Chapitre trois.
Debout près de la fenêtre d'un bureau, les bras croisés contre sa poitrine, Beckett assistait silencieuse au discours de l'avocat de la ville, qui faisait signer à Castle un contrat visant à protéger la ville de New York en cas d'incident durant ses recherches. Elle n'en revenait pas qu'il ait osé revenir au poste. Quel pot de colle ! Qu'est-ce qu'il cherchait ? Il avait pourtant eu ce qu'il voulait, elle avait passé la nuit avec lui ! Alors quoi ? Une relation plus suivie ? Ça, il n'en était pas question ! Elle s'était promis de ne plus s'engager émotionnellement, ça n'était pas maintenant qu'elle allait revenir sur sa décision !
- Monsieur Castle, notez que s'il vous arrive quoi que ce soit, alors que vous aidez le lieutenant Beckett, vous ne pourrez pas vous retourner contre la ville, expliquait l'avocat. Si on vous tire dessus, vous ne pourrez pas vous retourner contre la ville ! Si vous êtes tué...
- ... Mon cadavre ne pourra pas se retourner contre la ville ! Termina Castle en souriant.
- Vos héritiers Monsieur Castle !
- Ah !
- Je peux le descendre tout de suite ou bien il faut que je le laisse signer avant ? Demanda Beckett taquine. Non?... D'accord!
- Monsieur Castle, cette décharge de responsabilités est une affaire sérieuse, j'imagine que vous aimeriez en parler avec votre avocat avant toute chose.
- Vous rigolez ?! Demanda Castle le sourire aux lèvres. Il m'interdirait de la signer ! Mais heureusement, son travail consiste à résoudre mes ennuis, pas à m'empêcher d'en avoir !
Le téléphone de Beckett sonna à ce moment-là.
- Beckett ? Oui. Où ? D'accord j'arrive.
Elle raccrocha et se dirigea vers la sortie.
- Attendez, vous allez où ?! Demanda Castle en la suivant du regard.
- J'ai du boulot moi.
- On a une nouvelle affaire ?
- J'ai, une nouvelle affaire. Et vous de la paperasse, précisa-t-elle moqueuse, Hou !
Il la regarda sortir avec un petit sourire en coin, elle aimait jouer, elle allait être servie !
- On en a encore pour longtemps ? Demanda-t-il à l'avocat.
- C'est très sérieux monsieur Castle ! Vous ne pouvez pas prendre cela à la légère !
- Ecoutez, je sais très bien que ce n'est pas raisonnable, mais ce mot ne fait pas partie de mon vocabulaire, alors dépêchons nous de signer ce truc, que je puisse aller m'amuser !
Il avait finalement réussi à se débarrasser rapidement de sa paperasse, pour la rejoindre sur l'enquête, provoquant chez elle un agacement certain. Mais elle l'avait supporté sans trop râler et ils avaient finalement bouclé leur deuxième enquête, une histoire d'amour et de trahison, qui avait conduit une jeune fille à tuer son amie accidentellement. La conversation qu'il avait eue avec Beckett à la fin de l'enquête, lui avait permis d'en apprendre un peu plus sur le mystère qui entourait la jeune femme. Elle avait été amoureuse et avait eu le cœur brisé. Qu'à cela ne tienne ! S'il y avait bien une chose qu'il avait apprise au cours de son existence, c'était qu'on pouvait s'en remettre !
Beckett venait de quitter l'immeuble où travaillait la victime et regardait ses collègues en uniforme embarquer la jeune tueuse avec un pincement au cœur.
- Et voilà, vous devez être soulagée, on m'a ni tué, ni tiré dessus ! Lança Castle en la rejoignant.
- Effectivement, mais ce sera peut-être pour demain, railla-t-elle.
- Encore bravo pour avoir joué sur la solidarité féminine, dit-il pour changer de sujet et ainsi éviter d'être la cible de ses moqueries.
- Je n'ai joué sur rien du tout Castle. Harris devrait payer pour ce qu'il a fait mais il ne lui arrivera rien, objecta-t-elle.
- Et bien pas tout à fait, je pense qu'il va au moins avoir un divorce sur le dos.
- Quoi qu'il en soit, ce sera jamais suffisant, soupira-t-elle en s'éloignant.
- Hé! Attends! On pourrait peut-être prendre un verre, pour fêter la fin de cette enquête! Proposa-t-il en la rejoignant. Je crois savoir que les flics aiment se retrouver autour d'un verre à la fin d'une enquête.
- Vous regardez trop de séries policières! Affirma-t-elle.
- Alors pourquoi vos équipiers m'ont proposé de me joindre à eux?
- Je vais retourner au poste pour faire ma paperasse, vous n'avez qu'à aller au Remy's avec eux ! Suggera-t-elle.
- Allez! Venez! Ça sera marrant! On s'est bien amusé, la dernière fois! Non?
- Encore une allusion à cette soirée, et je vous casse les deux jambes, menaça-t-elle.
- Pourquoi ça vous dérange tellement?
- Pourquoi est-ce que vous êtes encore là? Répliqua-t-elle. Vous allez me suivre combien de temps?
- Difficile à dire, je ne peux pas prévoir l'instant où je serai frappé d'inspiration.
- Je croyais que c'était moi qui vous inspirais ?
- Oh, je te le confirme, et sur bien des plans ! Sourit-il en laissant glisser son regard sur ses fesses.
- L'inspiration pourrait vous frapper plus tôt que vous le croyez !
- Allez! Décoince-toi un peu! Tu as bien su le faire l'autre jour!
- L'autre jour, je pensais en avoir fini avec vous!
- Relax! C'est juste un verre!
- J'ai du boulot! Bonsoir Castle! Termina-t-elle si fermement qu'il n'insista pas.
- Vous venez Castle ? cria Esposito derrière lui.
- J'arrive ! répondit-il sans bouger, le regard toujours porté sur Beckett, qui montait dans sa vieille Crown Victoria.
- Ne vous en faites pas, elle finira bien par se calmer, fit Ryan qui venait de le rejoindre.
- Pardon ? fit l'écrivain.
- Beckett ! Elle finira bien par se calmer ! Elle peut être virulente sur le coup, mais ses colères ne durent pas si longtemps que ça… Enfin… La plupart du temps.
- Vous la connaissez bien ? demanda Castle.
- Ça ne fait que quelques mois que je bosse avec elle. Javier la connait mieux ! Et je ne l'ai jamais entendu dire du mal d'elle ! Expliqua l'irlandais.
- Vous venez la prendre cette bière ? Demanda Esposito en arrivant près d'eux.
- On arrive !
Il passa une heure avec les gars, ils étaient vraiment sympas. Ils lui racontèrent quelques-unes de leurs affaires les plus bizarres ou dangereuses. Puis il rentra chez lui et reprit l'écriture de son roman. Cela faisait longtemps qu'il n'avait pas pris autant de plaisir à écrire !
Quelques heures plus tard, il relisait ce qu'il venait d'écrire, d'un air satisfait : "Nikki avait été amoureuse, et elle avait eu le cœur brisé..."
Il s'enfonça dans son fauteuil, tout à sa réflexion. Qui avait pu être assez fou pour trahir l'amour d'une femme telle que le lieutenant Beckett? Il ne la connaissait pas encore très bien, mais il devinait que sous sa carapace se cachait un véritable diamant.
En tout cas si cet amour trahi était la cause toutes ses réticences, il lui ferait bien la tête au carré à ce gars!
Lanie Parrish était rentrée chez elle depuis peu. Elle s'était débarrassée de ses escarpins et s'apprêtait à passer une soirée tranquille chez elle, en commençant par un bon bain bien chaud avec des bougies parfumées et quelques-unes de ses chansons préférées. Ses plans furent cependant contrariés par une visite inattendue.
- Salut chérie! Fit Lanie étonnée en découvrant Kate sur le pas de sa porte.
- Salut ! Répondit timidement celle-ci.
- Qu'est-ce qui t'amène ? Demanda la légiste.
- Soirée fille surprise ! J'ai amené le repas! Annonça Kate en soulevant le paquet qu'elle amenait.
- Thaï? Demanda la légiste en humant la bonne odeur qui émanait du paquet.
- Le petit resto, qui vient d'ouvrir en bas de chez moi, précisa la détective.
- Mhm! Voyons voir ça! Allez entre! Installe-toi! Je vais nous ouvrir une bouteille de vin.
- Merci.
- Alors? Le bel écrivain est revenu! Dit Lanie pour lancer la conversation.
- Ouaip! Quel pot de colle! Soupira Kate.
- Oh sérieusement, Beckett, ne me dis pas que ça ne te fait pas plaisir! Il va t'écrire un bouquin!
- Pourquoi il fait ça? Demanda Kate.
- Arrête chérie! Tu le sais très bien! Et tu devrais en profiter, ça ne te ferait pas de mal!
- J'ai couché avec Castle, lâcha Kate abruptement.
Lanie resta bouche bée un instant, le vin qu'elle versait débordant du verre et inondant la table, tandis qu'elle digérait la bombe que son amie venait de lâcher. Mais très vite, elle se reprit et sa voix monta dans les aigus.
- Tu as quoi?! Bon sang Kate, moi qui pensais que tu ne savais plus t'amuser!
- Lanie! Râla Kate agacée de voir que ce qui l'ennuyait réjouissait son amie.
- Alors? C'était comment?
- C'était... Euh... Waow... Euh... Époustouflant... Mais...
- Mais quoi?
- Qu'est-ce qu'il fait encore ici? Il a eu ce qu'il voulait, non?
- Arrête de te torturer l'esprit! Profite de ta jeunesse!
- Quoi?!
- Profite! Tu viens de me dire que tu avais passé une nuit de folie avec lui!
- Mais il est si... énervant Protesta Kate. Il est agaçant, narcissique, égocentrique, et réellement très…
- … marrant ! Termina Lanie pour elle. Allez crois-moi jeune fille, il faut t'amuser ! Ça ne pourrait pas te faire de mal.
- Lanie!
- Ça va! Je ne te demande pas de l'épouser! Prends du bon temps! C'est sans doute ce qu'il veut lui aussi!
- Du bon temps, hein?
- Ça ne peut pas te faire de mal...répéta la légiste. En tout cas, moi, si j'avais un bel écrivain qui me suivait dans mon boulot, je ne me priverais pas.
- Ouais et bien en tout cas, pas un mot de tout ça à qui que ce soit!
- Tu me connais! La rassura Lanie.
- Vous êtes encore là! Soupira Beckett en découvrant Castle, le lendemain, installé sur une chaise à côté de son bureau.
- Bonjour à vous aussi, lieutenant, sourit-il, tandis qu'elle se laissait tomber sur son siège. Vous avez passé une bonne soirée?
Elle l'ignora allègrement, il n'en fut pas déstabilisé.
- C'est si difficile que ça de me résister? Murmura-t-il amusé.
- Pas du tout, Rick! Je vous l'ai dit! Il ne se passera rien de plus entre nous!
- Vous savez, je suis très patient.
- Ah oui? Vous n'avez pas idée de ma patience à moi!
- Et bien, j'ai bien envie de m'en faire une idée!
Elle se mordit la lèvre inférieure, bouillonnant intérieurement. Elle hésitait entre l'envie de le cogner et celle de l'embrasser et de retrouver toutes ces sensations de bien être qu'elle avait ressenties dans ses bras.
- Beckett! Fit la voix d'Esposito derrière eux.
- Ouais?
- On a un meurtre!
- J'arrive !
Elle se leva, enfila sa veste et fit quelques pas, avant de s'arrêter en remarquant qu'il ne la suivait pas.
- Vous venez Castle ? demanda-t-elle en se tournant vers lui.
Castle se leva et trottina vers elle, le sourire aux lèvres.
