Merci pour vos reviews Mlles !
Le preux Chevalier
Rodney avait toujours détesté tout ce qui touchait à la politique. Il avait bien plus important à faire que de savoir si la Province de Hoff ne trouvait plus de papier pour imprimer les livres de ses librairies (la fierté des Hoffans) ou si les Ménarians trouvaient que le prix des légumes qu'ils exportaient étaient trop peu élevés (à choisir, il aurait peut être écouté les Hoffans, au moins leurs priorités étaient-elles tournées vers la sauvegarde de la Culture !). Mais même lui n'ignorait pas les différents entre le Royaume de Canadain et les Geniis.
Les Géniis étaient dangereux. Ils possédaient une science dont nul ne connaissait l'origine (et qu'ils ne maîtrisaient certainement pas d'après Rodney, ce qui en faisait des « fous » dangereux selon lui). On disait même qu'ils pouvaient faire disparaître un pays entier s'ils le souhaitaient avec un immense flash de lumière (ce que bien évidemment Rodney trouvait du plus grand ridicule).
Les Canadain et les Géniis avaient longtemps été en guerre et ils partageaient aujourd'hui une paix fragile. Et voilà que Cowen trouvait une solution « pacifique » (sauf pour Rodney bien entendu) pour s'accaparer le pouvoir : éliminer l'héritier(e). Simple et efficace. Cowen placerait la Princesse Sora sur le trône de Canadain, et hop, l'affaire serait réglée. Ce qui réconfortait Rodney c'est qu'après sa mort et la montée au pouvoir des Géniis, les Ménarians (et tous les autres peuples dont les noms lui étaient inconnus) auraient enfin des raisons légitimes de se plaindre !
- Vous êtes prêt ?
La voix fit sursauter Rodney. Elisabeth La Rouge l'attendait. Rouge … comme le signe sinistre de sa mort prochaine, pensa Rodney, comme du sang. Il soupira et fit face à la Gardienne.
- Non. Mais je suppose que ça ne fait guère de différence, n'est-ce pas ?
Elisabeth La Rouge eut la décence de ne pas lui répondre. Il passa devant elle, la tête haute (même s'il était à deux doigts de hurler et de piquer une crise d'hystérie (ce qui pour une fois, le rapprocherait de la gente féminine)).
Dans la cour du château, l'attendaient ceux qui allaient l'accompagner à Pegasus : le commandeur Caldwell et les chevaliers Markkham et Stackhouse. Rodney frissonna, le simple fait de penser au nom de cette terre maudite le remplissait d'effroi.
Pegasus, l'antre du Wraith Blanc.
Rodney ferma les yeux et s'appuya un moment à la rambarde de l'escalier, pris d'un vertige.
- Ma Princesse ? Vous vous sentez mal ?
Rodney ouvrit les yeux. Evidemment, la voix appartenait au Commandeur Caldwell. Seul cet abruti continuait à lui donner du « princesse », s'accrochant à l'étiquette de la cour comme s'il s'agissait d'une question de vie ou de mort. Ou bien pour jeter au visage de Rodney que tout ce qui arrivait au Royaume de Canadain était de sa faute juste parce qu'il était né.
Au début, Rodney avait bien essayé d'arguer du fait que la tradition parlait du « premier né » femelle et que par conséquent, c'était à Jeannie, de neuf ans sa cadette, de monter sur le trône. Malheureusement, les édits royaux étaient interprétés à la lettre (et le fait que Jeannie se soit enfuit lors de son seizième anniversaire avec l'instituteur d'un village situé en bordure du Royaume n'avait pas tout à fait arrangé les choses).
Rodney soupira.
- Non commandeur, ça ne va pas, ça ne va pas du tout même ! Je vous signale que votre gentille petite troupe est là pour me conduire au -- au sacrifice comme un pauvre bête que l'on conduit à l'abattoir !
Caldwell le fixa un long moment avant de lui répondre avec toute la force de conviction des fanatiques.
- Vous allez sauver le Royaume.
Rodney hurla.
- NON bougre de crétin ! Je vais juste me faire tuer, T-U-E-R ! Comme si j'avais la moindre chance face au Wraith Blanc et vous le savez bien, vous le savez tous !
Caldwell fixait toujours Rodney.
- Votre vie est entre les mains des Ancêtres. S'ils décident que vous méritez le trône, Princesse, alors vous vaincrez, sinon …
Il se tut, salua Rodney d'un petit mouvement sec et retourna auprès de ses hommes.
Génial, et c'était ce type qui était censé le protéger ! Rodney était sûr que Caldwell serait celui qui le pousserait dans la grotte du Wraith Blanc, trop heureux de pouvoir tester sa foi dans les Ancêtres.
- Princesse ! Harangua Caldwell. Il est temps.
Rodney prit une large inspiration et descendit les dernières marches. Il prit les rênes que lui tendait le page et allait monter sur son cheval lorsque les représentants des Géniis entrèrent dans le château.
Ils étaient trois et étaient armés jusqu'aux dents. L'un des hommes attirait plus particulièrement l'attention. Il se dégageait de lui une autorité naturelle mais ce qui frappait surtout c'était la froideur de ses yeux. L'homme mit pied à terre et salua Rodney ainsi qu'Elisabeth La Rouge.
- Princesse (contrairement à Caldwell, le ton de l'homme était plein de moquerie), Gardienne. Je suis le commandeur Kolya, Acastus Kolya, des Géniis du Nord (brrr, c'était bien la chance de Rodney ça, on disait les Géniis du Nord, vicieux et féroces). Le Duc Cowen m'a chargé d'escorter la … Princesse (Rodney détestait mais vraiment détestait cet homme) à Pégase.
Les présentations furent faites et la petite troupe prit la route. Rodney leva une dernière fois les yeux vers le château, persuadé que c'était la dernière fois qu'il le voyait.
oOo
- Il fait chaud. Vous ne trouvez pas qu'il fait chaud ? Je pense que nous devrions nous arrêter, le temps de nous rafraîchir un peu … peut-être une heure ou deux, ou bien tout simplement nous installer ici pour la nuit et repartir demain matin et -- Arghhh ! Mais qu'est-ce qui vous prend !
Kolya agrippait le bras de Rodney avec tant de force qu'il était certain qu'il allait avoir des ecchymoses (et surtout qu'il allait tomber de cheval).
- Je ne supporte plus vos incessantes jérémiades, Princesse. Vous allez vous taire, MAINTENANT ! Et avec ça, Kolya se mit à secouer Rodney (qui cette fois était certain que la chute n'était pas loin).
Rodney eut juste le temps de se demander ce que nandenandedieu pouvait bien fabriquer Caldwell (helloooo, princesse en détresse par ici !) lorsqu'une voix provenant d'un petit monticule stoppa net le Genii.
- Tiens, tiens, tiens qu'avons-nous par ici, claironna la voix masculine (avec un léger accent traînant, un accent Américanéen d'après Rodney).
Kolya relâcha immédiatement Rodney mais la brusquerie (voulue) de son geste fit tomber celui-ci de sa monture (ooooh comme il détestait cet homme).
- Sheppard.
- Kolya.
Oula, l'air venait de perdre une bonne dizaine de degrés. Rodney leva les yeux et examina le nouveau venu.
L'homme était plutôt grand et mince mais ce qui attira immédiatement le regard de Rodney c'était sa chevelure, un véritable défi à toutes les règles relatives à la gravité (ou alors, une très, très bonne qualité de cosmétique) jusqu'à ce qu'il note qu'il manquait une chaussure à l'homme. La gauche.
Le mystérieux étranger et Kolya continuaient leur petite bataille de « regards qui tuent » lorsqu'enfin, Caldwell prit la parole.
- Qui êtes vous et que voulez vous ?
- Il n'est personne, répondit Kolya.
Rodney vit les mâchoires de l'homme se serrer un moment puis un sourire apparut sur son visage. Appuyé nonchalamment sur une espèce de cane de fortune, l'homme fit une petite révérence à l'attention de Caldwell et se présenta.
- John Sheppard, pour vous servir, mon gentilhomme. Oups, non, en fait, c'est vous qui allez me rendre un service.
- Vraiment, répondit Caldwell sur un ton dédaigneux.
- Huhu, fit Sheppard, vous allez me remettre vos armes et vos montures.
Et vos chaussures, pensa Rodney plus intrigué par l'absence de cette chaussure gauche que par le petit drame qui se jouait sous ses yeux. Après tout, il allait mourir, un petit contretemps ne pouvait être qu'une bonne chose n'est-ce pas ?
Caldwell semblait stupéfait par la demande de Sheppard ; quant à Kolya, il éclata de rire. Un rire sinistre.
- Ne vous en faites pas Commandeur, dit Kolya, comme je vous l'ai dit, ce n'est qu'un vaurien que je serais ravi de pouvoir enfin livrer à la justice du Duc Cowen. Un simple va nu pied qui se prend pour un bandit de grand chemin, sans peur et sans reproche. Un va nu pied solitaire.
Rodney vit le sourire de Sheppard s'élargir à cette dernière affirmation.
- Solitaire ? Vraiment ? dit il, fixant Kolya. Il siffla entre ses doigts et en quelques secondes, plusieurs hommes (tous chaussés normalement nota Rodney) apparurent. Je crois messieurs que je vous ai demandé quelque chose, non ? Je ne voudrais pas avoir à me répéter.
Caldwell se tourna vers Kolya.
- Rien qu'un va nu pied, hein ? Grinça t-il au commandeur Genii.
Ce dernier ne semblait même pas l'avoir entendu, toute son attention était concentrée sur Sheppard.
- Ronon, tu t'occupes de désarmer ces messieurs.
Un béhémoth apparut soudain dans la petite clairière où se trouvait la troupe. L'homme devait bien faire deux mètres de haut. Rodney nota qu'il partageait avec Sheppard une anomalie capillaire : une sorte de méduse semblait avoir élu domicile sur son crâne. Rodney en était là de ses petites réflexions intérieures lorsqu'il fut soulevé de terre sans grand ménagement.
- Hey, Sheppard, je crois que je viens de trouver la Princesse !
A suivre ...
