imageshack. us / f/ 809/ 80001. jpg un dessin de mon personnage... devinerez-vous autant que Sherlock ? ^^


- Vous avez dit « c'est évident ». Mais je ne vois vraiment pas comment.

Holmes a eu un léger sourire, mais c'est Watson qui a pris la parole.

- Faîtes attention… il va raconter toute votre vie. Ça peut être gênant.

- Non, il n'y a rien de particulièrement gênant, a répondu Holmes en s'avançant vers moi.

Il s'est arrêté à un mètre de moi et commença à parler d'une voix grave et à toute vitesse.

- Comme je l'ai dit vous êtes étudiante en art et vous allez entrer à St Martins College en septembre, en section design objet. Vous êtes en effet extrêmement passionnée par le design, mais manifestement le décor désuet de votre chambre ne vous rebute pas tant que cela. Vous êtes anxieuse, vous galériez depuis deux ans pour trouver une école, et l'année dernière vous étiez en prépa d'art appliqués. Là vous y aviez rencontré votre petit ami qui était dans une classe au-dessus de vous, section métal j'imagine. Vous avez décidé tous les deux de vous séparer avant votre départ, mais vous tenez à lui, et lui aussi. Vous viviez avec vos parents et votre sœur qui doit avoir environ treize ans. Dernièrement, la maladie d'un membre de votre famille vous a un peu perturbée, vous pensez que c'est à cause de cet évènement que vous avez raté certains de vos concours, mais vous pensez aussi que c'est de votre faute. Vous êtes remontée contre votre oncle, même si vous êtes trop timide pour le lui dire, car il habite Londres, mais il est en voyage et donc pas présent pour vous accueillir. Votre meilleur ami s'inquiète pour vous. Vous adorez la culture pop, rock et punk londonienne, des sixties à aujourd'hui. Vous lisez beaucoup, passez pas mal de temps sur votre ordinateur et vous avez arrêté le violon il y a un an.

Je suis restée sans voix. Puis je me suis dit que quelqu'un, je ne sais ni quand ni comment, lui avait donné ses informations. Watson avait raison c'était horriblement gênant. Mrs Hudson s'est levée et a dit qu'elle devait s'occuper de quelque chose, alors que le docteur m'envoyait un sourire gêné.

- Vous l'avez deviné juste en me regardant, comme ça ?

- La plupart, je l'ai déduit sur vous, oui, mais ensuite j'ai un peu extrapolé, et manifestement je ne me suis pas trompé.

- Si, ma sœur a onze ans, pas treize. Et je ne tiens plus tellement à mon copain, et lui non plus. Si c'est de la bague que vous l'avez déduit, c'est juste que j'aime cette bague. Elle est très belle et originale.

- Comment sais-tu qu'il lui a offert ?

- Il ne lui a pas offert…

- … il l'a faite, ai-je achevé.

J'ai retiré la bague de mon doigt. Je n'aimais m'étendre sur mon histoire avec qui que ce soit, même avec des proches. Mais après tout, ils savaient déjà une partie de ma vie en dix minutes, et s'ils devenaient mes voisins, ils connaitraient absolument tout sur moi au bout d'un moment. Holmes, au moins.

- Première année en DMA Métal à Olivier de Serres, alors que j'étais en Manaa, enfin en prépa. Je l'ai eu pour mon anniv'.

- Dessin original et inconnu, quelques imperfections qui montrent qu'elle a été faite par un apprenti, et le motif principal est une plume de paon, l'animal de la déesse Junon. Elle a donc été faite pour vous.

- Exactement. Mais c'est plus parce que la bague me plaît que je le la garde. Et pour le reste ?

- Vos mains tout d'abord, elles disent beaucoup de choses. D'abord, elles sont un peu abimées, il y a pas mal de coupures sur le bout des doigts, différentes matières sous les ongles, indiquant que vous faîtes des travaux manuelles. On y voit aussi des traces de peinture autour des ongles. Donc étudiante en art, vous allez donc entrer à St Martins College, école très réputée hors frontières, en design car vous avez longtemps fixé le mobilier de Mrs Hudson pour l'évaluer, et passionnée, car même lorsque vous partez dans une ville différente pour vous installer, vous continuez vos volumes avant de partir. Etant donné la difficulté de l'acrylique à partir, vous êtes à Londres depuis la veille. Vous faîtes de fréquents aller-retour, donc vous n'avez personne chez qui vous installez. Mais votre anglais est très bon et vous connaissez assez Londres, votre retard est dû à un simple oubli d'horaire, pas à votre mauvaise connaissance du métro, sinon vous auriez un plan dans la main ou dans la poche de votre veste où vous y fourrez automatiquement les affaires quand vous êtes pressée, c'est pourquoi elles sont si remplies et un peu déchirées. Vous avez donc de la famille proche à Londres pour y être venu souvent, ce ne sont pas vos grands-parents, sinon ils seraient restés pour vous accueillir quoiqu'il arrive, donc un oncle, parti en vacances. Vous rongez vos ongles, donc vous êtes anxieuse, et récemment votre index et votre majeur droit ont été trop rongés, vous êtes donc contrariée du départ de votre oncle. Vos poignets et les marques sur votre jean indiquent vos longues heures devant l'ordinateur, posé sur vos jambes en tailleur, vos coudes indiquent que vous lisez à plat ventre. Vous avez aussi les marques distinctes d'une personne qui fait du violon, comme une main gauche particulièrement agile pour une droitière et une marque sur le cou. Elles sont fortement atténuées, donc vous en faites plus depuis longtemps. Par ailleurs votre pouce droit est crispé, vous avez passé plusieurs heures à envoyer des SMS à un ami très proche avec un portable classique, pas un Smartphone, sinon vous auriez utilisé vos deux pouces.

- Et pour ma famille ?

- Vous êtes entrée à St Martins, une école étrangère, et raté les concours de votre propre école. Si les sélections n'étaient pas au même moment, un évènement a pu vous déstabiliser, surtout que vous ne vouliez pas partir, pour rester avec vos amis et votre copain. J'ai seulement supposé la maladie d'un proche, mais je n'en étais pas sûr.

- Mon grand-père est malade, en effet. Et pour ma sœur ?

- Votre look montre que vous êtes une fan de la culture rock de la Grande-Bretagne des Clarks « Sgt Pepper lonely hearts club band » édition limité, une veste punk et des vêtements plutôt colorés. Vous voulez faire savoir que vous aimez la Grande-Bretagne plutôt que les Etats-Unis, car vous trouvez que c'est original. C'est pourquoi porter un badge « I3NY » est assez contradictoire. Vous le portez donc par affection pour quelqu'un, et la puérilité d'un tel cadeau ne peut être donnée que par une préadolescente, votre sœur.

- Ohlà ! Attention à ce que vous dites sur elle !

J'étais malgré tout vraiment admirative. Tant pis que toute ma vie soit révélée, c'était bluffant, c'est tout.

- C'est génial. Je ne sais pas quoi dire d'autre mais c'est vraiment impressionnant.

- Taisez-vous, vous lui faîtes trop plaisir, m'a fait Watson avec un sourire.

- Tu avais réagi de la même manière, lui a rétorqué Holmes.

Dans ma tête je réfléchissais à toute sa déduction, je n'arrêtais pas de me dire « Si je n'avais pas porté la bague, si je n'avais pas travaillé avant de partir, il n'aurait pas su ça » mais je restais admirative. J'avais envie de lui demander plein de trucs, mais je sentais qu'il n'aurait pas la patience de répondre. Je suis donc partie, mais avec l'intention de revenir le lendemain pour accepter l'appartement. Je n'avais pas du tout l'intention de me hisser dans leur vie, j'avais des études à suivre, et qui me plaisaient beaucoup, mais cet immeuble avec ses personnages si pittoresques, ce serait presque une source d'inspiration pour moi.

Puis maintenant qu'il avait appris ma vie en un clin d'œil, je me sentirai nullement gênée d'aller frapper à leur porte s'il faisait trop de bruit, contrairement à des inconnus dans un immeuble anonyme où la moindre réflexion est perçue comme une déclaration de guerre.

A l'hôtel, j'ai rassemblé mes affaires et j'ai annoncé à l'accueil que je quittais ma chambre demain. Puis je me suis installée sur le lit avec mon ordinateur sur les genoux. Me rappelant les mots de Holmes, j'ai essayé d'adopter une autre position, en vain. Je suis allée sur Skype et j'ai cliqué sur « Sélène », le pseudonyme de ma petite sœur, Hélène Saunier. Son visage est apparu sur l'écran.

- Juju ! ça va ?

- Génial ! Devine.

- T'as un appartement !

- Oui !

- HIIIIIIIIIIIIIIIIIIIII!

J'ai crié avec elle. C'est notre habitude de jouer les hystériques quand nous étions seules. Ma mère est venue devant l'écran et je lui raconté les évènements de la journée en omettant quelques détails, c'est-à-dire les trois quarts de ce qui m'était arrivé. J'ai même évité de lui dire que mon voisin était détective, elle pourrait s'inquiéter pour rien. Je lui ai dit qu'il était… heu… chimiste.

Quelques minutes plus tard, j'ai eu un autre appel. C'était Romain, ce fameux ami avec qui j'avais échangé des SMS toutes la journée. Je lui ai tout raconté. Nous avons cherché ensemble sur Internet, et nous sommes tombés sur le site de Sherlock Holmes, le blog de John Watson et une série d'articles sur son succès et sa mort. Au fur et à mesure qu'on avançait, je me demandais dans quelle histoire de dingue je m'étais fourrée.

Cette nuit, j'ai très peu dormi. J'ai lu les trente-sept enquêtes relatées sur le blog de John avec intérêt, mais très peu de journaux. J'ai lu les quotidiens officiels, qui restaient neutres et j'ai absolument évité les tabloïds, qui s'étaient d'abord enflammé de son génie, puis qui l'avaient descendu violemment, même après sa « mort ». Ensuite il y a eu sa résurrection, il y a quelques mois. Comme le reste c'était une histoire à dormir debout. Je comprenais bien mieux leur agissement à présent.