Hey!
D'abord, je suis vraiment désolée... Pour le temps que ça m'a pris de poster ce chapitre... Je ne me suis pas rendue compte que ça faisait déjà un mois :/ Mais, hauts les cœurs! J'ai terminé mon autre fic, Twelve's Quest, ce qui veut dire que j'aurai plus de temps (ou pas) à consacrer à celle-ci.
Disclaimer: la plupart des personnages nommés appartiennent à Hidekaz Himaruya. Certains sont les miens.
Je vous donnerai quelques explications en fin de chapitre sur des éléments abordés.
En attendant, enjoy et bonne lecture! N'hésitez pas à laisser une review, ça me fait toujours plaisir.
PS : Le lien vers la chanson Solo Stasera a déjà été posté sur Twitter (at NinielKirkland)
Chapitre III : Solo Stasera
Mercredi 25 juin 2014.
Antonio retrouva son bureau après sa pause de midi, un gobelet de café fumant entre les mains.
Il se remit au travail, consultant des documents au sujet d'un commerce d'armes plus qu'illicite à Madrid. Toutes les pièces arrivaient par bateau depuis l'Italie, mais jusqu'à présent, c'était tout ce qu'on savait de leur origine.
Antonio avait rejoint le bureau romain d'Interpol précisément pour cela: pouvoir être un relais entre l'Italie et l'Espagne concernant la mafia italienne qui s'exportait à Madrid. Et accessoirement garder un œil dans les affaires d'Interpol pour son gouvernement.
Il fut interrompu dans son passionnant travail bureaucratique par trois grands coups frappés à la porte du bureau.
Comme à chaque fois que le cas se présentait, les trois acolytes partageant le bureau relevèrent la tête de leur travail respectif pour échanger un long, très long regard avec les deux autres. Et ce serait au premier qui se lasserait et s'inquiéterait que le visiteur ne s'en aille.
Francis était particulièrement doué pour ne jamais bouger ses fesses de sa chaise de bureau.
Le visage nonchalamment appuyé dans la paume de sa main, un sourire en coin, il dévisageait ses deux meilleurs amis avec un regard très séducteur. Il finissait généralement par envoyer des baisers à ses collègues qui, soit éclataient de rire et le laissaient tranquille, soit prenaient peur qu'il passe un jour réellement à l'acte et le laissaient quand même tranquille.
Ensuite c'était un duel entre Gilbert et Antonio. Ils s'affrontaient du regard pendant un moment, et puis Gilbert changeait d'expression, en arborant une nouvelle signifiant parfaitement: trop awesome pour ouvrir.
Alors, comme d'habitude, Antonio se leva avec un sourire et en levant les yeux au ciel, et ouvrait la porte. Un jour il faudrait qu'il pense à simplement crier "entrez" pour clouer le bec à ses amis paresseux qui riaient bien de le voir se lever à chaque fois.
Derrière la porte, il découvrit un jeune homme blond, à lunettes, avec une étrange mèche rebiquant vers le haut, arborant fièrement un t-shirt à l'effigie du bouclier de Captain America, des converses rouges et blanches et un jean.
-Hi man! lança haut et fort le visiteur en entrant de le bureau.
Alfred Jones se démarquait pas mal parmi ses collègues. Eternel ado volubile et parlant fort, habillé simplement quand tous ses collaborateurs portaient un costume ou au moins une chemise, il était américain. Ex agent de la CIA, il avait été recruté par Interpol pour ses connaissances en informatique. Et le gouvernement américain en avait profité pour placer l'un de ses pions dans l'échiquier européen, comme la plupart des pays représentés dans les bureaux d'Interpol.
-Salut, Alfred. lui répondit Antonio en s'effaçant pour le laisser entrer.
Le blond salua la cantonade de la même façon.
-Je ne vous dérange pas?
Gilbert rangea précipitamment son manuel d'histoire de Prusse et Francis fourra son Iphone dans la poche de son veston. Apparemment, Arthur devrait attendre pour avoir une réponse à son SMS.
-Si, beaucoup. grogna Gilbert en montrant du doigt le dossier débordant qui trônait –évidemment fermé– sur son bureau.
-Ah ah! Ce n'est pas grave, c'est pour Antonio que je suis là.
-Oh. fit l'Espagnol. Tu viens de me tirer d'un histoire trépidante de gangsters modernes qui commercialisent des armes sous le manteau, donc en fait je ne sais pas si je dois te remercier ou faire semblant que cette occupation me passionne vraiment…
-So.
Le blond tira à lui le fauteuil de cuir faisant face au bureau d'Antonio et s'y assit.
-Je viens de la part du Boss.
-Il a paumé mon numéro? demanda Antonio, haussant un sourcil en désignant de la tête le téléphone sur son bureau.
-Non, il avait besoin de quelqu'un de confiance pour te l'annoncer.
-Pourquoi il t'a choisi, dans ce cas?
-Un héros est quelqu'un de confiance.
-Un point pour toi. Et sérieusement?
-Il m'a croisé en allant déjeuner, donc il m'a demandé de te transmettre l'info.
-On peut en venir au fait?
-J'y arrive. Il a décidé qu'à partir de maintenant tu travaillerais sur l'affaire Rome. Puisque de toute façon au sujet de la mafia hispano-italienne ça piétine.
-Hé, c'est pas vrai, ça! s'offusqua Antonio. Et puis c'est quoi l'affaire Rome?
Francis envoya son SMS puis s'adressa à son ami espagnol.
-"L'affaire Rome", Trésor, ça veut dire qu'on va bosser sur la même affaire!
Son ton était enjoué et ses yeux pétillaient d'impatience.
-Ca m'explique pas ce que c'est… D'ailleurs "bosser" est un bien grand mot dans ton cas.
Gilbert termina la phrase qu'il lisait et intervint ensuite:
-L'affaire Rome… L'assassinat du chef d'une famille mafieuse romaine, il y a de ça deux semaines.
-Je vois qu'ils sont sur l'affaire… commenta Alfred. Je vous laisse, le sauvetage du serveur informatique m'attend! Briefez-le!
Il se leva et balança un mince dossier sur le bureau d'Antonio, avant de quitter la pièce avec un clin d'œil.
-L'assassinat d'un mafieux? répéta le brun. En quoi ça nous regarde?
-Précisément parce qu'il était mafieux. répliqua Gilbert avec un haussement d'épaules. Et que tout ce qui concerne le crime organisé nous regarde.
-Sans oublier qu'il s'agit d'une affaire internationale puisque l'assassinat du chef de famille, Rome, a été revendiqué hier par la mafia russe. Et comme le criminel s'est envolé, comme par magie, il y a fort à parier qu'il ait quitté le pays.
Antonio sembla réfléchir ces paroles un instant.
-Je vois… finit-il par dire. Et donc trouver l'assassin, c'est trouver l'organisation russe qui a commandité le meurtre et donc on pourrait potentiellement ferrer un gros poisson…
-T'as tout compris! le félicita Francis avec un clin d'œil.
-Ok. Et donc qui travaille sur cette affaire?
-Qui va travailler à proprement parler dessus, toi. répondit Gilbert. Officiellement, il y a moi, Francis… Et toi, désormais.
Antonio se frappa la tête sur son bureau.
-Et je suis censé trouver l'assassin tout seul? M'abandonnez pas, les gars…
Les deux hommes quittèrent leurs occupations très professionnelles et se dirigèrent vers l'espagnol comme un seul homme.
-Bien sûr que non, on ne va pas t'abandonner, Tonio. fit Francis. Allez viens, on va boire un café et te raconter tout dans les détails… Ca nous donne un prétexte pour quitter ce bureau étouffant.
oOo
Roderich Edelstein avait pour habitude de travailler tard le soir. Car c'était surtout dans cette plage horaire que la majorité des méfaits familiaux étaient perpétrés, et par conséquent, c'était à ce moment-là qu'il se devait d'être disponible.
Il était environ dix-neuf heures lorsqu'il releva la tête de ses dossiers.
Posé sur son majestueux bureau de bois foncé, à l'une des extrémités pour limiter la tentation, son téléphone portable venait de vibrer.
Deux fois, pas une de plus.
Ce qui voulait dire qu'il avait reçu un SMS.
Il termina de rédiger des instructions pour un subordonné en Autriche, puis s'empara du petit objet.
Il découvrit effectivement un message, à côté d'une photo d'un jeune homme aux cheveux clairs et aux yeux clos, endormi. On pouvait deviner son torse nu.
Roderich sourit en regardant cette photo. Le modèle l'incendierait probablement sur place s'il savait, mais l'Autrichien n'avait pas pu s'empêcher de la prendre… Il était tellement beau quand il dormait.
Beau et presque innocent.
A l'inverse du message qu'il avait envoyé.
"20h, Hôtel Principe di Piemonte, chambre 221. Je dois te parler."
Le message était abrupte. Mais le sourire de Roderich s'élargit.
Il ne travaillerait pas cette nuit. Enfin, si, mais pas de la façon la plus typique qui soit.
Il allait dans tous les cas passer une bonne soirée.
oOo
Vêtu d'un gilet de costume et d'un pantalon aux reflets d'améthyste sur une chemise blanche, Roderich Edelstein se présenta à la réception de l'hôtel Principe di Piemonte, à vingt heures tapantes.
-Bonsoir. l'accueillit le réceptionniste.
-Bonsoir. J'ai réservé la chambre 221. Puis-je en avoir les clefs?
Le réceptionniste tapa quelques indications dans l'ordinateur.
-On est déjà venu les chercher. Il semble que vous soyez attendu.
-Parfait… fit Roderich.
-Bonne soirée, M. Beilschmidt.
Roderich eut un sourire en coin, avant de se détourner de la réception et d'emprunter l'ascenseur jusqu'au deuxième étage.
Arrivé en face de la porte affichant le numéro 221, sur la gauche du couloir, Roderich frappa. Derrière la paroi de bois, il y eut un déclic et la porte fut ouverte.
L'Autrichien eut tout le loisir de constater que Gilbert l'attendait. Il venait probablement de prendre une douche, après une longue journée de travail, car les pointes de ses cheveux argentés étaient mouillées. Quelques gouttes d'eau achevaient de ruisseler sur son torse nu et une simple sortie de bain enserrait la taille fine de l'albinos, qui dardait sur son invité un regard rubis.
-Salut. fit-il.
-Bonsoir. le salua à son tour Roderich.
L'Allemand s'effaça et le brun entra dans la chambre. A gauche de l'entrée, une porte menait à la salle de bain. Après le petit couloir, une large pièce meublée d'un grand lit deux personnes, d'un mini-bar, d'un meuble de télévision et d'un fauteuil de cuir.
Gilbert Beilschmidt fit quelques pas dans le couloir, tandis que Roderich restait près de la porte, incertain.
-De quoi voulais-tu qu'on parle? Rien de grave?
Gilbert se retourna et marcha vers lui, une nouvelle étincelle dans le regard.
Il plaqua Roderich contre la porte, avec force mais sans violence. Sa main droite se plaça au-dessus de la tête de l'Autrichien, tandis que la gauche enserra sa mâchoire alors qu'ils échangeaient un baiser… Bestial, empli d'excitation, mais en aucun cas de tendresse.
Lorsque Gilbert rompit le contact, il murmura à l'oreille de Roderich:
-Tu sais comment ça marche. Après. Toujours.
Roderich ferma les yeux.
Cette voix transpirait le désir, la sensualité. Il ne pouvait pas y résister. Et le programme qu'elle lui proposait était tout aussi séduisant.
Les mains de Gilbert se réunirent en même temps que leurs lèvres, et il commença à défaire lentement la ceinture de Roderich, puis à ouvrir son pantalon.
A travers le caleçon de Roderich, il caressa sa virilité et s'assura que sa propre excitation trouvait un écho chez l'Autrichien.
C'était souvent ainsi. Gilbert pouvait paraître distant et professionnel, avant que la façade ne se brise brusquement et qu'il décide d'entamer les festivités.
Ils n'étaient pas un couple. Ils n'étaient pas des amants, ni des amis. Ils étaient… Des hommes opposés sur un plan professionnel, mais qui s'utilisaient mutuellement pour leur propre profession.
Voilà.
Ils s'utilisaient. Moyennant quelques parties de jambes en l'air.
Roderich avait, quelques deux ans auparavant, manqué de se faire arrêter par Interpol. Par l'agent Gilbert Beilschmidt, qui le surveillait depuis plusieurs semaines. Et qui l'avait trouvé drôlement attirant. Désirable.
Pour approcher Roderich, il l'avait abordé au cours d'une soirée mondaine à laquelle il s'était invité. Une soirée de gala donnée par l'Impero à l'occasion des dix ans d'une "association caritative".
Par la force des choses, Gilbert avait obtenu ce qu'il voulait. Il avait fini la nuit dans l'appartement de Roderich, qu'il avait pu fouiller au petit matin.
Mais l'Autrichien l'avait surpris alors qu'il rassemblait les preuves contre lui.
"Ca m'embêterait vraiment que tu finisses tes jours en prison après la nuit torride qu'on a partagée…" avait dit Gilbert au cours de leur conversation.
"La prison n'est pas ma seule option."
"Ah oui?"
"On couche ensemble, quand tu veux, où tu veux. Et tu me fais échapper à Interpol. Tu dis que tu as perdu ma trace."
"Intéressant… Tu es prêt à te prostituer pour ta liberté?"
"Si c'est le prix à payer…"
"Tu crois vraiment qu'un membre de la pègre va échapper à Interpol parce qu'il prend soin de l'entrejambe d'un agent? Il faudra plus que ça, chéri… Ceci dit, l'idée est séduisante. Alors tu me laisses te baiser, tu me donnes toutes les infos dont j'ai besoin, n'importe quand. Tu deviens un indic et en échange tu conserves ta liberté. Ca, c'est une offre valable."
Roderich n'était pas vraiment en position de négocier.
Depuis lors, ils se voyaient plusieurs fois par mois, parfois jusqu'à deux fois par semaine. Quand Gilbert en avait envie. Ou quand Roderich avait une information importante. Il restait évasif sur l'Impero. Il était généreux en détails quant aux autres familles.
Il n'était pas question de sentiments entre eux. Seulement de travail. Du moins, au début…
Haletant déjà, Gilbert recula vers le lit, Roderich toujours étroitement serré contre son torse. Il fit allonger l'Autrichien sans cérémonie sur le matelas. Il ôta la sortie de bain déjà desserrée et surplomba Roderich, à quatre pattes au-dessus de lui.
Il continua de l'embrasser tout en s'attaquant aux boutons particulièrement chiants du gilet améthyste, qui échoua bientôt quelque part près du mini-bar. Peu après, la chemise de Roderich suivit le même chemin. Quant à son pantalon, l'Autrichien s'en débarrassa en le faisant glisser avec ses pieds le long de ses jambes fines. Gilbert était complètement nu, Roderich conservait son caleçon, baissé sur ses cuisses effilées et dévoilant une virilité douloureusement tendue.
Enfin, les choses sérieuses commencèrent, selon le bon vouloir de l'albinos.
Il n'avait pas envie de faire traîner les choses plus que nécessaire, aujourd'hui. Il prépara Roderich un minimum, puis il s'introduisit en lui, suffisamment brusquement pour que les cris de plaisir de l'Autrichien soient précédés d'un hoquet de surprise et de douleur.
Gilbert pouvait être délicat comme il pouvait être sauvage. Ca dépendait de son humeur, et selon leur accord, Roderich n'avait rien à redire sur les délicieuses méthodes de son amant.
Cette fois-là, les coups de bassin de Gilbert se firent vite rapides, amples et réguliers, faisant voir des étoiles au brun à chaque aller-retour. Roderich attira Gilbert plus profondément en lui, se collant contre son torse et enroulant ses jambes autour de la taille de l'albinos, tout en laissant échapper cris et soupirs de plaisir sans retenue.
A ce rythme, il ne tint pas longtemps et se répandit entre leurs ventres. Gilbert le suivit peu après dans la jouissance, se retirant et atterrissant sur le torse de Roderich avec un soupir de satisfaction. Tremblants tous les deux, Roderich sourit. Gilbert ferma les yeux un instant et leur octroya quelques minutes de récupération, ainsi, dans les bras l'un de l'autre.
Roderich se réjouissait de ce petit rituel qui était apparu au fil de leurs entrevues. Au début, Gilbert se contentait de le prendre, et c'en était presque impersonnel. A présent, après presque deux ans de parties de jambes en l'air, il accordait à Roderich –et à lui-même– l'occasion de savourer un peu ce moment.
Lorsque leurs tremblements eurent disparu et que leurs respirations reprirent une vitesse normale, Gilbert roula sur le côté, attrapa un caleçon, posé sur la table de nuit, et l'enfila. Roderich remonta le sien et se redressa, contemplant les abdominaux de l'albinos, qui restait étendu, les mains derrière la tête.
-Alors? De quoi devons-nous parler?
Gilbert resta silencieux un moment. Il semblait hésiter. Il ne savait pas s'il devait vraiment poursuivre ses projets ou bien faire comme si de rien n'était. Comme s'il avait convoqué Roderich rien que parce qu'il était en manque, qu'il avait envie de s'envoyer en l'air avec lui.
Gilbert soupira finalement et annonça:
-Je sais quelque chose sur l'assassinat de Rome.
-…Quoi?
-Ne m'oblige pas à le répéter. La mafia russe a revendiqué l'assassinat, hier. Pas une famille, pas un tueur. Seulement la mafia russe. On n'en sait pas plus.
-Pourquoi tu me le dis?
-Ca t'intéresse pas?
-Bien sûr que si, mais… C'est moi qui donne les infos, d'habitude. Tu ne m'as jamais rien dit…
Gilbert réfléchit un instant.
-Prends ça comme un cadeau pour fêter nos deux ans. Ou bien comme un remerciement pour bons et loyaux services.
-Qu'est-ce que tu attends de moi en échange?
-J'ai déjà eu ce que je voulais… Te faire l'amour ici et ce soir.
-C'est tout? demanda Roderich, les sourcils froncés.
-C'est tout.
-Tu ne veux rien d'autre? Pas la moindre info, rien?
-Je te l'ai dit, je ne te demande rien.
L'albinos se releva, une étincelle lubrique dans le regard.
-Sauf si t'es pas contre un deuxième round.
oOo
Samedi 28 juin 2014.
Lovino déambulait dans la rue, sur le qui-vive, attentif, observateur. Lorsqu'il ne travaillait pas officiellement dans le bar, ou officieusement en tant que tueur, il avait l'habitude de faire des rondes, dans les quartiers chauds. A fortiori dans leurs quartiers. Sur le territoire de l'Impero.
Il y avait quelques rues, jonchées de bars, bordels, boîtes de nuit et autres fumeries qui étaient les propriétés exclusives de l'Impero. Et nul membre d'une famille rivale n'osait s'y aventurer, hormis quelques jeunes têtes brûlées qui n'avaient pas encore suffisamment d'ancienneté dans le milieu pour comprendre comment il fonctionnait et qui espéraient foutre la merde dans le territoire du voisin.
C'était pour prévenir ce genre de situation que Lovino se baladait dans les rues de Rome, ce soir-là. Et pour éventuellement jouer du Beretta. Impressionner d'abord, menacer ensuite. Faire une démonstration d'adresse au tir, dans le pire des cas –si les intrus ne daignaient pas comprendre rapidement.
Lovino vira à gauche, dans une rue perpendiculaire. Plus sombre. La rue des dealers. Une des, en tout cas. La plupart d'entre eux étaient des mecs cleans et absolument insensibles à la drogue, sauf les petits du bas de l'échelle qui ne duraient jamais longtemps. Les hommes de confiance, subordonnés directs de Diego et Willem, avaient été sélectionnés par les soins des deux hommes, et étaient majoritairement hispaniques ou néerlandais.
Arrivé au bout de la rue sans encombre, Lovino s'adressa au groupe qui surveillait la frontière, ce soir-là.
-Rien à signaler? demanda-t-il.
Les trois jeunes portaient des pulls à capuches, rabattues sur leurs visages. Ils évitaient le regard de Romano, qui n'obtint pas de réponse.
-Hé. Je vous ai posé une question.
Il détestait qu'on le fasse attendre. Surtout quand la réponse attendue ne comportait que trois lettres, ce qu'il estimait être relativement facile à prononcer.
-Nan. lança finalement un d'entre eux.
Lovino fronça les sourcils.
Cette voix était ridiculement faible… Alors que les trois gardes-frontières, d'habitude, avaient des voix de stentors, pour être efficaces lors des descentes de flics.
Et puis… "Nan." Sérieusement, qui osait répondre ça à son supérieur?
Lovino eut tôt fait de faire le lien entre différents détails.
La voix. L'insolence. Les capuches. La tête baissée.
Lovino roula des yeux, sortit son Beretta de l'arrière de sa ceinture et plaqua celui qui avait parlé contre le mur, canon dans la nuque, agrippant ses poignets de sa main gauche pour l'immobiliser.
-C'est "non". Et avec un "monsieur", c'est encore mieux.
Il retira la capuche et découvrit un regard empreint de peur qui tentait toutefois d'afficher une assurance qui sonnait faux. L'homme était jeune, roux. Irlandais, à première vue. Rien d'un subordonné de Diego ou de Willem.
Il s'agissait d'un dealer ennemi. Lovino l'avait déjà vu dans des dossiers constitués par les espions de l'Impero.
Ces connards s'étaient introduits sur le territoire de l'Impero pour les narguer. Essayer de foutre la merde.
Encore.
Sauf que ceux-ci avaient probablement réussi. Qui savait depuis quand ils étaient là, à refiler la moindre saloperie au nom de l'Impero?
Lovino se plaça derrière l'homme, leva le cran de sécurité de son Beretta et s'adressa aux deux autres, tout en déplaçant son arme jusqu'à la tempe droite de son otage.
-Foutez toute la drogue par terre ou je lui explose le peu de cervelle qu'il a.
La sueur perlait sur le front du roux.
Il connaissait Romano. De réputation en tout cas. Impitoyable. Expert dans l'art de faire disparaître habilement et efficacement témoins et gêneurs. Il savait qu'il n'hésiterait pas à les refroidir tous les trois et à les fouiller après s'ils ne coopéraient pas. Aussi misérable qu'elle soit, il tenait à la vie.
Alors le "chef" fit un signe de tête à ses compagnons, qui vidèrent leurs poches et jetèrent quelques petits sachets de poudre blanche au sol.
-Retournez vos poches.
Les deux garçons s'exécutèrent et montrèrent des poches vidées de toute substance illicite.
-Bien… Maintenant, répondez. Depuis quand vous êtes ici?
L'un des deux garçons chercha l'approbation de son supérieur, qui la lui donna sans hésiter à mesure qu'il sentait le canon s'enfoncer un peu plus dans sa tempe.
-D… Depuis 20 heures.
-T'as pas intérêt à mentir…
-Je vous jure! C'est vrai… On est arrivé vers cette heure-là, et …
-Ta gueule. Tu parles quand je te pose des questions, basta! Combien vous en avez vendu?
-Qu… Quatre ou cinq…
-File-moi l'argent.
-C'est lui qu'il l'a…
Le jeune homme désigna l'otage.
Lovino tâta les poches du vieux jean, puis du pull, et en retira encore trois petits sachets et des billets froissés négligemment qu'il laissa tomber au sol.
-Maintenant, dis-moi. Je sais de quelle famille tu viens et je connaîtrai ton nom d'ici quelques minutes. Qui vous envoie? Votre patron? Ou bien vous êtes venus de votre propre chef?
La sueur perla sur le front de l'interrogé. Il avait encore plus peur. Il allait mentir…
Et Lovino avait horreur de ça. Il détestait qu'on le prenne pour un con. Il jouait au poker, et il était plutôt bon. On ne la lui faisait pas… Il savait reconnaître le bluff et les mensonges.
-C'est no… Je veux dire, c'est nous qui sommes venus. Comme ça… Pour déconner.
-Ah ouais? Avec moi ça déconne plus. C'est votre patron? Ne me mens pas.
-Oui… Oui, on nous a dit de venir ici!
-Typique. On envoie les petites frappes en éclaireurs comme ça le sacrifice est minime…
Lovino relâcha son otage et, pointant son arme sur les deux autres, ordonna:
-Dégagez d'ici. Et si je vous revois dans le coin, vous y passerez tous.
Les trois "malfrats" détalèrent sans demander leur reste, quittant prestement le quartier de l'Impero et passant en terrain neutre.
Lovino rangea son arme lorsqu'ils furent hors de vue.
Il se retrouvait donc dans une ruelle, seul, avec de la came.
Il n'y avait qu'une seule solution.
Il envoya un message à Willem avec sa position et lui demanda de venir dans les cinq minutes.
Ces cinq minutes furent les plus longues de la vie de Lovino. Il aurait bien prié pour que personne ne passe dans la rue, et pour que les flics restent chez eux ce soir. Car il était seul avec une grande quantité de drogue à ses pieds. Il était complètement désemparé. Il ne savait pas quoi en faire.
Il décida de la laisser à ses pieds. Si la police décidait de venir faire un tour dans le quartier justement ce soir, il valait mieux qu'on le trouve avec de la drogue à ses pieds plutôt que sur lui. Il pourrait toujours inventer une histoire comme quoi il avait trouvé ce tas de sachets par terre et qu'il n'osait pas y toucher, qu'il avait appelé le commissariat le plus proche mais qu'apparemment, ils avaient devancé son appel.
Le jeune mafieux inspira et expira profondément.
Il devait se calmer et faire taire les interrogations qui tourbillonnaient dans son esprit.
Un bruit de pas sur sa droite le fit sursauter. Il se sentit instantanément stupide lorsqu'il constata qu'il s'agissait de Willem, crête refaite, front dégagé. Une longue écharpe bleue et blanche était enroulée autour de son cou. Il portait un costume noir sur une chemise blanche.
-Un problème, Boss? demanda le Hollandais en arrivant à sa hauteur, main dans les poches. Qu'est-ce que tu fous les pieds dans la came?
-J'ai débarrassé trois intrus de leur marchandise. répliqua Lovino.
-Intrus? répéta Will. Qui?
-Carthago.
-Les fumiers. Excès de zèle?
Lovino hocha la tête, négatif.
-Initiative d'Amilcare.
-T'en es sûr?
-Le type a essayé de le protéger… Mais il a pas réussi à me mentir.
Amilcare, chef de la famille Carthago. Il avait été un ami de Rome et un allié de l'Impero… S'il réitérait une attaque de la sorte, et que sa trahison se confirmait… La pilule serait d'autant plus difficile à avaler et encore plus infâme pour un jeune homme qui, petit garçon, allait de temps à autres jouer au football ou aux voleurs avec les fils d'Amilcare.
-Merci d'être venu rapidement. reprit Lovino.
-J'étais pas loin. Un petit incident dans un squat…
-Tu as de quoi embarquer ça?
-Yep.
Le blond sortit un sac en papier, plié, de sa poche et se pencha pour le remplir des sachets de drogue.
Lovino l'aida et bientôt, ils quittèrent la ruelle.
-On va où? demanda le Hollandais.
-Votre planque, à Diego et toi. Faut qu'on examine ces trucs.
Willem hocha la tête et en silence, ils se dirigèrent comme un seul homme vers l'appartement en apparence abandonné, à quelques rues de là, qui servait à la fois de laboratoire, de bureau et d'entrepôt aux deux hommes qui étaient à la tête du réseau de drogue de l'Impero.
oOo
La famille avait acheté les deux derniers étages de la maison, le rez-de-chaussée et le premier étant occupés par un couple d'octogénaires plus très sensés et un groupe d'immigrés clandestins qu'un marchand de sommeil autorisait à dormir là en échange d'un loyer exorbitant.
Le grenier, dont l'entrée était cachée, servait de dépôt provisoire pour la… marchandise diverse que Will recevait des quatre coins du continent, sinon du monde, et de dépôt définitif pour de la paperasse.
L'étage inférieur, quant à lui, était un amas de bordel, de fauteuils défoncés, de bouteilles de bières vides, de microscopes et autres instruments chimiques, et d'armes, évidemment. Il y avait deux lits de camps, à l'écart du reste, au cas où l'un des deux hommes en aurait besoin, deux bureaux, et quelques chaises pour faire asseoir décemment les subordonnés. Cet appartement miteux avait été le décor de nombreuses nuits de crise, de longues semaines à vivre cachés, lorsqu'un des deux boss avait été compromis ou qu'un subordonné avait considérablement mis leurs affaires dans la merde.
Lorsqu'ils entrèrent, Willem ne prit pas la peine de s'excuser pour le bordel. Lovino avait l'habitude. Ni Diego ni Willem n'habitait sur place et n'en avait pour ainsi dire rien à foutre que leur lieu de travail soit nickel.
Le Néerlandais proposa un bière à Lovino, ouvrant un frigo d'au moins trente ans exclusivement rempli de boissons du genre. L'Italien déclina l'offre, il n'était pas d'humeur à boire ce soir.
Le blond haussa les épaules, décapsula une bouteille et en but une longue gorgée tout en se faufilant vers un des bureaux, où trônait un microscope.
Il se saisit d'un sachet de drogue et l'ouvrit. Renifla.
-Putain, je sais pas avec quoi ils l'ont coupée mais ça doit pas être un truc très réglo…
Après quoi, il déversa le contenu du sachet sur une petite plaquette de verre et, aussi précautionneusement qu'un chimiste, la plaça sous la lentille du microscope, avant de regarder dedans.
Lovino s'adossa au mur, bras croisés, attendant que le verdict tombe.
-Poudre à lessiver… Ciment… Produits chimiques… 'Doit pas y avoir un seul milligramme d'héroïne là-dedans. dit Willem après quelques minutes d'observations, puis de recherches sur un ordinateur.
Il releva la tête vers Lovino.
-Celui qui va utiliser ça sera dans un sale état. C'est vraiment de la merde.
-Cazzo! fit Lovino en serrant les poings. C'était ça, leur idée… Vendre de la merde en notre nom, sur notre territoire… Pour nous discréditer, nous mettre un ou deux décès sur les bras, peut-être…
-Ils en ont vendu beaucoup?
-Non, pas énormément… Mais ils en ont vendu. Il en faut pas énormément pour qu'une rumeur démarre.
-Godver, de rotzakken… marmonna Will. Qu'est-ce qu'on fait?
Lovino expira profondément. Il fulminait, mais tentait de garder tout cela à l'intérieur pour éviter de s'énerver sur un ami innocent qui lui était dévoué et utile.
-Là, tout de suite…? fit Lovino. J'ai comme une envie d'aller ravager le Palazzo Carthago, de réveiller ce fumier et de le tabasser jusqu'à ce qu'il crache ses excuses avec ses tripes et qu'il implore la pitié de Rome pour que j'arrête.
-Tu peux pas faire ça…
-Je sais. Admets que c'est profondément frustrant.
Will hocha la tête, compatissant.
-On va aller au Palazzo. Avant de faire quoi que ce soit, faut faire un rapport à Rome et attendre ses instructions.
-Lovino…
-J'ai dit Veneziano. On doit en parler au chef de famille avant de riposter. Même si ça me fait royalement chier, on doit les informer de la situation.
Willem darda sur lui un regard suspicieux. Lovino préféra lui tourner le dos et lancer:
-Viens avec moi. Tu donneras les précisions chimiques.
Le blond ferma le PC portable sur lequel s'affichaient encore les identifications des différentes molécules présentes dans la substance et suivi l'Italien à l'extérieur, prenant soin de verrouiller la porte après sa sortie.
-Tu sais où est Louise? demanda Lovino.
-Elle devait voir le directeur de l'agence de Madrid. Ils avaient rendez-vous dans un resto… Je suppose qu'ils doivent avoir terminé de discuter.
Lovino acquiesça et envoya un message à sa meilleure amie et seconde, usant de la phrase habituelle signifiant "rendez-vous au Palazzo Impero aussi vite que possible".
Après quoi, il passa les coups de fils nécessaires à la réunion d'un conseil.
oOo
Feliciano Vargas se tenait au balcon du premier étage du Palazzo Impero. Celui qui donnait à la salle de réunion un accès à l'air frais et une vue magnifique sur le jardin qui entourait le Palazzo.
Il était accoudé à la balustrade de pierre claire, un verre de vin à la main. Son visage encore un rien juvénile était dissimulé sous un masque vénitien, noir aux volutes et décorations dorées. Il portait un pantalon noir et une chemise blanche sous un gilet de costume noir dont le dos arborait le même genre de motifs dorés que son masque.
Derrière lui, en provenance de la grande salle de réunion illuminée par un lustre imposant, Feliciano entendit une porte s'ouvrir et se fermer avec un léger grincement familier.
Il se retourna, pour faire face à Roderich qui arrivait dans sa direction. L'Autrichien semblait de bien méchante humeur. Il avait probablement été interrompu dans un important travail par l'appel tardif de Lovino.
Quant à lui, l'actuel chef de famille était assez content que son frère l'ait appelé. Même pour un problème.
Depuis… La mort de Romeo… Leurs contacts avaient été très limités. L'aîné des Vargas s'était montré distant, constamment agacé et sur le qui-vive. Pas qu'il ne l'était pas en temps normal, mais… Il semblait réellement en vouloir à son cadet. Son amertume s'était accentuée.
Pendant un moment, Feliciano avait bien cru que Lovino se détacherait définitivement de l'Impero. En un sens, cette réunion de crise était le signe qu'il n'en était rien et que même à contrecœur, il restait fidèle à l'Imperatore qu'était devenu Feliciano.
-Ils sont arrivés. annonça Roderich.
Sa voix laissait clairement entendre sa mauvaise humeur.
-Lovino, Louise, Willem… Ainsi que Feliks et Elizabeta, comme je te l'avais demandé?
Roderich opina.
-Tu ne les as pas fait entrer?
-Je voulais te prévenir d'abord. M'assurer que tu étais prêt.
-Je le suis! Va vite les chercher, ils vont se vexer!
Roderich s'empressa de sortir de la pièce, tandis que Feliciano, après avoir fermé la porte menant au balcon, s'installait en bout de table.
Ses doigts effleurèrent la surface lisse et brillante de la table de bois clair impeccablement cirée.
L'ensemble du Palazzo était décoré avec goût, privilégiant des meubles anciens et majestueux s'accordant avec l'âge et le style du bâtiment entièrement parqué et aux plafonds hauts sculptés de moulures.
La porte s'ouvrit à nouveau. Roderich s'effaça pour laisser entrer une flopée de personnes. A sa tête, Lovino, bien sûr, suivi de sa seconde. L'exquise blondinette portait une veste de tailleur noire cintrée, au décolleté affriolant, un pantalon assorti et de vertigineux hauts talons vernis noirs. Ses cheveux cascadaient librement sur ses épaules, seulement retenus en arrière par un serre-tête noir.
Derrière elle, son frère Willem, qui avait apparemment emporté son air renfrogné avec lui.
Enfin, ce furent les subordonnés de Feliciano qui passèrent la porte. Feliks Lukasiewicz et Elizabeta Hedervary.
Le jeune homme blond dormait visiblement lorsqu'il avait été mandé par Roderich pour une réunion d'urgence, et s'était habillé à la hâte d'une chemise rose pâle à peine boutonnée et d'un pantalon gris clair. La jolie brune qui l'accompagnait, quant à elle, portait une robe courte d'un bleu saphir, rehaussée de perles, et était perchée sur des sandales à hauts talons du même ton.
Feliciano ne put réprimer un sourire. Qui pourrait croire, en la voyant ainsi tirée à quatre épingles, qu'elle officiait dans le milieu mafieux déguisée en homme?
Le jeune Italien les salua tous et les invita à s'asseoir. Lovino, Louise et Willem s'assirent à sa gauche, ses subordonnés à sa droite.
-Qu'est-ce qui nous réunit? demanda Feliciano, s'adressant à son frère.
-Une attaque. répliqua ce dernier du tac au tac. Des dealers à la solde de Carthago se sont présentés sur notre territoire cette nuit et ont vendu quelques sachets de drogue en notre nom.
-Drogue, c'est un bien grand mot, d'ailleurs. intervint Willem sur un signe de Lovino. Il s'agit plutôt d'un composé de substances poudreuses et blanches qui y font penser. La quantité d'héroïne dans ces sachets est infime. Il y a fort à parier que quiconque absorberait ce truc se retrouverait dans un sale état.
-Les intentions de Carthago sont donc claires. reprit Lovino. Amilcare ne voulait pas réquisitionner notre territoire, il voulait seulement salir notre réputation. Faire vendre de la merde sur notre territoire, pour que les retombées malheureuses nous incriminent et que la qualité de notre marchandise soit mise en doute. Par là, je suppose qu'il espère récupérer l'hégémonie sur la drogue que Will et Diego lui ont dérobée il y a quelques années.
Il marqua une pose, attendant les réactions du public non encore informé.
Mais elles ne vinrent pas. Elizabeta, Roderich et Feliks se contentèrent de regarder Feliciano, dont le visage masqué restait impénétrable.
-On ne peut pas le laisser agir de la sorte. poursuivit Lovino. J'ai impressionné les dealers, Amilcare est probablement déjà au courant de notre petite… Algarade.
-Tu leur as fait du mal? s'enquit Roderich.
-Non. Je me suis contenté de les menacer.
-Tu as bien fait, les effusions de…
-Merci, Roderich, je me passerai de ta bénédiction. Je sais ce que je fais. Bref. Il faut riposter et montrer à Amilcare que nos territoires sont défendus, et que nous ne laisserons pas un rival s'en prendre à nous.
La voix douce de Feliciano retentit pour la première fois.
-Amilcare et Carthago ne sont pas des rivaux, Fratello. Souviens-toi, c'était un bon ami de Rome.
Lovino répliqua, affecté:
-Il semblerait que le temps de l'amitié soit révolu, Feli. Et que même nos anciens alliés tentent de profiter de la situation quelque peu… inhabituelle de ces derniers temps.
-Il ne s'agit pas de profiter de la situation! intervint finalement Roderich. Ce n'est qu'un incident… Quelques grammes de drogue ne vont pas changer le cours des choses. Je ne crois pas qu'il faille s'inquiéter, puisque Lovino leur a fait comprendre de ne pas réitérer l'expérience. Nous n'en entendrons plus parler.
-Tu négliges les conséquences que ça pourrait avoir.
-Qu'est-ce que tu proposes comme riposte, dans ce cas, Lovino?
-Déjà, rendre l'incident public. Pour bien faire comprendre qu'il ne s'agit pas de notre marchandise, et réitérer la confiance que les…Clients ont en nous. On a une réputation à tenir, et un business à garder. Il faudrait que nos dealers renforcent leur vigilance et qu'on déploie quelques hommes de terrain pour surveiller nos quartiers pendant un temps. Ensuite, faire savoir à Amilcare que puisqu'il a rompu l'entente qui unissait nos familles, nous sommes prêts à agir avec les gars de Carthago qu'on trouve sur notre territoire comme avec les autres. Un exemple serait le bienvenu, s'il pouvait tenter de nouveau l'expérience et se faire attraper. Je ne parle pas d'une guerre ouverte. Seulement d'un renforcement de nos positions et d'une mise en état d'alerte. On doit se tenir prêt à riposter dans le cas d'une nouvelle provocation.
-Ca me semble être une sage stratégie… fit Feliciano, pensif. Roderich?
Le conseiller ainsi mandé remonta ses lunettes sur son nez et dit:
-C'est totalement inconsidéré. Je crois que je ne dois rappeler à personne que notre trafic d'armes bas de l'aile, en ce moment. Or, Carthago est à même de nous supplanter. Il l'aurait déjà fait s'il s'était sérieusement penché sur la question. Nous ne pouvons pas nous permettre de perdre la main mise sur les armes, mais si nous ripostons face à cette légère incursion, c'est ce qui va arriver. Ca ne manquera pas d'arriver si nous attirons l'attention d'Amilcare sur nous. Nous n'avons aucun intérêt à riposter. Cela nous serait même bien plus dommageable. Je préconise de laisser couler. Passons l'éponge.
-Putain, Roderich! Tu n'as pas encore compris que c'était justement ça, la mafia? Un combat quotidien? Il faut se battre, montrer les crocs pour continuer à prospérer et à être respecté. C'est pas en se planquant que ça risque d'arriver! rugit Lovino.
Feliciano le fit se rasseoir d'un "Lovino… S'il te plaît." et s'éclaircit la gorge.
Il savait que ce qu'il allait dire ensuite ne plairait pas à son frère, mais il devait le dire.
-Roderich a raison. Nous ne pouvons pas nous permettre de riposter.
Lovino écarquilla les yeux et ouvrit la bouche, comme pour répliquer violemment.
Le choc l'empêcha de parler. Il désigna tour à tour Roderich puis Feliciano de la main, l'incompréhension peinte sur son visage. Feliciano avait retourné sa veste en deux temps trois mouvements… Seulement parce que Roderich avait démonté le plan de Lovino?
-On ne peut pas se laisser marcher sur les pieds sans lever le petit doigt! s'offusqua-t-il.
-Le sujet est clos. trancha Roderich.
Lovino sentit la main de Louise serrer la sienne. Elle tremblait de rage. Elle était de son avis. Mais elle l'incitait à se calmer. Tous les refroidir ce soir ne ferait que leur apporter des emmerdes.
Lovino inspira profondément et tenta de se calmer, sans succès.
Il se leva, dans un bruit de raclement de chaise qui brisa violemment le silence.
-Je croyais, dit-il d'une voix calme mais pleine de mépris, qu'il y avait des couilles à la tête de cette famille… Visiblement Rome les a emmenées avec lui… Et les valeurs de l'Impero avec elles.
Il quitta la salle en claquant la porte plus fort qu'il ne l'aurait souhaité, laissant derrière lui six visages médusés et choqués.
oOo
Il avait atteint le hall du rez-de-chaussée lorsque, dans les escaliers de marbre blanc, des hauts talons claquèrent à toute vitesse.
-Lovino!
Louise.
L'Italien pesa le pour et le contre.
Il ne valait mieux pas qu'il parle. Il était trop en colère pour ça. En arriver à un point où il était capable d'avoir l'air calme n'annonçait rien de bon. Il était préférable pour Louise qu'elle n'ait pas à éponger sa colère une fois de plus. Elle n'y était pour rien. Or il ne manquerait pas de s'énerver contre elle s'ils commençaient à en parler.
Et il culpabiliserait aussitôt.
Il avait définitivement besoin d'autre chose.
Alors qu'elle courait après lui dans le hall, il ne s'arrêta pas. Il quitta le bâtiment et claqua la porte, sans un mot, sans un regard.
Elle s'arrêta à mi-chemin. Elle eut une moue de déception. Puis elle sourit.
Si Lovino estimait ne pas devoir lui parler, elle respecterait sa volonté. Généralement, il suffisait de tendre la main à Lovino pour qu'il vienne discuter et évacuer.
Si, ce soir, il avait refusé la main tendue, elle ne pouvait rien faire pour lui. Elle aurait pu le suivre au dehors, mais à quoi cela aurait-il servi? S'il ne voulait pas lui parler, il ne lui dirait rien, peu importait ce qu'elle pourrait lui inventer pour qu'il crache le morceau.
Il avait besoin d'être seul.
Soit.
Elle lui envoya rapidement un SMS.
Si tu changeais d'avis, je suis là. Peu importe l'heure qu'il sera. Ne fais pas de conneries. Dis-moi que tu vas bien demain matin.
Puis elle tourna les talons et remonta au premier étage.
Les autres avaient quitté la salle de réunion. Willem marcha dans sa direction et les deux Vermeulen quittèrent les quatre personnes avec des salutations cordiales lancées d'une même voix glaciale.
oOo
Lovino rejoignit la rue après la traversée du jardin.
Il ressassait ses idées noires. Il ressassait son énervement. Il pensait à l'honneur de la famille qu'elle allait elle-même souiller. Il pensait à Rome. Aux mesures qu'il aurait prises.
Il se fustigeait.
Lui et sa putain de piété filiale.
Du temps de Rome, dans un cas pareil, il était impensable d'agir sans l'avis de l'Imperatore. Il était normal de réunir un conseil pour ce genre de choses.
Et Lovino avait gardé cette habitude.
Il n'aurait pas dû.
Il aurait dû passer cet épisode sous silence et agir comme il le sentait, sans attendre le feu vers de Feliciano –ou de Roderich, en fait.
Le mal d'estomac le guettait.
Trop de rage et de ressentiment.
Il fallait qu'il se change les idées…
Facile à dire.
Il était seul, il devait être environ deux heures du matin et il se voyait mal retourner dans les quartiers chauds dans son état.
Il poussa un profond soupir et mis les mains dans les poches de son pantalon, ses doigts se refermant autour d'une boulette de papier.
Il fronça les sourcils et la sortit de sa poche.
C'était un ticket de caisse.
Avec un numéro écrit à l'arrière.
Celui d'Antonio.
Sans même qu'il s'en rende compte, Lovino sourit. Il sortit son téléphone et composa le numéro indiqué.
Quelques sonneries.
Puis une voix pas le moins du monde ensommeillée qui lui répondit.
-Lovi?
-Salut, Antonio. Je te dérange pas?
-Non, pas du tout! Tu viens de me tirer de corrections inintéressantes…
-Oh… Tu te souviens de ta proposition?
-Si ça concerne des cours de langues, je crois que je m'en rappelle, en effet.
-Ca tient toujours?
Antonio ricana.
-En quoi puis-je t'être utile? demanda-t-il.
Chaud chaud! 8D
Traductions
Solo Stasera : seul ce soir (italien, chanson de Sonohra toujours)
Hi man : salut mec (anglais)
So : bon, donc (anglais)
Basta : assez, c'est tout (italien)
Cazzo : putain (italien)
Godver, de rotzakken : putain, les salauds (néerlandais) (je pourrai me vanter de l'avoir travaillé pendant les vacances, ahem...)
Fratello : frère (italien)
Je compte poster les vêtements que les personnages arborent dans les trois premiers chapitres bientôt. Dès que possible, en tout cas. Sur mes blogs. Je vous tiens informés via twitter (at NinielKirkland)
Quelques explications s'imposent au sujet de Carthago...
Carthago est le nom latin pour Carthage. J'ai trouvé intéressante l'idée de mettre Rome, ou l'Impero, en concurrence avec Carthage. Petit cours d'histoire: les guerres Puniques ont opposé Rome et Carthage dans l'Antiquité. La plus célèbre anecdote est l'affrontement d'Hannibal, fils d'Hamilcar (Amilcare en italien) et de Scipion l'Africain, général romain. Voili voilou :3
Merci de votre lecture et a bientôt (j'espère)!
