Bon, je ne considère pas vraiment le petit moment d'Apollo et Juniper du chapitre précédent comme l'amour, mais juste une partie d'amitié pour rassurer Juniper. Donc pas d'inquiétude, il n'y aura pas plus de romance dans l'histoire!
Désolée pour le retard, il y avait beaucoup de shifts de travail cette semaine. De plus, le jeu de Professor Layton VS Phoenix Wright a pris tout mon temps libre récemment (hé oui, il vient de sortir dans les Amériques!). Maintenant que le jeu est complété, je peux prendre de l'emphase sur cette histoire et en lire d'autres!
Avertissement : La série « Ace Attorney » et ses personnages ne m'appartiennent pas. Ils appartiennent à la compagnie Capcom.
Chapitre 3: Un Revenant
« Ah non! C'est impossible! J'ai été battue! », s'écria avec désespoir la jeune rousse, les poings en l'air, tremblante de déception après avoir perdu toutes ses étoiles dans le jeu vidéo de party. Chacun ne put s'empêcher de ricaner à son égard, et surtout pas M. Wright, tendant droit vers le haut sa manette de jeu dans une pose victorieuse face à la défaite de la jeune avocate.
La partie du jeu s'acheva brusquement lorsqu'un voisin finit par cogner du plafond l'office afin de faire taire les fêtards. Alors que les autres pointèrent leur doigt vers le haut en guise de colère, Apollo poussa un long gémissement de fatigue, s'étira mollement tous ses membres et se releva vers la télé pour finalement se retourner vers le groupe. « Merci pour la soirée, tout le monde! », leur annonça-t-il, forçant ses cordes vocales le plus puissamment qu'il put, malgré l'ombre sous ses yeux contrastant étrangement avec le reste de son visage. « Mais je vais devoir partir. Il faut que j'aille nourrir Kitty chez moi, et puis je suis fatigué… ».
Malgré tout, Athena protesta, presqu'offusquée. « Quoi? Mais il n'est que 10 heures! Tu vas bientôt avoir 24 ans; c'est impossible que ton couvre-feu soit avant minuit à ton âge, surtout un Samedi soir! C'est la fête! ». Peut-être qu'il s'imagina des choses, mais on dirait bien qu'il y avait un chant avec sa dernière phrase.
« Ha ha, très drôle, Athena! », répliqua le jeune homme, soudainement moqueur. « Mais il faut vraiment que j'y ailles! ». Et de ces mots, il s'empara de son long manteau en y plaçant délicatement le cadre dans sa grande poche et se dirigea vers la porte d'entrée en leur renvoyant la main, les lèvres relevées mais le regard toujours un peu sombre. « Merci encore pour la soirée, ça m'a fait du bien! ».
Au son doux de la porte grinçante qui se referma lentement, une pause se fit au sein de l'équipe. Tous s'étaient tournés vers la porte, plus vraiment sûrs comment continuer la soirée avec une personne en moins dans le décor. Après quelques secondes de tranquillité, Juniper brisa le silence, les yeux scintillants d'admiration mais aussi de pitié, son regard pointé en direction où son « amour » avait disparu.
« Pauvre Apollo… », gémit-elle, de façon presque sourde. « Je n'ai pas besoin des oreilles d'Athena pour voir qu'il se sent encore mal pour ce qui s'est passé en Décembre… ».
D'un air strict mais sûr, M. Wright s'interposa entre ses petits sanglots. Un sourire plâtré sur le visage du mentor surprit la jeune fille. « Ne t'inquiete pas, Juniper. », consola l'homme aux cheveux en piques. « Je m'attendais à cette réaction de sa part aujourd'hui. C'est pour cela que nous lui avons préparé une autre surprise! ».
En fait, tous les autres vantèrent leur sourire devant elle. En un sens, Juniper se sentit presque prisonnière de quatre maniaques. Des frémissements se firent ressentir sur tout son corps déjà frêle. « Quoi? », s'exclama-t-elle, perplexe. « Avez-vous comploté quelque chose contre moi? Parce que je n'ai aucune idée de quoi il s'agit… ».
Son amie Athena lui déposa gentiment sa main sur son épaule et lui révéla d'une note sournoise : « Pas contre toi, bien sûr, mais pour lui! ».
« Huh? ».
Disparue depuis quelques secondes de la salle principale, Vérité revint avec, dans ses mains, une jacket spéciale qui tombait en lambeau mais qui était plutôt familière. La plus jeune fille offrait bientôt ce vêtement à la jeune médium présente et celle-ci se précipita vers la sortie en l'enfilant tout en renvoyant radieusement la main au restant du groupe tout comme l'avait fait le jeune homme qui lui avait précédé.
« Souhaitez-lui bonne chance! », s'époumona-t-elle en disparaissant derrière mur.
Juniper se gratta davantage la tête, toujours confuse de ce qui venait de se passer. Il lui semblait que tous, sauf elle-même, connaissaient le plan derrière tout cela. « 'Souhaitez-lui bonne chance'? Mais qu'est-ce qui se passe, bon sang? Pourquoi personne ne parle? ».
Voyant le regard désespéré pour une réponse chez son amie, Athena décida enfin de parler. « C'est une idée que j'ai eu il y a quelques semaines. Nous savions tous que le deuil a été difficile pour Apollo, alors nous avons concocté un plan pour l'aider à passer à travers ce moment dur. Quand le boss m'a parlé du grand pouvoir du clan des Feys… »
La neige avait déjà disparu sous la douce brise de la nuit. Quelle déception, il trouvait que la neige embellissait le paysage de la noirceur en reflétant la douce lumière que les astres du ciel et peut-être quelques vestiges humains pouvaient offrir. Ce doux éclat sembla être la seule capable de lui remonter un peu le moral déjà à plat.
Il reconnut le décor qui l'entoura. Ces vieux murs de briques, ces boîtes de bois qui traînaient un peu partout sur cette grande cour, des traces de peinture presqu'invisibles sur le ciment, quelques nids de poule ici et là, et quelques parcelles végétales qui ne tenaient qu'à un fil à la vie dans les craquelures de la cour, affaiblies par le rude hiver de la veille. Voilà donc de quoi avait l'air son ancienne école aujourd'hui.
En fait, elle n'avait pas beaucoup changé.
En prenant une longue inspiration qui semblait une éternité, Apollo s'assit paisiblement sur l'une des boîtes, son long manteau absorbant tranquillement l'humidité inconfortable prise sur le dessus de son banc de fortune, lui causant plusieurs relèvements et asseoiements des plus irritants. Dès que le confort prit le dessus, il pigea dans sa profonde poche pour en sortir le joli cadre avec la fameuse photo. Il laissa s'échapper une douce expiration qui parût éternelle, les lèvres un peu relevées et un regard nostalgique, alors qu'il contempla la simple image immobile de son compagnon.
Son défunt compagnon.
Il tenta de se changer un peu les idées en se mentionnant à quel point Pearl avait bien choisi le cadre qui paraissait être fait à la main, et comment les écritures qui l'entouraient donnaient un charme.
Mais son regard fut incapable de se détourner des deux individus sur l'image.
Ses yeux scrutèrent attentivement la photo : Clay et Apollo, tous les deux avaient l'aura de détermination, les yeux rivés vers le photographe de cette belle journée chaude d'automne. Il se remémora du moment du mieux qu'il put. Ce fut quelques jours après ce fameux casier judiciaire où le tribunal testait le système de juristes où l'unanimité avait innocenté sa cliente mais accusé son ancien mentor de meurtre. Pour une seconde fois.
Bien que son vieux mentor, Kristoph Gavin, n'avait pas été la plus sainte des personnes, il ressentait toujours et quand même une certaine liaison avec lui, ayant adopté plusieurs de ses techniques liées à la loi de la justice, à faire son métier, notamment sur le fait que l'évidence était tout ce qui importait. Malgré qu'Apollo sortit vainqueur de ce tribunal, il perdit à tout jamais un excellent professeur et un bon ami pour ne plus jamais en entendre parler, probablement.
Mais ce jour-là, une nouvelle lui avait fait oublier le trouble passé qui revenait sans cesse le hanter. Clay lui annonçait qu'il allait enfin réaliser son rêve : celui de devenir l'apprenti de son idole Solomon Starbuck pour la mission HAT-2, où tous les deux s'envoleront vers la lune ensemble. Pour prouver qu'il disait vrai, il montrait même sa propre jacket, la même que tous les membres impliqués dans la mission portaient.
Ah, sacré Clay! Même dans les moments les plus durs, il était toujours là pour le supporter ou lui faire oublier les moments précédents les plus poignants. Pour garder ce moment d'extase et d'ultime bonheur pour l'éternité, Apollo avait demandé à un passant de les prendre en photo avec son téléphone.
Hélas, les bons moments de la vie s'avèrent souvent éphémères.
Soudain, sous le ciel sombre de la nuit d'hiver, on aurait dit que son entourage s'embrouilla lentement. Le souvenir de ces temps heureux n'aida pas la situation dont il semblait continuellement captif, et bientôt il remarqua quelques larmes tombées sur son cadre avec quelques silencieuses lamentations qui s'échappèrent de ses lèvres qu'il tenta vainement de garder fermer.
Hey, tu sais, tu peux arrêter de pleurer. Ça me brise le cœur de te voir comme ça.
Une voix lui adressa subitement la parole, mais il n'y porta pas attention. Il lui arrivait, depuis quelques temps, d'entendre des voix de tous les côtés, comme un ange et un diable qui se débattaient pour savoir qui aura le dessus sur l'individu. D'une manière un peu idiote, il repoussa cette pensée avec sa main comme s'il chassait un moustique errant avide de sang.
Apollo… Apollooooo….. Mooooonsieur Justiiiice….
D'un geste brusque, Apollo se retourna vivement la tête, surpris que la voix l'avait fait revenir à la réalité. Ce ton trop taquin ne pouvait pas être sa conscience. « Hey! », s'écria le jeune homme, toujours avec quelques traces de larmes visible sur son visage. « Q… Qui est en train de m'espio… »
Apollo ne pouvait plus continuer.
Un fantôme de tint devant lui, audacieux, un sourire bien enchanteur. Un revenant.
À ce moment-là, tout devint sombre comme dans un chaleureux cauchemar. L'école, la cour, le sol, les astres, la planète toute entière. Plus rien n'y était, à part lui-même et… le mystérieux compagnon. Il n'y avait que la présence de ces deux individus. Alors que tout autour s'écroulait, un sentiment de soulagement et de confusion fit régner la conscience du jeune homme en rouge, ses orbites grandes ouvertes et immobiles, la bouche pendante et paralysée, prise de stupeur. Cela n'empêcha pas le revenant de s'approcher davantage vers le jeune confus.
Le fantôme reprit ses paroles de plus belle.
« Apollo, est-ce que je t'ai manqué? »
En écoutant la douce voix du revenant, le chaos quitta peu à peu les pensées ébranlées du jeune Apollo, gardant fermement sa tête prisonnière entre ses deux mains. Bientôt, il scruta du regard le corps complet de cet être, évitant à tout prix sa vue perçante.
Voilà donc un grand jeune homme, les bras croisés, vêtu… d'une robe presque rose un peu trop serrée, avec… la jacket de son défunt ami pour couronner le tout. Bientôt, son regard se pointa vers la tête. Deux boucles en cercles presque parfaits se dandinaient aisément derrière son crâne dans le vent avec le reste de sa chevelure brunâtre et ses pointes qui faisaient penser à une étoile; c'en fut presque poétique, en un sens… Et enfin, il croisa ses deux grands yeux bruns, gardant sa fermeté et une juste sérénité.
Clay Terran.
Incroyable!
Ce fut bien Clay, en chair et en os, dans le costume d'une certaine jeune médium…
Pour s'en assurer, Apollo se jeta littéralement sur son ami, ses mains parcourant frénétiquement presque sur tout son corps, s'assurant que ce n'était pas un fantôme, un revenant, un zombie, mais bien un être réel… Le jeune avocat trembla de partout, tout comme sa voix. « C… Clay? », cria Apollo, pris par les émotions fortes, ne sachant pas comment réagir face à la situation. « Clay! Est-ce vraiment toi? M… Mais… C'est impossible! Tu es… mort, non? ».
Étrangement, la tension descendit aussi subitement qu'elle était apparue avec sa prochaine phrase. « Et pourquoi… ce costume si ridicule? ».
Poussant un petit ricanement amical, Clay s'empara gentiment des mains de son ami et les baissa légèrement afin de calmer le moment un peu plus, ce qui, heureusement, donna l'effet voulu chez Apollo qui s'apaisa doucement, et avec le calme revint tout le reste du décor à la réalité; il fut revenu dans la cour d'école. Clay, bien physiquement présent, fut toujours là, ses mains toujours sur les siennes, avec ce même sourire, ce même regard.
« Bien oui, Apollo, c'est bien moi, Clay Terran, ton meilleur ami! ». Clay resta un peu silencieux, réalisant qu'il avait un peu tort sur un point. Il se reprit avec une voix plus sérieuse. « En fait, c'est moi, mais en même temps, ce n'est pas moi… Au début, je n'étais pas sûr si cette réalité était réelle, mais je crois que tout est bien réel, pour de vrai… ».
« Quand je suis apparu dans le monde des vivants, il y avait une lettre dans mes mains, révélant que j'ai été invoqué par une certaine Pearl Fey, que mon esprit est en train d'emprunter son corps pour avoir la possibilité d'avoir une forme physique pour interagir avec les vivants… et pour avoir ce costume ridicule comme tu l'as dit, ha, ha! Mais je dois t'avouer que ça m'a pris un bon cinq minutes pour comprendre la lettre parce que son écriture était atroce! ».
À ces mots, une autre pouffée de rire lui sortit de ses lèvres, mais Clay reprit son ton plus sage. Il ferma lentement ses paupières. « Elle avait aussi écrit que tu avais besoin de discuter avec moi… ».
L'étonnement s'empara du jeune défunt alors qu'il rouvrit ses paupières… Apollo eut le dos tourné, les deux mains collées sur les deux côtés de sa tête, bafouillant incessamment quelques absurdités comme « Merde, je rêve! Je rêveuhrêveuhrêveuhrêveuh….. ».
Abasourdi par la réaction de son ami, Clay donna un bon coup à ses cordes vocales empruntées et haussa sa voix. « Hum, Apollo! », commença-t-il, estomaqué. « Souviens-toi! T'as pas oublié ton casier judiciaire préféré avec Monsieur Wright en 2019? Tu sais, celui avec le procureur avec ses lunettes bioniques bizarres, la psycho girl morte et sa partenaire médium… »
« Mec! Tu croyais à la canalisation des morts et je croyais à ton pouvoir de perceptibilité! Je te dis! Tout est réel; je suis réel! Allez, Apollo! Est-ce que tu m'écoutes? ».
Il y eut un court moment de silence, et Apollo ne s'agita plus, enfin, mais il fut toujours dos au revenant. Lentement, il s'assit sur sa boîte, ses yeux fixés droit vers le sol, ses coudes tenant le coup sur ses genoux et sa tête appuyée sur ses deux mains. Décidément, il s'était fait à l'idée qu'il ne rêva pas. Clay profita de ce moment de calme pour se rapprocher de son ami à nouveau et s'installa tout juste à ses côtés. Le malaise régna en grand autour des deux jeunes hommes alors qu'Apollo sembla refuser de tourner la tête vers le défunt vivant.
Quelques secondes passèrent, et étrangement, Apollo fut le premier à briser le silence. « Hey, Clay… », commença-t-il, bêtement. « Tu sais, je te trouve encore… ridicule dans ce costume. ».
Apollo toussa quelques rires timides, et Clay le suivit. « He, he! », répliqua Clay. « Dans le monde des morts, l'habit ne fait pas le moine! ».
« C'est bien ce que je pensais, he, he! », révéla Apollo qui reprit de plus en plus de rassurance.
« Alors, passons aux choses sérieuses, Apollo! Apparemment, tu avais quelque chose à me dire? ».
Quelque chose à lui dire? Soudain, la conscience du jeune avocat se perdit dans les airs et replongea dans un monde désordonné de pensées, ses propres pensées. Mais que pouvait-il lui dire? Il ne pouvait pas vraiment parler aux morts, non? Cependant, Clay n'était pas vraiment mort, n'est-ce pas? Du moins, pas en ce moment! Il ouvrit la bouche, grelotante, mais aucun son n'en sortit. Il avait tant de chose à lui dire, mais par où devrait-il commencer?
« Dis, Apollo, ne me dis pas que j'ai été invoqué pour rien! », s'exclama le jeune astronaute avec un large sourire qui se pointa sur ses lèvres, illustrant son air espiègle.
D'un air presque grincheux mais complaisant, Apollo se tourna enfin vers son compagnon. « Bien sûr que non, Clay! », répondit-il avec la tonalité maintenant haute comme dans ses moments les plus heureux. « C'est juste… que je ne savais pas que Pearl allait… tu sais… t'invoquer et tout… C'est la première fois que j'assiste à une telle scène! Oui, je me rappelle bien du casier de M. Wright en 2019, et je me rappelle même de Pearl qui avait invoqué sa défunte cousine pour l'aider dans une situation difficile du tribunal… mais ça reste une surprise quand même de voir ça devant soi, dans la vraie vie! ».
« Ha, ha! T'as bien raison, mec! Je suis une surprise en tant que tel! »
« Ha, ha, ha! ».
Enfin, après ces rires amicaux, la tension fut complètement disparue, laissant place au confort de la vie mondaine, avec deux bons vieux amis qui discutèrent de tout et de rien, comme si personne ne pouvait détruire leur amitié, comme si aucune tragédie ne s'était passée le mois dernier.
En voilà une nuit qui sera belle, enfin!
