Voilà donc le chapitre deux.

Petite précision, les souvenirs d'Alexander sont écris à la première personne et au présent, pour contraster avec le reste du récit. Hésitez pas à nous le dire si c'est étrange ou dérangeant à la lecture. C'est également en gras et en italique.

Merci à Flavy pour ta review

Oui Magnus est un peu déboussolé, trop de mélange de sentiments.

Contentes que l'idée de la boite te plaise, elle sera de retour bientôt

La suite est compliquée, mais j'espère que ton petit cœur ira tout de même bien

merci encore à toi

Mea culpa Shaniice on a un peu oublié de te répondre. Je te laisse lire pour les réponses à tes questions.

Le liens d'amitié Cat-Ragnor-Magnus continuera à être important tout au long de la fic

On comprend que les couples « rajouté » puisse ne pas être apprécié. Toutefois, Ragnor et Raph continueront de faire des petites visites dans la fic, par petite touche parce qu'on les aime ^^

Trève de blabla, bonne lecture


L'air frais de ce mois de novembre lui cinglait le visage. Derrière lui, Magnus ressentait le poids de l'institut l'écraser. L'aura de ce lieu qu'il avait jusqu'à maintenant considéré comme néfaste, une des plaies de leur monde, recelait désormais en son sein, bien plus qu'il n'aurait osé l'imaginer.

Alexander.

Il ne s'arrêta pas sur cette pensée, pas plus que sur une autre d'ailleurs. Il devait marcher. Simplement avancer sans but précis. Aller droit devant lui, où ses pieds le porteraient. Il n'était qu'un individu dans la masse, rien d'autre.

L'heure d'or nimbait les rues d'une atmosphère de mystère. A une époque lointaine, son Alexander adorait peindre sous cette lumière si particulière. À l'orée du dix-huitième, tout paraissait alors possible, Alexander était un lycan, passionné d'art et membre de la petite noblesse. À cette vie là, il l'avait perdu à 39 ans, d'une bête chute de cheval. C'était Alexander qui lui avait fait apprécier la beauté du monde, comme il la voyait alors.

Ce dernier avait toujours eu un regard pur sur ce qui l'entourait. Cette fois faisait-elle exception ? Comment garder son innocence au milieu des shadowhunters ? Comment demeurait qui il était au milieu d'eux ?

Magnus se souvenait de Florence, d'un coucher de soleil partagé depuis la piazalle Michelangelo, du parfum entêtant du Giardino delle Rose un soir d'avril, de la magnificence de la chapelle des Médicis où l'on se recueillait sur les tombeaux du grand Lorenzo et de son frère Guiliano, à l'aube des grandes batailles, pour se donner force et espoir. Ça lui aurait été d'un grand secours, ce soir.

Oui, Magnus se souvenait beaucoup trop. Les éclats de rire d'Alexander qui pourfendaient l'air, les sarcasmes non dénués de douceur, les sourires lancés à la dérobé, la complicité palpable….

Tout le ramenait toujours à lui.

Depuis qu'il avait rencontré Alexander cette toute première fois, depuis le sort. Il n'avait cessé de l'attendre, d'espérer une prochaine fois clémente.

soixante-dis ans s'était écoulé depuis que l'ordre le lui avait si brutalement arraché. Le jeune Lightwood avait vingt-cinq ans désormais. Peut-être Magnus avait il loupé la neuvième vie d'Alec? Celle ci serait alors en réalité la dixième ? Peu probable. Les âmes sœurs se retrouvaient toujours, c'était dans l'ordre des choses. Elles étaient inévitablement attirées l'une par l'autre, des aimants naturels en sommes. Magnus ne voulait pas songer ne pas l'avoir retrouvé, avoir loupé l'une de ses existences. Cela aurait été trop cruel. Il avait écumé le monde à sa recherche, il n'aurait put manqué Alec. Jamais.

Magnus n'était homme que d'un seul amour. Alexander. Peu importait les difficultés, peu importait le temps, peu importait la confrérie, il ne pouvait se détourner de lui. C'était simplement impossible. Le lien l'en empêchait, l'en empêcherait toujours. Il n'y avait pas de tromperie chez les âmes sœurs, pas d'abandon. Aller voir un autre était simplement impossible. Quand une personne autre qu'Alexander lui témoignait de l'intérêt, Magnus se sentait désintéressé, presque nauséeux parfois. Son cœur était ailleurs. Au côté d'Alexander à jamais.

Le warlock ne voulait pas penser, pas s'arrêter sur la douleur qu'il sentait tapi en lui, le paralysant, l'asphyxiant, comme une ombre attendant son heure, prête à surgir, à l'étreindre jusqu'au trépas.

Il devait simplement continuer à avancer, rien d'autre.

Les immeubles défilaient, tout autant de pierres grises, ocres, brunes. Il ne savait pas où il allait. Il s'en moquait. Il ne voulait simplement pas s'arrêter, il se devait de mettre de la distance entre lui et l'Institut. Entre lui et Alexander

Un ton aimable s'adressa à lui, il n'y prêta pas attention, suivant simplement ses pieds là où ils voulaient bien le mener. Juste continuer d'avancer.

Ses mains le brûlaient, son cœur semblait sur le point d'éclater, son esprit était vide et embrumé à la fois.

Il s'arrêta. Un immeuble d'une dizaine d'étages dans un quartier huppé. Des pierres foncées et un charme ancien. Il ne connaissait que trop bien cet endroit.


Ragnor.


La magie faisait partie de la vie de Ragnor, cela faisait même partie intégrante de lui, de ce qu'il était. Il ne s'en trouvait pas mal loti. Il aimait être sorcier. Il aimait sentir la magie affluer en lui, il aimait cette sensation sans toutefois se laisser porter par elle. Il avait du sang démoniaque dans les veines. Oui. Comme du sang humain. Il ne voyait pas l'intérêt de rejeter plus un côté de lui, que l'autre. Il avait depuis longtemps accepté ce qu'il était.

Deux parties qui formaient un tout. Lui.

Il savait reconnaître les traces et les effets de la magie. Il connaissait Magnus depuis des siècles, littéralement. C'était son ami le plus proche avec Catarina. Il aurait pu reconnaître sa magie entre mille.

Il ressentit donc son compère approcher, ne fut pas étonné quand il entendit une clé dans la serrure de la porte d'entrée et une poignée s'actionner. La magie du warlock était plus puissante que d'habitude, moins sous contrôle. Il s'était passé quelque chose et cela ne lui disait rien qui vaille.

Magnus se planta devant lui sans un regard, sans un mot. Poings crispés le long de son corps , paupières serrées, visage tendu, des volutes blanches suintaient de ses paumes. Ses épaules étaient parcourues de léger soubresauts. Il luttait.

Raphael préparait à manger dans la cuisine, l'un des plats préférés de Magnus qui plus était, du Curry japonais.

Raphael.

Le sorcier cornu ne pourrait réfléchir normalement tant que son âme sœur était si proche d'un danger potentiel. Même si ce danger c'était Magnus

Ce dernier savait se contrôler habituellement. Il brillait même en cela. Une telle puissance n'était pas aisée à maîtriser, pourtant lui avait vite trouvé le moyen de la dompter. Mais ce soir semblait différent. Durant quatre siècles, Ragnor l'avait vu endurer courageusement huit morts d'Alexander. Huit fois il l'avait perdu.

Aujourd'hui était la neuvième fois qu'il le retrouvait.

Jamais, il ne l'avait vu renoncer à l'espoir.

Jamais il ne l'avait vu perdre pied. Pourtant, cela avait quelque chose de prévisible, d'inéluctable. Magnus n'avait que trop souffert, il fallait qu'il extériorise d'une manière ou d'une autre. Ragnor serait là, il le serait toujours pour lui.

Le sorcier cornu se sentait oppressé. Raphael passait avant tout et toute chose. Il fallait qu'il s'en aille. Maintenant. Il pourrait penser quand Raphael serait loin, en sécurité.

_ Raphael

Un simple mot. Ils n'avaient pas besoin de plus. Il entendit son compagnon quitter la cuisine, puis l'appartement, un bruit de porte que l'on ne claque pas.

Il fut soulagé que tout soit si simple, pas de discours interminable, pas de négociation houleuse. Raph savait pourquoi son âme sœur agissait ainsi et il respectait cela. Ragnor n'avait aucun doute sur la destination de son âme sœur, il allait passer sa soirée chez Catarina. Leur amie fidèle. Bien heureusement la nuit noire protégerait efficacement Raph. Le voir brûler sous le soleil n'aurait pas été d'un grand secours pour Magnus. Lui et Ragnor auraient-ils pleurés ensemble au moins.

Au son de la lourde porte qui se referma, Ragnor respira plus facilement. Magnus avait toute son attention désormais.

Le grand sorcier de Brooklyn ouvrit les yeux. Un regard mordoré, une pupille semblable à celle d'un chat.

_ Il …

La voix n'avait pas les notes enjouées habituelles, en lieu et place, il y avait une douleur sourde, vibrante, trop longtemps maintenue sous silence.

Ragnor avait une irrépressible envie de prendre son compère dans ses bras. De le serrer contre lui, d'effacer toute cette tristesse, de lui dire que tout irait pour le mieux maintenant, qu'il ne fallait plus avoir peur. Mais il se retint. Magnus n'avait pas besoin de ça, pas maintenant. Il avait besoin de lâcher prise et de se raccrocher à une épaule solide. La sienne.

Parfois Ragnor essayait d'imaginer le supplice qu'avait vécu son acolyte de toujours. Parfois, il imaginait sa vie sans l'éclat malicieux dans les prunelles sombres, sans la voix chaude qui chantonnait quand il préparait à manger, sans l'ironie acérée, sans les frissons que lui provoquait chaque caresse, chaque baiser, sans voir son visage ensommeillé chaque matin...

Une vie sans Raphaël

À chaque fois, une simple pensée s'imposait. Il ne pouvait pas vivre sans lui. C'était terrifiant de vide, de rien.

À chaque fois, il sentait presque la folie l'effleurer.

Magnus était l'être le plus solide qu'il avait rencontré durant sa trop longue existence, le warlock cornu le respectait pour cela, mais il était temps que Magnus accepte ses propres failles. Tout irait mieux après, Ragnor en était persuadé. Il avait besoin d'évacuer ce trop plein de douleur contenue.

Pour cela, il se fit violence, consoler Magnus maintenant, c'était nier sa souffrance, la minimiser en un simple chagrin passager. Elle devait s'écouler, se déverser comme le pus d'une blessure, sous peine au contraire, d'altérer tout ce qui était bon en lui.

_ Non, s'exclama fortement Magnus

Le déni pour seul rempart. Une arme comme une autre

_ Alexander, un Shadowhunter

La voix était perplexe, elle refusait la vérité. Il aurait préféré un mensonge. Magnus aurait sans doute voulu que Ragnor s'écrit à l'erreur, qu'en réalité ce n'était pas Alexander et qu'il avait trouvé « le vrai Alexander » ailleurs. Mais aussi désolé que fut Ragnor, c'était bien son Alexander,son âme sœur c'était pour sa neuvième vie réincarnée en shadowhunter, dans la famille Lightwood. Le destin avait un sens de l'humour déplorable.

Les volutes s'intensifiaient en brume blanche et épaisse. Un premier livre s'échoua sur le mur devant Magnus à quelques mètres de Ragnor. Celui-ci n'esquissa pas le moindre geste. Il avait une confiance absolue en son compère. Il ne lui ferait aucun mal.

_ Je sais, résonna la voix calme de Ragnor

Une chaise se tordit dans un axe peu naturel, les volutes allaient ça et là attrapant, frappant les objets au hasard.

Magnus fixa son compère. Bien sûr qu'il savait, il avait tout vu, était resté là à chaque fois, ami fidèle. Mais contre ce qui acculait son comparse en l'instant, il ne pouvait rien. Il n'avait aucun moyen d'adoucir la peine un tant soit peu

_ Je .. un Lightwood

Magnus avait jeté ce dernier mot comme une insulte. À bien y réfléchir, s'en était probablement une pour lui.

_ J'emmerde cette famille Ragnor, j'emmerde les chasseurs d'ombres

La table basse qui ornait le salon s'envola et retomba avec fracas sur le sol. Ragnor ne quittait pas le warlock des yeux, près à réagir au besoin. Il voulait apaiser, rassurer, mais pas maintenant, c'était encore trop tôt.

_ J'emmerde le destin, j'emmerde la douleur, j'emmerde ce sort, j'emmerde la confrérie de l'ancre, j'emmerde … qu'ils aillent tous en enfer. J'emmerde…

La colère qui suintait de lui cachait autre chose. Une souffrance sourde que Ragnor ne connaissait que trop bien. Il l'avait vu souvent tapi dans le regard rieur. Elle reprenait désormais ses droits.

Tout volait en éclat. Chaises, canapé, objets en tous genre. Les volutes de magie se déchaînaient. Ragnor ne bougeait pas, hormis pour pulvériser les éclats perdus qui se dirigeaient parfois vers lui. Il était le calme dans la tempête qu'était Magnus. Il lui devait d'être son pilier, de ne pas ployer sous le vent.

_ 47 ans. C'est jusque là la vie la plus longue d'Alexander. Je vais le perdre à quel âge cette fois Ragnor? Combien de temps il nous reste ? Les shadowhunters ne dépassent que rarement la trentaine. J'ai quoi un an, deux avant que la confrérie ne nous rattrape ? Ah non j'oublie sa poisse légendaire. Alors un, deux mois avant qu'un démon ne soit plus fort que lui ?

Magnus envoya sa magie se fracasser sur le meuble de l'entrée. Ragnor ne s'en ému pas. Ils auraient le temps de réparer tout ça, plus tard. D'abord Magnus

_ Un Lightwood. Et s'ils avaient annihilé tout ce qu'il est ? Cette famille salie tout, ruine tout. Le fils de Maryse et Robert. S'il n'avait plus rien de celui que je connais, de celui que j'aime à en crever?

Ragnor connaissait suffisamment son compère pour savoir que ce qui l'effrayait était exactement le contraire. C'était Alexander. Quoi qu'il advienne, Magnus était amoureux d'un Lightwood

Le sorcier cornu sentait la carapace de son comparse s'effriter. Il rendait peu à peu les armes.

Les jambes de Magnus cédèrent sous son poids et il se retrouva genoux au sol. Avec un sort, Ragnor adoucit l'impact.

_ Chasseur d'ombres. Pourquoi ? L'aimer lui c'est trahir toutes les créatures obscures, Cat, Raph, toi. C'est Alexander, Ragnor. Pas une neuvième fois. Dis moi qu'il n'y aura pas de neuvième fois. Je peux pas le perdre encore ou je me perdrais aussi.

Des sanglots secouaient désormais les épaules dessinées.

_ Je peux pas. Pas cette fois. Pas après tant de temps. Je peux pas le perdre une neuvième fois Ragnor. J'en serais incapable."

Les sanglots rendaient son élocution laborieuse. En un instant les bras de Ragnor l'enserrèrent en un étau protecteur. Il sentait les poings puissants de Magnus heurter son dos pour se défaire de lui, il sentait les coups, entendait les insultes, percevait la magie qui se déchaînait, qui déferlait sur lui en autant de vague désespérées, mais il tint bon. Il était sorcier, il n'y avait là rien qu'il ne pouvait régler avec un sort. Sauf Magnus.

Ragnor continuait à lui chuchoter des mots apaisants, réconfortants, autant de mots doux en flot incessant. Il caressait les cheveux ébouriffés en un geste presque mécanique, le serrait contre lui dans ses bras. Ils étaient au sol un enchevêtrement de membres et de vêtements. Ragnor ne partirait pas. Magnus pouvait bien tempêter, autant qu'il le voulait. Il resterait, force immuable.

_ Je sais trésor. Je suis là. Ça va aller tu verras. Rien n'est aussi terrible qu'il n'y paraît. Je suis désolé mon trésor, j'aurais voulu pouvoir t'aider quand il partait. Je sais, shhhh Mais il est là maintenant. Ça va aller Magnus. Je te promets que ça va aller. Accroche toi d'accord. On trouvera une solution. Là ssshhhh. Là mon trésor. Mon tout petit, ça ira. Je suis sûr que ça ira. Je suis là trésor, sssshhhhh. "

Des mots jetés dans le désordre, mais avec toute l'affection et l'amour du warlock. Après quelques paroles, Magnus accepta enfin l'étreinte, s'accrochant à Ragnor comme à son dernier espoir.

Avec le temps , les lourds sanglots laissèrent la place à des larmes silencieuses. Ragnor ne desserrait pas son étreinte. Continuait à parler, à rassurer.

La nuit serait longue. Il y aurait d'autres assauts de douleurs. Magnus relâchait enfin la souffrance de huit morts, la bataille n'était pas terminée, mais il n'affronterait rien seul. Ragnor serait son arme, son bouclier.

Son ami. Son frère.


La lumière bleutée de l'écran l'aveuglait à moitié. Il était tard, bien plus que la décence ne le permettait. Alexander ne trouvait pas le sommeil. Ça faisait des heures qu'il tournait et se retournait dans son lit. Il avait finalement décidé de se lever et de céder à ce qui le maintenait éveillé.

Il se sentait redevable du grand sorcier de Brooklyn. Il l'avait sauvé. Rien ne l'y obligeait, pourtant le chasseur d'ombre était en vie grâce à lui. Il se devait de le remercier personnellement. Alexander n'aimait devoir une dette à quiconque et à un sorcier encore moins qu'à un autre, sans doute. Probablement pas. Une créature obscure comme une autre. Une personne comme une autre.

C'était ce sentiment de culpabilité qui l'avait amené là à fureter dans les dossiers de l'Institut, pour trouver son adresse. Il n'avait pas eu de grandes difficultés à obtenir ce qu'il voulait, l'informatique était un brillant outil pour ça. Il lui fallait simplement l'adresse du warlock. En théorie son plan était simple. Trouver l'adresse, lui rendre visite à son domicile, le remercier et tout serait terminé. Ils seraient quittes.

Néanmoins, cela faisait de longues minutes qu'il contemplait la photo rattachée au dossier numérique.

L'homme, qu'il identifiait donc comme Magnus Bane, portait un queue de pie, costume typique du XVII ème siècle. La photo en noir et blanc ne rendait naturellement pas justice aux couleurs, les rendant peu identifiables.

Pourtant, Alexander aurait juré que les fines lignes sur les manches étaient dorées.

Les yeux d'or.

_ Alec qu'est-ce que tu fais? Il est tard. questionna sa mère.

Maryse Lightwood le scrutait depuis l'embrasure de la porte. Il sentait ses joues rosir et remercia intérieurement l'absence de lumière pour le camoufler aussi bien au regard maternel. Sa peau pâle était un calvaire dès qu'il était un tant soit peu gêné.

Sa mère scrutait l'écran où Magnus Bane était affiché.

Elle ne bougerait pas jusqu'à ce que son fils lui fournisse une explication. Sans avoir l'interdiction d'être ici, il n'avait toutefois pas l'autorisation de s'y tenir non plus.

_ Je me demandais juste qui il était. C'est tout. Je vais me coucher. Bonne nuit.

Sa mère n'en croyait pas un mot il en était certain, mais elle n'en dit rien. Il retourna donc se coucher et s'endormit comme une masse.


C'était ridicule. Faire les cent pas ainsi dans le couloir de l'immeuble du sorcier était purement ridicule. Il voulait le remercier, il était venu là pour ça. Alors qu'il le fasse. Entrer, dire merci, puis repartir. Un jeu d'enfant.

Alec frappa à la lourde porte. Magnus vint lui ouvrir rapidement.

_ Rag…

Le reste de sa phrase se perdit dans une quinte de toux. Alexander comprenait facilement sa surprise, ce n'était pas vraiment dans les habitudes des shadowhunters de rendre des visites impromptues. Il était censé préciser qu'il n'était pas venu le tuer? Il aurait dû amener une carte ? Un bouquet de fleurs? Du vin ? Du chocolat ? Il avait entendu Clary dire que c'était de coutume chez les terrestres.

_ Bonjour, je suis désolé de vous importuner. Je voulais juste vous remercier pour, être en vie je suppose.

Le Lightwood essayait là un trait d'humour. C'était habituellement la spécialité de Jace, mais il n'était pas là. Le sorcier n'esquissa pas l'ombre d'un sourire. Alexander laisserait son frère jouait les bouffons à l'avenir, il ne brillait pas vraiment pour ça visiblement.

Le ton du chasseur d'ombres était plus guindé qu'il ne l'aurait voulu. Remercier un warlock n'était pas facile, mais il avait une dette d'honneur, il voulait la régler.

_ Entre.

La voix du sorcier sonnait davantage comme une sentence que comme une invitation, mais soit.

Le warlock n'attendit pas sa réponse pour retourner d'où il venait. Une odeur d'œufs brouillés aux épices et de cheddar embaumaient l'air. Il l'avait dérangé en plein petit-déjeuner visiblement. C'était donc normal que la créature obscure se montre froide et distante. Lui non plus n'était pas particulièrement aimable avant d'avoir englouti de la nourriture le matin.

_ Je peux te proposer un café ?

Un mouvement de tête nonchalant vers la machine posée là que suivit des yeux Alexander. Une machine à café italienne, Alexander en était certain. Cette machine particulièrement lui était étrangement familière.

A la radio une chanson que j'aime passe, Sinatra levait les foules depuis quelques mois, comme la guerre mais pour de toutes autres raisons. Une odeur de café fraîchement moulu. Je verse la juste dose dans le récipient j'ajoute l'eau bouillante et remet le piston pour que le marc ne se mélange pas avec le délicieux nectar, tout en chantonnant légèrement en rythme.

« Night and day, day and night, why is it so
That this longing for you follows wherever I go?
In the roaring traffic's boom
In the silence of my lonely room »

Un rire me répond, je sens un corps se lover contre mon dos. Une voix s'élève

_ Et de quel désir parles-tu amour?

Je laisse un sourire étirer mes traits et regarde à nouveau mes mains. Avec le soleil ma peau se tanne davantage, ça à l'air de lui plaire.

_ Chasseur d'ombres

Alec regarda le sorcier hébété, puis ses mains, puis à nouveau le sorcier, puis la machine. Cette voix. C'était celle qu'il avait entendu. Cette machine, celle qu'il avait utilisé.

Impossible

Il ne devait pas être remis totalement finalement de sa mésaventure avec le démon. Il venait de se "voir" préparer du café dans cet appartement, avec cette machine. Impossible, il avait vu ses mains, la peau en était hâlée et c'était la première fois qu'il venait ici.

Peut être que c'était là une trace du sort de Magnus. C'était probablement un de ses souvenirs. C'était une scène de vie absolument anodine, pas besoin d'en faire un monde.

Pourtant quand il avait chanté, ce n'était pas la voix de Magnus qu'il avait entendu. Par contre cette phrase _ Et de quel désir parles tu amour? C'était bien lui qui l'avait dîtes.

Impossible. Il n'était pas remis et mélangeait tout, voilà tout .

_ Je …. Merci. Il faut que j'y aille… l'Institut. Mais merci encore.

Alexander fuyait. Vite et loin.


Cela faisait deux jours qu'Alec avait fui...oui Magnus ne trouvait que ce terme. Et la seule explication qu'il trouvait était que tels ses ascendants, le chasseur d'ombres ne portait guère les créatures obscures dans son cœur.

Magnus en était blessé autant que curieusement détaché, un mélange aussi contradictoire qu'explosif. Il ne savait pas comment se comporter avec cet Alexander là, cet Alexander, shadowhunter qui avait été éduqué dans une famille qui considérait les downworlders comme inférieurs, comme négligeables.

« Il est différent. » avait dit Ragnor, différent d'eux. Magnus ne le voyait pas pour l'instant ou plutôt si, il avait découvert une certaine fragilité liée à de la douceur dans les yeux aigue-marine, quand le jeune homme était venu le remercier. Mais, Magnus s'était persuadé depuis qu'il avait voulu voir, ce qui avait souvent caractérisé son Alexander, son âme sœur.

Son portable sonna au son de La marche funèbre de Chopin, cette sonnerie indiquait un contact bien particulier, l'Institut de New-York. Il haïssait la directrice Maryse Lightwood et lui avait trouvé une musique adaptée.

_Bane, décrocha-t-il froidement.

_Maryse Ligthwood de l'Institut de New-York.

_Je sais, répondit Magnus, un petit sourire satisfait aux lèvres en pensant aux notes de Chopin.

_Je sollicite vos services pour renforcer nos protections.

_Non, répondit Magnus abruptement.

Aller à l'Institut, c'était le risque de croiser Alexander, c'était le risque de se retrouver face aux yeux aigue-marine qui l'avait fui, c'était le risque de se briser en mille morceaux face à l'indifférence de son âme sœur.

C'était se confronter à la dangerosité de sa mission. Renforcer, ça voulait bien dire, ce que ça voulait dire. Les protections n'étaient plus assez performantes pour les protéger des démons.

Magnus en était terrifié autant que pétrifié, incapable de penser de manière raisonnée. Pourtant, il était le seul en qui il avait confiance pour protéger Alec, pourtant il ne le pouvait pas, c'était simple.

_Contactez Ragnor Fell.

_Vous avez repris votre poste de Grand Sorcier, par conséquent c'est vous que je dois contacter dans le cadre d'affaires concernant l'Institut, répondit Maryse de manière professionnelle même si son agacement pointait.

_Vos enfants seront là ?

Cette question avait fusé sans que Magnus ne puisse la retenir.

_Mes enfants ?, répéta la directrice, surprise.

Le sorcier en convenait cette interrogation avait de quoi être surprenante. Mais il ne pouvait décemment poser «Votre fils aîné est-il là, car vous allez rire, mais il se trouve que c'est mon âme sœur. Sa neuvième réincarnation pour être précis. Et je ne sais pas si j'arriverais à croiser Alec sans me briser, car j'ai désespérément besoin que son regard aigue-marine se pose sur moi, avec cet amour absolu qui n'appartient qu'à nous. ».

Définitivement, cette issue n'était pas valide, mais il avait besoin de savoir alors quitte à passer pour un warlock psychopathe, autant se renseigner.

_Je ne comprends pas la pertinence de cette information, lâcha Maryse, circonspecte.

_Mais moi si, alors si voulez que je renforce vos barrières, il va me falloir ce renseignement.

_Ils sont en patrouille, déclara froidement la directrice. Vous n'aurez à faire qu'à moi, si la seule idée de croiser la descendance Lightwood vous débecte. Nous vous attendons.

La conversation s'arrêta, Magnus regarda son écran, choqué. Son problème était bien plus subtil que Maryse ne le pensait. Détester simplement les Lightwood lui serait bien plus simple. Mais il ne le pouvait pas, Alec était son âme sœur, Isabelle s'était montré charmante avec lui et le blond était trop préoccupé par son parabatai pour se soucier de lui, donc il n'avait pas été désagréable.

Le fond d'écran apparut à nouveau et Magnus chavira, son cœur se serrant douloureusement. La photo qu'il avait scannée datait de 1944, Alexander si beau dans son uniforme de GI qui faisait ressortir sa peau tannée. Il caressa l'écran avec cérémonie, cette huitième vie avait été si brève. Un an et il avait perdu son âme sœur et si cette fois-ci se comptait en mois ?

A condition, bien sûr que le chasseur d'ombres l'aime. Aurait-il seulement le courage de le reconquérir comme il l'avait fait tant de fois auparavant ? Avec cette peur qui lui tordait le ventre de le perdre à nouveau.


Magnus arriva devant l'Institut, d'humeur orageuse. La dernière fois qu'il avait quitté cet endroit, il avait sauvé de justesse son âme sœur d'une mort certaine. Sans compter, les chasseurs d'ombres qui l'avaient dévisagé comme une bête de foire. Non vraiment, il détestait être ici.

Alors qu'il allait monter les marches, trois silhouettes discutant activement, attirèrent son attention. Les enfants Lightwood.

La jeune femme du groupe accrochée au bras de son frère aîné avait l'air de le supplier de quelques chose, mais ce n'est pas ce qui attira l'attention principale de Magnus.

Il était blessé, Alexander était blessé. Sa respiration s'accéléra alors que ses yeux s'agrandissaient d'horreur. Comment son frère et sa sœur pouvaient sourire nonchalamment alors qu'Alec était blessé ? Ça lui donnait envie de hurler, mais la panique enserrait sa voix.

Isabelle le remarqua et lui fit un signe de salut avant de se précipiter vers lui, ses hauts talons claquant sur les pavés.

_Magnus, ça fait plaisir de te revoir, dit-elle en déposant un baiser sur une de ses joues.

Mais le sorcier était incapable de lui répondre ou de réagir à son geste. Ses yeux étaient rivés à Alexander. Les orbes aigue-marine le dévisageaient aussi, une interrogation muette s'y lisant et des rougeurs s'invitant sur les joues, cet endroit qui attirait tant le regard de Magnus. La joue droite étant lésée, une estafilade la barrant.

Magnus ne supportait pas de voir son âme sœur blessée. Lors de sa deuxième vie en tant que guerrier d'un clan des Highlands, Alec était rentré avec plus de meurtrissures que le sorcier ne pouvait en dénombrer. Et ce foutu guerrier qu'Alexander était, refusait le plus souvent que Magnus fasse usage de la magie pour le soigner.

«Je ne veux être qu'un homme au milieu des autres. » disait-il. Façon de signifier qu'il était fier de souffrir pour la gloire de son clan. Mais Magnus n'était homme à abandonner, à force de tendresse et de longues discussions, son âme sœur avait fini par lui donner le droit de soigner les blessures non-visibles sous son kilt. Une côte cassée, Magnus était autorisé à jouer de sa magie, une épaule démise, refus pur et simple. Le guérisseur du clan s'en chargeait avec la douleur qui allait avec.

Pourquoi cet Alexander devait être pareil alors que les chasseurs d'ombres avaient les iratzes ?

_A quoi vous servent vos putains de runes, grommela Magnus avant de marcher à pas pressés vers Alec.

Izzy le regardait s'éloigner, choquée par sa sortie vulgaire.

Le warlock s'arrêta devant Alexander et sans un mot, tendit la main pour soigner la blessure. Le jeune homme se recula d'un pas, troublé mais, de son autre main, le sorcier maintint son poignet, il était hors de question qu'il opte pour la fuite encore une fois.

La magie blanche entra en contact avec Alec et changea de couleur devenant bleue alors que la peau se refermait déjà.

Magnus sentit son âme sœur se crisper et retenir sa respiration. Il ne savait pas si c'était parce qu'Alec était terrifié ou parce que sa magie lui évoquait un sentiment connu.


L'archer était troublé, cette sensation qu'il ressentait au contact de la magie était si agréable. Comme une douce chaleur qui se répandait en lui, c'était curieusement...familier ?

Et ses yeux d'or qui ne le quittaient pas, ils lui devenaient indispensable. Ce regard le gênait autant qu'il l'ancrait. L'ancrer ?

La perception s'estompa en même temps que les yeux d'or le quittaient. Alors que Magnus fuyait vers l'Institut, sans un mot.

_Et nous, on n'a pas le droit au traitement de faveur ?, s'écria Jace sur un ton moqueur.

Isabelle retourna vers ses frères et posa une main autoritaire sur le menton de l'archer, examinant sa joue maintenant lisse.

_Un truc à nous dire ? demanda-t-elle avec un petit sourire mutin.

_Quoi ?, répondit Alec, déboussolé.

_Pitié frérot ! Il était à deux doigts de virer berserk en te voyant blessé, il t'a soigné. Ce qui n'est pas notre cas, notifia Isabelle en désignant Jace et elle.

_Et vous, vous regardiez avec tellement d'intensité que vous auriez pu déclencher un feu, rajouta Jace.

_J'ai rien à dire, rougit Alec. Je suis allé le remercier chez lui et c'est tout.

_Voyez vous ça. Pas de baiser de remerciement ? taquina Jace avec un coup de coude.

_Non !, s'écria l'archer. Je l'ai remercié et je suis parti.

Fuir serait un mot plus approprié. Mais comment expliquer à sa fratrie qu'il s'était vu préparer un café ? Tout en sachant rationnellement que ça n'était pas lui. L'homme avait la peau tannée, l'homme était entouré par les bras puissants de Magnus, l'homme n'était pas lui. Mais pourquoi cette foutue scène le tourmentait ? Pourquoi il y avait repensé et l'avait retourné dans sa tête dans tous les sens pour essayer de la comprendre ? Pourquoi une chaleur naissait dans son ventre en y songeant ?

_Alec, tout va bien ?, demanda Izzy, en voyant son frère pâlir de seconde en seconde.

_Je...Je rentre.

Alec avait besoin de se vider l'esprit et une seule activité l'y aider.


Il était ridicule, Magnus se sentait ridicule. Il n'avait agi avec aucun discernement, sa peur prenant le dessus sur le reste.

Maintenant qu'il y repensait en se dirigeant vers le bureau de Maryse, il ne pouvait s'empêcher de ressentir de la honte.

Alec n'avait rien, strictement rien, l'estafilade ne dépassait pas les cinq centimètres, elle n'était pas profonde, ne saignait même plus. Elle ne nécessitait pas l'usage abusif de la magie, ni la rudesse de Magnus à l'égard d'Izzy, ni sa main qui avait empêché Alec de fuir.

Ce n'était pas en montrant une tendance à la psychopathie qu'il allait séduire son âme sœur. D'ailleurs, il allait oublier cette folle idée.

Et pourtant, les yeux aigue-marine ne s'étaient pas détourné des siens et cela lui avait fait tellement de bien. Il avait vu des émotions y tourbillonner puis se stopper, la pupille se contractant comme si elle avait focusé.

Magnus secoua la tête, il se donnait des faux espoirs, à penser que peut-être, il avait «vu » quelque chose dans le regard du Lightwood. Il avait juste traumatisé ce gamin en le soignant sans préavis, faisant fi de ses frères et sœurs.

Les autres, étaient-ils seulement blessés ? S'ils ne l'étaient pas, il pouvait faire passer son coup d'éclat comme celui d'un docteur s'inquiétant pour son patient qui reprenait trop vite l'exercice après une opération. C'était plausible comme explication, non ?

Magnus s'arrêta un moment et souffla un grand coup. Il devait se calmer avant de rejoindre Maryse. Hors de question de montrer une faille à cette femme !

Il se recomposa un masque impassible et toqua.

_Entrez !, lui ordonna une voix sévère. Monsieur Bane, merci de vous être déplacé.

_Je ne refuse jamais ce qui m'offrira un paiement en pièces sonnantes et trébuchantes, plaisanta-t-il.

Ils sortirent du bureau et aperçurent Alec au loin, se dirigeant vers une large pièce dont les ouvertures étaient des arches. Magnus engueula intérieurement son satané cœur qui commençait à s'emballer. Il ne savait si c'était de honte ou de joie. Tout était trop compliqué en lui pour comprendre.

_Une chance, vous n'avez pas à croiser mes enfants, dit Maryse en se stoppant regardant son fils.

_Pour dire vrai, j'ai eu l'occasion de les saluer à l'entrée.

Et de me ridiculiser.

Maryse vit que les yeux de Magnus suivaient Alec. Il y avait de la douceur dans ce regard. Pourquoi ? Il refusait de les voir, mais couvait son aîné des yeux. Les sorciers étaient vraiment des créatures étranges et visiblement peu saines d'esprits, quand le regard bascula soudain dans une sourde colère.


Alec aussitôt dans la salle d'entraînement, se débarrassa de son haut. Il avait chaud, très chaud. Il ne savait pas pourquoi.

Il se saisit de son arc, de son carquois et commença à abattre les flèches sur la cible qui le narguait au loin. Elles atteignaient leur but avec une rigueur militaire, s'enfonçant toutes les unes après les autres, en plein cœur. Ce n'était pas assez difficile, il actionna un programme qui faisait apparaître des cibles de manière aléatoire, il devait évacuer la tension qui pulsait dans ses veines.

Les flèches ne manquaient là aussi pas leur cible, mais il s'apaisa peu à peu, tandis que le regard d'or s'éloignait dans son esprit.


Magnus en avait fini avec les protections, cela avait été un jeu d'enfant de les renforcer. Et il n'avait pas mis plus d'un quart d'heure, il pouvait maintenant partir, savourant la lourdeur de la bourse qui pesait dans sa veste.

Il passa devant la pièce aux belles arches et ne put s'empêcher d'y jeter un œil. Il resta figé devant le spectacle qui s'offrait à lui. C'était comme si Alec dansait, de ses flèches, ils atteignaient des cibles qui apparaissaient de manière soudaine et visiblement aléatoire. Le faisant tourner dans différentes directions.

Magnus sentit une bouffée de désir monter en lui alors qu'il détaillait l'archer. Son pantalon de cuir qui moulait ses cuisses puissantes, les fesses petites, mais fermes qu'on pouvait imaginer sous la matière tendue, son torse sculpté où les runes dessinaient un relief saisissant sur la blancheur nacrée. Il reconnaissait quelques marques, parabatai près de sa ceinture d'Apollon, stamina à droite sur les abdominaux ciselés, précision dans le bas du dos à droite, frôlant ses reins, endurance sur l'omoplate gauche. Et tant d'autres.

Magnus haïssait les runes, elles étaient le symbole de ceux qu'ils détestaient mais, chez Alexander, elles avaient un curieux pouvoir de fascination.

Le sorcier se sentait fiévreux, plus il détaillait son âme sœur, plus cette sensation s'intensifiait. Cela faisait soixante-dix ans,qu'il n'avait pas senti ce désir pur et puissant l'envahir.

Soudain, l'archer se tourna vers lui et toucha une cible à quelques mètres au-dessus de l'arche où se tenait le sorcier.

Magnus même avec toute la volonté du monde, ne pouvait détacher son regard du torse luisant de sueur, qui se soulevait de manière de plus en plus précipité. Il ne pouvait, ce n'était pas possible. Il se sentait tel un félin à deux doigts de sauter sur sa proie.

Alec, les joues en feux, scrutait Magnus qui le contemplait comme un aveugle qui découvrait soudain la lumière. C'était déstabilisant et grisant.

Une plaine désertique s'étend à ma droite, un ranch que je sais douillet à ma gauche et face à moi, un mustang à la robe noire qui se cambre à ma moindre approche.

_Fais attention, sweetheart, dit un homme assis sur la clôture qui entoure le terrain où je dresse les chevaux.

Son large stetson m'empêche de le discerner clairement.

_Ashkin est une vraie tête de mule.

_Non, c'est un cheval , contra l'homme, espiègle.

Je ris à cette blague légère et me décide à abandonner pour aujourd'hui. Je m'approche de l'homme qui enflamme mes sens.

_Je ne voudrais pas que ce cheval blesse ce corps à damner, signale l'homme en parcourant mon torse cuivré d'un doigt me faisant frissonner d'anticipation.

Mes yeux alors se lèvent vers un regard d'or.

Le même regard qui regardait maintenant Alec, le même regard qui le transperçait. C'était quoi ce délire, pourquoi une deuxième fois son cerveau fantasmait des situations démentes au contact de Magnus ? Pourquoi était-il terrifié ? Pourquoi avait-il l'impression que c'était vrai ?

L'or quitta sa contemplation du torse d'Alexander et se vrilla dans les yeux aigue-marine, un court instant avant de disparaître.

La fuite, Magnus fuyait. Il avait bien trop peur de ce qui aurait pu se passer s'il était resté une seconde de plus. La fuite en avant, Magnus ne connaissait que ça depuis qu'il avait retrouvé Alexander.

Fuir, c'était se protéger.


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À bientôt.

Vous commencez à voir plus claire à travers le brouillard ?