Naruto resta muet de stupeur. Devant lui se tenait la fameuse jeune fille qu'il avait allègrement reluquée à la piscine la veille, ses formes avantageuses moulées par un maillot de bains relativement absent bien différent de celui de l'établissement. Les deux seins remplissaient généreusement le haut, débordant presque un peu. Elle lui adressait un petit sourire mutin malgré son air embarrassé et lui fit signe de la rejoindre. Ni une ni deux, Naruto attrapa la petite main blanche que lui tendait sa camarade de classe et se mit à courir, tiré à sa suite. Malheureusement, il s'empêtra lui-même dans ses pieds et tomba, entraînant dans sa chute la belle adolescente.
Un petit éclat de rire discret alors qu'elle se retrouvait penchée sur lui, sa poitrine rebondie attirant irrémédiablement les yeux de Naruto. Les deux jeunes gens se regardèrent un moment, avant que leurs visages ne se rapprochent petit à petit. Il pouvait sentir son souffle timide contre son nez. Les paupières du garçon se fermèrent, presque instinctivement. Leurs lèvres allaient se sceller quand soudain, un grand cri retentit :
« Naruto, remue-toi, tu vas être en retard ! J'ai une réunion ce matin, je ne pourrai pas t'emmener. »
Lentement, l'adolescent se réveilla, émergeant difficilement de son rêve. Il grommela vaguement avant de se décider à lever la tête et massa sa joue droite, qui était complètement engourdie. La mine encore renfrognée, il s'aperçut qu'il n'avait en fait pas dormi dans son lit, enveloppé dans sa grosse couverture et son oreiller moelleux, mais sur son bureau. Sur sa composition d'anglais, plus exactement. Il se souvint avoir passé sa fin de journée, soirée, nuit à plancher dessus et il avait réussi à la terminer, au prix de précieuses heures de sommeil. Il s'étira tandis que son père réitérait son appel du bout du couloir.
L'adolescent prit quelques instants pour constater qu'il était dans un état de décrépitude avancé, passa une main dans ses cheveux dans un geste plus machinal qu'utile – sa tignasse demeurant désespérément indomptable –, remit sa chemise plus ou moins en place, fourra distraitement sa trousse et ses feuilles dans son sac puis sortit. Dans la cuisine, son père lui avait préparé un bentô et son petit-déjeuner. Naruto avala vite fait son bol de riz, un peu de poisson et se jeta dans les escaliers. Il manqua de rater une marche à plusieurs reprises et arriva presque en tombant au rez-de-chaussée, où le concierge de l'immeuble était en train de passer le balai.
Cet homme semblait toujours malade, reniflait en permanence, et sa mine pâlotte et chétive n'arrangeait en rien les choses. C'était cependant quelqu'un de très sympathique et doux, pas aigri pour deux sous. Naruto l'aimait bien. Il prit donc le temps de lui adresser un petit signe de tête accompagné d'un jovial « Bonjour, Gekko-san ! » auquel le jeune homme répondit poliment avant de tousser un peu. Le garçon se mit à courir aussi vite qu'il le pouvait, dans l'espoir d'arriver à l'heure à l'arrêt de bus mais ce fut peine perdue : il lui manquait bien dix minutes… Résigné à aller à pied au lycée, et donc à arriver en retard, il jeta son sac sur ses épaules et recommença à courir, cette fois un peu plus lentement ; il tenait à arriver à l'école vivant.
Ce qu'il fit. Mais il était en retard d'un bon quart d'heure… Complètement paniqué, il se précipita dans les escaliers pour arriver à la salle de cours que sa classe occupait, espérant que le professeur qu'il avait à cette heure-ci ne lui ferait pas sa fête. Finalement devant la porte, il s'accorda un instant pour reprendre son souffle – après tout, en retard pour en retard – et ouvrit le battant. Il s'inclina aussitôt bien bas, ses yeux contemplant ses chaussures détestablement neuves et cirées, et se répandit en excuses, expliquant qu'il avait raté son bus et qu'il avait dû aller au lycée à pied parce que son père ne pouvait pas l'emmener. Il s'arrêta de débiter au bout de quelques instants durant lesquels il était resté incliné et releva la tête, timidement. Il s'aperçut que s'il n'avait pas obtenu de réponse, c'était parce que le professeur n'était pas là, pas plus que ses autres élèves, d'ailleurs.
Perplexe, Naruto cligna des yeux en balayant la salle du regard. Personne, sauf lui. Il n'y avait vraiment personne. Hésitant entre le soulagement et l'appréhension de s'être trompé de salle, il vérifia qu'il n'était pas au mauvais endroit. Ce n'était effectivement pas le cas. Alors pourquoi diantre n'y avait-il pas de professeur ni de lycéens ? L'adolescent soupira lourdement et laissa sa tête tomber vers l'avant. Ca ne pouvait, de toute façon, arriver qu'à lui. Tandis qu'il se perdait dans ses réflexions sur sa malchance naturelle, une main se posa sur son épaule et un joyeux : « Bonjour, Naruto-kun ! » sonna près de son oreille. Trop près à son goût, à vrai dire, puisqu'il sursauta violemment et poussa un petit cri de surprise. Un rire léger résonna dans son dos. Une fille. Il se retourna et reconnut…
« Oh, c'est toi Sakura-san. Bonjour.
- Je t'ai fait peur, Naruto-kun ? demanda la jeune fille avec un petit sourire espiègle.
- Oui, un peu ; je ne m'attendais pas à ce que quelqu'un arrive subitement…
- Tu es bien matinal, d'ailleurs ; tu es tombé de ton lit ?
- Hein ?
- Ah, oui, c'est une chose que j'ai dû oublier de t'expliquer hier. Notre professeur d'histoire-géographie, Hatake Kakashi-sensei, n'arrive jamais à l'heure.
- Quoi ?!
- Oui… Chacun de ses cours commence au minimum avec une demi-heure de retard. Par conséquent, tu as encore un quart d'heure devant toi…
- Misère, et moi qui me croyais super en retard, gémit Naruto. »
La jeune fille rit encore un peu avant de passer à côté du garçon pour rejoindre sa place. Bientôt, le reste de la classe arriva par petits groupes sous les yeux ébahis de Naruto. Il évita cependant de croiser le regard de Sasuke, qu'il supposait mauvais et supposait très juste. Laissant le paysage offert par la fenêtre détourner son attention, il réagit à peine lorsqu'il sentit quelque chose d'humide se poser furtivement sur sa joue. Il salua Sasori qui s'était assis sur sa table et le fixait, cherchant à comprendre ce qui pouvait le rendre grognon.
« Eh ben, ça ne va pas ?
- Bah, je me suis juste précipité au lycée, pensant arriver avec un bon quart d'heure de retard et voilà que j'apprends que je suis en avance, bougonna le garçon.
- Ha ha. Vrai que Kakashi-sensei n'est jamais à l'heure, oui. Il est plutôt sympathique en dehors de ça. Et c'est tout ce qui te met de si charmante humeur ? s'enquit le travesti sur un ton innocent pas si innocent que ça. »
Pas de réponse. Il avait touché juste, c'était évident. Naruto était un petit nouveau, n'appartenait à aucun clan et ne savait vraisemblablement pas se battre. La chose qui devait en toute logique le préoccuper plus que le fait d'arriver à l'heure ou non était bien celle-ci. Les guerres entre les clans n'allaient pas tarder à reprendre, et s'il ne trouvait pas rapidement une bande à laquelle se joindre, il allait sans aucun doute possible devenir la proie favorite de tout le monde. Cependant, c'était à lui de faire la démarche, s'il souhaitait la faire. Tout aussi gentil qu'il était, il devait être logé à la même enseigne que tout le monde, par conséquent Sasori se défendait de lui offrir un passe-droit.
De son côté, Naruto était justement en train de se demander comment il allait amener le sujet et donc poser la question à un million. Finalement, il se jeta à l'eau sans y réfléchir plus et lâcha de but en blanc :
« Dis, Sasori… Est-ce que tu crois que je pourrais… faire partie du Bang Bang Club ? »
Il avait hésité longuement, mais c'était venu et c'était tout ce qui comptait. Son interlocuteur le dévisagea, à moitié surpris. Il prit soin d'envisager tous les aspects que présentait la situation avant de répondre prudemment :
« Eh bien… Il faudrait que j'en parle à Deidara, bien sûr, tu t'en doutes, mais en ce qui me concerne, je serais ravi de te compter parmi nous. »
Un sourire franc et radieux. Le tour était joué. Le nouvel arrivant sentit un poids s'envoler. Bon, rien n'était encore déterminé, et il fallait réussir à convaincre le leader – ce qui lui paraissait pour le moment relativement difficile – mais il s'en faisait une affaire. Il était à vrai dire prêt à pas mal de choses pour éviter de se retrouver seul à la merci de tous. Une nouvelle question lui vint et il leva les yeux vers le travesti :
« Par contre… Tu comptes lui en parler quand ? Parce qu'on est déjà mercredi et… »
Il ne put pas finir sa phrase et encore moins obtenir de réponse. En un mouvement rapide, Sasori rejoignit sa place, comme tous les autres élèves. Le silence se fit soudainement. La porte de la salle s'ouvrit sur ce qui semblait être le professeur : un homme aux cheveux gris et ébouriffés, très grand et élancé, dont on ne distinguait pas grand-chose du visage. Une sorte de masque le recouvrait jusqu'au nez et le seul œil visible était le droit, l'autre étant caché par un bandana avec un drôle de motif dessus. Sans aucun mot, l'homme posa ses affaires sur le bureau et balaya la salle du regard. Il s'arrêta un bref instant sur Naruto qui déglutit, se demandant comment il devait interpréter ceci mais ne dit rien.
Il s'éclaircit la gorge et commença :
« Bien. Je suis arrivé un peu en retard, comme vous pouvez le constater – certains ricanèrent à cette remarque – mais le fait est que j'ai eu quelques soucis en venant ; une personne âgée a eu besoin d'aide pour ramener ses courses chez elle, et il se trouve qu'elle habitait plutôt loin de l'établissement, ceci explique donc cela. Bref. »
Nouveau raclement de gorge.
« La leçon d'aujourd'hui portera sur le capitalisme, la société de consommation et leurs impacts, fit le professeur d'un ton calme mais sec. Sortez vos livres et vos cahiers. »
Tout le monde s'exécuta docilement, sauf Sasori, à qui Naruto jeta un coup d'œil discret. Le travesti parut tout à coup en proie à une vive douleur au ventre et leva le bras non sans peine. Puis, d'une voix souffreteuse, il geignit plus qu'il ne demanda :
« Ah… Kakashi-sensei, je crois que je ne me sens pas très bien ; est-ce que je peux aller à l'infirmerie, s'il vous plaît ? »
L'œil unique se posa un court instant sur le visage de l'adolescent. Il était évident que le mensonge n'était pas très crédible et que personne n'allait le croire. Pourtant, contre toute attente (du moins, celle de Naruto), le professeur soupira et hocha vaguement la tête en signe d'approbation. Avec un petit clin d'œil pour son voisin de table, le jeune homme se leva, ramassa ses affaires et sortit après avoir discrètement remercié Kakashi. Le cours reprit, comme si de rien n'était. Après avoir pris l'essentiel de la leçon en note, les élèves durent s'attaquer à quelques exercices dont la liste parut bien trop longue à Naruto. Il y eut un petit « Galère… » lâché sur un ton traînant, mais les élèves obéirent.
Tout en se demandant ce que pouvait bien faire Sasori, le garçon entama son travail, jetant de temps en temps quelques regards vers le bureau. Il lui semblait que leur enseignant n'était pas très préoccupé par ce qui pouvait se passer dans la classe. A bien y regarder, il paraissait pris par quelque chose d'autrement plus captivant, qu'il regardait sur ses genoux. Perplexe et, il faut bien l'avouer, curieux, Naruto se tourna vers Sakura, la héla en chuchotant :
« Sakura-san.
- Oui ?
- Dis… qu'est-ce qu'il fait, Kakashi-sensei ? Il a l'air ailleurs, ajouta-t-il en voyant le professeur pouffer d'un air amusé.
- Ah, c'est sa grande occupation, quand il est en cours. Il lit.
- Il lit ?! Mais… qu'est-ce qu'il peut bien lire de si drôle ?
- Drôle, je ne sais pas, mais quoi qu'il en soit, c'est son genre de lecture favori ; le Icha Icha Paradise…
- … ça me dit quelque chose…
- C'est un livre érotique, Naruto-kun…
- … Et ça l'amuse tant que ça ?
- Dites donc, tous les deux, il me semble que je vous avais donné des exercices à faire, les interrompit Kakashi. »
Les deux s'excusèrent du bout des lèvres et reprirent le travail demandé. La fin du cours arriva rapidement ; Kakashi releva la tête vers ses élèves et leur dit tranquillement que tout ce qu'ils n'avaient pas terminé en classe serait à finir pour la fois suivante. Comme la moitié n'écoutait déjà plus, il ajouta également avant de s'en aller qu'il ramasserait certains devoirs. Naruto jugea préférable de prendre le temps de noter l'information avant le cours suivant : l'anglais. Cours auquel n'assista d'ailleurs pas Sasori. Le traître, il échappait donc au ramassage des compositions… Kurenai-sensei était certes une très, très jolie femme, mais il n'empêchait qu'elle faisait assez peur, surtout quand on considérait sa façon de s'acharner sur un certain Nara Shikamaru qui n'avait pas daigné faire le devoir en question.
Elle ne criait même pas, mais sa façon de le fusiller du regard était tout de même effrayante. Et puis elle ne faisait pas dans la dentelle en le critiquant ; disant que c'était un fainéant de première, qui ne savait pas la chance qu'il avait, et que cette flemmardise lui causerait du tort tout au long de sa vie, etc. Et pour parfaire le tout, elle ajouta qu'aujourd'hui, ils feraient une leçon se rapportant au travail et aux études. Etrange coïncidence, trouva Naruto. Il garda cependant sa remarque pour lui, pressentant que s'il avait le malheur de laisser échapper ses réflexions, il ne passerait pas la pause de midi.
Kurenai-sensei partie, ce fut l'heure du cours que Naruto détestait par excellence : les mathématiques. Genma-sensei était pourtant assez sympathique, quoique son look laissait un peu à désirer, mais les chiffres n'étaient pas ce que préférait l'adolescent. Et puis, en étant malgré tout un tant soit peu objectif, il fallait avouer que cet enseignant n'avait ni la poitrine de la directrice, ni celle de Kurenai-sensei. Ca ne facilitait donc pas le maintien de l'attention. Sasori n'était toujours pas revenu, constata le garçon en avisant la place désespérément vide. Qu'est-ce qu'il pouvait bien mijoter ? Il se le demandait… Son esprit passa donc la totalité du cours à se focaliser sur cette question, et quand arriva l'heure de la pause déjeuner, il fallut au jeune homme quelques secondes pour réaliser que les autres avaient déjà sorti leurs bentô et mangeaient avec appétit.
Avec une lenteur digne d'une tortue poussive, il tira le sien de son sac et l'entama sans conviction. Sans vraiment savoir pourquoi, il ne pouvait pas s'empêcher de se dire que plus l'absence de son camarade se prolongeait, moins c'était rassurant. Par bonheur, cependant, le travesti fit son apparition dans l'embrasure de la porte et fit signe à Naruto de lui suivre, ce que ce dernier fit sans se poser plus de questions. Sasori le conduisit dehors, à l'écart des autres élèves, quelque part entre le bâtiment scientifique et le gymnase. S'asseyant dans l'herbe, il tapota un peu à côté de lui pour intimer à son ami d'en faire autant.
Sentant qu'il s'apprêtait à lui dire quelque chose d'important, le garçon obtempéra et se retrouva assis dans l'herbe, pendu aux lèvres du travesti. Ce dernier prit son temps pour amener la chose, regardant distraitement à droite et à gauche, l'air de rien, ce que l'adolescent interpréta comme de mauvais augure. Après tout, s'il était porteur de bonnes nouvelles, pourquoi le ferait-il mijoter de la sorte ? Il se tortilla, mal à l'aise, tentant de se préparer tant bien que mal à la sentence. Les yeux noisette du rouquin se posèrent sur le visage anxieux du nouveau. Il chercha un court instant ses mots, comme embarrassé :
« Bon, écoute Naruto. J'ai eu l'occasion de parler de toi à Deidara. C'est d'ailleurs principalement pour cette raison que tu ne m'as pas vu en cours de la matinée, en fait. Je t'ai déjà expliqué que le chef est un peu… lunatique ; il a ses humeurs, ses coups de tête et de gueule, et mieux vaut ne pas lui chercher des noises quand il est à côté de ses pompes.
- Pourquoi… pourquoi est-ce que tu me dis tout ça, Sasori ? »
Le jeune homme inspira profondément avant de reposer son regard sur son interlocuteur et dit dans un soupir :
« Parce qu'il vaut mieux que tu sois au courant quand tu te retrouveras face à lui… »
Petit silence. Le temps pour Naruto d'analyser ce qu'impliquait cette révélation et il s'exclama :
« Hein ?! Attends, ça veut dire qu'il veut bien me voir ?
- Affirmatif. Pendant la pause déjeuner, à vrai dire.
- Si tôt ? Comment t'as fait pour le convaincre ?
- J'ai mes arguments, fit-il d'un ton un peu sec. Bon, l'essentiel ne se situe pas là ; il va vraiment falloir que tu fasses bonne impression dès le début, tu sais ? Tu as peut-être déjà eu affaire à Deidara mais tu ne l'as que peu vu. Enfin, pour ne pas te le mettre à dos, tu ne dois surtout en aucun cas dire quelque chose qu'il puisse interpréter de travers ou trouver vexant. Sinon, c'est mort pour toi.
- Il est si… terrible que ça ?
- Terrible, non, pas vraiment. Enfin, pas avec nous. Avec le reste des élèves, c'est une autre paire de manches, par contre…
- Je vois, fit Naruto d'une voix blanche en réprimant un frisson.
- Mais je ne m'inquiète pas trop pour toi, enchaîna Sasori avec un sourire qu'il savait chaleureux ; tu vas bien réussir à t'en sortir.
- Espérons-le… »
Sasori ne laissa pas le temps à Naruto de soupirer ; il lui attrapa le poignet aussi sec et le tira jusqu'au toit où Deidara les attendait, une cigarette au coin des lèvres. Il jeta sa clope encore allumée par dessus le muret, se tournant vers le nouveau que Sasori tenait fermement. Le grand blond se rapprocha, mains dans les poches, la cravate de travers et l'air ennuyé. Il étudia avec soin la gueule du petit nouveau avant de se racler la gorge.
« T'as déjà fait des conneries dans ton bahut ? demanda Deidara en bâillant.
- Des conneries ? répéta Naruto. Bah ... Non, pas trop, c'était un lycée assez strict et assez réputé, y'avait pas beaucoup de mouvement.
- Quoi, t'as jamais pissé dans la théière d'un prof' ou un truc comme ça ? s'étonna Sasori.
- S'il vient d'un lycée de bourg', y'a peu de chances, confirma Deidara alors que Naruto faisait non de la tête pour répondre au rouquin. Ton père payait combien par trimestre ?
- J'en sais rien. Si c'est de l'argent que tu veux ...
- Oh, non, répondit simplement Deidara en haussant les épaules. La thune, c'est pas difficile à trouver et racketter les p'tits nouveaux n'a rien de glorieux. T'as pas à te faire de souci pour ça dans cette école. Par contre, si t'es une sainte, tu vas mal vivre.
- Ça ... Ça dépend des conneries qu'on me demande de faire, je crois, se reprit Naruto. Si je dois faire quelque chose pour rentrer dans le Bang Bang Club, dis-le moi et je le ferai ! »
Deidara lâcha un "ooooh" évasif avant de sortir un briquet de sa poche, jouant avec pour dissimuler son ennui. La sonnerie retentit à ce moment-là mais Naruto ne put repartir, Sasori le tenant toujours fermement. De toute façon, il n'avait pas envie de quitter ce toit sans avoir la certitude que le Bang Bang Club l'accepterait. C'était sa seule chance d'être à peu près tranquille durant sa scolarité dans ce lycée de fous, il ne devait pas la rater !
Cinq bonnes minutes passèrent dans un silence de mort, seulement entrecoupé par les bruits lointains des chaises raclant le sol et des derniers rires des étudiants avant de reprendre les cours. Naruto déglutit lorsque le regard bleu terne de Deidara se posa enfin sur lui.
« On verra ça ce soir. Y'a un truc prévu le sept, 'faut pas que ça vienne foutre la merde ou on aura Zhu Que sur le cul. Reviens ici à minuit, on avisera.
- Mais l'école est fermée la nuit et ...
- Ici, minuit, conclut Deidara en lui tapant l'épaule sans entrain. Sasori, préviens les autres, j'ai des trucs à faire cet aprèm'. A plus. »
Sasori lâcha Naruto et retourna en cours en trottinant, faisant virevolter sa jupe dans la brise chaude de l'été. Deidara disparut en se grattant la tête, laissant le nouveau venu en proie avec un nouveau problème : comment allait-il faire le mur cette nuit ?
Cette question le tarauda tout l'après-midi - autant dire qu'il ne suivit pas les cours du tout - et même après. Il toucha à peine à ses devoirs, attendant avec inquiétude le retour de son père. L'appartement ne lui avait jamais paru aussi froid et stressant ; il était pourtant plus grand que celui dans lequel il avait vécu à Tôkyô, plus éclairé aussi mais beaucoup plus vide. L'absence de sa mère se faisait sentir. Elle ne devait arriver que dans le courant du mois de juillet, ayant des affaires à régler à la capitale concernant son transfert. Celui de son père avait été tellement soudain que ç'avait surpris toute la famille.
Naruto n'avait pas vraiment apprécié la manière dont ça s'était fait. Son père l'avait inscrit dans une autre école avant même qu'il ait su qu'il allait en changer et sa mère n'avait pas eu le temps de se préparer non plus. Ils laissaient derrière eux les grands-parents, eux aussi surpris de la rapidité des choses. Minato n'avait pas donné d'explication autre que « transfert » . Naruto se demandait quand même comment un avocat d'un cabinet tokyoïte pouvait bien être « transféré » en pleine cambrousse. Un ou deux de ses amis avaient bien quitté la capitale lorsqu'il était plus jeune mais ses parents avaient eu de vraies raisons : décès d'un proche, reprise d'une petite entreprise, retour au pays, transfert dans une autre grande ville, etc.. C'était justifié et raisonnable.
Naruto avait fini de dîner lorsque son père rentra enfin. Il lui fit réchauffer ce qu'il avait cuisiné - brochettes de poulet, salade composée et riz - tout en gardant un oeil sur la télévision allumée depuis un bon moment. Ils ne parlèrent pas ou peu, échangeant des banalités sur leur journée et le beau temps. Naruto avait du mal à desserrer les dents, sentant l'angoisse poindre de plus en plus. Comment allait-il se soustraire à sa surveillance ? Son père ne s'endormait jamais avant une heure avancée de la nuit et il fallait prévoir une bonne heure de trajet, à pied, pour rejoindre l'école. Naruto regarda l'horloge avec anxiété : vingt-deux heures trente.
« Tu as nourri ton chat, Naruto ? demanda Minato en finissant de ranger la vaisselle.
- Le ... chat ...
- Oui, ton chat, cette horrible boule de poils pleine de rhumatisme.
- Oh ... Je l'ai pas vu ce soir, mentit le jeune homme en regardant ailleurs. Il est peut-être dehors.
- Tu ferais bien d'aller le chercher avant qu'il ne se fasse écraser. Il ne connaît pas le quartier et il serait plus prudent que tu ne le laisses pas sortir sans surveillance à l'avenir.
- Oui, d'accord, répondit Naruto en allant vers sa chambre. Je prends mon portable, je sais pas pour combien de temps j'en aurais.
- Essaye de faire vite.
- Ça dépend pas de moi. »
Lucky, pensa Naruto en sautillant dans sa chambre, sous le regard endormi du vieux matou. Il l'avait, son excuse. Il se jeta sur son sac à dos pour y mettre le chat qui ne protesta même pas, glissa son porte-feuille et son téléphone portable dans ses poches et quitta l'appartement après avoir enfilé ses chaussures, des vieilles Converses orange, à la va vite. Naruto constata qu'il n'y avait pas de bus à cette heure-là aussi dut-il marcher jusqu'à l'école, sortant son chat de temps en temps pour qu'il ne lui lacère pas le dos lorsqu'il avait envie d'uriner - les vieux chats, un bonheur. Le lycée fut enfin en vue et Naruto le trouva encore plus glauque de nuit. Il n'y avait pas âme qui vive aux alentours, pas une lumière. Il ne devait même pas y avoir de gardien.
Naruto escalada le portail sans trop de difficultés et se demanda comment aller jusqu'au toit. Les portes devaient être fermées. Il alla tout de même vérifier le hall principal et, effectivement, constata qu'il ne pourrait pas emprunter les escaliers. Naruto recula un peu pour estimer la hauteur des bâtiments, déglutissant difficilement. Il ne pourrait jamais escalader la façade, c'était bien trop haut ! Alors qu'il réfléchissait à un moyen d'arriver jusqu'au toit, une main se posa sur son épaule. Naruto hurla et sursauta en même temps, déclenchant la fureur du chat prisonnier du sac à dos.
« T'es en avance, remarqua Suigetsu. T'as de la chance que Deidara te soit pas tombé dessus, il déteste les gens en avance.
- Vou-vous êtes aussi en avance, Suigetsu-senpai, bredouilla Naruto en tentant de calmer les battements de son coeur.
- Oui mais j'ai pas peur de Deidara, moi."
Naruto ne put que rire pour cacher son embarras.
« Y'a quoi dans ton sac ?
- Mon chat.
- Ton ... chat ? T'aurais mieux fait d'amener des marshmallows ou des pokis. Ça se mange au moins.
- C'est mon ticket de retour, marmonna Naruto en se reculant un peu. J'aurais pas pu sortir sans lui. »
Suigetsu arqua un sourcil, l'air de se foutre de la gueule de ce pauvre petit garçon incapable d'affronter le noir de la nuit sans son précieux doudou, puis fit signe à Naruto de le suivre. Ils contournèrent l'établissement pour arriver à un escalier de secours réservé à l'évacuation en cas d'alerte incendie. Naruto était un peu vexé de ne pas avoir eu cette idée-là. Il suivit Suigetsu en silence, détaillant les vêtements qu'il portait. Son senpai avait troqué l'uniforme noir et vert pour un ensemble beaucoup plus sportif, blanc et violet, avec plusieurs ceintures cloutées dépassant de sous son T-shirt aux armes des « Sept Sabres de Kiri », certainement un groupe de rock amateur, selon Naruto. Il ressemblait à n'importe quel adolescent rebelle à la limite du punk à Tôkyô - les cheveux bleus y étaient pour beaucoup. Ils arrivèrent enfin sur le toit, constatant que tous les autres étaient déjà là, y compris Deidara. Naruto regarde sa montre : minuit moins dix.
« Vous êtes en retard, grogna Deidara.
- Pa-Pardon, s'excusa Naruto alors qu'il était en avance sur l'horaire prévu.
- On a déjà tiré à la courte paille, informa Sai. C'est à toi de commencer, Suigetsu.
- Et merde ... J'ai rien prévu. »
Naruto déglutit à nouveau, presque à court de salive. Qu'avaient-ils prévu ? Pourquoi avaient-ils tiré à la courte paille ? Par quoi allait-il passer ? Pourquoi Sasori n'était pas en jupe ?
Naruto bloqua. Il pencha un peu la tête sur le côté pour constater que, oui, Sasori portait bien un pantalon baggy aux motifs treillis verts et gris ainsi qu'un débardeur noir très ample. Il n'avait pas de maquillage à part son vernis à ongle et semblait bien plus froid que d'ordinaire. Naruto se dit que le peu de lumière aidait certainement à rendre ses camarades tous plus angoissants les uns que les autres. Kankurou avait toujours son maquillage tribal et portait un ensemble entièrement noir, avec un bonnet ridicule avec des sortes de cornes sur la tête pour cacher ses cheveux châtains. Sai faisait office de bon garçon, habillé d'un pantalon un peu moulant et une chemise blanche aux fines rayures bleu clair. Quant à Deidara, il portait un bermuda beige élimé et un T-shirt trop grand pour lui qui sentait la sueur et l'alcool. Il semblait sortir d'un petit boulot ou quelque chose comme ça.
Naruto se sentit un peu mal à l'aise devant les membres du Bang Bang Club. Il n'avait jamais imaginé qu'ils avaient une vie en dehors de l'école. Voir Deidara avec l'air fatigué le fit culpabiliser : c'était sur sa demande que le clan se réunissait, c'était sa faute si le chef sautait des heures de sommeil. Avec un peu de sa malchance habituelle, Deidara allait le lui faire payer au centuple. Naruto commençait à avoir du mal à respirer, sentant une crise d'angoisse le paralyser. Il retourna cependant à la réalité lorsque le chat se rappela à son bon souvenir, lui plantant les griffes dans le dos. Naruto sursauta à nouveau et jeta le sac par terre, réagissant à son premier réflexe. Se rappelant ce que contenait le sac, il se mordit la lèvre inférieure et l'ouvrit pour laisser sortir un chat furibard, crachant et hérissant son poil mité.
« Pourquoi tu te balades avec ton chat, Uzumaki ? grogna Deidara. T'es pas en maternelle, putain !
- Désolé, bredouilla Naruto en rattrapant difficilement Kyuubi. C'est mon excuse pour être sorti, je pouvais pas faire autrement.
- Tu n'as pas le droit de sortir ? s'étonna Sai.
- Pas en semaine, non. Mais je trouverai bien un moyen de recommencer, se reprit Naruto en supportant la furie de la boule de poils.
- Y'a intérêt parce que c'est la semaine qu'on s'amuse le plus, prévint Deidara. Enfin, 'faut déjà voir si t'arrives à rentrer dans le Club. Suigetsu, t'as trouvé quoi lui faire faire ?
- Mouais, je crois, lâcha le punk en regardant dans le lointain. On est notés en natation lundi prochain ...
- Ah merde, j'avais zappé ça, coupa Kankurou.
- Hm, ennuyeux en effet, commenta Deidara. Entre cette limande de Karin, Rambo et Temari la butch, y'a rien d'intéressant. Tu as donc une proposition à nous faire ?
- Je me disais que la piscine pourrait avoir une indisponibilité temporaire, résuma Suigetsu en haussant les épaules.
- Parfait ! s'exclama le chef en se tournant vers Naruto qui sursauta, manquant de lâcher son chat. Démerde-toi pour qu'on n'ait pas natation lundi prochain, c'est ta première épreuve pour intégrer le Bang Bang Club !
- Pre... Première épreuve ? s'écria Naruto d'une voix de crécelle. Ça veut dire qu'il y en aura d'autres ?!
- Autant que de membres et chacun ordonne ce qui lui chante.
- Mais la semaine ...
- Tu t'y es pris trop tard, c'est ta faute, démerde-toi, résuma Deidara en se levant. Tu as jusqu'à lundi, huit heures. »
Naruto crut qu'il allait pleurer lorsqu'il vit les membres du Bang Bang Club quitter le toit à la suite de leur chef. Comment faire pour détériorer une piscine en quatre jours ? Il n'en savait rien du tout et son coeur se serra à l'idée que sa petite vie rêvée de lycéen se faisait bel et bien la malle. Il était dans la merde jusqu'au cou et quelque chose lui disait qu'il n'avait pas fini de couler.
A suivre...
