Pairing: Victuri
Notes: OS écrit en une heure dans le cadre de la 71e nuit du FoF sur le thème anguille. Thème qui, à part les expressions habituelles comme "anguille sous roche" "s'esquiver comme une anguille", ne m'inspirait pas grand chose jusqu'à ce que je me souvienne que c'était un ingrédient classique de la cuisine japonaise.
De l'érotisme de l'anguille grillée
Yuri n'avait pensé que l'anguille pouvait être un aliment aussi érotique. C'était visqueux, glissant, bref pas sexy pour un sous – surtout quand on repensait aux deux affreuses murènes de la Petite Sirène, dessin-animé que Yuko, comme tous les Disneys et Ghiblis, l'avait contraint à regarder au moins des dizaines de fois lorsqu'ils étaient enfants -, que du contraire. Du moins, c'était ce qu'il avait toujours pensé jusque-là.
C'était sans compter Victor. Cela faisait désormais semaines que le russe avait décidé qu'il le coacherait en vue du Grand Prix et pris ses quartiers chez lui. Et les dieux seuls savaient à quel point cette situation pouvait être extrêmement éprouvante au quotidien tant le russe semblait avoir l'étrange et redoutable faculté de rendre chacun de ses gestes, même les plus anodins, atrocement et douloureusement sensuels. Y compris le simple fait de manger. Quel que soit l'aliment, y compris les plus répugnants, Victor parvenait à rendre ça incroyablement érotique, au point que Yuri se hâtait désormais d'engloutir ses repas et saisissait avec reconnaissance le moindre prétexte pour pouvoir s'éclipser de table dès que les conventions sociales le lui permettaient.
Ce soir-là ne faisait pas exception à la règle. Comme mesmérisé, le japonais ne put que fixer le russe lorsqu'il saisit délicatement un morceau d'anguille entre ses baguettes pour le porter à sa bouche et ne put retenir un déglutissement en voyant la chaire noire, pourtant si peu ragoutante d'aspect, glisser lentement, sensuellement, entre ces deux lèvres au galbe si parfait.
Cela n'avait rien à voir avec sa propre façon de manger, songea-t-il confusément. Lui, soumis à un régime strict afin d'éviter que son poids ne fluctue de trop, avait toujours été si affamé en rentrant de ses entraînements qu'il ne pouvait que s'empresser de dévorer son propre bol, quitte à renverser quelques gouttes de sauces sur les côtés.
Victor était tellement parfait, à un tel point que lorsqu'il se comparait à lui, Yuri en avait presque physiquement mal. Même les choses qu'il ne maîtrisait pas parfaitement – comme le maniement des baguettes, auquel il n'était pas coutumier avant d'arriver au Japon – étaient empreint de cette grâce et de cette nonchalante séduction qui lui étaient propres. Lui en en revanche n'avait rien que de très banal, tant dans son physique, quelconque, que dans sa personnalité, et ne brillait réellement que lorsqu'il se tenait sur la glace. Et encore, sa lumière paraissait bien faiblarde en comparaison de celle, solaire et éclatante, de Victor Nikiforof.
Perdu dans ses pensées – un phénomène qui lui arrivait un peu trop souvent pour son propre bien lorsqu'il se trouvait face à Victor – il ne s'aperçut pas qu'il fixait avec insistance ses lèvres depuis plusieurs secondes maintenant, manège qui n'était pas passé inaperçu aux yeux de son coach.
- Yuri, lança le russe de sa voix chantante. Tu encore faim, mon adorable petit cochon ?
- Euh… non, non, non ! s'exclama-t-il en faisant de grands gestes des bras, manquant de renverser au passage la bouteille de saké posée sur la table.
- Tu es sur ? redemanda le russe, l'air inquiet. Tu es maintenant à revenu à ta ligne d'avant le Grand Prix, alors ce n'est plus une raison de te priver. Surtout que l'anguille grillée de ta mère est délicieuse. Allez, fais aaah~
Et, saisissant de ses baguettes une fine languette d'anguille, Victor les tendit vers lui.
Les pensées de Yuri s'enchaînèrent à toute vitesse. Les baguettes de Victor. Celles avec lesquelles il avait mangé. Celles qui avaient par conséquent touché ses lèvres. Et qu'il tendait maintenant vers lui pour qu'il mange à son tours avec.
Ce qui revenait ni plus ni moins à un baiser indirect.
Un baiser indirect avec Victor.
A cette pensée, son cerveau sembla court-circuiter et, dans un réflexe de survie, les joues brûlantes, le japonais recula précipitamment, jusqu'à ce que, dans sa hâte, son corps heurte violemment la cloison de bois du couloir.
- Non, merci ! Je… je vais aller voir si le morceau est arrivé ! s'exclama Yuri, avant de filer à toute vitesse vers sa chambre, manquant au passage de chuter trois fois dans les escaliers, tout désireux qu'il de mettre le plus d'écart possible entre eux.
- Oh Yuri, murmura le russe resté seul, tu t'es encore esquivé telle une anguille. Mais, mon petit porcelet, un jour je saurais t'attraper et t'empêcher de te dérober.
Bizarrement, le petit surnom que Victor donne à Yuri passe quand même nettement mieux en japonais. Moi qui trouvais ça si mignon, là c'est moins le cas.
Je sais, j'édite mon recueil au compte-goutte, mais ayant un anniversaire et des heures de stage à préparer ce week-end, je n'avais pas beaucoup de temps pour relire et corriger mes textes. En tout cas, un grand merci pour toutes vos reviews et vos favoris, ça me fait toujours tellement plaisir que je les lis! A bientôt pour le 4e et dernier - du moins pour ce mois-ci - texte!
