Chapitre 2

- Aie !

- Désolée…

- Tu pourrais faire attention quand même !

Sakura était debout sur un tabouret et Tomoyo tournait autour d'elle en faisant des modifications sur la robe pour le défilé. Mais elle était tellement énervée qu'elle piquait sans arrêt Sakura avec son aiguille, ce qui ne lui arrivait jamais en temps normal.

- Tomy, tu peux t'arrêter deux secondes ?

- Oui, oui… répondit celle-ci sans agir pour autant.

- Tomy !

Sakura se pencha et attrapa Tomoyo par les épaules, tout en essayant de ne pas tomber de son perchoir.

- Oui, qu'est-ce qu'il y a ? s'écria-t-elle au bord de la crise de nerf.

- C'est à toi qu'il faut poser la question.

- Mais je vais très bien. On peut continuer ?

- Tomy, tu as bu combien de tasses de café ?

- Je ne sais pas, je n'ai pas compté…

- Depuis quand tu n'as plus dormi ?

- On s'en fiche, ça n'a pas d'importance !

- Si, ça a de l'importance ! Tu dois dormir, sinon ton boulot ne vaudra rien et ta meilleure amie sera une passoire à force de se faire perforer par ton aiguille toutes les trente secondes.

- Mais…

- Il n'a pas de mais qui tienne ! Je vais rentrer chez moi et toi tu vas dormir. Je reviendrai demain pour qu'on termine.

- D'accord…

- Et j'emmène la robe avec moi, sinon tu vas continuer à travailler dessus quand même !

- Saki ! Tu ne peux pas me faire ça ! Je t'en supplie !

- Si tu préfères, j'ai une autre alternative : je découpe la robe en morceau. Tu choisis quoi ?

- C'est bon maman… Rentre chez toi, je vais aller dormir.

Dix minutes plus tard, Sakura se tenait à l'arrêt de bus après avoir quitté son amie qui semblait prête à mourir de fatigue mais qui ne voulait toujours pas l'admettre. Sakura savait que si Eriol n'était pas parti en stage pour une semaine, Tomoyo n'aurait jamais pu se laisser aller comme ça, il l'aurait empêchée de travailler, quitte à la clouer au lit s'il le fallait. Elle regarda pensivement sa montre, il était presque vingt heures. Pour la première fois cette semaine, elle pourrait aller dormir à une heure décente. Elle avait passé toutes ses soirées chez Tomoyo et même certaines nuits… Le défilé était dans trois semaines et sa meilleure amie était stressée (et encore, le mot est faible…) Et le fait que son petit ami ne soit pas là pour la rassurer (et la surveiller) n'arrangeait pas son état.

L'arrivée du bus la sortit de ses pensées. Elle monta, s'installa et faillit même louper son arrêt tellement elle était fatiguée elle aussi. Elle monta dans son appartement toujours aussi vide puisqu'elle n'avait toujours pas trouvé chaussure à son pied en matière de colocataire. En passant devant son téléphone, elle remarqua qu'elle avait trois messages sur son répondeur. Le premier était d'Eriol qui lui demandait comment se portait Tomoyo puisque celle-ci passait son temps à lui dire que tout allait bien tout en ayant une voix qui prouvait le contraire. Il s'inquiétait et demandait à Sakura de veiller sur elle. Que penses-tu que je suis en train de faire ?

Le deuxième était de son père, simplement pour prendre des nouvelles. Le troisième était un homme, à en juger par sa voix, qui avait vu son annonce pour l'appartement et qui était intéressé. Il lui donnait son numéro de téléphone et lui demandait si elle voulait bien le recontacter si elle était intéressée. Il a déjà une belle voix, pensa-t-elle. Pourquoi pas le rappeler ? Après tout elle n'avait rien à perdre ! Elle composa alors le numéro.

- Allo ?

- Bonjour, ici Sakura Kinomoto, est-ce bien vous qui avez téléphoné tout à l'heure au sujet de mon annonce pour l'appartement ?

- Oui, effectivement, c'est bien moi. Je voulais savoir si vous cherchiez toujours un colocataire.

- Oui, en effet, je cherche toujours. J'estime qu'il faut que le contact passe avec la personne sinon une colocation ne peut pas marcher, n'est-ce pas ?

- Je suis tout à fait d'accord avec vous ! Alors, est-ce que nous pourrions nous rencontrer ?

- D'accord, je vous propose de venir demain, pour seize heures, à l'appartement. Je vous ferai visiter et nous aurons le temps de discuter devant une tasse de café, cela vous convient-il ?

- Absolument !

- Au fait, je ne vous ai toujours pas demandé votre nom.

- Je m'appelle Takashi, Takashi Tsesushi.

- Et bien, à demain Takashi !

- A demain Sakura.

Le lendemain, dans l'après midi…

- NON ! Sakura ! Ne m'abandonne pas !

- Mais Tomoyo, j'ai peut-être trouvé le colocataire idéal ! Et puis j'ai déjà passé tout le reste de la journée avec toi à travailler sur cette robe.

- Mais Saki, c'est dans trois semaines et la robe n'est pas finie !

- Elle est déjà parfaite comme ça, depuis deux jours tu ne fais que des minuscules modifications invisibles à l'œil nu, vrai ou faux ?

- Vrai… dit Tomoyo d'un air penaud.

- Bon, je te propose de venir avec moi rencontrer ce fameux Takashi, ça te changera un peu les idées.

- Oh oui ! C'est peut-être ton prince charmant, qui sait ? Je veux le rencontrer !

Tomoyo semblait effectivement avoir abandonné l'idée de la robe pour une tout aussi intéressante : la vie amoureuse de Sakura.

Elle change d'avis comme de chemise… Elle est désespérante…

- Mouais… Bon, attrape ton manteau, on y va.

- Mais… Je ne suis pas présentable ! Ca va faire quel effet à ton futur mari si ta meilleure amie est vêtue de loques ?

- Tu n'es pas vêtue de loques, ce n'est pas mon futur mari, et que pensera-t-il si je le laisse une demi heure dehors parce que je suis arrivée en retard à cause toi ?

- D'accord on y va…

Un bus et quelques minutes à pied plus tard, elles étaient chez Sakura. Et pendant que cette dernière préparait le café, la petite couturière surexcitée tournait en rond derrière elle. Et quand la sonnette retentit, elle se précipita sur la porte avant même que Sakura ait eu le temps de dire ouf. Elle revint avec un jeune homme beau comme un dieu, au sourire charmeur et au regard dévastateur.

- Bonjour Sakura, dit-il en lui faisant un baisemain.

Derrière lui, Tomoyo avait sorti d'on ne sait où une caméra et elle se serait mise à sautiller d'excitation si ça n'avait pas gâché la séquence qu'elle filmait.

- Trop chou ! ne pu-t-elle s'empêcher de lancer sous le regard exaspéré de Sakura.

- Bonjour Takashi, je suis ravi de vous rencontrer.

- Je propose que nous nous tutoyions, aucun de nous n'est encore sénile il me semble !

- D'accord ! Je propose que nous commencions par une visite de l'appart, qu'en penses-tu ?

- J'en pense que c'est une très bonne idée ! Je te suis.

Ils visitèrent donc l'appartement : cuisine, chambres, salon, salle de bain. Le tout suivi d'une Tomoyo un peu trop énergique. Ensuite, ils s'installèrent dans le salon et burent le café soigneusement préparé par les soins de Sakura. Soudain, Tomoyo posa une question, LA question qui lui brûlait les lèvres depuis qu'il était arrivé.

- Takashi, as-tu une petite amie ?

Sakura faillit s'étouffer avec la gorgée de café qu'elle était justement en train de boire. Quant à Takashi, la question le fit sourire.

- Non, je suis un grand célibataire. Mais je peux dire que j'ai quelqu'un en vue.

- Ce serait indiscret de demander le nom de l'heureuse élue ?

- Tomoyo ! s'indigna Sakura.

- Ca ne me dérange pas de vous dire de qui il s'agit mais je doute que vous la connaissiez. En fait c'est la cousine de mon meilleur ami.

Tomoyo lança à Sakura un regard signifiant « Dommage, il était pourtant drôlement craquant et je suis sûre qu'il doit être merveilleusement doué au lit » auquel son amie répondit en levant les yeux au ciel. Mais Tomoyo n'était pas rassasiée de petits potins pour la cause, surtout que son fabuleux plan pour mettre son modèle préféré avec le jeune homme venaient de tomber, alors elle continua à le questionner sans aucune gêne.

- Si c'est ton meilleur ami, tu dois le connaitre depuis longtemps, donc tu dois aussi connaitre sa cousine depuis longtemps, alors pourquoi tu ne sors pas avec ?

- On ne dit pas que la curiosité est un vilain défaut ? remarqua gentiment Takashi.

- Un très vilain défaut, mais c'est difficile de s'en débarrasser. Alors si on l'a, plutôt que d'essayer de le cacher en vain, autant en faire profiter tout le monde !

- C'est une façon originale de voir les choses !

Il but une gorgée de café avant de poursuivre.

- En fait, ça fait longtemps que je m'intéresse à elle, mais je n'ai jamais eu le courage de me déclarer, et les rares fois où je l'ai eu, il y avait toujours quelque chose pour m'interrompre. J'espère pouvoir un jour y arriver.

- Seul l'avenir nous le dira ! philosopha Sakura. Tu sais, il faut parfois du temps. Et si ça se trouve, elle est exactement dans la même situation que toi, j'en connais à qui s'est arrivé et il a fallu beaucoup de persuasion pour qu'il se passe quelque chose !

- Je ne sais pas pourquoi, mais je me sens visée… dit Tomoyo en lui lançant un regard noir. Tu es vraiment méchante avec moi alors que mon chéri est loin de moi, tu devrais avoir honte ! dit-il sur un ton faussement peiné.

La discution continua sur ce chemin pendant encore un long moment avant que la question de la colocation ne revienne sur le tapis.

- Donc finalement Takashi, tu en penses quoi ?

- Il faut d'abord savoir ce que Sakura en pense.

- Moi je dis que je serais très contente de t'avoir pour colocataire !

- Alors c'est dit ! Je peux emménager quand ?

- Quand tu veux, ta chambre est déjà prête de toute façon, depuis le temps que je cherche un colocataire, j'ai eu le temps de tout mettre en ordre !

- Bien, j'emménage demain alors !

- Demain ?! s'écrièrent les deux filles en même temps.

- Ben quoi ?

- C'est super tôt !

- Tu vas faire comment pour préparer tout tes affaires aussi vite ?

- Ben en fait… C'est une longue histoire… Mais mon meilleur ami, sa cousine et moi avons décidé de venir nous installé ici. Leur famille leur paie leur appart et en attendant que je trouve quelque chose je squatte chez eux. Donc mes paquets sont pas encore déballés et donc prêts à être transportés.

- Et ils ne pouvaient pas prendre un appart avec trois chambres ? C'est dégueulasse de laisser un ami comme ça ! s'indigna Sakura.

- Ben en fait, c'est pas eux qui ont choisi, c'est l'appart familial et il n'y a que deux chambres. Sinon ils me l'auraient bien proposé. Ils ont même pensé prendre un autre appart qu'ils paieraient de leur poche pour que je sois avec eux mais je leur ai dit que c'était pas la peine. Donc voilà…

- Mouais…

- Je peux venir à quelle heure ? Je n'ai pas cours demain donc c'est quand tu veux.

- Euh… attends que je réfléchisse… J'ai cours à partir de onze heure donc tu peux venir avant comme ça tu auras la journée pour t'installer. D'accord ?

- Impeccable !

Quelques minutes plus tard, il les quittait pour aller rejoindre ses amis qui l'attendaient très certainement pour manger. « J'y peux rien, je suis de corvée cuisine tant que je les squatte, c'est le loyer que je dois leur payer. Ca aurait pu être pire » avait-il dit en rigolant. Il avait à peine passé la porte que Tomoyo harcelait déjà Sakura.

- Il est vraiment adorable ! C'est tellement dommage qu'il soit amoureux d'une autre, vous auriez fait un très beau couple ! Tu dois être déçue…

- Tomy…

- J'aurais pu faire ta robe de mariée...

- Tomy

- … c'est dommage, j'avais déjà plusieurs idées en tête !

- Tomy !

- Oui ?

- Je n'en pince pas pour Takashi ! Il est adorable, mais ce n'est pas mon style.

- Pas ton style ? Pas ton style ?! s'indigna Tomoyo. Un mec beau comme un dieu ce n'est pas ton style ?! Saki, je crois que tu ne vas pas bien !

La jeune couturière s'empressa de faire s'asseoir son amie et lui mit la main sur le front.

- Pourtant tu n'as pas de fièvre…

Elle voulut ensuite prendre son pouls mais Sakura l'en empêcha en riant.

- Tomoyo, tout va bien, je te jure ! Je trouve Takashi très sympathique, mais quand je l'ai vu, il n'y a pas eu d'étincelle, c'est tout. Ce sont des choses qui arrivent. Et puis c'est pas plus mal, je n'ai pas trop envie de commencer à tomber amoureuse de mon colocataire, ça serait trop compliqué…

- Ma Saki, tu es désespérante…

- Tu manges avec moi ce soir ?

- C'est ça, change de sujet…

- Et je t'invite même à dormir ici, comme ça pas besoin de te presser ni de prendre le bus ce soir.

- D'accord…