisser faire. Il était même surprenant de constater comment il pouvait se montrer des plus téméraires et tenaces dans une telle situation, alors que devant Asami, il… il perdait tous ses moyens ; et ça lui retournait les tripes de le réaliser. Ça l'énervait tellement qu'il passa ses nerfs sur les deux malfrats qui s'enfuirent sans demander leur reste : aidés tout de même par l'arrivée miraculeuse d'une voiture de police.

Sans attendre, Akihito se dirigea vers la quatrième silhouette qui s'était péniblement redressée sur un genou.

Le jeune homme à terre leva les yeux sur son sauveur pour le remercier :

- « Merci d'être intervenu monsie… »

Les deux hommes se regardèrent, interloqués.

« Monsieur sourire ! » s'exclama Akihito, intérieurement.