Chapitre 3 : le 12 square Grimmault.
Quelques heures seulement s'étaient écoulées depuis leur transplanage au 12 square Grimmault, et il étaient depuis tous trois murés dans un silence inquiet. Ils sursautèrent donc tous les trois dans un beau mouvement à l'unisson lorsque le patronus de Mr Weasley apparut devant leurs yeux.
- Famille saine et sauve. Ne tentez pas de nous contacter, nous sommes tous surveillés.
Ron et Harry se laissèrent tombés sur le sofa, et poussèrent un soupir de soulagement. Hermione, elle, se tortillait les doigts.
- Qu'est-ce qui t'inquiète, Mione ?
- Ta famille sait où nous nous cachons. J'ai peur que l'un de tes frères ne veuille nous rendre une petite visite. Histoire de vérifier que nous allons bien.
- Pourquoi quelqu'un viendrait-il ici ? s'exclama Harry. Ils savent que c'est dangereux, autant pour nous que pour eux.
- Oui, tu as sans doute raison…
Fred se glissa dans la cuisine, et se perdit un instant dans la contemplation de l'endroit exact où ils s'étaient tenus quelques jours plus tôt, Hermione et lui. Il se laissa envahir par les souvenirs, suffisamment longtemps pour se faire surprendre par son jumeau, qui, décidément, ne le connaissait que trop bien.
- N'y vas pas. Tu la mettrais en danger et tu le sais.
- Ne pas savoir qu'ils vont bien… Je n'arrive pas à dormir.
- S'ils avaient été attrapés, nous l'aurions tout de suite su. Ils en auraient fait grand cas et tu le sais.
- Il existe d'autres dangers. Renversée par une voiture, agressée par un voyou, tombée dans les escaliers, tombée malade d'une de ces maladies moldues, …
- Arrête ta parano. Et puis le ministère le saurait, et le rendrait immédiatement public, je te le répète. L'expression moldue « pas de nouvelle, bonnes nouvelles » n'a jamais été plus vraie. Hermione te l'a expliqué cent fois.
- George, je…
Mais il ne put continuer, la voix cassée. Son frère jumeau s'avança alors vers lui et posa la main sur son épaule.
- Je sais. Allez, remonte avec moi et viens te coucher.
Remus venait de partir à grandes enjambées vers la porte. Hermione ne réfléchit pas et se lança à sa poursuite. Elle le rattrapa à la porte d'entée. Il tenait la poignée et semblait hésitant.
- Rémus, ne l'écoutez pas, il ne pense pas ce qu'il dit, je crois qu'il a juste voulu…
- Me remuer. Me faire réfléchir. Je sais. Dis lui que je ne lui en veux pas, Hermione.
- Je le lui dirais. Et vous, pourriez-vous dire… à Fred… de ne pas s'inquiéter. Et surtout de ne pas tenter de venir nous retrouver.
S'il sembla surpris un instant, son visage changea et ses traits se teintèrent de compréhension.
- Je le lui dirais. Et je n'en parlerais à personne d'autre. Sois tranquille Hermione.
- Merci.
Un silence s'en suivit. Remus s'apprêtait à repartir quand Hermione le rompit.
- J'ai étudié la lycanthropie quand j'ai compris pour vous en troisième année. Les chances pour que votre enfant en hérite sont minces, vraiment. Je sais que ça ne me regarde pas, je voulais juste que vous le sachiez. Je veux aussi vous dire que j'ai été moi aussi persécutée, je me suis sentie plus d'une fois comme une paria dans ma propre école. Je suis une Sang-de-bourbe. Je n'en ai plus honte. J'ai depuis longtemps compris que ce que pensent les autres ne compte pas. Seuls ceux qui nous connaissent, ceux qui remplissent notre vie comptent. Et nous ne vous avons jamais jugé. Nous vous aimons tous et vous avons toujours respecté. Voilà.
Un autre silence s'installa.
- Merci Hermione. Vraiment. Dis à Harry que je ne lui en veux pas. En fait, j'ai eu l'impression d'avoir James juste devant moi ce soir. Il n'a jamais prit de gants avec moi, et j'appréciais cela plus que tout. Il était toujours brusque, mais honnête. Je le retrouve dans Harry.
- Je le lui dirais.
- Et je parlerais à Fred.
Sur ces dernières paroles, Hermione le vit s'engouffrer dans la nuit, sans savoir si elle le reverrait, ne pouvant qu'espérer que leurs efforts combinés, à Harry et elle, ramèneraient Remus auprès de Tonks et de leur enfant.
Fred contemplait le feu dans la cheminée du terrier, espérant sans trop se l'avouer que les flammes se teinteraient bientôt de vert, et qu'Hermione en sortirait, comme quelques mois plus tôt. Il n'avait plus eu de nouvelles d'elle, de son frère et de Harry depuis que Remus était venu en apporter. Il se souvenait du regard insistant que celui-ci portait sur lui quand il avait dit qu'ils allaient bien et leur faisait dire de ne surtout pas tenter de venir ou de les contacter, de quelque manière que ce soit. Il avait bien comprit qu'Hermione lui avait fait passer le message, expressément pour lui. Il fut interrompu par sa mère qui les priait tous de se joindre à table.
George et lui se regardèrent du coin de l'œil. Molly venait de regarder l'heure pour la quatrième fois, et toujours aucune trace de leur père. Ils arrivaient bientôt au dessert, et ce retard inhabituel rendait l'ambiance tendue. Soudain, les flammes de la cheminée devinrent vertes, et Arthur apparut devant eux. A l'air qu'il affichait sur son visage, ils surent instantanément que quelque chose clochait. En quelques enjambés, il les rejoignit.
- Trois individus se sont introduits au ministère. Ils ont libéré une dizaine de né-moldus. Ils ont également prit l'œil de Maugrès qui était accroché sur la porte d'Ombrage. C'était eux, Molly. Ils ont réussit à s'échapper.
Les trois personnes à qui il s'adressait respirèrent de nouveau. Cependant, quelque chose préoccupait Fred, sans qu'il n'arrive à mettre la main dessus. Son père le devança. Au courant depuis plus longtemps, il avait eu le temps de réfléchir à la question.
- Ils savent que c'était eux. J'ai entendu un mangemort en parler plus tard dans la soirée. L'un d'eux a réussit à attraper Hermione pendant qu'ils transplanaient. Ils ont, semble-t-il, réussit à s'en débarrasser, mais il a eut le temps de voir le 12 square Grimmault. Le secret a été révélé. Ce n'est plus un endroit sur, ni pour eux, ni pour aucun d'entre nous.
- Mais, paniqua Molly, ils n'ont nulle part où aller. Comment vont-ils réussir à se débrouiller, tous seuls, dans la nature.
Fred sembla se réveiller d'un long engourdissement. Il n'avait que peu de certitudes, mais sur ce point, il pouvait rassurer sa mère.
- Hermione s'est préparée pendant des jours, des mois même. Elle avait un petit sac sur elle le jour du mariage, auquel elle avait jeté un sort. Ils vont peut-être avoir faim, mais je suis sur que la tente qui devrait se trouver dans le garage est dans ce sac, ainsi que tout ce dont ils pourraient avoir besoin.
Arthur eut une mine ennuyée, et il sut qu'il avait raison.
- Je te parie même qu'elle a emporté toute sa bibliothèque. Sans elle, ils n'auraient pas fait 10 mètres. Mais avec elle, ils vont s'en sortir.
Il ne savait pas qui il essayait de rassurer, ses parents, ou lui-même. Comme toujours, George sembla lire dans ses pensées, et ajouta :
- Et avec Ron avec eux, je vous parie qu'ils ne vont pas être privés de nourriture bien longtemps.
Tout le monde acquiesça, et chacun fit semblant d'être rassuré sur le sort des trois jeunes gens. Pour autant, ils ne s'éternisèrent pas dans la cuisine, et montèrent rapidement se coucher.
Comme toutes les nuits depuis qu'elle était partie, Fred ne trouva le sommeil que tard dans la nuit, et ses rêves furent teintés de noirceur, représentant Hermione en danger, dans des situations toujours plus diverses les une que les autres, l'emmenant loin de lui tandis qu'il tentait de la rejoindre, impuissant et incapable de l'aider.
