Je cours vite. Enfin plus vite qu'un être humain et moins qu'un vampire. Je suis entre les deux, en fait.
Quand je fais la course contre Jacob, je gagne toujours mais je ne sais pas s'il fait exprès de me laisser gagner ou pas donc je ne sais pas si je suis plus rapide que les loups quileutes ! Quand je chasse avec ma famille, ils retiennent leur course pour rester avec moi. Seul mon père aime aller si vite que je le perds de vue presque immédiatement. Avec ma mère ou Rose, c'est différent, elles restent toujours près de moi et aiment me regarder. Carlisle, lui, aime étudier mes gestes. Il me détaille toujours pour voir les différences entre les chasses d'avant. Esmée surveille mes arrières. Seuls Jasper et Emmett se fichent royalement de ce que je peux faire et ça me plait ! A croire qu'ils sont les seuls à me faire confiance. Alice, aussi joue les indifférentes mais je sais qu'elle a toujours un œil sur moi quand même.
Mais la personne la plus protectrice, reste Jacob. La plupart du temps c'est avec lui que je chasse. Il se transforme en loup et on parcourt de longues distances ensemble. J'aime ses moments partagés. Nous sommes complémentaires. Je débusque le gibier et lui passe à l'attaque. Enfant, j'aimais le surpasser dans ce domaine mais en grandissant, j'ai préféré le partage des taches. Il faut dire que ma soif s'est atténuée et que je n'ai besoin de chasser qu'une à deux fois par semaine. Ainsi, je tue moins et c'est un soulagement pour moi. Ca peut paraître étrange mais tuer ne me plait pas. J'ai développé de l'empathie pour les animaux et c'est de plus en plus dur de les tuer de sang froid. Ma mère pense que s'est du à fait que je suis proche d'un « loup » mais je n'en suis pas sure…car par contre boire du sang humain en sachet ne me dérange pas ! Je n'irais pas jusqu'à sauter sur un humain pour le mordre mais je trouve que le goût du sang humain n'a rien de comparable. En plus il me rassasie encore plus que le sang animal ! Mais bon, il a été banni de la maison il y a 3 ans. Mes parents ont estimé que j'étais assez grande pour m'en passer. Depuis, j'essaie de ne pas y penser et de me contenter du sang animal.

Mes pieds ont heurté une brindille et elle a craqué. Je grogne. Rose se tourne vers moi, un sourcil levé.

-Qu'y a-t-il ? me demande-t-elle.
-Rien je me suis fais repérer et je n'aime pas ça !

Ma tante se met à rire et en s'éloigna de moi, me lance :

-Tu n'as qu'à pas être si distraite !

Elle a raison, quand je me mets à penser au sang humain, je m'entends plus rien d'autre. Quelle idiote ! Si mes parents savaient ça, je passerai un sale quart d'heure !

Je me re-concentre sur la chasse. J'hume l'air. Odeur de vampires…je la chasse, j'inspire à nouveau…j'ai trouvé. Un cerf…bof, je n'en ai pas envie…j'avance tout doucement, je tourne la tête. Une brise me parvient. Une légère odeur musquée m'arrive. C'est déjà mieux. Un prédateur. Un lynx ? J'en croise rarement. Il faut dire que c'est une espèce protégée. Je me tâte. Ce n'est pas bien. Un cerf serait mieux…pourtant mon instinct reprend le dessus et je me remets à courir vite, dans sa direction. Son odeur se fait plus forte. Agréable. J'accélère. Puis je saute discrètement sur la branche d'un arbre. Je le surplombe. Il ne me voit pas, moi je le domine. Le vent souffle en face de moi, masquant ma présence. Derrière moi Rose se tient à environ 20 mètres. Elle me regarde. Je m'accroupis sur la branche, je fixe ma proie. Elle ne se doute de rien, elle cherche aussi son repas. Je fixe mon attention sur son cou. Je peux sentir son sang battre la mesure dans ses veines. J'en salive. Finalement, j'ai soif.
En un rien de temps je lui saute dessus. Elle ne s'est rendu compte de rien que j'ai déjà planté mes crocs dans son cou. Elle étouffe un cri, je la vide de son sang.
Le goût est agréable. Meilleur que les herbivores. Moins que l'humain.
Le sang chaud coule dans ma gorge et apaise ma soif. Je n'en laisse pas, il ne faut pas gâcher.
Une fois fini, je me recule légèrement. La carcasse de l'animal à mes pieds. Je me sens coupable. Le pauvre, il est mort si rapidement. Je préfère m'éloigner car je sens déjà le regret m'accabler. Je dois me ressaisir, je suis à moitié vampire, c'est normal que je boive du sang !
Je soupire et je vois Rose j'approchais de moi.

-Ca va ?

Je la regarde en me forçant à sourire.

-Bien sur ! Un délice ! J'ai bien mangé !

Je suis sûre qu'elle n'est pas dupe mais elle ne m'en fait pas part. Elle doit attendre que ça vienne de moi mais je me refuse à aborder le sujet. Non. Chasser est dans ma nature et je dois vivre avec. Je suis assez forte pour ça.

-Tu m'accompagnes ? me demande-t-elle en attrapant ma main entre ses doigts.
-Oui, bien entendu.

Nous nous élançons à la suite d'Emmett. Il est déjà loin mais nous le rattrapons facilement. Lui a fini un ours. Et nous regarde amusé.

-Eh bien ! Vous en avez mis du temps ! La chasse a été bonne ?
-Un cerf pour moi, répond ma tante et un lynx pour Nessie.
-Pas mal !

Il me donne une légère tape dans le dos et se remet à rire.

-On continu ?

J'accepte pour ne pas le vexer même si je n'ai plus faim. Je les regarderais.

En rentrant dans la maison, je m'aperçois que Carlisle est rentré. Il est dans le salon avec Esmée et ils regardent les informations. Ma grand-mère se retourne vers moi et sourit :

-Agréable sortie, ma chérie ?

Je me rapproche d'eux et m'assois sur l'accoudoir du canapé.

-Pas mal, je suis repu ! Carlisle, bonne journée ?

Je ne me suis jamais résolu à l'appeler autrement que par son prénom. Autant il m'a toujours été facile de dire papi ou pépé à mon grand père Charlie autant avec Carlisle, je n'ai jamais pu m'y résoudre. Son éternelle jeunesse et son charisme naturel, m'ont toujours imposé le plus grand respect. Bien sur ce dernier savait très bien que je ne manquais pas d'affection pour lui mais que c'est ainsi que j'avais décidé de le considérer et mon choix l'avait alors satisfait. Mais ça ne m'empêchait pas d'avoir des marques de tendresse à son égard comme toute petite fille face à son grand père.

Rose et Emmett entrent à leur tour, je prétexte être fatiguée et je monte dans ma chambre. Je les entends. Ils parlent de moi. Mon ouï n'est pas aussi développée que la leur mais en me concentrant bien, je peux entendre plus qu'un être humain. Esmée s'inquiète pour moi, j'entends Rose lui répondre.

-Elle culpabilise de tuer… je ne sais pas quoi lui dire…

Carlisle prend à son tour la parole :

-Cette situation se complique pour elle… quand ses parents rentrent-ils ?

Je perçois le grognement de Rosalie. Elle est celle qui n'apprécie pas le choix de mes parents. Leurs voyages. Le fait de me laisser ici alors qu'eux « s'amusent » à visiter différents pays. Je les ai souvent accompagnés mais je savais que je les empêchais de vraiment profiter de ses découvertes. De plus, Jacob me manquait trop. Alors on a fait un compromis. Ils peuvent partir en voyage tant que cela ne me pose pas de problème. Si par un caprice quelconque, je ne voulais pas qu'ils me laissent, ils ne partiraient pas. Jusqu'à présent, je ne leur ai jamais fait le coup mais des fois il m'est difficile de les laisser partir. Cette fois ils ont promis d'être présents pour ma rentrée…alors j'ai accepté légèrement à contre cœur.

-Demain soir, répondit Esmée avec douceur.
-Bien. Il faudra qu'ils l'aident alors. Si elle ne se nourrit pas bien, cela pourrait poser un grave problème.
-S'ils ne passaient pas leur temps à laisser leur fille ! s'énerva Rose.
-Rose…
-Non Emmett, je n'approuve pas leur façon d'agir ! La petite souffre et eux préfèrent batifoler plutôt que de la soutenir !

Carlisle soupira mais sa voix se fit douce en répondant à sa fille :

-Je comprends ce que tu ressens Rosalie mais Edward et Bella ne partent pas tant que ça et Nessie leur donne son accord. Je ne pense pas qu'elle souffre de la situation. Chacun y est gagnant…
-Je ne vois pas en quoi la petite y gagne…continua ma tante en gardant toujours le ton élevé.
-Rose…

Préférant fermer la porte de ma chambre, je laissais les voix derrière moi. Rose avait raison, il y avait des moments où leur absence était plus dure à supporter mais souvent je n'avais pas le temps de m'apercevoir de leur départ qu'ils étaient déjà revenus.
Soupirante, je me couche sur mon lit et ferme les yeux. Dans quelques jours, j'allais rentrer au lycée alors mes problèmes de chasse me paraissaient beaucoup moins importants tout à coup. La fatigue me gagna peu à peu. Me roulant en boule, je tirais la couverture vers moi et m'endormi pratiquement de suite.