Suite de ma fic. Je le répète, Peter Pan ne m'appartient pas. La présente histoire m'appartient.

Jamais-Jamais

Ça fait une semaine que je suis au pays de Jamais-Jamais. Ou un mois. Ou plus longtemps. Je ne sais pas. Le temps passe différemment ici. Et j'ai beaucoup à faire. Je m'occupe de sept garçons dont la plupart sont plus jeunes que moi. Ils me disent qu'ils ont besoin de moi et je n'ai pas le cœur de leur refuser mon affection.

Je m'occupe de James, aussi. Il se conduit bizarrement depuis qu'on est arrivés. Il a l'air de s'imaginer que Peter Pan, ça a été lui quand il était enfant. Les garçons n'osent pas le détromper. Ils le laissent se balader avec eux dans la forêt, chasser les loups, tuer des pirates… La première fois que j'ai vu les garçons rentrer à la maison avec des mains pleines de sang, j'ai pensé que c'était celui d'un cerf ou d'un sanglier. Ça a été un choc pour moi quand j'ai compris ce qui s'était vraiment passé.

J'aimerais bien avoir une amie mais il n'y a pas de filles ici. Les Indiennes de la tribu Piccaninny ne veulent apparemment rien avoir à faire avec moi. Je ne sais ni monter à cheval, ni me servir d'un arc, donc je ne les intéresse pas. Les sirènes, n'en parlons pas. J'ai demandé à Coman de m'apprendre à chasser et ça l'a fait rire. Il m'a dit que ce ne sont pas des trucs de fille. Et ils ont besoin que je reste à la maison pour repriser les chaussettes, préparer les repas et leur raconter des histoires.

Parfois, en me voyant rester seule à faire les corvées, Bluebell s'énerve et me saupoudre de poussière de fée, ce qui me fait éternuer, avant de m'emmener dehors de force pour jouer. Bluebell est une fée qui m'a apparemment prise en affection. Il ou elle me parle parfois pendant des minutes entières, je ne comprends pas la moitié de ce qu'il ou elle dit mais c'est quand même bien agréable. Je dis il ou elle parce que les fées mauves sont des garçons et les fées blanches, des filles. Bluebell est bleu(e). Ce n'est pas très courant. Depuis que je le/la connais, je répète « Je crois aux fées » une vingtaine de fois tous les matins. On ne sait jamais, si un enfant disait la phrase contraire et si ça la/le tuait…

On va voler dehors ensemble. Au début, j'avais une peur folle de voler. Je cherchais en vain une pensée heureuse mais tout ce qui me venait à l'esprit, c'était : « je vais tomber et me faire mal. » Maintenant, je pense à mon ami(e) Bluebell, ça aide. C'est assez agréable, voler. Ça me manquera quand on sera rentrés à la maison.

J'essaie de comprendre pourquoi nous sommes ici, mon père et moi. Il a l'air tout content d'être ici. Il n'arrête pas de demander où est le Capitaine Crochet, et on lui répond que Crochet est mort, tout le monde sait ça. Des fois, le soir, il m'emmène dehors et on va jouer ensemble, rien que lui et moi. Souvent à pied, lui aussi n'arrive à voler que deux fois sur trois. On va sur le bord du lagon. Il est tellement gentil dans ces moments-là que je m'en veux d'être en colère après lui.

Au bord du lagon, j'ai remarqué que ses yeux sont du même bleu que l'océan d'ici. Une couleur que n'ont pas les océans normaux. Ça m'a fait douter et je me suis aussi rappelée que mon père n'a pas connu ses parents, qu'il a grandi dans un orphelinat, sans papa et sans maman. Peut-être que c'est lui, Peter Pan, après tout. Quel autre adulte arriverait à venir ici ?

Qu'est-ce que je raconte ? Peter Pan n'est pas un adulte, c'est un conte de fées ! Je perds les pédales. Je ne sais plus où j'en suis. Tout ce que je sais, c'est que je veux rentrer à la maison. Mais je sais que James va s'en rendre compte, tôt ou tard, et qu'il va bientôt me parler de rentrer chez nous.


Je suis chez moi. Je le sais. J'ai peut-être l'air d'un adulte mais les garçons perdus me respectent parce qu'ils savent qu'en fait, c'est moi, Peter Pan. Jamais je ne me suis senti aussi à ma place nulle part.

On passe les journées à chasser, à se battre contre les pirates, à jouer dans le lagon aux sirènes ou dans la forêt. J'ai déjà vécu ça il y a très longtemps, c'est après que j'ai décidé sur un coup de tête de devenir adulte et de vivre dans le monde réel. Maintenant, je sais que j'ai eu tort.

Bon, pas tout à fait tort puisque maintenant, j'ai Jane. Mais aujourd'hui, je peux tout avoir : vivre au pays de Jamais-Jamais et avoir ma petite Jane près de moi. Et même si elle ne le dit pas, je sais qu'elle adore vivre ici et être la maman de tout le monde. J'ai vraiment une très belle vie maintenant.

La seule question que je me pose concerne ce qu'il est advenu de Crochet. On me répète que Peter Pan l'a tué mais je n'y crois pas. Il me faut un vrai pirate pour me battre contre lui ! Jane quitte la pièce quand je dis ça. Je crois qu'elle est très fière de moi mais qu'elle n'ose pas le dire.

Elle nous a raconté une drôle d'histoire, hier soir. Cendrillon au bois dormant. Je me demande si elle n'a pas mélangé plusieurs histoires mais je n'en suis pas sûr du tout. A la fin de l'histoire, Cendrillon quittait le prince devant l'autel et retournait vivre chez sa mère. Je n'ai pas osé dire ça à Jane mais j'ai trouvé ça bizarre. J'espère que son histoire de demain sera un peu meilleure.

En ce moment même, Jane me met de la pommade sur les genoux. Je suis tombé en volant. Je ne vole plus vraiment comme avant mais ça ira mieux quand j'aurai un peu plus pratiqué. Et puis, pour voler, il faut avoir une pensée heureuse, et j'ai tout pour ça. Je suis dans un endroit merveilleux et tous les gens qui m'entourent nagent dans le bonheur.

A suivre...