Chapitre 2 : Des cris dans la nuit

Les sanglots étaient forts.

Cette fois, Mako ne serait pas idiot. Il tendait l'oreille et il suivait le bruit. Ponctué de « j'ai rien fait » ou de « pitié ». Marchant sur la terre sèche dans le froid, il tira le bord de sa chemise rouge à carreaux pour couvrir ses bras poilus. Le problème du Texas, c'était que les nuits étaient épouvantables alors que les journées étaient trop chaudes.

Il se frotta les yeux à cause de la fatigue qui tentait de l'accaparer.

- Pitié. Sanglota une voix.

- Eh ! Fit Mako.

Les pleurs continuaient.

- Eh ! Je suis là !

Il avança en écoutant les cris.

- Non. N'approchez pas. Je… Je n'ai rien fait.

Mako entendait la voix se rapprocher. Il continuait de marcher vers elle.

- Non ! Nooon ! Je… Je…

Les cris étaient forts, les sanglots tentaient de noyer ses paroles… Et l'ancien boucher n'en croyait pas ses yeux.

Devant lui, l'épouvantail ouvrait sa bouche, du liquide noir en sortant, et des mots jaillissaient. Tout son corps se secouait à chaque fois qu'il sanglotait.

Mako n'en croyait pas ses yeux. Il devait rêver ! Il se pinça vivement et la douleur le fit grogner comme un cochon. Et qu'est-ce qu'il détestait ces bruits. Même chez lui. Il s'approcha de l'épouvantail et les supplications furent plus violentes encore.

- Depuis quand t'es là ?

Il étendit sa main pour la fermer sur le manche à balai.

- Pitié…

Il était fermement attaché, sa nièce étant douée en nœud à force de jouer avec. Mako grogna et arracha le corps au sol avant de l'emmener vers la maison principale. Il n'y avait pas de baignoire dans leur petite maison et il pensait que ce garçon avait grandement besoin d'un bain.

Il n'arrivait pas à croire que le pauvre ait été laissé comme ça.

Combien de fois était-il passé devant lui sans se douter de rien ? Combien de temps l'avait-il laissé là en croyant que ce n'était qu'un épouvantail. Et Hana qui l'avait trouvé si bien.

Néanmoins, il avait l'impression que sa peau était plus chaude maintenant que tout à l'heure.

Et le garçon continuait de gémir et de supplier.

- On va te laver. Dit Mako.

Poussant la porte de l'immense maison, il se dirigea vers le salon où il installa l'épouvantail pour défaire les nœuds. Le bras et la cheville de ce pauvre hère étaient rouges là où les cordages avaient serrés. Il lui manquait un bras et une jambe. De blessures s'étendaient partout sur son corps et la paille tombait à chacun de ses mouvements. Mako leva son couteau de boucher et l'épouvantail hurla.

La main de l'ex-boucher s'élança et se ferma sur son poignet meurtri avant d'utiliser le couteau pour faire céder le sac.

De la paille tomba sur le divan et il découvrit un visage encore plus tuméfié. Un œil était fermé à cause de couture grossières. Il avait du mal à identifier l'âge de ce pauvre garçon mais c'était le dernier de ses soucis pour l'instant. Il était dans un état à faire peur. Comment avait-il seulement pu survivre ?

- On va te laver. Répéta-t-il en le voyant trembler.

Il le prit dans ses bras et le souleva pour l'emmener dans une des salles de bain en bas. Il ne connaissait pas encore la maison et buta dans un fauteuil, grognant au passage. Néanmoins, il arriva jusque dans la pièce où il donna un coup de coudes pour allumer la lumière et il le garda contre lui d'un seul bras. Ce type était un poids plume.

- Pitié. Je vous en prie. J'ai rien fait de mal. J'ai rien fait de mal, je le jure.

Des larmes roulaient de son œil ouvert et tentaient de s'infiltrer sous les coutures et la paupière du second.

Mako le posa sur le sol et tenta de décrasser un minimum la baignoire.

L'épouvantail, qui n'en était pas un, roula sur son ventre et commença à ramper. Il gémissait en forçant sur ses membres, la paille tombant toujours plus.

- Ne bouge pas !

- Pitié ! Pitié ! Sanglota-t-il.

Il essaya de s'enfuir de plus belle. Une de ses coutures s'ouvrit et un épais liquide noir en sortit. Le même qui nappait ses lèvres.

Mako grinça des dents et il l'attrapa par la taille. Il n'avait pas signé pour être dans un film de Burton en même temps que son contrat d'embauche !

Le garçon continuait de supplier, ne faisant rien d'autre. Il tentait de se recroquevillé.

Un jour, la sœur de Mako lui avait dit que le secret pour contrôler les enfants, les animaux et n'importe qui, c'était leur parler. Il n'était pas sûr que ce soit une chose vraie, supposant qu'elle voulait surtout qu'il s'ouvre.

Mais il y avait quelque chose à essayer alors que l'eau tiède coulait dans la baignoire.

- Je m'appelle Mako.

L'individu continua de trembler.

Le Néo-zélandais remonta ses manches.

- Je vais te laver. Je n'ai aucune raison de te faire du mal. Tes vêtements sont dégueulasses et toi aussi.

Les larmes coulèrent de plus belles.

- Mais j'ai rien fait…

- Ouais. On a cru que t'étais un épouvantail.

Mako ferma l'arrivée d'eau et plongea sa main dans le bain pour s'assurer qu'il n'était pas trop chaud puis il déshabilla l'individu qui était loin d'avoir autant de force que lui. Il remarqua que son ventre était extrêmement maigre. Mais combien de jours l'avait-on laissé là ?!

- Pourquoi t'as pas appelé en journée ? Reprocha-t-il.

L'autre pleura, enlaçant son corps de sa main unique.

- Je pouvais pas. Gémit-il.

Des progrès. Enfin !

Mako le souleva pour le mettre dans l'eau. L'inconnu poussa un hurlement.

- C'est très chaud ? Trop froid ?

Les gouttes salées roulaient le long de la mâchoire squelettique du pauvre hère. Qui secoua la tête en tremblant.

Probablement la surprise.

L'homme à tout faire n'était pas encore très doué pour communiquer. Il avait passé sa vie à écouter et à se taire. D'abord son père qui n'était pas très patient, puis son Colonel à l'armée avant d'en finir aux médecins.

Il avait rapidement remarqué que les gens aimaient parler alors pourquoi ne pas leur laisser le crachoir ?

Mako se leva et fouilla la pièce pour trouver un semblant d'éponge et un vieux bout de savon.

- Comment tu t'appelles ?

L'individu leva son œil vers lui. Il ressemblait au miel.

- Je sais plus…

- Tu sais plus ? Putain.

Il prit le savon et commença à frotter son corps. Les coutures étaient grossières mais assez bien fermée. À l'exception de celle qu'il avait rouverte et qui laissait sortir l'étrange liquide. Le bain se remplissait de saleté, de paille et de filins d'encre.

- T'es là depuis quand ?

Le sans-nom renifla.

- Longtemps. Chuchota-t-il.

Mako hocha vaguement la tête. Il était maigre comme une brindille de foin, en toute ironie, et il devait lui faire quelque chose à manger.

Il frictionnait ce pauvre épouvantail vivant en songeant à Jesse. Qu'est-ce qu'il faisait dans la propriété celui-ci ? Pourquoi est-ce qu'il avait l'air si bizarre et pourquoi parlait-il par énigme ?

Et si c'était lui qui avait fait ça à ce type ?

Le regardant, Mako commençait à identifier son âge. Un peu au-dessus de la vingtaine, probablement. Il remarquait les jambes immenses, les longs bras malingres. Ou le long bras et le demi-bras.

Il remonta ses mains pour venir à son visage, frottant les joues, venant laver les épais sourcils puis montant jusqu'aux cheveux. Il manquait des touffes mais ceux qui restaient présents étaient plutôt long. Ils devaient lui arriver aux épaules lorsqu'il les laissait retomber. Mais c'était dur à déterminer à cause de toute la paille qui se tenait entre les filins.

Il devrait bien relaver la baignoire après ça.

- Junkrat. Ça te dit ?

- C'est qui ? Demanda-t-il, tremblant dans son bain.

Avant, ça semblait de la peur maintenant on aurait dit qu'il commençait à avoir froid.

- C'est pour toi.

Il soupira et s'obligea à faire une phrase complexe. Ce jeune homme n'était pas sa nièce qui vivait avec lui depuis trois as t se débrouillait avec des demis phrases.

- Tu veux t'appeler Junkrat ?

Il leva son œil vers lui et Mako se demanda s'il pouvait lui ouvrir le second œil… Il n'était pas sûr qu'il puisse faire disparaître les cicatrices, par contre. Ce n'était pas son travail. Il ne connaissait rien de tout ça.

- Oui. Souffla-t-il.

Mako termina de frictionner ses cheveux qui se révélaient d'un blond cendré. Sous les marques de terre et de saleté, il découvrait des taches de rousseur, ses petites rougeurs, des grains de beauté…

L'homme à tout faire fit couler de l'eau claire pour le rincer complètement puis il alla chercher une serviette dans une autre salle. Elle devait à la base servir au nettoyage des sols mais elle était neuve et Junkrat en avait plus besoin.

Lorsqu'il revint dans la pièce, avec d'autre matériel récupéré en même temps, l'inconnu crachait de la paille et encore cet étrange liquide.

Mako haussa un sourcil et il posa une chaise dans un coin.

- Viens-là.

Il vint l'attraper dans son bain et le sortit avant de le frictionner, le soutenant contre lui.

Le jeune homme leva l'œil vers lui, tremblant encore alors que toute l'eau était tirée hors de son corps. Le plus dur était de sécher ses cheveux mais Junkrat se laissa faire sans dire le moindre mot.

Mako mit la serviette sur le bas de son corps et il inspecta les blessures. Celle ouverte avait un peu de paille et il tira un brin. Il ne savait pas comment la refermer et décida que le temps ferait son affaire. Il souleva son ciseau.

- Il faut que tu laisses respirer cet œil.

Il avait vu l'inverse chez des cochons.

Des abominations sans nom.

- Je vais juste couper les fils.

Maintenant Junkrat d'une main, le faisant gémir d'inquiétude, il coupa les fils et les tira. Puis il lui ouvrit doucement la paupière pour nettoyer l'œil. Il était rouge, il dut retirer un bout de paille mais il y avait peut-être des chances.

- Et je vais te faire à manger.

Mako se redressa pour aller vider l'eau du bain puis il réalisa qu'il n'avait pas de vêtement pour le pauvre garçon.

Il grogna et déboutonna sa chemise qu'il vint mettre à Junkrat. Comme il était non seulement mais aussi grand, elle était assez longue pour couvrir assez le jeune homme. Il lui remit les cheveux en arrière puis le prit dans ses bras.

Si jamais Junkrat réagissait à la présence de Jesse, il le jetterait dans le froid texan sans le moindre scrupule.

- Tu me ramènes chez toi ?

- Oui.

- Tu vas juste me ramener chez toi ?

- Oui.

- C'est gentil de me ramener chez toi alors que tu n'étais pas obligé. Il y a une raison ?

- Non.

Enfin si. Rédemption et tout ce qui allait avec. Il ne pouvait pas prétendre qu'il voulait se racheter en laissant souffrir un jeune homme qu'il avait aidé à torturer en fin de compte.

Ce serait Hana qui serait surprise de découvrir que son épouvantail était quelqu'un de bien vivant.

Peut-être qu'ils seraient amis. Il l'avait trouvé très triste après sa journée scolaire. Probablement parce qu'elle n'avait pas su se mêler à des gens qui avaient déjà des noyaux sociaux. Ça arriverait peut-être mais pas de suite.

Attendez…

Est-ce que, pendant qu'il était perdu dans ses pensées, traversant la cour, Junkrat continuait de parler ? Il commençait à regretter. Qu'est-ce qu'il racontait ?

- Merci pour le bain. Il faisait du bien. Il était juste chaud ! J'ai l'habitude des bains froids. Merci. Tu aurais voulu prendre un bain ?

Mako jeta un bout de paille qui avait réussi à rester et il entra dans la petite maison.

- Tais-toi maintenant. Dit-il. Des gens dorment.

- Ah ?

Il se redressa dans ses bras pour regarder.

Mako vint poser Junkrat dans le fauteuil, près de McCree et il lui lança un regard alors que l'œil miel, l'autre étant encore à moitié fermé, se posait sur l'étranger.

Pas de réactions.

Il semblait que Jesse était vraiment au mauvais endroit au mauvais moment… Il se demandait s'il devait s'adresser à ses employeurs. Entre cet homme qui se faisait tirer dessus à vue et Junkrat qui avait été plus que malmené…

Il les préviendrait.

C'était son travail, après tout. Il était leur homme à tout faire. Et tout faire, ça voulait dire les prévenir dans ce genre de cas.

Il s'occupa du repas de Junkrat, soucieux de déjà commencer à le remplumé. Le jeune homme regardait autour de lui avec intérêt.

- C'est petit. J'aurais cru que tu aurais l'autre maison. C'est quoi ici ? Il y a beaucoup de personnes, non ? C'est pas une chambre, là ?

D'accord, Mako comprenait pourquoi on avait essayé de faire de Junkrat un épouvantail…

- Ferme-la. Asséna-t-il.

Pour le faire taire plus vite, il se contenta de lui faire des toasts, et un œuf sur le plat, qu'il vint lui apporter.

- Et mange. Termina Mako.

- Merci. Ça a l'air bon.

- Mange. Soupira-t-il en se laissant glisser le long du fauteuil.

- Tu restes sur le sol ? Demanda Junkrat, la bouche remplie d'œuf.

- Oui.

Le jeune homme déglutit puis toussa, crachant un peu de foin. Il secoua la tête puis souleva l'assiette et rampa pour tomber sur Mako qui sursauta.

- C'est ton fauteuil, tu devrais le prendre.

Très bien, Mako ne comprenait pas pourquoi on avait essayé de faire de Junkrat un épouvantail…

Il leva les yeux au ciel, l'enlaça et se redressa. Le serrant contre lui, il se laissa tomber dans le fauteuil qui craqua un peu.

- Tais-toi et tu peux rester là. Grogna-t-il.

- Mes lèvres sont cousues. Enfin pas vraiment parce que mes lèvres, ils ont pas réussis à les coudre et d'ailleurs, je…

Mako lui enfonça un toast dans la bouche pour qu'il se taisse.