Note: L'univers de Skyrim, dont s'inspire cette FanFiction, est la propriété de Bethesda.


« En l'honneur du Dovahkiin qui, de par son héroïsme légendaire, a sauvé le monde des griffes d'un tyran. »

Inscription gravée sur le socle où gît la statue représentant l'Enfant de Dragon brandissant fièrement une hache d'ébonite, le pied gauche posé sur le crâne d'un dragon.

Chapitre 2 : Grejorg

A son réveil, son crâne le faisait souffrir... mais la douleur était supportable. Il leva les yeux au ciel, tentant de s'accommoder à la lumière du soleil, et remarqua que ce dernier avait déjà parcouru plus de la moitié de son trajet. Il était resté allongé là plusieurs heures, son visage devait en être marqué.

En s'apprêtant à reprendre sa route, il réalisa avec horreur qu'il ne savait plus où aller. Il fit plusieurs tours sur lui même, essayant de se repérer dans cette forêt pourtant si clairsemée, mais sans résultat : tous les arbres se ressemblaient; sans savoir d'où il venait, il ne pouvait continuer sa route. Après quelques minutes de réflexion et d'injures lancées envers des lièvres qui passaient par là, il se résolu alors à marcher dans une direction jusqu'à tomber sur quelques habitations, ce qui finirait forcement par arriver, dans le pire des cas cela pourrait lui prendre plusieurs jours; il trouverait bien quelques cours d'eau où s'abreuver et il se nourrirait de baies et de plantes cueillit ça et là. Même si, au fond, il escomptait trouver quelqu'un capable de l'aider assez rapidement.

Mais au bout de quelques éreintantes heures de marches il finit par accepter qu'il ne profiterait pas de la chaleur d'un foyer avant que le soleil ne se soit couché. Il lui faudra marcher de nuit. Ce qui n'aurait pas tant été un problème pour l'enfant de dragon s'il avait été un khajiit, puisque leurs yeux s'adaptait à l'obscurité. Malheureusement pour lui, il n'était qu'un simple humain. Ainsi à mesure que le soleil sombrait à l'horizon, sa vision diminuait significativement. Bientôt, les seules couleurs qu'il pouvait distinguer étaient ces jolies linceuls de coton rose enveloppant les nuages.

Puis tomba la nuit.

Cela faisait maintenant bientôt une heure qu'il marchait dans l'obscurité totale. Privé de la vue, il n'était même plus sûr de marcher en ligne droite, il avançait hasardeusement, à tâtons, les bras semi-tendus pour éviter de se prendre un arbre. Soudain, il perçut à sa gauche un mouvement. Il réalisa à quel point ses autres sens lui suffisait amplement pour en identifier l'origine, à en juger par les tremblements du sol sous les pattes de la bêtes, elle devait avoir approximativement la masse d'un smilodon, et à en juger par son rugissement… ça devait être un smilodon. La perspicacité inégalé du Dovahkiin laissa place à son ingéniosité sans faille pour se sortir d'une mauvaise passe. Il se servit du cri qui l'avait aidé dans tant de circonstances, notamment pour faire virevolter les couverts en argent :

Fus Ro Dah !

Une puissante force s'échappa de son être et ravagea tout ce qui se trouvait devant lui.

S'il avait réussi à décontenancer sa cible, une chose était certaine: dorénavant, tout les prédateurs dans un rayon de plusieurs kilomètres se dirigeaient vers sa position. Il se maudit de ne pas y avoir pensé plus tôt. Il lui faudrait maintenant user de son arme la plus efficace : la fuite !

Son sang ne fit qu'un tour, l'enfant de Dragon prit ses jambes à son cou, se précipitant à l'aveugle à grandes enjambées. Une bouffée d'adrénaline lui était monté au cerveau, il sentait glisser sur son visage, le vent qui soufflait... et l'écorce de l'arbre qu'il venait de percuter de plein fouet, il chancela légèrement, puis repris de plus belle.

Mais sa course se termina aussi promptement qu'elle eut commencé, puisque, entre deux foulées, le sol se déroba sous ses pieds. Durant les 3 secondes de chute -qui, pour lui, avait semblé être une éternité- son esprit ne put s'empêcher, réalisant sa situation, d'imaginer son corps se fracasser contre des rochers situé plus bas. Mais son sort en fut tout autre, puisque c'est dans l'eau que son corps chuta. Même si, avec la vitesse, l'impact avait été douloureux, il bénit les neufs divins d'avoir placer ici de l'eau pour amortir sa chute.

Cependant, les inquiétudes du Dovahkiin revinrent aussitôt : il n'avait jamais apprit à nager. Ce qui est fort fâcheux lorsque l'on se retrouve complètement immergé, embarqué par un violent courant, et ce, dans le noir le plus complet. En agitant ses membres à la façon d'un chat dans l'eau, il parvint à sortir la tête pour reprendre son souffle, mais le courant l'emportait inexorablement. Dans l'agitation, il perçut une voix lointaine qui le fit redoubler d'effort, et appeler à l'aide. Mais la voix ne semblait pas vouloir lui porter secours :

— Mmmh... M'aiq a assisté à bien des situations cocasses, mais celle-là, il ne l'oubliera pas.

Quoi qu'il en soit, la puissance du courant l'avait déjà emporté loin de l'individu.

Il se débattit tant bien que mal contre le courant, tentant de garder la tête émergé; parfois le courant le faisait sombrer, manquer de suffoquer puis le ramenait à la surface. Il s'acharna ainsi, battant des jambes et des bras, jusqu'à ce que le courant finisse par ralentir, et finalement le Dovahkiin retrouva pied dans cette eau devenue vaseuse. Il se hissa hors de l'eau, alourdi par ses vêtement trempés (ou du moins ce qu'il en restait puisqu'il avait perdu ses pantoufles depuis un bout de temps maintenant et que sa tunique était lacéré de toute part).

Il s'étendit sur la berge un moment, reprenant son souffle, somnola quelques minutes mais un vif pincement vint le tirer des bras de Morphée. Malgré la douleur qui torturait tout son corps, il se leva précipitamment, porta la main à sa ceinture pour se saisir de son arme et embrocher l'immonde créature, mais son fourreau était vide. Il écrasa son pied, nu, sur la carapace de ce qu'il imaginait être un vasard, mais elle se révéla être trop épaisse. Il balança alors sa jambe en arrière puis vint taper dans la carapace mais son pied fut stopper net au moment de toucher. Il comprit alors qu'il venait de taper dans un rocher, ce qui fut beaucoup plus douloureux qu'il ne l'aurais imaginé. Mais la bête lui tournait toujours autour alors il réitéra et cette fois réussit à projeter le vasard sur la rive adverse. Ceci fait, il s'éloigna du ruisseau en boitant.

Ses yeux s'étant habitué à la faible luminosité, il parvint à rejoindre un chemin de pierre, où il put reprendre son souffle tranquillement. Le calme de la nuit lui permit de faire un rapide point sur la situation, il devait d'abord savoir où il se situait, trouver une âme charitable à même de l'aider, et finalement rentrer chez lui et tenter d'oublier cette sempiternelle mésaventure. Durant ce court moment de répit, il réalisa que la faim commençait à le ronger.

Peu de temps après, une lumière rougeoyante se profilait à l'horizon. Au loin, sur le sentier, dansaient une torche et sa flamme, baladant avec elles une silhouette.

Se doutant que l'homme, aveuglé par l'éclat de sa torche, ne l'avait pas vu, il hésita à se cacher, le temps que l'inconnu passe, mais sa fierté l'en empêcha. Après tout, il était le Dévoreur de Dévoreur de Mondes, celui qui vainquit Alduin. Il bomba le torse -ce qui le fit souffrir, dans toute cette agitation il s'était probablement fêlé une ou deux côtes- et essaya vainement de dissimuler sa démarche claudicante. L'homme, qui se trouvait être un vieillard en haillon, une fois qu'il l'eut aperçut, s'arrêta et dévisagea l'enfant de Dragon. Il resta immobile quelques temps, puis lança d'une voix éraillé :

— 'M'avez l'air bien mal en point, mon bon m'sieur, il se tut un instant fouilla ses poches, tendit une petite bourse puis reprit, c'est tout c'que j'ai, z'en aurais sûrement plus besoin qu'moi.

Le Dovahkiin se sentit outragé, voilà qu'un mendiant venait à lui tendre de l'argent. Était-il tombé si bas ? Mais il se ravisa, cet homme ne lui voulait aucun mal, et était même très généreux… et il aurait effectivement bien besoin de quelques pièces, les bandits lui ayant volés tout ses biens.

Il le remercia, d'un ton neutre, s'empara de la bourse puis vint à penser, où étaient donc passées ses bonnes manières? Il poursuivit plus amicalement:

— Vraiment, merci; dites-moi, quel est votre nom ? Je vous revaudrais cela. Y a t'il quelque part où je pourrais vous retrouver ?

— M-mon nom est Grejorg… mais… vous embêter pas pour moi, tachez de survivre, c'est c'qu'on fait tous.

— Si, j'insiste, dès que je rentrerais à mon manoir, je…

— Vot' Manoir ? Le coupa-t'il inquiet. Z'êtes tombé sur la tête ?

Il ravala une fois de plus son amertume :

— Non, j'ai même plusieurs demeure, j-je suis l'enfant de Dragon.

Son interlocuteur plissa les yeux, il lorgna attentivement ses pieds nus tout amochés, remonta son regard sur ses vêtements en lambeaux, posa son regard sur son visage livide parsemé de cicatrices… puis parti dans un fou rire inextinguible. Il se tordait de rire, autant que l'autre se tordait de douleur. Il finit par lâcher sa torche au sol, n'en pouvant plus.

— "L'enfant de Dragon" ! s'esclaffa-t'il.

En face le Dovahkiin bouillait intérieurement, s'il avait eut son arme, il n'est pas impossible qu'il l'aurait utilisée.

C'est alors que son rire devint rauque, du moins, plus rauque encore qu'il ne l'était déjà, puis il commença à tousser, si fort qu'il en avait du mal à respirer. Il s'agrippa le torse, vira au rouge, puis s'effondra, raide mort, sur sa torche qui enflamma aussitôt ses morceaux de tissus raccommodés imbibés d'alcool qui lui servaient d'habits.

L'enfant de Dragon resta planté là, le regard perdu dans les flammes du bûcher improvisé, ne réalisant pas pleinement ce qui venait de se passer en si peu de temps. Après un moment, le feux commençant à s'éteindre, il réalisa qu'il devait se hâter s'il ne voulait pas mourir à son tour, mais d'hypothermie lui.

Il continua sa route jusqu'à l'aube, les pensées infestées des récents évènements. Alors que l'horizon s'éclaircissait, se teintant d'un rouge sang, un serpent de fumée séparait les cieux en deux.

Là, au loin, il voyait fumer la cheminée d'une petite chaumière.