Problématique de la neige

Ou

Trouver une masse synthétique à laquelle s'agripper

Thème: Neige ou Doudoune

Pairings: SoRiku

Disclaimer: Tous les personnages appartiennent à Square Enix.


Le fait était tel qu'il neigeait.

Hors Sora n'y prêtait pas vraiment attention.

Il était concentré sur sa thèse, les jambes en tailleurs, les yeux exorbités et les doigts courant à toute allure sur les touches blanches de son clavier usé. Il ne détachait pas son regard du traitement de texte, sentant l'adrénaline l'envahir au fur et à mesure que sa conclusion prenait une tournure des plus extravagante, délirante et cynique, à l'image de sa vision du monde.

Où se trouvait-il? Il n'en savait rien. Son esprit bouillonnait de réponses plus hallucinantes les unes des autres, argumentant sur son expérience de la vie qu'il avait décidée de mettre à l'épreuve. Quelle note donnerait-on à son art? Quelle note serait donc dédiée à cette vision de l'univers qu'il avait pris vingt trois ans à développer?

Il sentit les dernières phrases arriver. Au moyen de virgules et de tirets placés dans un ordre logique et unique, il développa son idée pour atteindre le summum de la satisfaction.

Il se savait intelligent. Peut-être que la lenteur de son esprit ne le rendait pas très malin aux yeux de ses amis, mais les déductions qu'il faisait à partir d'éléments insignifiants et cogitées des heures durant menaient à chaque fois à un but, et le plus souvent, pour ne pas perdre ces instants précieux d'apogée littéraire, il retranscrivait son travail sur un fond blanc noirci de sa police bleue marine.

Le point final. Ce fut avec un doigt tremblant qu'il appuya sur le bouton inférieur de son clavier. Un long soupir s'échappa de sa bouche alors que la tension redescendait, jouant avec ses entrailles et son endurance. Il était heureux de son labeur. Peiné aussi de le voir s'achever.

Heureusement, la relecture l'attendait. Ctrl + S et sa clé USB connectée au port adapté, il put enfin se rassurer. L'écriture le mettait toujours dans tous ses états.

Enfin, il put se reconnecter au monde en abattant son écran sur le clavier. Le logo de VAIO semblait lui sourire, orgueilleux d'avoir servi d'outil indispensable à ce dur labeur.

Le jeune homme était fou, bien fou. Son domaine se limitait au fantastique et à la narration; son envie de se lancer dans l'essai pouvait bien être justifiée, il n'en avait malgré tout aucune expérience. Dernière étape avant la fin de ses études qui devait se faire sur le terrain le plus stable à ses yeux. Mais Sora aimait les défis. Il aimait les défis plus que tout. Et en voyant son ventre tendu face à l'impatience des résultats placardés quelques mois plus tard au tableau d'affichage de l'université, il se donna un coup sur la tête. La tendre, cruelle et inévitable relecture l'attendait; après deux mois de travail interminable, il pouvait enfin prendre du recul sur son art et prendre en note ses progrès et ses lacunes.

Qu'est-ce qu'il aimait l'écriture, l'enchainement de mots qui formaient par leur complexité un mensonge éternel! L'écriture ne dit jamais vrai. Elle ment avec effronterie, transforme un lieu connu, au moyen d'éléments précis, en une toute autre chose: le point de vue et l'expérience du protagoniste, si narration est incluse dans ce beau fatras de mots, rendra l'endroit tout aussi inconnu à celui qui habite les lieux qu'au lecteur inculte.

Sora leva les yeux sur sa fenêtre. Il s'étonna alors du ciel étonnamment blanc et, reposant son ordinateur portable sur la couette enroulée en boule aux côtés de sa cuisse, il s'approcha de la vitre et y colla son front. Les rues étaient d'un blanc limpide.

Voyant que le soleil s'était levé, il tourna son regard vers le radio réveil. Huit heures du matin. Il avait écrit toute la nuit. Hallucinant de son endurance jusque là restée inconnue, il décida d'aller se prendre une douche et d'appeler Kairi une fois présentable. Cette dernière décrocha, clairement inquiète et ensommeillée.

« Sora? Quelque chose ne va pas? »

« Ouvre tes stores! » répondit-il d'une voix enjouée.

Lui-même se tenait à sa fenêtre, buvant un café corsé sans sucre qui le fit grimacer. Il entendit les pas de son amie traverser en titubant sa chambre. Il entendit le bruit caractéristique des stores qu'on ouvre et bientôt une exclamation lui arracha un rire.

« Il neige bon sang! »

« Oui! »

« Attends, attends… laisse moi deviner: tu m'appelle pour qu'on aille la piétiner ensemble, c'est bien ça? »

« T'es trop forte. » ricana le jeune homme. Il n'y a pas plus intelligente que toi. »

« Je t'emmerde. » répliqua Kairi avec hargne. « D'accord, d'accord. Je me douche et on se retrouve à Beaulieu, ça te va? J'amène Naminé.»

« Pas le moindre problème! »

Ils raccrochèrent de suite, et Sora put partir à la recherche de ses gants oubliés dans le méandre de ses tiroirs abandonnés. Il passa par ceux des commodes dans le couloir, puis par la toute vieille dans l'ancienne chambre de ses parents, par les étagères poussiéreuses et les recoins du vieux canapé de cuir vert. Il finit par les dénicher en dessous de son lit, recouverts de moutons gris et une nouvelle quête s'annonça pour la recherche de son écharpe.

Sora n'était pas du tout frileux. Jusqu'à présent, il s'était contenté de porter une mince jaquette verte de coton achetée à H&M des années auparavant. Cependant, désormais la météo lui imposait de se recouvrir d'une masse synthétique et imperméable.

Enfin paré pour la bataille de neige qui s'était conclue d'un commun accord, il marcha d'un pas conquérant dans les couloirs de son immeuble qui sentaient bon le chien mouillé. Plissant le nez face à cette odeur des plus entêtantes, il pressa le pas une fois arrivé au hall; il sentait déjà le froid lui agresser les joues.

Sa maladresse frappa une nouvelle fois quand il faillit atterrir sur les fesses en posant le pied sur le trottoir glissant et gélatineux. Les teneurs de l'épicerie puante au bas de sa rue tournèrent un regard désapprobateur à sa vue, et Sora les toisa avec toute l'antipathie dont il était capable. Ils ne l'avaient jamais aimé, et le jeune homme, dont les sens olfactifs étaient des plus sensibles, le leur rendait bien en critiquant très haut, à chaque fois qu'il passait en compagnie de ses amis devant les stands extérieurs de fruits pourris, leur choix de saison qui n'était pas des plus frais.

Tout était calme, et très peu de gens osaient encore pointer le bout de leur nez hors de leurs domiciles. Le ciel était d'un gris foncé surprenant, et Sora se prit plusieurs flocons dans les yeux à force d'observer, ébahi, ces derniers tomber sur le béton et rendre son décor quotidien des plus féériques. Il ne reconnaissait presque plus son quartier.

Il était en avance. Le parc était merveilleux. Les arbres tombaient sous le poids de la neige, l'air se faisait brumeux et ce qui était autrefois le gazon et les allées de pierre ne faisaient désormais plus qu'un. Un immense tapis blanc. Sora sourit, enthousiasmé par cette vue, tout comme à l'idée qu'il serait le premier à noircir cette page blanche.

Pour finir, voyant qu'il supportait le froid sans problème, il se laissa tomber et s'amusa à faire une armée d'anges des neiges. L'eau glacée entrait dans son cou, traversant l'épaisseur de son écharpe, et c'est alors qu'il poussait des cris d'horreur que Kairi et sa petite sœur Naminé arrivèrent, main dans la main.

Elles n'attendirent pas plus longtemps pour se moquer de lui et balancer des projectiles préparés à l'avance sur la figure. Affolé, il s'échappa en rampant, sans tenir compte de la boue qui venait maculer ses genoux et ses gants: il se réfugia à l'arrière d'un banc autrefois d'un vert éclatant.

La bataille dura une heure entière. Quand ils s'arrêtèrent, haletants, les propriétaires de chiens accompagnaient leurs animaux de compagnie qui faisaient leurs besoins naturels, et bientôt ils aperçurent Riku s'approcher d'eux avec son magnifique labrador: Dingo.

« Wah! Y a Riku! » s'exclama alors Kairi en le voyant approcher, tout souriant.

« Et oui, Riku en personne! » répliqua l'intéressé. « Qu'est-ce que vous faites là? »

« Rien. » dit Sora en souriant innocemment.

« Laissez moi deviner… c'est vous les responsables de toute cette neige brune? »

« Non! » s'exclamèrent les trois fous en chœur, abordant l'air le plus innocent possible.

« C'est ça, mon cul. » répliqua l'autre.

Il finit par se laisser tomber à leurs côtés et la petite Naminé commença à jouer avec Dingo, lui envoyant des petites boules de neige à la figure, et lui aboyait joyeusement après avoir mordu dans les projectiles glacés.

« Qu'est-ce que vous racontez? » s'enquit le nouveau venu.

« J'ai fini ma thèse. » répondit Sora, tout sourire.

Kairi et Riku poussèrent alors une exclamation de surprise. Flatté, il ajouta:

« J'étais motivé. Comme ça j'ai plus de temps pour les corrections. »

« Je n'en suis qu'aux recherches! » dit Riku. « T'es vraiment rapide! »

« Je sais. »

« Attention, il va prendre la grosse tête! » répliqua Kairi.

« Il a bien le droit. » répondit Riku.

Un silence apaisant s'installa, pendant lequel les trois amis observèrent la petite blonde courir dans tous les sens avec une énergie propre aux enfants de son âge. Le parc se fit alors de plus en plus bondé, et les chemins de béton commencèrent à se démarquer du reste du paysage. Des couples faisaient une petite balade matinale. Jeunes ou plus vieux, voire même dans l'âge de la retraite, ils restaient tous aussi touchants. Riku déclara alors qu'il devait retourner chez lui pour faire le ménage. Ils décidèrent de se retrouver dans la soirée pour une petite virée dans la ville et Sora décida, avec Kairi, de monter chez elle pour l'aider à finaliser une robe qu'elle souhaitait présenter à son propre travail de maturité. Elle était plus jeune qu'eux de quatre ans et achevait sa dernière année de collège.

Naminé les devançait, avançant rapidement de ses petites jambes, et, passant par la petite école primaire de Trembley, ils traversèrent le gazon, encore limpide de ce côté-ci, par le petit sentier qui, en hiver, était toujours boueux. Sora ne comptait plus le nombre de fois où il était tombé dans ce petit chemin, arrivant chez Kairi ou Riku les fesses brunies par la terre.


Kairi habitait dans un immeuble de diplomates, et son étage donnait une vue exemplaire de toute la rive droite de Genève, et plus précisément sur la piscine de Varembé. L'été, elle et Sora s'amusaient, en sirotant chacun une brique de thé froid acheté à la Migros (rituel qui durait depuis de nombreuses années), à observer les baigneurs aux profils plus variés les uns que les autres. Il y avait les gros monsieur qui prenaient un bain de soleil sur l'aile droite de la piscine extérieure, avec un slip de bain hideux ou, pour les père de famille conseillés par leurs enfants, avec un caleçon de bain bariolé qui ne pouvait plus leur seoir à leur âge. Il y avait les minettes de quatorze à quinze ans qui minaudaient au bord de la piscine face aux jeunes garçons fashion qui n'avaient pas encore atteint leur taille d'adultes, les femmes qui zieutaient les hommes un peu plus vieux, et parfois, au plus grand plaisir des deux amis, une bande d'hommes sportifs venaient se poser à l'ombre des arbres de la terrasse, jouant avec un ballon gonflable ou des raquettes de ping pong à la table installée à cet effet. Ces derniers étaient admirables: tous arborant des shorts de bain originaux, témoignant de leur activité intellectuelle supérieure aux gamins qui mettaient du gel dans leur coiffure pour se baigner dans la piscine, avec des cheveux que, par paresse, ils laissaient pousser.

Et, enfin, il y avait ceux que Kairi préférait: les douze garçons et la blonde, qui se faisaient appeler dans le quartier par Organisation XIII. Ils étaient admirés par les fillettes préadolescentes du cycle de Montbrillant, car leurs zones de patrouille s'arrêtaient au niveau de la gare, englobant la surface d'à peu près trois quartiers. En été, on pouvait souvent les observer se prélasser dans le gazon de Beaulieu, un joint à la main et un pack de briques de thé froid - toujours acheté à la Migros - gisant sur le sol, et parfois même avec deux ou trois bouteilles de Vodka qu'ils diluaient dans de diverses boissons.

Sora ne les appréciait pas plus que cela. Il avait eu l'occasion de faire leur connaissance: leur quotient intellectuel se limitait à la connaissance des différents types de drogues connues au monde. Il ne pouvait cependant pas démentir que l'aspect physique de la majorité du groupe était agréable; c'est pour cela que longtemps il avait admiré cette bande en piaillant différentes sornettes avec Kairi.

Il se laissa tomber sur le grand canapé de cuir au fond de l'immense salon, et, sentant les muscles de son dos de détendre, il poussa un long soupir de contentement. Kairi partit dans la cuisine faire couler deux cafés bien noirs pour les réchauffer et Naminé avait couru dans sa chambre jouer avec ses poupées.

Sora se redressa, et, voyant que la neige continuait à tomber, il poussa la porte vitrée donnant sur le balcon et se pencha à son rebord, ébloui par ce spectacle des plus merveilleux.

Il sentit une forte émotion le prendre dans sa poitrine. La neige troublait le paysage à partir d'une certaine distance, et la lumière encore faible cachait les alpes qui étaient visibles de cet endroit. Le jet d'eau était caché par la neige, lui aussi, mais le lac restait le seul élément de la nature perceptible au travers de la purée de pois: petite lueur blanche qui reflétait le ciel immaculé.

Kairi le rejoignit, deux grandes tasses à la main, et Sora sortit une cigarette de ses poches. Il ne fumait que très rarement, quand l'occasion de présentait. Et il voulait s'enivrer de ce poison qu'était le tabac pour pouvoir ressentir cette magie blanche avec plus d'intensité.

Son regard fut attiré par une petite tache rouge sur le chemin blanc longeant ce qui, autrefois, était deux terrains de football. Un couple qui courrait sur la neige, criant à n'en plus pouvoir dans un combat acharné. Attendrit, Sora se devina souriant. Il finirent par se laisser tomber à terre et leurs souffles haletants pouvaient s'entendre même sept étages plus haut. Ils finirent par s'embrasser, rejetant toute forme de tabou, et restèrent un long moment agrippés l'un à l'autre.

Sora fut plus touché qu'il ne l'imaginait par ce tableau, et même Kairi avait une petite moue envieuse sur son visage de poupée.

« C'est trop romantique, l'hiver… » soupira-t-elle.

« Je veux me trouver quelqu'un. » répondit Sora.

« Pardon? » s'étonna Kairi. « Je pensais que tu en avais marre de la vie de couple. »

« C'est plus le cas. Enfin si. Je veux juste quelque chose de vrai. Pas une obligation. Pour pouvoir se jeter dans la neige de cette manière, pour pouvoir s'agripper à une masse synthétique quand il fait bien froid. »

« Dans le fond, tu es vraiment un gros romantique, Sora. »

« Je pensais que tu le savais déjà. » ricana l'intéressé. « Je vais me trouver quelqu'un. Je vais voir ce que je peux faire ce soir. »

« Ne cherche pas trop loin. » dit Kairi d'un ton malicieux.

Kairi pu enfin essayer sa robe alors que le crépuscule teintait la ville d'une couleur bleutée. Sora avait passé la majeure partie de son temps dans le froid du balcon, toujours aussi émerveillé par la beauté de l'hiver. Le reste avait été gaspillé dans des essais inutiles des innombrables jeux que possédait Kairi.

Cette dernière poussa la porte vitrée en murmurant un « pst » à son ami qui se retourna vers elle avec étonnement. Cette expression passa alors à la stupéfaction puis à l'émerveillement en une pincée de secondes et les éloges ne tardèrent pas à fuser.

« C'est une pure merveille! » disait-il sans relâche, à un tel point que Kairi devint rouge écrevisse.

« Me… merci. Mais il me reste encore plein de choses à faire. Je dois retoucher la longueur… et plein d'autres choses. »

« On ne dirait pas, alors. » répliqua le brun. « C'est vraiment excellent. »

Toute heureuse, Kairi tourna les talons pour rejoindre sa chambre et pouvoir l'enlever. Sora plongea alors la main dans sa poche, et, à toute vitesse, alluma l'appareil photo du natel. Appelant une dernière fois Kairi, il captura l'image par surprise avant de se précipiter à l'extérieur pour se cacher du courroux de la rousse qui poussa de longs cris d'indignation.

Le projet de Kairi se basait sur une collection de robes, qui n'étaient autres que celles portées par les nombreuses princesses de Disney. Celle qu'elle avait enfilée se révélait comme celle de Belle, d'un jaune doré qui jurait avec merveille avec les cheveux roux de la modèle. Les moindres détails avaient été respectés, passant par les plis dans la longueur de la robe et les différences de tissus qu'elle avait soigneusement étudiés en visionnant les différents films.

Que dire d'autre, sinon qu'il était ébahi par la dextérité de son amie? Observant encore l'image de son amie, il vit l'écran changer d'illustration et une photo floue prise de Riku alors qu'il riait à une blague quelconque apparut, lui arrachant un petit pouffement.

« Le capitaine Crochet à l'appareil? » dit-il en imitant une voix rauque.

« Oh euh… Ah! Ici Peter Pan. Je… ce serait pour savoir si tu étais prêt pour l'affrontement de ce soir. »

« Par ma barbe, ouais! J'attends juste que, euh… la fée Clochette se rhabille. »

« Qu'est-ce que t'as fait à ma Clochette? » s'exclama Riku en prenant une voix aigue, feignant le choc.

« Plein de choses... » répondit Sora, séducteur. « Alors, à quelle heure pour le duel? »

« J'ai appelé les gamins perdus. On se retrouve au brasseur des Grottes à vingt heures. »

« Celui en bas de chez moi? » s'étonna le brun.

« Oui. S'il y a trop de monde, on ira ailleurs. »

« 'Kay. » répondit l'autre.

Sora sourit. Leur complicité était telle que presque spontanément, ils arrivaient à incarner des personnages fictifs et à en faire toute une histoire, simplement pour se donner rendez-vous à un bar.


Dark-side

2010-11-28. chapter 28

Hello!

J'ai cliqué sur ta fic en parcourant ton profil… (déjà, bravo pour ta présentation, elle est très touchante n.n) j'ai jamais vraiment aimé le fandom d'HP mais là… je sais pas. Même pour un simple OS, j'ai été complètement séduit.

Euh… bon ben je me lance! Bon déjà, faut dire qu'avec un pairing pareil, il faut vraiment être doué pour en faire qqch d'original… ce que tu as fait! :D Il y a tout: de la romance (mais pas trop), de l'humour (à foison!), de l'action (ouais bon, sans Jackie Chan mais franchement voir ça à Poudlard… voilà quoi xD) et un passé bien dark pour Hermione. Yay. Tu pourras voir à mon pseudo que c'est ce qui me plait le plus… :P On s'y attend vraiment pas. Chez d'autres, ça aurait fait un peu tâche, peut-être martyr censée attendrir Drago ou encore pour faire Mary-Sue. Mais bon, j'en suis pas encore aux descriptions des persos n.n

Alors parlons de Drago. La plupart des fics DraMionne sont écrites par des filles et elles idéalisent Drago pour en faire un prince charmant bien sombre… mais toi tu lui as donné un côté bien ridicule et détestable (pas dans le sens qu'il est salaud et tout, mais bien parce qu'il inspire la pitié). Peut-être parce que t'es un mec? On voit bien dans ton style un côté plus dur et mature. Je me demande ce que ça donnerait si t'écrivais du yaoi… xD.

D'ailleurs j'ai adoré le passage où Drago abandonne toute fierté juste pour avoir son bouquin. MDR je te jure j'ai dû passer pour un con aux yeux de ma pote…

Quant à Hermione, ben… elle est chiante au possible. Et tu l'as rendue vraiment intello, de telle sorte qu'on a envie de la baffer dès qu'elle ouvre la bouche. Euh, ouais… plutôt dès qu'il y a des guillemets faits pour sa réplique. Mais bon tu me comprends quoi.

Ce qui est intéressant aussi, c'est sa relation avec Harry. C'est vraiment le pairing pour les plus jeunes lecteurs qui aiment les relations entre persos principaux des fandoms (ouais bon comme pour tout y a des exceptions). Mais j'ai beaucoup aimé le désespoir de Harry et celui d'Hermione, que tu as décrit avec beaucoup de talent. Je crois que j'en ai eu des frissons (aussi y a que moi pour frissonner en lisant un texte…)

Euh… que dire encore… Bon, les apparitions de Harry sont géniales, et la seule avec Luna était bien tournée. Normalement, elle apparaît juste comme ça pour faire rire les lecteurs, par contre ici elle apparaît dans le rôle du sage qui fait réfléchir tout le monde.

Ton OS méritait vraiment une longue review. Les petites font plaisir, mais les meilleures sont les plus grandes, n'est-ce pas?

J'espère qu'elle te donnera le sourire.


L'aspect extérieur de ce bar ne lui avait jamais donné envie d'y entrer. Non pas qu'il aie l'air sale ou quoique ce soit d'autre, mais sa décoration simple et l'appel au poulet frit n'était pas des plus avenants. C'est donc en trainant les pieds que Kairi et lui se rendirent au lieu de rendez-vous, bien décidés à se changer les idées après une longue journée de travail intellectuel.

La fatigue de sa nuit blanche commençait à se faire sentir. Il ne serait pas des plus accueillants pour attirer son âme sœur.

Riku leur fit un signe de la main et Hayner se précipita à leurs côtés. Il n'attendit pas plus pour blaguer et Sora retrouva son énergie en éclatant de rire, pour enfin saluer tous ses amis avec bonne humeur. La copine d'Hayner, Olette, lui fit une bise sonore et Pence rajouta des gloussements au fou rire de Sora. Tifa et Cloud leur sourirent tout en restant collés, car jamais ils ne lâchaient la main de l'autre. La bonne humeur s'installa dans le groupe et voyant que le bar leur offrait une grande table, ils y restèrent et la tournée des bières pu enfin commencer.

Mais Sora, après avoir dépassé sa quatrième bière, ne se souvenait plus de rien.

Il se réveilla avec une nausée entêtante qui le précipita aux toilettes miteux. Haletant, il prit la direction de la salle de bain en se passant le visage sous l'eau glacée, quand une voix grave le fit sursauter.

« Hallo mein Bruder. »

Riku se tenait dans l'embrasure de la porte, le teint pâle et les yeux cernés mais son éternel sourire moqueur ne l'avait toujours pas quitté.

« Qu'est-ce que tu fais là? » grimaça le brun en passant sa tête sous l'eau froide.

« Tu étais vraiment mal en point hier, alors j'ai veillé sur toi pour vérifier que tu ne te noies pas dans ton vomi. »

« Je t'aime, tu sais ça? » répliqua Sora avec hargne avant de tituber sur son vieux canapé qu'il aimait tant.

« Oui oui. » répliqua Riku en lui apportant un café.

« Quelle heure il est? »

« Deux heures de l'aprèm. »

« Tu déconnes? » s'exclama Sora en regardant l'horloge murale en plastique.

« Tu as fait une nuit blanche hier, avoue. »

« Juste un peu. » soupira le brun avant de se laisser à nouveau tomber sur l'accoudoir.

Il entendit vaguement Riku siroter sa propre boisson, et, malgré tout intrigué qu'il ne réprimande pas son manque de sommeil, il redressa péniblement la tête, le détaillant avec attention. Il ne portait pas de haut, restait à torse nu. Sora fronça les sourcils.

« C'est pas toi qui es super pudique? »

« Ah, vraiment? » répondit-il simplement. « Je peux te retourner le compliment. »

« Hein? »

Lui-même se trouvait en caleçon. Rougissant, il ramena rapidement contre lui l'un des vieux coussins vert clair et Riku eut un petit rire.

« T'as plus grand-chose à cacher, tu sais. »

« Pourquoi tu dis ça? » paniqua Sora, commençant à s'imaginer des choses.

Riku haussa un sourcil en sa direction, sa bouche cachée derrière sa tasse, avant d'éclater franchement de rire.

« Tu devrais voir ta tête! »

Il repartit alors dans la salle de bain, manifestant d'un air vague son besoin soudain de prendre une douche.

Sora se rendit alors compte qu'il n'avait plus beaucoup de souvenirs de la veille. Qu'avait-il bien pu se passer? Il imaginait très facilement la possibilité qu'il se soit endormi au bout d'un certain nombre de verres, ronflant bruyamment, et ses amis qui profitaient pour lui dessiner des calomnies sur le visage. Mais d'autres hypothèses lui venaient à l'esprit.

Peut-être avait-il commencé à danser sur une table, avec le déhanché qu'il avait longtemps travaillé devant son miroir dans le but de passer le temps, mais qui, malgré tout, restait désastreux. Peut-être avait-il lancé un jeu sordide tel qu'un action ou vérité, ou bien le jeu de la bouteille. Peut-être avait-il embrassé tous ses amis. Peut-être avait-il embrassé un inconnu. Peut-être avait-il couché avec un inconnu. Peut-être avait-il couché avec…

Sa panique devint des plus fortes et il se redressa, passant outre les élancements dans son ventre qui faisaient monter une chaleur lourde le long de sa gorge. Arrivé dans sa chambre, il ouvrit les stores avec rapidité et inspecta l'état de sa chambre. Ses vêtements avaient été pliés sur la chaise en bois, ses chaussures trainaient en dessous de son lit, et contrairement à ce qu'il s'imaginait, les couvertures n'étaient pas complètement emmêlées. Sora comprit que Riku l'avait bordé et que son sommeil avait été paisible.

Gêné d'avoir envisagé une telle possibilité, il décida de préparer ses vêtements et sortit deux pullovers bien épais ainsi qu'un jean encore neuf qu'il avait à peine porté. Les loques de la veille furent ainsi donc envoyées dans le panier à linge et Sora put s'atteler aux choix le plus difficile auquel il devait faire face chaque matin: le choix des chaussettes.

Car le jeune homme en avait une collection épatante. Il en achetait même sur internet, à l'effigie de ses chanteurs et héros de manga préférés. Colorées, bariolées, aux motifs des plus divers, tous ses amis n'avaient jamais besoin de chercher bien loin quant aux cadeaux qu'ils devaient lui offrir.

Il opta pour une paire de couleur émeraude et, voyant que Riku sortait de la petite pièce embuée, il y entra à son tour, ses affaires enfournées dans ses bras.

Après la douche presque glacée, il se sentit bien mieux et, se réchauffant avec les vêtements qu'il avait accrochés au radiateur, il put s'estimer frais comme une rose.

Riku cuisinait, comme à son habitude. Sora était une véritable catastrophe aux fourneaux, et bien souvent Riku venait chez lui pour lui préparer des repas sains autres que les nouilles au porc ou au poulet qu'on pouvait acheter au rayon asiatique de la Migros ou encore de la purée en flocons.

« Tu nous fais quoi? » s'enquit le plus jeune en s'approchant de la cuisinière. « Oh, Riku, t'es vraiment mon meilleur ami! » reprit-il en levant ses bras, à la manière des enfants.

Un bon riz au curry mijotait sur une grande poêle, et Riku fit battre ses cils avec précipitation comme pour feindre l'émotion.

« Arrête, tu me gênes! » dit-il en imitant une mijaurée.

« Mais tu sais que c'est la vérité, chéri. » répliqua Sora avec un clin d'œil.

Cette expression, même s'il l'avait employée pour se rassurer lui-même quant à sa frayeur de tantôt, le fit rougir malgré tout et il retourna dans le salon, s'installant au vieux piano d'un blanc caillé et jouant d'une main tremblante un vieux morceau qu'il n'avait jamais oublié.

Riku se mit à imiter le son du piano avec une voix suraigüe et Sora éclata de rire, loupant son accord. Il reprit avec force les suivants mais, déstabilisé par la « connerie » de son ami, son morceau se révéla catastrophique et le plus grand lui répliqua dès la dernière note:

« Tu ne peux pas avoir oublié To Zanarkand! Honte à toi! »

« Oh, ça va hein! » répliqua Sora. « Essaie, toi, de jouer avec un couillon qui chante avec une voix de fille. »

« Qui tu traites de couillon? »

L'après-midi de déroula comme tous les précédents. Ils plaisantèrent comme si la cuite de Sora n'avait pas eu lieu. Mais le brun sentait comme une gêne qui planait, et il ne se sentait pas le courage d'interroger son ami sur les évènements de la veille au soir. Et comme Riku restait dormir, ils jouèrent de longues heures au piano en chœur, jusqu'à ce que sonnent les dix heures du soir, où le règlement de l'immeuble stipulait un silence religieux chez tous les habitants. Ils ouvrirent alors la boîte poussiéreuse du Monopoly, comme l'évocation d'anciennes parties avaient été tirées des méandres de leurs souvenirs.

Riku gagna. Sora était réputé pour ne pas être très malin, mais la vérité était qu'il ne réfléchissait pas assez vite.

Il cogitait encore les tactiques qu'il aurait dû user pour gagner plus d'argent en allant se coucher, abandonnant Riku à l'ancienne chambre de ses parents.

Le malaise avait beau s'être atténué tout au long de l'après-midi, il ne l'avait cependant pas quitté. Un trou noir remplaçait les souvenirs de la veille, comme s'il les avait perdus dans ses verres de bière. Comme s'il s'était endormi après… après…

Il ne savait même pas à partir de quand sa mémoire commençait à lui faire défaut. Une certaine limite se faisait comme fondue, brouillée par des éléments indistincts, et seuls quelques visages grimaçants lui venaient à l'esprit.

Il s'endormit donc, fatigué d'avoir cogité tout l'après-midi, sans avoir obtenu ses réponses. Malheureusement, son sommeil ne put être porté à sa fin. Un craquement sonore le fit sursauter et il se redressa dans son lit, ensommeillé, à la recherche de l'origine du son. Il entendit simplement un petit grincement venant de sa porte et, intrigué, il s'y rendit à pas de loup, car la fatigue le faisait délirer comme un plein rêve: il était persuadé d'être à la poursuite d'un loup rouge et il ne reprit ses esprits qu'après s'être cogné contre la l'embrasure de la porte.

Riku se tenait sur le canapé, le dos droit, comme à son habitude, une cigarette aux lèvres.

La fumée s'élevait au dessus de sa tête en volutes aussi argentées que l'étaient ses cheveux, éclairées par les lumières orangées de la rue sur laquelle donnait la fenêtre du salon.

Intrigué, Sora s'approcha de lui et s'installa négligemment sur l'accoudoir, un petit sourire aux lèvres.

« Qu'est-ce que tu fais? »

« Je réfléchis. » soupira Riku sans le regarder.

Sora ne répondit rien, l'observant avec plus d'attention. Ses traits étaient fatigués et son regard baissé sur le croisement de ses jambes en tailleurs. Il était exactement dans la même position que Sora lorsqu'il avait terminé sa thèse.

« Tu m'as paru bizarre cet après-midi. » finit-il par avouer, comme la fatigue brisait les réticences qu'il avait eues pendant la journée.

« Ah, vraiment? Tu as remarqué ça, toi? » répliqua l'autre avec ironie. « Mais c'est que tu es plus malin que tu n'en as l'air. »

« Qu'est-ce qu'il y a, Riku? »

Le plus grand finit par tourner son visage vers lui. Sora pu remarquer, avec le petit éclairage de la pièce, que ses yeux étaient gonflés. Il n'osa pas se prononcer, mais l'évidence le frappa quand, soupirant de dépit, Riku éteignit sa cigarette en faisant miroiter les braises du petit foyer. Il se redressa.

« A-Attends! » s'exclama Sora en se levant presque en même temps. « Tu ne vas pas bien! »

« Je sais. »

« Et tu ne veux pas m'en parler? » s'alarma le plus jeune en l'attrapant par le bras, s'emmêlant les pieds avec le câble des écouteurs qu'on pouvait relier à la télévision.

« Pas vraiment, non. »

« Mais je suis ton meilleur ami… » bégaya Sora en écarquillant les yeux.

« Possible. »

« Mais… »

Il fut interrompu par les lèvres froides que Riku posa sur la commissure des siennes. Une force sembla l'empoigner violemment au niveau de sa gorge et, surpris, Sora recula.

« Qu'est-ce que tu… tu fais? »

« Rien. » répondit Riku d'une voix dure. « Ce n'est rien, n'est-ce pas? »

« Je… Riku, qu'est-ce qu'il s'est passé hier soir? »

Riku se contenta de lui sourire avec méchanceté. Sora comprit que ce sourire était dédié au véritable méchant de l'histoire.

« Eh bien… tu as bu. Tu as bu comme un trou, il faut dire. Et c'était amusant. »

« Qu'est-ce que j'ai fait? Qu'est-ce que je t'ai fait? »

Riku eut un petit rire puis tourna le dos, laissant là un Sora désemparé.

« Tu devrais voir ta tête. »

Et Sora eut beau pousser la porte de ses parents le plus fort possible, menacer Riku de mort ou encore crier et frapper tout son saoul, tout cela resta sans but.


Les corrections de sa thèse allaient bon train. Sora multipliait ses sorties chez Kairi pour lui servir d'assistant dans la création de ses robes et mettait toute son énergie dans des sorties prévues pour des rencontres avec d'autres personnes. Il voulait trouver son âme sœur et son but semblait désespéré. Jusqu'à ce qu'il rencontre Squall.

Squall ne parlait pas beaucoup. Il était grand et très beau, avec de longs cheveux bruns et un regard perçant. Cependant, les discussions qu'il avait eues avec Sora s'était révélées exagérément longues, tant et si bien que par deux fois, ils furent les derniers à quitter le bar.

Quand arriva la troisième fois, Sora eut droit à son baiser. Enfin, il pouvait embrasser quelqu'un dans le froid et, le cœur joyeux, il fit monter le jeune homme chez lui pour pouvoir profiter de la chaleur sous le regard bienveillant et glacé de la neige.

Les jours passaient et les flocons disparaissait de temps en temps, pour revenir avec plus de vigueur que la dernière fois. Sora était aux anges. Sa thèse se révélait bourrée de fautes de frappe qu'il se délectait à corriger encore et encore, inlassablement.

Riku restait injoignable. Sora essayait de temps en temps de l'appeler, mais soit le plus grand refusait ses appels, soit il feignait d'être déjà en ligne avec quelqu'un d'autre. Sora finit par abandonner et se résigna à la perte de contact avec celui qui comptait le plus pour lui, à la même place que Kairi…

Sora releva légèrement la tête à cette idée, observant Squall qui s'amusait à essayer les touches du piano.

Celui qui comptait le plus pour lui, à la même place que Kairi. Mais avait-il vraiment le droit de « classer » une personne telle que Riku? Sur bien des points, sa complicité était plus forte avec le jeune homme, tandis que sur d'autres, c'était à Kairi qu'il faisait part de ses opinions. Et maintenant qu'il voyait sa cuisine devenir de plus en plus semblable à un lieu sinistré par une tornade, il sentait avec de plus en plus de violence le désarroi que lui provoquait l'absence de Riku. Il avait les preuves matérielles qu'il n'était plus là. Et au même titre que Kairi, il tremblait à l'idée de le perdre. Il lui manquait cruellement.

Celui qui comptait le plus pour lui. Sora se ressaisit. Squall lui souriait, les doigts posés sur le piano. Squall était à ses côtés, à présent, et il avait pris la place importante mais bien souvent vide qui se compare à l'amitié dans l'esprit et le cœur d'une personne. Squall était bon, Squall était gentil et Squall était beau; il était même intelligent. Un peu cynique sur les bords, mais une personne intelligente finissait souvent par tomber dans ce vice. Alors pourquoi ne mentionner que ses meilleurs amis, les prétendre comme étant ceux qui comptaient le plus pour lui, alors que Squall avait pris place dans son cœur?

Sora baissa la tête sur son clavier, conscient que les larmes coulaient abondamment sur ses joues. Il ne voulait pas que Squall le voie pleurer, il ne voulait pas avoir à se justifier auprès de qui que ce soit. Il voulait être seul. Non. Il voulait se confier. Et les amis sont les mieux placés pour écouter les jérémiades d'un enfant pourri gâté.

Squall avait quitté l'appartement. Sora appelait sans grande conviction Riku, mais ce dernier ne répondait toujours pas. Et à chaque fois qu'il devait éteindre le téléphone, il s'en retrouvait des plus frustrés, mais avant tout blessé.


La neige se remit à tomber. Et Sora songea à appeler Kairi.

« Oui? »

« Salut! »

« Eh! Salut! »

Sora sourit. Le silence de Riku l'avait fait se sentir seul au monde, jusqu'à ce qu'il se persuade que même Kairi lui en voulait.

« J'ai un problème… » commença-t-il, sentant ses joues se colorer.

« Quoi? »

« Tu pourrais appeler Riku… pour moi? »

Il y eut un petit silence à l'autre bout du fil. Kairi poussa alors un petit soupir.

« Il est avec moi. »

Une petite pointe de jalousie vint chatouiller son estomac et, fronçant les sourcils, il demanda:

« Je pourrais lui parler? »

Un autre silence, et Sora comprit que Kairi cachait le combiné d'une main pour qu'il n'entende pas la conversation. Il sentit la colère l'envahir.

« Kairi! Enlève ta main de ton natel et laisse moi entendre ce que cette ordure dit sur moi! Kairi! Kairi! Kairiii! »

« C'est bon Sora. » soupira la jeune femme. « Il n'a pas envie de te parler maintenant. Je vais essayer de le convaincre… »

Un petit « Eh! » retentit au loin et malgré tout, Sora ne put s'empêcher de sourire.

« … donc essaye de l'appeler ce soir. Mais! » s'exclama-t-elle soudainement, le faisant sursauter et faire monter à nouveau l'angoisse en lui. « Je ne sais pas ce que tu as fait pour qu'il se sente aussi mal. Mais essaye d'y réfléchir. »

Le problème était que Sora avait déjà réfléchi. Mais trop tard, comme à son habitude. Et il avait compris les sentiments de Riku à son encontre. Il l'avait blessé en reculant. Sora avait juste été surpris. Lui avait pris cela comme étant un refus pur et dur, sans délicatesse, presque égoïste et comme il avait changé de sujet juste après cela, Riku ne pouvait que lui en vouloir.

Sora ferma les yeux et se laissa une nouvelle fois pleurer. S'il avait compris ce que désirait Riku, il avait un peu plus de mal à savoir ce que lui voulait. Tout était compliqué. Et surtout l'amour. Encore plus quand on est attiré par les deux sexes.

Il resta couché toute la journée, zappant de chaines en chaines, laissant son moral remonter à la vue des épisodes de Friends, se moquant des joueurs du Juste Prix, ne tarissant pas d'éloges silencieux à l'intention de Lagaffe et, voyant le ciel se couvrir, il se redressa, bien décidé à prendre une douche.

Il aimait la solitude. Mais dans les journées telles que celles-ci, elle devenait pesante. Il rêvait de voir ses parents revenir à la maison, et de retourner à l'école primaire, là où tout était plus simple et où son père, d'une voix ferme, donnait une réponse à toutes ses questions. Même si, la plupart du temps, elle se révélaient fausses.

Sortant de la salle de bain, uniquement vêtu d'une serviette relâche, il frôla la crise cardiaque en voyant Riku installé devant son ordinateur, comme si de rien n'était, une main posée sous son menton.

« Qu'est-ce que tu fais ici? » cria Sora d'une voix étrangement aigue, la main posée sur son cœur.

« Ce que tu as écrit est vraiment bon. » dit Riku sans quitter l'ordi des yeux.

« Je… réponds moi! »

Il ne savait plus trop à quoi penser, à présent. Son ventre lui jouait une symphonie de sentiments qui lui faisaient tourner la tête, et ce compliment qui le toucha bien plus qu'il ne l'aurait imaginé lui fit monter les larmes aux yeux. Ses derniers cachés par ses poings fermés, il sentit ses épaules partir dans des soubresauts incontrôlés.

« Je veux dire… même sans correction, c'est riche et varié… et tes phrases sont tournées… de manière incroyable. Regarde, là… je veux dire, où est-ce que tu as été pêcher des mots pareils? »

Que pouvait-il répondre? Un immense sentiment de bonheur et de fierté l'envahissait, tant et si bien que ses mains tremblaient. Il ne voyait pas ce que pointait Riku du doigt sur l'écran, mais après tout, si lui le décrétait, Sora ne pouvait que lui faire confiance. C'était si doux…

« Qu'est-ce que tu fais ici, Riku? » pleurait-il.

« Je suis venu voir ton travail, voyons. » répliqua l'autre.

Si Sora avait gardé ses yeux ouverts, il aurait pu voir le visage attendri de Riku. Mais il était perdu.

Ce texte sur lequel il avait tant buché… cette abomination qui lui avait apporté tant de tracas, qui ne serait évaluée que par un regard hautain, le regard d'un professeur qui avait passé la moitié de sa vie à l'université. Peu de monde avait lu ses écrits. Peu de vrais gens. Et ce que lui chantait la voix de Riku se résumait en quelques mots, vu sous l'angle de la félicité, à ce qu'une longue review bien constructive lui aurait procuré. Il était aux anges, et malgré ses larmes, un immense sourire lui étirait les coins de la bouche. Jamais quelque chose ne lui avait autant fait plaisir.

« J-Je… »

« Allons Sora, ressaisis-toi. » dit le plus grand, et Sora sentit une main se poser sur son épaule.

Il réagit plus vite que l'aurait voulu son esprit. Il agrippa ses mains à son cou et pleura contre son torse, étant trop petit pour glisser sa tête sous la sienne. Riku réussit à le calmer après être resté figé quelques instants, l'enserrant dans ses bras et lui murmurant des excuses. Sora se sentait si bien…

« Qu'est-ce qu'il s'est passé, l'autre soir? » demanda le plus jeune d'une toute petite voix.

Riku ne répondit pas tout de suite, glissant ses doigts dans la tignasse de Sora et arrachant à se dernier des frissons incontrôlables.

« Quel soir? »

« Les deux, en fait… »

« Eh bien… le soir du pub… mais, dis-moi, est-ce que tu as deviné? » se reprit Riku avec un petit rire.

« Peut-être bien. Je crois que je t'ai séduit. » répondit Sora en rougissant.

« Le mot est faible. » ricana l'autre.

« Et…? »

« Comment ça, et? J'ai trop de respect pour toi, Sora. Je t'ai bordé et bam! Tu t'es endormi. »

Tous deux étaient soulagés de se savoir dans cette position, cachant son visage écrevisse à l'autre. Leur gêne se traduisait par cette manie de toujours rapporter les faits en dérision. Cela était beaucoup plus rassurant.

« Mais… »

« Et le lendemain, je t'ai embrassé. Et tu m'as rejeté. »

« Ce n'est pas vrai. » répondit aussitôt Sora. « J'ai été pris par surprise. Ça m'a fait un truc bizarre, et j'ai reculé. Mais je me doutais bien que tu pensais ça. »

« Le problème avec toi Sora, c'est que tu ne comprends que ce qui touche les autres. » soupira le plus grand. « Ça t'a fait quoi comme, euh… truc? »

« Eh bien… ça m'a pris la gorge… comme quand on veut pleurer. »

« Alors c'est que tu as apprécié. Je parie qu'avec tes autres conquêtes, ça ne t'a jamais fait ça. »

« Ben non. » répliqua Sora qui voulait disparaître six pieds sous terre. « C'est bien pour ça que ça m'a surpris. »

« Eh bien, je ne voudrais pas trop me vanter, mais… je pense pouvoir dire que tu es amoureux de moi. C'est plutôt flatteur. » murmura Riku, resserrant son emprise sur le plus petit.

« Tu crois? » souffla Sora.

« C'est fort probable. »

« Comment est-ce que je pourrais le savoir? »

Riku les sépara de quelques centimètres pour coller son front contre celui du brun. Il mêla leurs regards dans un mélange de teintes froides, et apprécia les yeux azur que Sora écarquilla. Ce dernier les ferma avec force en essayant de se dégager d'une telle façon qu'elle se révélait attendrissante… mais Riku était le plus fort.

« Au viol! Au viol! » se mit-il alors à beugler.

« Tais-toi, idiot. » pouffa Riku. « Je ne te violerai pas. On a juste une enquête à résoudre. »

« Une enquête… t'es vraiment con. »

Vexé, Riku redressa brusquement la tête pour s'appuyer sur celle de Sora qui commença aussitôt à gesticuler.

« Mais laisse moi partir pauv' tâche! »

Amusé, il raffermit sa prise sur la taille de Sora et bougea un pied, puis l'autre, laissant Sora suivre le mouvement, pour qu'ils se lancent dans un slow des plus lents. Voyant l'interrupteur à sa gauche, il les fit se balancer dans cette direction pour que son épaule les plonge dans le noir de la nuit, uniquement éclairés par les lampadaires de la rue et les phares aveuglants des voitures.

« T'es vraiment grave… » finit par murmurer Sora.

« C'est peut-être vrai. »

« Non, c'est la pure vérité. »

« T'es méchant tu sais… » souffla Riku avec outrance.

Sora lui donna un petit coup dans la clavicule au moyen de son front, et le silence s'installa. Riku savait que Sora chauffait ses méninges. Il continua à les faire se balancer puis, arrivés au bord de la table, il souleva Sora pour l'y asseoir et joignit à nouveau leurs fronts.

Il était adorable, vêtu en tout et pour tout d'une simple serviette qui menaçait de tomber d'un instant à l'autre. Cela ne rendait que l'atmosphère plus électrique et propice à ce moment magique rythmé par les régulières bourrasques de vent qui venaient plaquer contre la vitre bon nombre de flocons.

Sora semblait encore absent mais quand Riku passa une main glacée sur sa joue, la vive chaleur qu'il y sentit le rassura. Sa joie commença à déborder et il ne put retenir un bref baiser sur sa joue, jubilant à voir le brun lever ses grands yeux sur lui, innocents. De l'eau dégoulinait encore sur ses joues, et ses cheveux humides reflétaient la seule source de lumière orangée, lui donnant l'air d'un extraterrestre. Riku n'attendit pas plus pour lui faire cette remarque, ce qui lui valut un petit coup de boule et un regard assassin.

S'observant ainsi à la dérobée, ils ne purent tenir face à la tension et éclatèrent de rire. Ils prendraient tout le temps nécessaire pour faire éclater leur bonheur commun. Pour l'instant, de timides caresses sur leurs mains jointes suffisaient, comme tous deux craignaient de brusquer l'autre.

Les réflexions de Sora semblèrent alors mener à un but car, sans crier gare, il déposa un petit baiser chaste et des plus tendres sur les lèvres froides de Riku avant de baisser les yeux rapidement. Le cœur du plus grand, qui, déjà, était précipité, redoubla d'intensité. Il ne pouvait y croire.

« Alors, Holmes? » murmura Riku.

« … Élémentaire, mon cher Watson. Je crois bien que je suis amoureux de toi. »

« Je m'en doutais. »

« Et je pense que toi aussi, t'es amoureux de moi. » ajouta Sora en le fixant d'un air goguenard.

« ….Oui. »

« Et… maintenant? »

« On devrait peut-être s'embrasser. »

« Encore. »

« Ouais. »

Ils s'observèrent un instant, un sourire idiot aux lèvres, avant de s'approcher doucement l'un de l'autre. Sora se ravisa un instant, pouffant bêtement de rire mais Riku, sentant une vague de courage l'envahir, lâcha sa main pour attraper son menton et joindre leurs bouches. Tous deux crurent exploser. Riku laissa ses mains parcourir le torse de Sora comme son amour s'épanouissait de seconde en seconde, caresser chacune des courbes qu'il croisait pour s'enorgueillir des gémissements que poussait l'autre et venir se jouer de ces mèches indomptables qui l'avaient toujours fasciné.

« Eh bah… » soupira Riku une fois leur baiser fou de passion rompu.

Sora lui ôtait son pullover au moyen de gestes fébriles et le parcourut tout entier de baiser, mettant Riku dans le même état que le sien et s'amusant d'une bosse familière qu'il sentait contre sa cuisse.

« Je me demande ce que ça donnerait si tu écrivais du yaoi. » laissa échapper le plus grand, qui paraissait souffrir le martyr de ne pouvoir venir à bout de son désir d'un simple claquement de doigts.

Sora se figea dans les baisers et releva la tête vers Riku, une main sur la ceinture de son compagnon.

« Pardon? »

« Non rien. » grogna Riku qui le fusilla du regard, lui souhaitant toutes les tourmentes psychique au monde après l'avoir torturé de cette manière en cessant brusquement toute forme de câlin.

« Comment tu sais ce que c'est du yaoi? »

« Kairi m'en a parlé. » répliqua Riku en essayant de l'embrasser à nouveau, mais Sora le repoussa, les sourcils froncés.

« Kairi ne sait pas ce que c'est. »

Riku soupira.

« Il m'arrive de lire des fanfictions. »

« Darkside… c'est toi? » bégaya Sora, qui ne pouvait en croire ses oreilles. « Depuis tout ce temps, c'est toi? »

Riku détourna les yeux, gêné d'avoir ainsi perdu sa couverture.

« Tu sais, j'ai un petit côté pervers. »

Et au vu de la bestialité du baiser qui suivit, Riku se dit que les gaffes avaient parfois du bon.


Qu'en pensez-vous? J'ai écrit cet os pour les derniers 20'000 mots du NaNowRiMo et on peut dire qu'avec la neige, j'ai été prise par une poussée d'inspiration fulgurante...

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