Et c'est parti pour un troisième chapitre et un troisième point de vue, peut-être un peu moins drôle mais j'essaie de m'adapter au personnage dont on apprend les pensées tout en poursuivant l'histoire qui avance lentement je l'admets.
Merci à tous mes reviewers et bonne lecture !
Chapitre 3 :
Anthéa – puisqu'elle ne pouvait donner son véritable nom et qu'elle avait donné celui-ci – quelle idée lui était passée par la tête d'ailleurs ? – au docteur Watson et donc pouvait difficilement en changer – observa ce qui se déroulait autour d'elle avec circonspection. Tout semblait se dérouler comme prévu. Elle jeta un regard à son téléphone – blanc avec de la dentelle pour l'occasion – pour vérifier qu'il n'y avait aucun problème. Elle reçut un SMS des cuisines l'informant que le problème de glaçons avait été réglé et que la pièce montée en était au glaçage, un SMS des voituriers l'informant qu'ils avaient fini par réussir à extraire le voiturier numéro quatre de la mini vert pomme, un du responsable de la sécurité, censé lui faire un topo tous les quarts d'heure, laconique – il s'était contenté d'envoyer RAS et il lui avait pourtant fallu près d'une minute pour l'écrire – et de nombreux autres SMS lui précisant que les tables avaient été installées dans le parc, que les fleurs avaient toutes bien été changées – madame Holmes ayant subitement décidé que des fleurs rouges n'étaient pas adaptées pour un mariage et voulant finalement uniquement des fleurs blanches – et mille et un autres petits détails. Anthéa travaillait avec Mycroft Holmes depuis des années et elle avait toujours pensé qu'il était un employeur difficile à contenter. Elle n'avait pas encore travaillé avec madame Holmes. La femme était un véritable cauchemar !
Anthéa échangea quelques mots par SMS avec son patron – il semblait de plus en plus stressé à mesure que le temps s'écoulait – Anthéa pensait que laisser les deux frères enfermés dans une chambre seuls manquait de prudence et d'intelligence – puis décida de se préoccuper des tâches que son patron lui avait nommément assignées. Elle était chargée de s'assurer que les invités – pas les membres de la nombreuse famille Holmes ni les invités de madame Holmes mais les personnes que Sherlock et John avaient véritablement invitées – ne prissent pas la poudre d'escampette ou ne fissent quelque chose qui ruinerait le mariage parfait voulu par madame Holmes. Et ce que madame Holmes voulait… La femme pensait sans doute bien faire mais Anthéa pensait que son attitude à l'égard de ce mariage était le plus grand danger. En effet, madame Holmes et ses demandes avaient rendu le bon docteur Watson au bord de craquer. Et si l'un des mariés ne se présentait pas à son mariage, cela risquait fort de gâcher la cérémonie… Anthéa ne pourrait jamais oublier l'épisode fameux de la liste des invités.
Madame Holmes avait elle-même constitué la liste des invités avec tous les membres de la famille Holmes et toutes les personnes de la bonne société anglaise auxquelles elle pouvait penser – contre l'avis de Sherlock et John mais Sherlock ne contredisait jamais sa mère et John était, à ce moment-là, encore décidé à se montrer accommodant avec sa future belle-mère. Cela ne dura pas – elle leur proposa de rajouter les noms de leurs amis ce qui constitua en une liste d'une dizaine de noms de personnes d'abord proches – si on pouvait dire – de Sherlock mais qui étaient devenues par la suite au moins aussi proches du docteur.
« Cher John – le bon docteur tiquait à chaque fois qu'elle l'appelait ainsi – vous ne m'avez pas donné votre liste. De combien de membres se compose votre famille ? »
Le visage du docteur s'était fermé sans que cela n'arrêtât le moins du monde madame Holmes.
« Ils vont venir bien sûr ? »
C'était plus un ordre qu'une question, une particularité génétique des Holmes apparemment.
Devant l'absence de réponse du docteur, qui semblait se raccrocher à sa tasse de thé, elle ajouta :
« Vous leur avez dit que vous vous mariez, n'est-ce pas ? Vous n'avez tout de même pas honte d'épouser mon fils… »
Sherlock et Mycroft observaient l'échange, étonnamment silencieux et immobiles, dans leurs fauteuils.
« Non je n'ai pas honte d'épouser Sherlock ! répondit John, les dents serrées. Mais mon père est mort et je préfèrerai me pendre que de voir ma mère, pour peu que quelqu'un puisse la trouver – qu'est-ce que je dis, bien sûr que vous pouvez la trouver ! – assister à mon mariage. D'autre part, je doute qu'il soit possible de rajouter du monde. »
Madame Holmes cilla puis, ne prêtant pas attention aux propos qui la contrariaient – une aptitude qu'elle maîtrisait à la perfection – elle sourit d'un air quelque peu condescendant.
« Cher John, je suis sûre que nous pourrons trouver une petite place pour vos proches. »
John ferma les yeux et prit une profonde inspiration pour se calmer – vivre avec Sherlock lui avait manifestement permis de perfectionner la maîtrise qu'il avait de lui-même.
« Je suppose que je pourrais inviter ma sœur… »
Il avait l'air peu convaincu et Anthéa n'eut pas besoin de chercher pourquoi. D'après les dossiers qui avaient été faits sur John Watson, sa sœur était une alcoolique chronique et Anthéa pouvait comprendre qu'il ne tenait guère à la voir à son mariage. Surtout un mariage auquel madame Holmes avait convié la fine fleur de la noblesse britannique !
« Bien ! Et je suis sûre que vous avez aussi quelques amis que vous voudriez inviter… »
Ce fut le moment où le bon docteur craqua. La tasse en porcelaine fine explosa dans sa main, répandant de la porcelaine et du sang sur le parquet précieux de l'hôtel particulier que possédait madame Holmes à Londres.
« Vous voulez d'autres noms. Très bien ! Ajoutez donc Sarah à la liste. Et neuf autres personnes ! Maintenant, si vous voulez bien m'excusez, j'ai besoin d'aller prendre l'air ! »
Et John Watson sortit sans se préoccuper de sa main dont le sang gouttait ni de l'appel de Sherlock après avoir fait ajouter à la liste son ex et neuf inconnus. Oui décidément, John Watson était en colère.
Et ce n'était là qu'un exemple parmi des centaines d'autres. Madame Holmes avait décidé de faire du mariage de son fils l'événement de l'année – enfin, le deuxième événement de l'année, il était difficile de supplanter la naissance du bébé royal – et s'était donc totalement investie alors que les deux futurs mariés n'avaient, à l'origine, prévus qu'une cérémonie très simple et un repas entre amis.
Anthéa repéra Harriet Watson qui se dirigeait vers le bar et se précipita vers elle. La sœur du docteur était l'un des invités qu'Anthéa devait surveiller tout spécialement.
« Je ne pense pas… commença-t-elle.
_ Je n'allais pas prendre de l'alcool, répliqua Harriet Watson en saisissant un verre de jus de fruit. J'ai promis à John de ne pas boire. Encore qu'il apprécierait peut-être que je fasse une scène… »
Le fait qu'elle avait probablement raison avait quelque chose de déprimant.
« Sans compter que je ne toucherais pas à ces… trucs pour tout l'or du monde. C'est quoi cette merde ? De la régurgitation de princesse incontinente ? »
Très classe, grimaça Anthéa. La sœur du docteur, en plus d'être alcoolique, avait un langage de charretier et la classe d'un camionneur obèse en période de canicule. Elle était arrivée deux jours avant le mariage, sur une énorme moto en pantalon en cuir, cheveux rose fuchsia et tatouages et piercings à l'air. Et clope au bec. Ils avaient tous cru que madame Holmes allait faire une crise cardiaque quand la femme avait écrasé son mégot sur le parquet vieux de plusieurs siècles avec ses bottes de motard, mais elle s'était reprise et l'avait invitée à prendre le thé et un cigare – Harriet Watson avec un cigare était quelque chose qui hanterait les cauchemars d'Anthéa pendant encore longtemps. En même temps, après avoir élevé Mycroft et Sherlock, il n'était pas si étonnant que madame Holmes fût capable de supporter la présence d'Harriet Watson – appelez-moi Harry, Harriet ça fait vieille peau.
Evidemment, Harriet Watson avait changé de tenue. Elle était même plutôt élégante dans un tailleur pantalon en lin chocolat avec quelques touches de bleu qui rappelaient ses yeux et ses cheveux, coupés courts, avaient retrouvé leur couleur naturelle du même blond que ceux de son frère.
« Sérieusement, vous pouvez me dire ce que c'est que ce mariage ? Mon frère n'a certainement pas voulu ça et d'après ce qu'il m'a dit sur Sherlock, les grands mariages avec tout le tralala, ce n'est pas franchement sa tasse de thé… »
Anthéa ne put s'empêcher de jeter un coup d'œil surpris à son interlocutrice. Pour la première fois depuis qu'elle l'avait rencontrée, elle n'avait ni la voix d'une mégère ni le ton d'une poissonnière ou le langage d'un loubard.
« Je suis avocate spécialisée dans la défense des femmes, pas une prostituée, répondit Harriet Watson à son étonnement. Mon frère semblait avoir envie de mettre un peu de « couleurs » dans cette pantomime et je n'ai été que trop heureuse de le satisfaire...
_ Je vois. Il n'aime vraiment pas ce mariage.
_ Vous en doutiez ? Qui a eu cette idée stupide ?
_ Madame Holmes. Elle s'est… vraiment très impliquée dans ce mariage…
_ Elle pensait qu'elle ne marierait jamais Sherlock ?
_ Quelque chose comme cela, grimaça Anthéa tout en jetant un coup d'œil à son téléphone au cas où…
_ Votre patron n'est pas marié ?
_ Il a été fiancé lorsqu'il était jeune. Cela s'est mal terminé. Je pense que cela l'a refroidi… Encore plus maintenant, ajouta-t-elle.
_ J'imagine…
_ Votre frère ne va tout de même pas annuler le mariage ? s'inquiéta Anthéa. »
Mais Harriet Watson n'eut pas le temps de répondre que l'un des invités s'écroulait sous les cris de ceux qui l'entouraient.
« Un médecin ! cria quelqu'un. Qu'on appelle un médecin !
_ Percy ! Percy ! hurlait une femme, quasiment hystérique. »
Comme de bien entendu, personne ne faisait ce qu'il fallait. Des invités criaient et bloquaient le passage jusqu'à l'homme qui s'était écroulé, d'autres courraient dans tous les sens. Anthéa dut user des coudes et de ses talons aiguilles pour se frayer un chemin dans la masse et arriver auprès de l'homme, suivie par une Harriet Watson qui écartait la foule avec grande efficacité. Anthéa se rappela qu'elle faisait partie de plusieurs associations féministes et pour la défense des LGBT et qu'elle était connue pour avoir joué un rôle actif dans de nombreuses manifestations.
« Ecartez-vous ! ordonna la brune.
_ Je suis médecin, entendit-elle. Laissez-moi passer, je suis médecin ! »
C'était Sarah, la fameuse ex, suivie de son psychologue de mari. La femme s'agenouilla auprès de l'homme mais Anthéa n'avait pas besoin de l'entendre dire qu'il était mort. Et qu'il y avait peu de chance que ce fût de cause naturelle.
La victime avait le visage bleu et boursoufflé et un air de terreur déformait ses traits. Il s'agissait de Percy Whitecape, l'un des cousins éloignés de la famille Holmes. Et c'était sa femme, Iris, la poupée Barbie qui piquait une crise d'hystérie.
« Il n'y a plus rien à faire. Il est mort, confirma Sarah.
_ Je suis médecin légiste, entendirent-ils alors qu'une femme essayait de se frayer un chemin. »
C'était Molly Hooper et elle était suivie par les deux agents de Scotland Yard, l'inspecteur Grégory Lestrade et le sergent Sally Donovan.
« Police ! Que personne ne sorte de cette pièce ! »
Alors que l'inspecteur s'agenouillait aux côtés de la légiste qui avait entamé les observations préliminaires, le sergent fit reculer tout le monde.
« Occupez-vous de la femme de la victime, demanda Anthéa à Sarah qui s'empressa d'obéir et d'écarter la femme qui cherchait à s'accrocher à son mari. Je vais aller prévenir monsieur Holmes.
_ Quelque chose me dit que madame Holmes ne va pas aimer ça, chuchota Harriet Watson à l'oreille d'Anthéa. C'est dommage, je crois pourtant que ça va beaucoup plaire à John et Sherlock. »
Anthéa hocha la tête avant de se diriger d'un pas pressé vers l'étage et la chambre dans laquelle on avait retranché Sherlock et son frère.
Anthéa frappa cinq coups. L'appréhension le disputait mal à l'excitation. Elle savait bien que le parfait mariage de madame Holmes ne tiendrait pas.
« Monsieur, nous avons un problème, dit-elle quand la porte s'ouvrit sur la figure lassée de Mycroft Holmes. Je crois que l'un des invités a été assassiné. »
Un cri de joie lui répondit.
« Oh merci mon Dieu ! ajouta Mycroft. »
