Merci à vous de lire cette traduction et bonne lecture.
III- Soigner et réconforter
Le coup de poing résonna jusque dans ses oreilles, déchaussant ses dents, arrachant sa peau, pourtant ce n'était pas lui que l'on frappait.
C'était John, son John, celui que personne, à son exception, touchait et certainement pas comme ça.
Quand la brume de la colère finit par se dissiper, Sherlock vit que John, même s'il saignait, allait s'en sortir. Ce qui n'était pas si sûr pour le tas sanguinolent qui avait été son agresseur. Les mots « force excessive » et « chirurgie réparatrice » ainsi que le reste de son entretien des plus ennuyeux avec Lestrade ne touchait pas Sherlock. Il ne ressentait ni satisfaction ni remords.
Maintenant hors d'état de nuire, le voleur de seconde zone n'était rien pour lui, pas même une saleté sous son pied. Il y'avait uniquement John, blessé et épuisé, debout patiemment à côté du cab, prêt à rentrer à la maison et recevoir les soins et réconforts que seul Sherlock pouvait lui prodiguer.
John était donc allongé sur le canapé – Sherlock avait insisté. Il avait appuyé ça sur le fait qu'il serait plus facile de garder un œil sur lui d'ici que de son lit, de leur lit. Et même si l'auxiliaire médical qui avait contrôlé l'état de John n'avait diagnostiqué que contusions et abrasions, Sherlock n'était pas satisfait de ce qu'il voyait.
Il examina John au peigne-fin, prenant son pouls, écoutant les battements de son cœur, palpant ses os (tous les 206), un par un, et examinant ses pupilles en cas de signe traumatique. John ne pouvait faire autrement qu'apprécier l'attention que lui portait Sherlock mais après le second test cognitif, il protesta sans enthousiasme. « Je vais bien Sherlock, j'ai juste besoin de repos. ».
Mais Sherlock ne voulait ou ne pouvait s'arrêter. Ses mains s'affairaient encore, vérifiant, testant et explorant. Palpitant du front maintenant tiède de John à ses pieds, lui enlevant ses chaussures, à son artère carotide pour prendre son pouls qui semblait s'accélérer au contact des mains de Sherlock.
Voyant son ami prendre un air perplexe, John sourit. « C'est toi, tes mains… »
La lumière venait de se faire. Sherlock savait combien John regardait ses mains. Il avait observé John suivre du regard ses mains dès le début de leur relation, bien avant même qu'ils ne deviennent intimes. Ses mains étaient le baromètre de John pour connaître son humeur.
Agité, ses mains voletaient dans l'air, les doigts étirés comme une toile d'araignée prise dans le vent. Quand il était heureux et serein, ses mains se repliaient souplement et mollement sur un archet de violon, sur la nuque de John quand le soir, ils s'asseyaient ensemble sur le canapé. Et quand Sherlock se concentrait, ses mains se tendaient devant sa bouche comme pour retenir ses pensées à l'intérieur pour qu'elles puissent murir pleinement et ressortir en éblouissant le monde.
Et pour John, les mains douces couleurs d'ivoire de Sherlock, larges mais sensibles, qui exploraient le monde comme deux créatures curieuses et intrépides, semblant douées d'une vie propre. Et quand les curieuses créatures exploraient sa propre personne, que ce soit au lit , ou comme ce soir, sur le canapé, il trouvait cela particulièrement érotique.
Mais ce soir, les mains de Sherlock étaient inquiètes, écumantes et agitées. Les yeux de John étaient lourds de sommeil, mais ces mains si gracieuses et sensuelles, pourtant si tendues ce soir ne lui laisserait aucun répit.
« Sherlock, détends-toi » voulait-il dire mais John était trop fatigué, il ne put émettre qu'un gémissement d'épuisement.
Sherlock se figea sur place. Sa respiration s'accéléra quand il observa la bouche de John et ces lèvres si familières s'entrouvrant étroitement pour lui demander de laisser John de se relaxer dans le sommeil. Regardant ses mains et cette bouche douce, l'esprit du brillant détective eut vite fait le lien.
Il s'installa précautionneusement sur le rebord du canapé et tendit sa main droite jusqu'à ce qu'elle ne soit qu'a quelques centimètres des lèvres de John. Il pouvait sentir son souffle léger chatouiller le très fin duvet qui recouvrait sa main. Voulant plus, il l'a rapprocha dans un murmure.
John, les yeux fermés et assoupi, répondit en prenant une large inspiration et ouvrant davantage la bouche. Sherlock attendit. L'expiration suivit, accompagné d'un « Oh » de déception, et les doigts de Sherlock comprirent le message, firent avec diligence leur chemin vers la lèvre inférieure et le bout des dents et finirent par rejoindre la langue tiède, qui chez John était l'équivalent curieux et très actif des mains de Sherlock.
Délicatement, John resserra dans une étreinte étroite son emprise sur les doigts du détective, sa langue se mouvant pour les bercer et les caresser. Un gémissement profond trouvant sa source dans la gorge de Sherlock déferla sur lui et provoquait des petites palpitations jusqu'au bout de ses doigts. Ainsi stimulée, la langue de John s'agita sur les longs et doux doigts du détective qu'il suçait avidement, puis les laissant glisser quelques secondes avant de s'en emparer de nouveau.
Le détective n'avait jamais pensé que ses doigts puissent être autre chose que des outils, admettant qu'ils étaient peut-être les plus importants (avec ses yeux et son cerveau) mais rien de plus que des outils.
Mais maintenant, en voyant que John semblait s'en délecter comme d'un mets rare, puis les abandonnaient quelques secondes pour les déguster de nouveau, dégustant Sherlock jusqu'à ce que ses doigts s'assouplissent et se soumettent à la langue qui les pétrissaient.
Le corps et le cerveau de Sherlock n'étaient plus pris d'aucune préoccupation, ses doigts n'étaient plus totalement siens, mais savourés mutuellement. Car Sherlock était plus que simplement excité. Mais il réprima cette pensée, parce que ce soir la bouche et la langue talentueuse faisaient quelque chose qui l'impressionnait.
John avait réussi à faire un lien direct entre les doigts et le cerveau de Sherlock, l'apaisant, le rassurant .Car même blessé, épuisé et presque endormi, John prenait soin de lui.
Sherlock se leva, soucieux de ne pas interrompre les délicieux traitements que subissait sa main, grimpa sur le canapé, et se cala derrière son amant. Profondément endormi, celui-ci continuait pourtant de suçoter tendrement les doigts de son ami et se tourna sur le côté pour se pelotonner.
L'ami ferma les yeux mais resta réveillé pendant une bonne heure, enregistrant et classifiant toutes ces nouvelles sensations pour un usage futur. Peut-être demain, dans leur lit où il s'allongerait et où il laisserait ses doigts tout entièrement à John ou un jour d'ennui mortel, se trouvant seul et dans le besoin de se rappeler sa chance d'avoir quelqu'un qui se préoccupait de lui.
Le battement du cœur de John et ses suçotements finirent par ralentir, Sherlock sombra dans le sommeil, le doux sommeil de celui qui est aimé.
