" George ! George ! "

Il y a tellement de bruit dans la boutique que George, qui est en train de vanter le mérite de ce qui ressemble à une girafe en peluche à trois petites filles d'une dizaine d'années ne m'entend même pas.

" Pardon … excusez-moi … oh désolé Monsieur, je ne vous ai pas fait mal ? Pardon … George ! "

Mon frère m'aperçoit enfin et me lance un petit coup de menton, son signal pour me dire qu'il finit de faire son commercial et qu'il arrive de suite après. Je monte l'escalier et je le rejoins alors qu'il finit sa petite transaction. Il a le commerce dans la peau, George. Je ne peux pas entendre avec le brouhaha autour de moi ce qu'il leur dit, mais il parvient à glisser trois girafes dans les bras des petites filles qui s'en vont toutes ravies vers leurs parents en leur montrant à bras levés leurs nouvelles trouvailles.

" Salut petit frère !" sourit-il en se penchant vers moi pour me faire la bise " C'est un peu la folie aujourd'hui, désolé …"

" J'ai l'habitude, va. Ça va ? "

" Pas trop mal " baille George " J'ai vu que t'avais un nouvel arrivage ?"

George se passe une main dans ses cheveux - histoire de les ébouriffer un peu plus - et sourit, fier de lui.

" Ils sont arrivés hier, et franchement ils marchent très bien. Tu te rappelles de Murphy, le chien en peluche qui aboie et qui bouge de la queue quand tu lui tapes la tête avec ta baguette ?" " Celui que tu faisais l'an dernier ?" " Oui, celui-là. Il marchait tellement bien que j'ai décidé de faire toute une nouvelle série de peluches, regardes "

Il me montre derrière lui une énorme étagère, au-dessus de laquelle flotte une banderole où s'illumine en violet les mots " Les Animagiques " dont chaque rayon contient toute une rangée d'animaux en peluches triées par espèce, qui ont tous un petit collier autour du cou avec leur nom et leur spécificité. George se penche pour me montrer la rangée la plus basse, une série de gros éléphants gris.

" Polo l'éléphant sert de réveil. A l'heure que tu as réglée, il lève la trompe et barrit de toutes ses forces. Et si tu ne te lèves pas pour lui abaisser la trompe, il te crache de l'eau dessus au bout de dix minutes. C'est le préféré de Fred. "

" Pas mal " je souris " Ca m'aurai bien servi il y a quelques années"

" A qui le dis-tu !" George rit et repose Polo pour prendre un petit lion à la crinière rousse.

" Lewis le lion garde ta chambre. Si ton petit frère ou ta sœur veulent rentrer alors que tu n'es pas là, il rugit de toutes ses forces et fait détaler les envahisseurs. "

" C'est pas un peu dangereux, un lion, même en peluche ?"

" Il ne fait que rugir, et ses dents sont en mousse de toute façon" George pose le lion et prend à l'étage du dessus la petite girafe qu'il montrait tout à l'heure à ses jeunes clientes " Alex la girafe grandit avec toi. Son cou s'allonge au fur et à mesure des années, et marque ta taille. Par exemple …"

Il pose le modèle à côté de moi, et aussitôt le cou de la peluche s'allonge jusqu'à ce que la tête de la girafe atteigne le sommet de mon crâne. " Un mètre quatre-vingt-huit, pas mal " rit George, en sortant sa baguette pour rendre sa taille normale à la peluche.

Il la repose et me montre d'un geste vague le reste de l'étagère. " On a aussi Peter le lapin blanc qui saute dans tous les coins jusqu'à ce que tu l'attrapes, Sophie l'otarie qui joue au ballon avec toi, Marvin le gorille qui peut porter jusqu'à cinquante kilos à mains nues, Erika la baleine dont le ventre sert de trampoline une fois gonflée … si ils marchent bien je créerais un petit zoo d'animagiques. "

" George ! "

Nous nous retournons tous les deux et nous voyons Allison, l'employée que George a embauché à la fin de la guerre pour une paire de mains en plus, l'appeler du bas de l'escalier.

" Le stock des boîtes à flemme est presque vide !"

" Qu'est-ce qu'il manque ?" demande mon frère d'un ton grave

" Des berlingots de fièvre, des caramels d'angine et des nougats néansang "

" Il doit rester des berlingots et des nougats en réserve, mais j'attends l'arrivée des caramels. Si les rayons sont vides tu les fais disparaître et tu remets les Potions et Philtres à la place, d'accord ? "

" Noté ! "

Allison disparait vers la réserve et George soupire. " Va falloir que je pense à en recommander … "

" Ca va George ? " je demande

" Tu m'as pas déjà demandé ça ? "

" Non, je veux dire … ça va ?" j'insiste.

Mon grand frère me dévisage un court instant et s'adosse contre une peluche de licorne géante pour souffler. " Je suis débordé en ce moment, vraiment débordé. On a jamais eu autant de monde et je peux pas être partout pour tout gérer. J'ai de moins en moins de temps pour créer de nouvelles choses, vu que je dois tout le temps être ici pour faire tourner la boutique "

Il se passe une main dans les cheveux et baille à nouveau. Ce n'est que maintenant que je réalise à quel point il a l'air fatigué.

" Allison fait au moins douze heures supplémentaires par semaine et Angie n'est pas tout le temps là pour m'aider … Je ne vois mon fils que tard le soir en rentrant à la maison, et autant dire que ça ne plait pas à ma femme. On a fini par mettre l'agrandissement de côté pour le moment "

" Je peux rester quelques heures pour t'aider en tous cas " je souris " Je n'ai rien de prévu pour ce matin "

" Un coup de main ne serait pas de refus c'est sûr … tu peux t'occuper des nouveaux stocks à commander avec Allison ? Je pourrai reprendre sa place en caisse comme ça, ça me manque un peu … "

" Bien sûr "

Le reste de la matinée passe incroyablement vite. Dès qu'Allison m'a donné la liste des objets en rupture de stocks, j'ai soigneusement fait une autre liste, celle des matériaux dont on aurait besoin pour les retransformer, et j'ai envoyé une dizaine de hiboux aux fournisseurs. J'aime bien faire ça, compter les stocks et en recommander d'autres, vanter les nouveaux arrivages auprès des clients, tenir la caisse, remettre des produits en rayon. J'aime travailler chez Farces Pour Sorciers Facétieux, ça me vide la tête et ça me détend réellement, malgré le monde fou qui s'écrase dans la boutique et l'énorme bruit de fond qui ne diminue jamais.

Après la guerre, et à la mort de Fred, on est souvent venu aider George dans le chemin de Traverse, d'abord à reconstruire la boutique qui avait été pillée par des mangemorts, puis à la remettre sur pieds. Quand il a engagé Allison et qu'ils ont été sûrs qu'il allait mieux, c'est à dire qu'il avait fait son deuil, les autres ont beaucoup réduit leur contribution à tenir la boutique. Pas moi. Mes frères et sœurs viennent encore aider George pendant les vacances scolaires, ou de temps en temps quand l'envie leur prend, mais moi je suis là tous les samedis et presque un jour sur trois en semaine, après mes horaires de service.

J'ai toujours aimé l'atmosphère que les jumeaux y avaient créé, et y aller me sert de défouloir. Au milieu des jouets et des farces et attrapes, j'oublie les crimes et les horreurs qui m'entourent dans la journée, et ces derniers temps je me suis surpris à y venir de plus en plus souvent. C'est aussi un moyen d'honorer la mémoire de Fred, je suppose. En tous cas, ça me fait un bien fou.

Il doit être près de treize heures quand George vient me poser une main sur l'épaule, m'interrompant dans mes calculs de bénéfice et de prix à fixer.

" Hey " Je lève la tête vers lui, et il me sourit gentiment " Pas la peine de te crever les yeux sur les chiffres, je les ferai demain soir si tu veux. "

" Ca me dérange pas " je hausse les épaules " Et de toute façon j'ai presque fini "

" Et qu'est-ce que t'as trouvé de beau, alors ?"

" Les boites à flemme restent ce qui se vent le mieux, même si les potions ne sont pas loin derrière. Tu devrais en créer des nouveaux, ça marcherait du feu de Dieu "

" Merci pour ton aide, Ron, je sais pas comment on aurait fait sans toi … et étonnement tu as un bon sens de gestion des stocks. T'as jamais pensé à en faire ton métier définitif ? Ca m'arrangerait bien de trouver un nouvel associé de confiance. Surtout si ça reste en famille "

" J'y penserais " je rigole, sans y penser sérieusement bien sûr. Quitter les Aurors, alors que j'ai autant peiné à en devenir un ? Non. Même si je dois admettre que j'y ai déjà pensé, j'ai toujours voulu être auror. C'est ce qui est fait pour moi.

" En tous cas tu peux partir " sourit George " Je vais fermer vers dix-sept heures ce soir pour aller chercher Angie et Fred avant le grand repas traditionnel "

" Ils arrivent à quelle gare ?"

" Saint Pancrace. Je sais même pas où c'est précisément, il va falloir que je la cherche sur une carte avant d'y aller … si je me perds chez les moldus je suis bien ! Enfin je préfère qu'ils rentrent en train plutôt qu'en balai après la journée qu'ils viennent de passer "

Angelina était à Manchester avec Fred cette semaine, pour que le petit passe quelques jours avec ses autres grands-parents. George était censé aller les rejoindre pendant le weekend mais évidemment il a été succombé de travail, et elle a préféré rentrer plus tôt que prévu. Elle aussi n'aime pas les horaires effrénés de George.

" Je vais enfin voir mon neveu ce soir alors ? "

" Tu vas voir comme il a grandi, c'est impressionnant "

" Depuis quinze jours ?" je ris parceque George est un papa gâteux de son fils, et que l'homme dont il porte le nom rirait bien de son jumeau si il le voyait

" Tu seras étonné " bougonne George, ce qui me fait encore plus rire.

" Mais oui c'est ça ... Bon je vais du coup, je voudrai sortir Canon et me changer avant d'aller au Terrier. "

" J'oubliais que ta dulcinée aussi rentre ce soir … amènes le clebs ce soir, hein ? Les enfants seront ravis de le voir "

" Ca marche "

Je serre l'épaule de George, qui se penche vers moi pour me prendre un instant dans ses grands bras et je récupère mon blouson en cuir de dragon noir sur le dossier de la chaise. Un dernier au revoir à Allison et je suis parti.

Je me promène un instant dans le chemin de traverse, les mains dans les poches et la capuche de mon blouson sur la tête. Les blousons sorciers ne possèdent habituellement pas de capuche, contrairement aux capes, mais Hermione en a rajouté une d'un petit coup de baguette à ma demande. Il ne pleut pas évidemment, mais je dois cacher mes cheveux roux et mon visage le plus possible si je veux être tranquille. Les gens me reconnaissent vite, presque aussi vite qu'Harry quand je sors, sans doute à cause de mes cheveux si facilement identifiable et de ma grande taille. Ils sont toujours gentils avec moi, me demandent des autographes, me remercient parfois longuement et me posent souvent des tas de questions auxquelles je ne réponds jamais. Ca ne me dérange pas, d'habitude, mais aujourd'hui je veux juste un peu de tranquillité.

Après avoir flâné un petit bout de temps, je décide de rentrer et je transplane jusqu'à la maison. J'atterris dans le salon, et je ne pas le temps de dire ouf que Canon est déjà sur moi, à me faire la fête et me lécher tout bout de peau accessible.

" Oui, mon chien, je suis content de te revoir aussi mais laisse-moi juste aller faire pipi, d'accord ? Ce sera à ton tour après promis " Canon l'entend pas de cette oreille et commence à sauter sur le canapé comme un excité.

" Canon, pas bouger ! " Il saute de plus belle.

" Canon, stop ! " Canon me regarde droit dans les yeux pendant un quart de seconde et court dans l'entrée devant le meuble où il sait que je range sa laisse. Ce chien est désespérant. Comme je n'aurai jamais la paix - et peut-être aussi parceque je suis totalement incapable de résister à ce chien - je lui accroche sa laisse au collier et on part tous les deux se promener dans le parc où on a nos habitudes.

Quand on y arrive, je le détache et le regarde courir partout en riant. Je l'aime bien ce chien, plus que bien même, mais il ne remplace pas Katie. Je sais qu'Harry et Hermione me l'ont offert pour palier à ma solitude, mais ce qu'il me faudrait vraiment c'est la femme que j'aime avec moi, tous les soirs, tous les jours de ma vie. Mais ce n'est pas possible pour l'instant. Enfin, je la verrais ce soir et demain, et je devrais m'en contenter.

Canon revient vers moi en courant, un bout de bois dans la bouche, et s'assoit devant moi en remuant de la queue d'un air de me demander de jouer avec lui. Je lui lance le bâton une bonne vingtaine de fois avant de décider de rentrer. C'est un calvaire pour rattraper Canon et lui remettre sa laisse, mais quand enfin je le coince sous mon bras, je le ré-attache et je l'entraîne à la maison. Je me change vite et enfile une chemise noire - la préférée de Katie - avant de siffler Canon, et de nous tenir tous les deux près dans ma cheminée.

" Le Terrier ! "

Une grande flamme verte nous emporte tous les deux et on arrive, plein de suie, dans le salon de mes parents.

" Ron ! "

Des bras m'engouffrent aussitôt dans un câlin monstrueux -signe que c'est ma mère qui m'enlace - et je lui rend son étreinte en levant un peu les yeux au ciel.

" Maman, tu me fais mal " je grogne.

Elle me relâche un peu mais n'enlève pas les mains de mes épaules pour autant, me scrutant des yeux comme pour vérifier si je n'ai pas de blessures quelconque sur le visage.

" Est-ce que c'est des manières de passer toute une semaine sans envoyer un seul hibou ou passer un petit coup de feu-connection à ses parents ?" gronde elle en pointant un doigt vers moi comme quand j'avais huit ans.

" Maman …" je grommelle en soufflant très fort " J'ai pas le temps, on a plein de travail en ce moment …"

" Harry fait le même travail que toi et pourtant on reçoit de ses nouvelles, lui ! "

" Pff il fait juste ça pour que tu gardes James chez lui "

" Ce n'est pas ma faute si je n'ai pas de petits-enfants à garder chez toi "

Je roule des yeux si forts que j'ai peur qu'ils sortent de leurs orbites et je m'apprête à répondre à ma mère quelque chose de salé quand elle est plus rapide que moi " Ron ! Dis à ton chien de descendre du canapé, il met de la suie partout ! Caniche, descend ! "

" Tu vas pas t'y mettre aussi, Maman, il s'appelle Canon, pas Caniche ! Canon, au pied ! "

Evidemment, Canon ne m'obéit pas et frotte ses fesses plein de suie contre un coussin blanc. Je vois du coin de l'œil ma mère retrousser ses manches et je suis persuadé que je vais me faire massacrer quand elle se positionne devant le canapé, les poings sur les hanches.

" Ici et maintenant !" siffle-elle. Canon s'arrête illico de se frotter contre le canapé et saute vite au sol dans un petit gémissement craintif. Mon chien obéit à ma mère mais pas à moi. Bizarrement, ça ne m'étonne même pas.

" Personne n'est là encore ?" je demande, essayant de détendre un peu l'atmosphère. Ma mère jette un dernier regard menaçant à Canon, qui regarde au sol d'un air honteux, et se retourne vers moi en souriant comme de rien n'était.

" Pas encore non. Ils viennent tous vers à peu près dix-sept heures trente et - "

" Sauf Hermione qui va arriver à seize heures " je ricane

" Tu sembles oublier qu'elle est mariée à ta sœur, qui aime arriver trois heures après tout le monde, ce qui signifie qu'elle n'est pas arrivée en avance à un rendez-vous depuis près de deux ans "

" Et Papa il est où ?"

" Dans le garage, en train de faire je ne sais quoi avec ses objets moldus "

Je fais le geste d'aller vers le garage le rejoindre, mais ma mère me prend par le bras.

" Où est-ce que tu crois aller ? Maintenant que tu es là, tu vas m'aider en cuisine ! Et on ne ronchonne pas ! "

Je traîne mes pieds jusqu'à la cuisine, où je passe les deux heures suivantes à pétrir, mouler, découper et trancher des tas de nourriture, et surtout à maudire le fait d'être venu en avance. L'arrivée prématurée de Bill et des siens signe la fin de mon calvaire gastronomique et je suis sincèrement ravi d'enlever mon tablier rose à petites fleurs pour aller embrasser Bill, Fleur et mes deux nièces.

" Tonton Ron ! "

Une petite boule blonde me saute dans les bras et je soulève en riant Victoire, qui rit encore plus fort que moi.

" Haut ! " crie ma petite nièce, et je la jette en l'air pour la rattraper au vol, ce qui la fait hurler et glousser en même temps.

" Bon, bon, ça va Tonton Ron, assez secoué ma fille comme ça " dit précipitamment Bill, qui m'enlève vite Victoire des bras. Oui parcequ'apparemment, tous mes frères aînés sont des papas poules.

" Haut Papa !" dit tout de suite la petite fille à son père, ce qui fait bien rigoler Fleur derrière eux.

" Oui, non … on va plutôt aller dire bonjour à Canon !"

" Canon !" crie aussitôt Victoire en tapant des mains, ravie d'aller pouvoir tirer les oreilles et la queue de mon pauvre chien. Bill court aussitôt derrière sa fille en lui criant de l'attendre, ce qu'elle ne fait évidemment pas, et je me retrouve avec Fleur, qui tient une Dominique endormie contre ses bras.

Dominique est la petite sœur de Victoire, née pile entre le mariage de Luna et d'Harry et de celui de Ginny et d'Hermione, avec un prénom qu'aucun d'entre nous n'avait jamais entendu en Angleterre auparavant, et la plus proche représentation physique d'un ange qu'il puisse être. Fleur me sourit et sans dire un mot me glisse le bébé entre les bras, qui aussitôt ouvre ses grands yeux bleus vers moi et me fait un adorable sourire édenté de bébé. Je passe un instant mon doigts à travers ses boucles blondes et sur ses grosses joues de bébé, que je me penche pour embrasser dans des gros bruits sonores, ravis des cris de joie que pousse ma nièce.

" Salut toi " je lui souris et elle me répond un charabia incompréhensible qui ressemble beaucoup à du français.

" Elle te dit bonjour " aide Fleur qui tend les bras pour récupérer sa fille.

" Toujours pas d'anglais alors ?"

" Non toujours pas … il faut dire qu'elle passe ses journées avec moi en ce moment, et même Bill lui parle en français le soir "

Parcequ'en plus d'être gâteux avec sa fille, Bill a appris le français. Il a beau porter ses cheveux encore longs, et de temps en temps une petite boucle d'oreille, ce n'est plus un rebelle du tout à mes yeux maintenant ...

" Tonton Ron !" crie Victoire de loin " Canon a mangé un gâteau dans la cuisine et j'ai entendu Mamie crier qu'elle en ferait de la chair à saucisses ! "

Le temps de courir dans la cuisine, de récupérer mon chien en état de choc sous la table, de calmer ma mère qui accuse la pauvre bête de calomnie et de revenir dans l'entrée que déjà Harry et Luna sont arrivés, et c'est un autre bébé que je récupère tout de suite dans mes bras, mon petit filleul aux cheveux corbeaux de son père et aux yeux bleus de sa mère, le petit James Sirius Xenophilius Potter. Il est tout petit mon filleul, si petit qu'il tiendrait sûrement dans une seule de mes mains, mais c'est mon tout premier filleul, et dans mon cœur il est déjà grand. En tous cas, ce n'est peut-être pas encore réciproque, puisqu'à peine dans mes bras il se met à brailler et Luna est obligée de le reprendre en haussant les épaules d'un air désolé.

" Est-ce que des manières de dire bonjour, Jamie ?" lui demande elle, alors qu'il continue à pleurer " Tonton Ron va se vexer "

" Il lui en faut plus " ricane Harry, et je lui donne un coup de coude. Harry me répond d'un petit coup de poing dans le bras et aussitôt mon fidèle Canon se met à japper, depuis les genoux de Victoire où il est vautré.

" J'avais oublié que Caniche était la " dit exprès Harry et je grogne dans ma barbe que une fois pour toutes, il ne s'appelle pas Caniche, merde quoi.

" Pas de gros mots devant les enfants Ronald !" hurle presque ma mère, qui sort de nulle part et me fait sursauter " Bonjour mes chéris ! "

Victoire se jette dans les bras de sa grand-mère et tout le monde vient l'embrasser, ce qui ferait beaucoup pour une personne normale mais pas pour elle qui les serre tous dans ses bras un par un, sans lâcher Victoire.

" Où est Papa ? " demande Bill, et il a raison de poser la question parceque depuis les deux heures et demies où je suis là, je ne l'ai pas encore vu.

" Tu fais bien de demander, est-ce que l'un de vous peut aller l'extirper de son maudit garage ? Les autres vont bientôt arriver, et je voudrais qu'on commence à mettre la table "

" Je m'occupe de la table ! " dit joyeusement Luna en transmettant James à Harry

" Je vais t'aider ! " enchaîne Fleur en faisant de même avec Victoire.

Harry et Bill ont tous les bras pleins maintenant et ma mère, qui porte encore et toujours Victoire, se retourne vers moi pour me demander d'aller chercher mon père. Je descends le petit escalier en pierres grises qui mène jusqu'au garage de mon père et je le retrouve assis sur un tabouret à sa table de travail, le dos cassé sur je ne sais quel objet qu'il doit être en train de scier en deux vu la poussière émanent autour de lui.

" Bonjour P'pa ! " je dis assez fort pour qu'il m'entende malgré le bruit de métal contre du métal ambiant. J'espère qu'il m'a entendu, la dernière chose que je souhaite est de me rapprocher pour poser ma main sur son épaule et de lui faire peur et de créer un accident. C'est déjà arrivé avec Percy une fois, et autant dire que Papa - qui était en train de réparer un vieux poste de radio avec ses outils moldus étranges - a faillit perde un doigt ou deux. Heureusement pour ses doigts, il se retourne vers moi et me sourit aussitôt.

" Ron, mon garçon ! " Il délaisse aussitôt ce qu'il tripotait sur la table pour aller m'embrasser " Tu es déjà là ? Je pensais que tu viendrais avant tes frères et sœurs vers quinze heures "

" Papa, il est dix-sept heures passées, et Bill et Harry sont déjà là aussi "

" Déjà ? Et personne ne m'a prévenu ? "

" T'étais tellement absorbé par ton travail … tu faisais quoi d'ailleurs ? "

Ses yeux pétillent aussitôt de joie à ma question - que je regrette immédiatement d'avoir posée - et il m'entraîne vers la planche posée sur deux tréteaux qui lui sert de table de travail.

" Hermione m'a acheté ça l'autre jour, regardes "

Je regardes ce qu'il y a sur la table, du moins ce qu'il en reste après le passage de mon père, et qui ressemble à une boite rectangulaire verte, vidée de son contenu, et à une dizaine de petits carrés éparpillés autour, qui porte chacun un numéro.

" Qu'est-ce que c'est ?"

" Une machine à calculer " dit mon père d'une voix réjouie " Tu appuies sur les boutons avec les chiffres, et il te fait n'importe quel calcul, même les plus compliqués "

" Oui ba vu ce que tu lui as fait elle ne calculera plus grand chose … pourquoi tu l'as totalement démontée ? "

" Je voulais voir l'intérieur … la machine fonctionne sans magie et sans les câbles que les moldus relient aux carrés blancs sur leurs murs, tu te rends compte ? Elle est totalement indépendante de toute forme d'énergie "

" Oui, je sais, Hermione m'a dit qu'ils avaient inventé ces petites pastilles d'énergie transportables "

" Des piles " explique mon père comme si il venait de découvrir un nouveau sort impardonnable " Les moldus sont des génies "

Je hausse les épaules. " Pas autant que celui qui a inventé les plumes calculatrices "

" Mais enfin regardes cette technologie, ce progrès, ce - "

" Oui Papa " je l'interromps dans son ode aux moldus, sachant très bien que si il commence on ratera tous les deux le dîner " Tu viens en haut ? Tu me raconteras la suite après avoir vu les autres "

Mon père acquiesce avec joie - de toute façon il est rarement maussade ces derniers temps - et remonte avec moi les escaliers pour aller saluer tout le monde. Victoire saute aussitôt dans ses bras et Canon essaye de la suivre, sans succès. Alors que tout le monde s'est regroupé autour de mon père pour l'embrasser et lui faire le traditionnel câlin Weasley, on entend un bruit facilement identifiable derrière nous, et on se retourne tous pour voir Percy et Audrey sortirent de la cheminée, mon grand frère tendant sa main vers sa femme pour l'aider à descendre tel le gentleman qu'il est.

Toute l'attention passe de suite de mon père à ma belle-sœur et ma mère se jette presque sur elle pour poser ses mains sur son ventre et lui poser un millier de questions sur le bébé. Audrey n'est enceinte que de trois mois, mais à en croire ma mère le bébé sera un petit garçon roux aux cheveux bouclés comme son père, grand comme Bill et moi et fort comme Charlie. N'importe quoi. Moi, je pense que ce sera une fille, comme la plupart du reste de ma famille.

A vrai dire, Harry, Hermione, Fleur, Charlie, George et Angelina pensent comme moi. Bill est aussi persuadé que Maman que ce sera un garçon, Luna a décrété qu'elle savait déjà de quel sexe était le bébé grâce à la forme du ventre d'Audrey mais qu'elle ne gâcherait pas la surprise et Papa et Percy ont décidé de ne pas prendre parti. Quant à Ginny, elle ne compte pas parcequ'elle est intimement persuadé que tous les bébés Weasley qui naitront seront des garçons, sauf les futurs siens. Autant dire que ses statistiques ont pris un coup avec la naissance de Victoire et celle de Dominique, mais elle a repris de la confiance avec celle de Fred.

" Ca va, ça va Maman " intervient Percy en libérant enfin sa pauvre femme des griffes de notre mère, qui en était au point numéro neuf de son discours sur ' que manger pour avoir un bébé sain et en bonne santé '. Mal lui en prend, puisque ma mère saute sur l'occasion pour houspiller Percy sur ses horaires au ministère et sur ce qu'il donne à manger à sa femme, et si ils ont déjà commencé à préparer la chambre du bébé. Les pauvres. Ca doit être difficile d'être la seule femme enceinte de la famille en ce moment, mais Audrey prend étonnement bien toute l'attention qui lui est dédiée.

Elle est vraiment cool Audrey. Et elle est si bien pour Percy. Je lui fais la bise et lui demande comment elle va, et elle me répond toujours en souriant que tout va bien pour les deux. Quand elle a dit bonjour à tout le monde, Audrey demande s'il reste des choses à préparer pour le dîner, et Fleur répond qu'il y a encore quelques assiettes et tous les couvercles à mettre.

On se dirige tous vers la cuisine pour récupérer la vingtaine de couteaux et de fourchettes à installer - oui parcequ'un repas de famille chez nous n'est jamais une mince affaire - et quand on finit de mettre la table, Papa nous propose de commencer l'apéritif, clamant que les absents ont toujours tort et que ça les fera arriver plus vite.

" Oui, elle mange cinq fruits et légumes par jour. Oui de la viande rouge aussi. Oui, elle boit assez d'eau. Non, pas encore. On a six mois pour le faire encore Maman !" peut-on entendre Percy dire depuis la pièce d'à côté, ce qui fait bien rire Harry et Bill qui ont vécu les mêmes questions il n'y a pas si longtemps que ça.

" Au futur bébé Weasley ! " dit Bill en levant son verre de porto, et nous toastons tous avec lui, même Audrey avec son verre de jus de citrouille, et Victoire et Dominique avec un biscuit au fromage.

" Qui sera une fille " je rajoute perfidement, et mon frère aîné me foudroie du regard.

" Comme tout le monde sait " rajoute encore plus perfidement Fleur, et Bill s'avoue vaincu face à sa femme.

" On verra bien " grogne il et Fleur glousse et embrasse sa joue mal rasée. Dominique, qui est dans les bras de son Papi, voit ses parents s'amuser sans elle et énonce quelque chose d'incompréhensible vers eux, qui fait sourire Fleur. Elle se penche vers sa fille pour répondre quelque chose en français qui fait rire le bébé, et Bill rajoute un oui, oui mon bébé avec un horrible accent anglais à couper au couteau.

" Sinon, William, tu comptes te faire bientôt appeler Guillaume ?" demande tranquillement Luna, et j'échange un regard d'incompréhension avec Harry.

" Euh … " est la seule réponse de Bill, qui ne sait plus où se mettre.

" Etant donné que tu as décidé de parler français désormais, il faudrait peut-être qu'on t'appelle par ton patronyme français, non ?" explique Luna et je suis persuadé que tout le monde soupire en même temps le même " ah " qui suit toujours après que Luna nous explique sa façon de penser.

" C'est vrai ça, ça va durer longtemps cette phase de français ? On aimerait bien communiquer avec ce beau bébé aussi, nous ! " enchaîne aussitôt Harry.

" Ca viendra quand ça viendra " répond Bill " Victoire ne parlait qu'anglais au début aussi, et a commencé à parler français avec Fleur que quand elle avait deux ans et demi "

" Et comment elle arrive à te comprendre toi, avec ton accent british ?" je rigole

" J'ai beaucoup progressé ! " se défend Bill avec véhémence " N'est-ce pas ma chérie ? "

Fleur cligne des yeux rapidement, sans doute à la recherche d'une réponse qui ne vexerait pas son mari, et puis dans un sourire répond quelque chose en français.

" Que ? " demande Bill, et Fleur éclate de rire.

" Je t'ai demandé si tu comprenais ce que je venais de dire "

Tout le monde rigole, même Victoire qui ajoute fièrement " Moi j'avais compris Maman ! ", et Bill se renfrogne en disant qu'il a progressé quand même.

" Eh ben ça rigole bien ici ! " lance une voix forte derrière nous " De quoi on se moque ?"

" Du français pourri de ton frère " lance Harry à George, qui vient d'entrer dans la pièce.

" Freddy !" s'exclame aussitôt Victoire en courant ver son cousin, qui trottine aussi vers elle. Tous les adultes regardent leur retrouvailles en poussant des oooooh attendris, pendant que George et Angelina - qui est entrée avec Maman et Percy dans le salon - font le tour de la pièce pour nous dire bonjour à chacun. Quand elle m'enlace pour me dire bonjour, Angelina me chuchote à l'oreille un remerciement d'être passé à la boutique ce matin, et que ça a fait très plaisir à George. Je lui murmure que c'était normal, et que tout le plaisir était pour moi. Elle n'a pas le temps de répondre autre chose que déjà George est à ses côtés et passe un bras autour de ses épaules, lui offrant un verre de rosé dans l'autre. Bill lui tend une bièraubeurre et nous trinquons ensemble, une nouvelle fois au futur bébé.

Avec tout le monde qu'il y a, ça devient difficile de parler tous ensemble et des petits groupes de conversation se forment, le grand groupe ne se réunissant seulement quand Andromeda et Teddy apparaissent dans la cheminée. Teddy est aussitôt accaparé par Victoire, qui l'entraîne jouer avec Fred et Dominique dans un coin, alors que James a été envoyé au lit dans le berceau qui se trouve depuis quelques années dans la chambre de mes parents. Dès qu'elle a eu un petit mot pour tout le monde et que mon père lui ait glissé un verre dans la main, Andromeda vient me rejoindre sur le canapé où j'observe mes neveux jouer avec quelques Animagiques de George, et me sourit gentiment.

" Et toi, Ron, tu vas bien "

" Ca va, la routine " je souris. Elle me dévisage un instant sans rien dire, et pose une main sur la mienne.

" Tu es sûr ? "

Je veux répondre ma réponse de base, que tout va bien, que j'adore mon travail, que j'aime ma vie comme elle est. Mais c'est Andromeda à qui je parle, Andromeda qui a été rejetée par sa famille pour avoir épousé un né-moldu, Andromeda qui a perdu un mari, une fille et un gendre dans la guerre, Andromeda qui élève seule son petit-fils, Andromeda qui n'a jamais accusé personne de quoique ce soit et que je considère comme une seconde mère depuis la fin de la guerre. Je peux tout lui dire, et je sais qu'elle comprendra. Et elle le sait aussi.

" C'est dur en ce moment, encore plus qu'avant " je chuchote, pour qu'elle seule m'entende, et elle hoche la tête comme pour m'encourager à continuer " Les dossiers s'accumulent et le dernier qu'on m'a donné est … comment dire "

" Ne le dis pas si tu ne veux pas "

" Non bien sûr … de toute façon, tu sais que je suis tenu au secret professionnel mais … comment dire " Je cherche un peu mes mots, et enfin , sans lever les yeux de mes mains posées sur mes genoux dont l'une est toujours sous celle d'Andromeda , je les mets sur ce que je veux dire depuis que Robards m'a lu le dossier " J'ai l'impression de revivre la guerre, encore et encore. Je pensais que ça serait fini, ou du moins atténué, mais c'est une boucle continue. Ils … ils continuent à tuer des moldus, Andromeda, moins qu'avant évidemment, mais il y a encore des meurtres. Des gens innocents, des enfants innocents … je pensais que les mentalités avaient changé, qu'on les avait changées. Mais je me trompais "

Ma voix me trahit dans un murmure et je me tais.

" Mais les mentalités ont changé, Ron, grâce à vous trois, grâce à nous tous. " Je lève les yeux vers elle, et elle me sourit faiblement. " Les gens ne me regardent plus de travers quand ils savent que je viens de Serpentard aujourd'hui, ou que Ted était né-moldu. Personne n'a plus peur de mon ancien nom de famille, ou de ma sœur, ou de mon beau-frère. Teddy pourra grandir sans se cacher d'avoir du sang moldu entre les veines, sans avoir peur que sa famille ne le rejette s'il n'est pas placé à Serpentard, sans à être jugé parceque son père était un loup-garou. Et rien que pour ça vous avez réussi. "

Je lui rend un demi-sourire, pas tellement convaincu.

" Dis moi la vérité. Qu'est-ce qu'il y a d'autre ?"

A nouveau, je ne dis rien mais mes yeux quittent mes genoux pour tomber sur mes frères autour de la pièce. Je vois Bill qui rigole tout fort à une blague de mon père, un bras autour de la taille de Fleur. Je vois Harry et Luna qui sont en pleine discussion avec ma mère, le brun avec le menton sur l'épaule de sa femme et leurs deux paires de mains jointes sur le ventre de la blonde. Je vois George qui court après Teddy et Angelina qui essaye de prendre une photo convenable, je vois Percy qui essaye de faire s'asseoir Audrey qui lui assure qu'elle n'a besoin de rien, et moi je suis seul. Tout seul.

" Tu voudrais être comme eux, c'est ça ?" murmure Andromeda, qui a suivi mon regard " Et tu sais ce qu'il faudrait que tu lui demandes, mais tu n'oses pas … "

" Je ne peux pas " je l'interromps, beaucoup plus sèchement que ce que je voulais " Elle est à Manchester, et moi ici. Je ne peux pas lui faire ça. "

" En attendant c'est toi qui souffres "

Je veux lui répondre que c'est moi qui ait choisi que ça se passe comme ça, que Katie a besoin de cette formation pour son avenir professionnel, que la distance ne nuit pas à notre relation, mais d'un seul coup un grand craquement se fait entendre et tout le monde se lève en faisant des " ah ! " , des " enfin ! " et des " pas trop tôt ! ". Andromeda me sourit une dernière fois et se lève en me serrant l'épaule pour aller rejoindre la foule monstrueuse qui s'est formée autour d'Hermione et de Ginny.

" Oui, oui, je sais on est un petit peu en retard ! " clame Ginny avec une mauvaise foi culotée quand ma mère lui fait les gros yeux et pointe l'horloge du doigt - ce qui en soit est un peu bizarre étant donné que l'horloge ne montre pas l'heure mais nos présences et l'aguille de Ginny pointe désormais sur " maison " .

" En retard ? Même Ron était là avant vous !" dit Bill, à qui je donne aussitôt un coup de coude bien mérité dans les côtes. Ginny balbutie une excuse incompréhensible, et George lui murmure autre chose à l'oreille - sans doute la vraie raison pour laquelle les Granger sont aussi en retard -et c'est au tour de Ginny de taper son grand frère.

Il faut dire que George, Percy et moi ne sommes pas les seuls à avoir un travail très prenant, Ginny et Hermione sont dans la même situation. Elles n'ont pas beaucoup de temps libre entre l'emploi du temps ultra chargé d'Hermione et l'entrainement intensif de Ginny, et le temps libre qu'elles ont, tout le monde sait - sauf les parents of course - qu'elles le passent à … mmh … tomber enceinte. J'exagère un peu quand même, mais c'est vrai qu'elles ne peuvent plus se passent l'une de l'autre depuis des années, et qu'elles vivent une minute de séparation comme une épreuve presque infranchissable.

Je n'ai jamais vu un autre couple comme ça. Ou en tout cas à ce point-là. Il est presque impossible de les avoir à dîner un soir en semaine d'ordinaire, elles passent tout leur temps libre ensemble, à traîner chez elles, à sortir au restaurant, à aller dans des musées et autres lieux moldus où Hermione traîne Ginny de force ou de temps en temps dans des bars avec les coéquipières de Ginny. Cela fait un bon bout de temps que ça dure, depuis leur mariage à vrai dire. Luna dit tout le temps qu'elles sont encore dans leur période lune de miel. Je n'ai jamais trop compris ce que ça voulait dire, mais au moins Hermione rend ma petite sœur heureuse et c'est l'essentiel. Je ne l'ai jamais vu si joyeuse et si épanouie depuis … et bien depuis leur dernière année à Poudlard. Elle est même devenue mature ma petite sœur.

" Salut grand couillon ! " me salue Ginny en me faisant la bise sur les deux joues. Je retire ce que j'ai dit, Ginny est une connasse. Sentant sûrement l'insulte monter contre sa femme, Hermione arrive vite pour me dire bonjour et pousser Ginny vers le groupe des enfants qui l'accueillent en l'acclamant telle la star de quidditch qu'elle est.

" Katie n'est pas arrivée ?" me demande ma meilleure amie, toujours aux petits soins pour moi.

" Elle m'a envoyé un hibou et un autre à Maman pour nous prévenir qu'elle arriverait sûrement au milieu du dîner, elle travaille encore ce matin "

" Encore et toujours … " soupire Hermione et je ne peux qu'acquiescer.

A part Andromeda et bien sûr Harry, celle avec qui je parle le plus de mes problèmes de couple, principalement parceque Ginny a un caractère totalement identique au mien, et qu'elles ont elles-mêmes survécu à la relation de distance, c'est Hermione . Et en plus elle m'apporte un avis féminin sur la situation, ce qui ne peut être que bénéfique.

" Enfin, il nous restera tout dimanche pour profiter " je souris tristement, et Hermione me passe une main dans les cheveux pour me faire sourire.

" En tous cas, nous on a passé un excellent samedi, merci de demander " dit-elle, un malicieux sourire en coin.

" Pile ce que j'avais envie d'entendre en venant parler à ma sœur, savoir qu'elle a passé son après-midi à copuler " rit Harry en passant un bras autour des épaules d'Hermione.

" Harry ! " crie Hermione en se dégageant tout de suite et donnant une tape sur le crâne du survivant " Ca va pas, non ? Je parlais pas de ça ! "

" Et de quoi alors ?"

" C'était le dernier jour de congé de Ginny avant le début de la nouvelle saison, et l'annonce de la future capitaine la semaine prochaine, alors on est allées flâner à Oxford Street en amoureuses cet après-midi, et on a découvert un petit resto italien très sympa et - "

" Et vous êtes rentrées à la maison faire ce que je disais au début, ça valait le coup de se prendre une baffe ! " sourit vicieusement Harry

" Fuis d'ici avant que je te fasse pousser la même queue que ton cousin sur le postérieur " gronde Hermione, et Harry n'a pas besoin de se le faire répéter deux fois pour filer, la queue basse.

Hermione se retourne vers moi et vérifie d'être à portée d'oreille de personne pour me chuchoter à l'oreille " Plus sérieusement, Harry m'a dit que vous aviez reçu une nouvelle enquête difficile … tu veux que je jette un coup d'œil ? "

" Après le dessert, je ne dis pas non "

Je montre toujours mes enquêtes à Hermione, toujours. D'abord parceque c'est un cerveau, et ensuite parcequ'elle a une vision d'aborder les choses bien différentes de la mienne, qui fonce toujours tête baissée. Elle est bien plus réfléchie et analyse bien plus la situation, ce qui permet parfois de changer totalement le cours de l'enquête.

" Maintenant que votre sœur a su nous gracier de sa présence, on peut passer à table ! " lance ma mère assez fort pour que tout le Terrier, et sûrement aussi monsieur Lovegood de l'autre côté de la colline puise l'entendre.

Tout le monde se lève dans un brouhaha aussi puissant que celui de la boutique de George - d'où la voix qui ressort est celle de Ginny qui se plaint qu'Hermione aussi était en retard et que pourtant personne ne lui dit rien - et on passe à table, prenant bien soin à mettre tous les enfants d'un côté pour avoir la paix. Je m'assois à côté de Bill, et je prends bien soin de laisser le siège à ma gauche vide pour Katie quand elle arrivera.

Et elle finit par arriver alors que ma mère fait voler depuis la cuisine jusqu'à la table ce qui doit être la troisième côte de bœuf et un énorme plat de frites, et sort de la cheminée en s'excusant poliment d'arriver si tard.

" Katie ! "

Elle court presque vers moi et je la prends dans mes bras pour la faire tourner un peu, ce qui la fait glousser contre mon cou. Enfin. Elle est là, enfin.

" Hey " je lui souris en la posant au sol.

" Hey " elle me répond, les yeux brillants, et accroche une main à mon cou pour me pencher vers elle et déposer sur mes lèvres le plus doux des baisers.

Le monde devient flou autour de nous et le temps s'arrête, comme à chaque fois qu'elle m'embrasse, et je la presse encore plus contre moi, comme pour m'assurer qu'elle est bien réelle et qu'elle n'est pas un rêve, pas encore.

" Du calme les amoureux ! " lance un de mes frères derrière nous - je n'arrive même pas à savoir lequel tant je suis obnubilé par Katie, par son sourire, par son odeur, par ses mains contre mes joues- et on se détache à grand regret pour qu'elle aille saluer tout le monde. Je la regarde embrasser chaque membre de mon énorme famille, demander des nouvelles de chacun et même des absents, empêcher Audrey de se lever pour elle, s'excuser à nouveau auprès de mes parents qui lui interdisent de dire pardon une fois de plus, et je dois sûrement avoir un sourire béat un bête plaqué sur mon visage, parceque quand je lève la tête je croise le regard moqueur de Ginny qui me fait un clin d'œil. Je lui tire la langue - oui parceque je n'ai que ça à répondre - et j'attends que tout le monde se soit rassit pour m'asseoir à mon tour, ma main gauche entrelacée avec sa main droite, sur sa cuisse. Là où j'ai beaucoup de chance c'est que ma copine est gauchère, et on peut donc manger tranquillement en se tenant la main sans en mettre partout.

" Tu m'as manqué " me chuchote Katie alors que je lui passe le plat d'haricots verts

" Toi aussi " je souris, sincèrement pour une fois " Comment s'est passée ta semaine ? "

" Comme d'habitude " Elle hausse des épaules. Merlin ce qu'elle est belle. " J'ai changé de service, ils m'ont fait passer aux Brûlures et Morsures Magiques "

" Et c'est mieux ?"

" Différent. " Elle hausse des épaules encore " Mais c'est un grade un peu plus élevé que les accidents domestiques. Les blessures sont plus impressionnantes et plus difficile à soigner donc mes journées sont plus longues et plus dures "

" En soit c'est mieux " je souris, et elle fronce les sourcils " Ils te donnent un poste avec plus de responsabilité, donc ils ont confiance en toi. Tu verras que tu n'auras pas besoin de six mois pour avoir ton diplôme, dans deux ou trois mois il est à toi ! "

C'est à son tour de me rendre un grande sourire " J'avais pas vu les choses comme ça " Elle dépose un baiser sur ma joue " Heureusement que t'es là pour toujours avoir le bon mot à dire ! "

Elle se retourne vers sa gauche pour répondre à une question de Luna, et ses mots résonnent dans ma tête. En vérité, j'ai tant de mots à lui dire, tant de choses à lui demander, mais je n'ose pas. Drôle de Gryffondor que je suis.

" Et toi mon chéri, comment s'est passée ta semaine ? " Elle me regarde en souriant légèrement, attendant ma réponse, et je devrai lui dire ce que je ressens vraiment.

Je devrai lui parler de mes angoisses chroniques, je devrai lui dire à quel point je m'investis dans les enquêtes au point d'y laisser une partie de moi-même, je devrai lui dire à quel point les meurtres d'étrangers m'affectent. Je devrais.

" Comme d'habitude " je réponds, et elle hoche de la tête, satisfaite de ma réponse.

Ce n'est pas un mensonge, parceque je ne supporterai pas de lui mentir, mais ce n'est pas toute la vérité non plus. C'est le mieux que je puisse lui dire. Le reste du dîner passe assez vite, et avant que j'ai le temps de dire ouf je me retrouve assis sur le canapé, les jambes de Katie posées sur mes cuisses, à l'écouter me raconter sa semaine dans le moindre détail et simplement à la regarder. Je suis tellement bien comme ça, dans la petite bulle qu'on forme tous les deux, que je perds un peu le fil de sa conversation que quand d'un coup elle se redresse en criant " Oh j'allais oublier ! ", je sursaute, surpris.

Elle se penche pour attraper son sac à main et en sort une feuille blanche pliée en deux, qu'elle me tend en guettant ma réaction.

" Surprise … "

Je l'ouvre en riant, et quelle n'est pas ma surprise quand je découvre l'article orignal du Manchester Wizard News. Je reconnais immédiatement la photo centrale de l'hôpital où elle fait son stage, et je lis les mots qu'elle a entourés en rouge " Le Royal Wizard Hospital est aussi un lieu choisit par de nombreux futurs médicomages pour accomplir leurs stages de fin d'études. Nous avons rencontré Katie Bell, actuellement en dernière année de Médecine Magique, stagiaire en médecine interne dans le service du Professeur Alan Coyle : ' Le RWH est sans doute l'hôpital sorcier d'Angleterre le plus réputé pour nous, jeunes internes. Nous avons les mêmes horaires que les médecins, que nous suivons toute la journée, plus une dizaine d'heure de cours répandues dans la semaine. Nous sommes tous assurés d'avoir la meilleure formation possible, avec une possibilité d'emploi à la fin de notre période de stage '".

Ma gorge me brûle, et je sens une désagréable sensation au niveau de mon estomac. Je lève les yeux vers Katie qui me regarde avec impatience, et je force un sourire.

" C'est la première fois qu'il y a mon nom dans le journal ! " dit-elle fièrement, et je retiens une sorte de sanglot.

Malheureusement, ce n'est pas la première fois que moi je lis son nom sur un article. Est-ce que je dois lui parler de la lettre de menace que j'ai reçu ce matin ? Je ne sais pas, je ne sais plus, tout semble confus dans ma tête.

" Ils sont venus nous poser plein de questions à tous les stagiaires il y a trois jours mais on savait pas qui ils retiendraient " continue elle, la voix fière et le sourire d'une oreille à l'autre " Et c'est moi qu'ils ont pris ! Je voulais te faire la surprise pour ce soir "

Je peux presque entendre la voix d'Harry dans ma tête qui me répète en boucle que l'article n'est pas dangereux, qu'il ne faut pas s'inquiéter pour rien, que Katie ne risque rien. Et son sourire, mon dieu son sourire est si grand …

" Ron ? Tu dis rien ? "

Je ne peux pas lui faire ça.

" C'est génial mon cœur ! " je parviens à prononcer de ma voix la plus convaincue possible " On va le faire encadrer et je le mettrai dans le bureau "

" Ah non, ça ferait ridicule à côté de tous les articles déjà accroché à ta gloire " rit elle sans se douter du dilemme qui me coupe en deux à l'instant même " Mais c'est quand même le tout premier article à mon nom "

" Et sûrement pas le dernier " je flirt dans un clin d'œil et Katie m'embrasse en me traitant d'imbécile.

Je sais que j'ai pris la bonne décision. Pas la peine de l'effrayer pour rien en lui montrant la lettre anonyme, pas vrai ?

" Bon les amoureux, nous on va y aller " nous interrompt George, qui tient un Fred complètement endormi dans ses bras. On se lève pour les embrasser lui et Angelina, et Bill et Fleur, tout comme Percy et Audrey annoncent qu'ils vont partir aussi, pour coucher les enfants et qu'Audrey se repose un peu. Andromeda est déjà partie avec Teddy peu après le dessert, et a pris avec elle Victoire qui réclamait d'aller dormir Tatie Meda .

Ils mettent quand même une bonne vingtaine de minutes à dire en revoir à tout le monde, et à refuser tous les restes du repas que Maman essaye de leur refourguer discrètement, et quand enfin ils sont partis il ne reste plus que Harry, moi et Hermione et nos femmes respectives. Le Trio d'Or toujours réuni, il semblerait.

Katie et Hermione proposent à ma mère de débarrasser ce qu'il reste sur la table et Harry et Luna montent dans la chambre de mes parents réveiller le petit James dans l'espoir de partir avant qu'il ne soit deux heures du matin. Il ne reste que Ginny et moi, et je prends ma petite sœur dans mes bras en baillant ma fatigue dans son nez.

" Il y en a un qui va aller faire dodo très vite " rit Ginny " Pauvre Katie, être venue de si loin pour rien "

" Mêles toi de tes fesses et pas de celle de ma copine "

" Je préférerais celles de ma femme, merci. Sérieusement, quand est-ce que tu vas lui poser la question, Ronnie ?"

" Quelle question ? "

" La question " dit Ginny en faisant des gros yeux et secouant sa main gauche sous mon nez, d'où brillent de mille feux sa bague de fiançailles et son alliance.

" C'est encore trop tôt … " je soupire

" Demandes lui au moins quand est-ce qu'elle compte revenir à Londres habiter avec toi ! "

" Pourquoi tout le monde me pose cette question ? Déjà Hermione et - " Je vois le sourire malicieux de Ginny et je fronce les sourcils " Attends voir, c'est une conspiration c'est ça ? C'est ta femme qui t'as demandé de me parler de ça ? "

" Mais non, andouille " chuchote Ginny en voyant du coin de l'œil que Katie et Hermione reviennent de la cuisine, les mains vides " Ecoutes, on s'inquiète pour toi d'accord ? Je sais qu'on te le dit souvent mais quand j'étais à Holyhead et Hermione à Londres, la séparation était vraiment dure, on sait de quoi on parle "

" Tu parles, vous vous êtes fiancées genre un an après … "

Ma sœur fronce des sourcils et baisse le ton, signe que j'ai dit la mauvaise chose et qu'elle est sur le point de s'énerver - pauvre de moi.

" Personne ne sait ce qui se passe derrière des portes closes, Ron. Hermione et moi, on a dû beaucoup travailler pour que ça marche, et croit moi on a failli rompre plusieurs fois. Ce qu'on a aujourd'hui, on l'a pas construit en un jour, alors tu ferais bien de suivre nos conseils et de parler à Katie avant que je m'en occupe personnellement, compris ? "

Je déglutis et je hoche rapidement de la tête trois fois. C'est à ce moment-là qu'Harry et Luna descendent des escaliers, le petit James à moitié réveillé dans les bras de sa mère, et font le tour de la pièce pour nous embrasser tous avant de partir. Alors qu'ils ont laissé leur fils dans les bras de sa marraine pour aller remercier mes parents, je vois Ginny encercler Hermione par derrière et poser son menton sur son épaule, de sorte qu'elles regardent tous les deux James dormir dans les bras de la brune. Je peux voir les yeux un peu mélancoliques et un peu envieux d'Hermione quand elle berce le bébé contre elle, je peux imaginer ce que Ginny lui murmure à l'oreille en posant une main contre la joue de son neveu, je peux ressentir ce qu'elles ressentent - je ressens la même chose. Leur tour viendra aussi, mais sûrement beaucoup plus vite que le mien.

Une main se glisse dans la mienne et je ne tourne pas la tête pour laisser Katie poser la sienne contre mon épaule.

" Elles sont tellement précieuses avec le bébé " soupire ma petite amie " Elles feront de très bonnes mères "

J'ai tellement envie de lui crier que nous aussi, on pourrait être de très bons parents, si seulement. Je me contente de déposer un baiser dans ses cheveux et de la laisser se pelotonner contre moi.

Demain, j'aurai le courage de lui dire ce que je dois lui dire. Demain je lui dirai. Demain.