Ce matin, Tess Mercer accueillit Chloé Sullivan normalement. C'est-à-dire le nez dans le journal du matin, un bonjour neutre sortant de ses lèvres. Chloé n'avait jamais vraiment apprécié Tess Mercer. Trop manipulatrice à son goût. Trop proche de Lex Luthor.
De son coté, Tess n'avait jamais vraiment apprécié Chloé Sullivan. Trop maligne. Trop compétente. Trop de choses au Daily Planet reposaient à présent sur cette tête blonde trop pétillante et souriante.
Mais cela n'empêchait pas les deux femmes de se respecter mutuellement. Parce qu'elles savaient reconnaître une adversaire digne de ce nom. Un concurrent coriace, capable de leur donner du fil à retordre. Capable de suivre le rythme de l'autre. Et qui sait, peut-être un jour, capable de devenir plus qu'un adversaire.
En attendant, Chloé Sullivan était toujours l'employée, et Tess Mercer la patronne.
- Sullivan, commença la rousse. Deux de vos pare feux ont brûlés durant la nuit. Il semblerait que les tentatives d'infiltration du système informatique du Daily Planet continuent. Vous savez ce que vous avez à faire.
En effet elle le savait.
C'était fou, mais depuis plus de 15 jours, il semblait que quelqu'un tentait d'infiltrer le réseau du Daily, ainsi que les fichiers personnels de Tess Mercer. Cette dernière information, elle l'avait entendu de Stuart Campbell, l'informaticien personnel de Tess Mercer. Lui aussi avait eu des pare-feu attaqués. Quelqu'un leur en faisait tout deux baver.
Et ce quelqu'un était fort. Il obligeait Chloé à faire modification sur modification, pare feu sur pare feu. La jeune blonde aurait bien aimé rencontrer cet autre géni de l'informatique, au moins pour lui serrer la main et lui dire en face « toi, tu es un bon ». Mais elle se doutait que cela n'arriverait jamais. Parce que le jour où Tess Mercer trouverait l'origine de cet insecte placé sur son chemin, elle l'écraserait du haut de ses talons, sans pitié.
Un ennemi de Tess Mercer était comme un ennemi de Lex Luthor.
Mort.
Hochant la tête, Chloé se dirigea vers le bureau que sa patronne lui avait fait installer, quelques mois plus tôt. Chloé en était plutôt contente. Il est vrai que le fourmillement qui régnait au Daily Planet était quelque chose de rassurant, chaleureux et familiale, mais pour remplir à bien son travail, la blonde devait être dans le calme. Qui plus est, Tess Mercer était du genre prudente, et il était hors de question qu'un quelconque être puisse avoir en tête ne serait-ce qu'un des chiffres du système crypté du Daily.
Un des informaticiens apporta à sa supérieure son 3ème café de la journée, et s'installa sur une chaîse, une parfaite vision sur le profil de la jeune femme. Il sentait bien avec ses collègues que Chloé Sullivan allait entrer en mode « Super Woman de l'informatique ». Et l'observer allait être le meilleur apprentissage possible. Parce que l'excellence de la jeune femme dans ce domaine était le meilleur des modèles. Elle allait mettre en place les pares feux et pièges informatiques, et ensuite leur expliquer cette procédure qu'elle avait effectué en 30 minutes, mais que eux allaient mettre 5 heures à tenter de reproduire.
Loïs sortie du Daily Planet, non sans avoir envoyé un message à sa cousine. Elle allait enquêter pour son futur article. Et elle rageait. Parce que cet article, confié par Perry, portait sur ce nouveau groupe de héro qui lui volait la vedette. Et surtout, Perry avait précisé qu'il voulait que ce soit du P-O-S-I-T-I-F. En bref, elle devait faire un laïus en faveur de ces arrivistes bourrés de tunes. La logique de Perry ? Si Loïs aimait autant Talon Aiguille, une super héroïne, alors il n'y avait aucune raison qu'elle n'en face pas autant pour les autres.
Certes, cet article allait lui permettre de voir ses initiales en bas de la première page, mais Loïs enrageait d'avoir la première page grâce à ces gus. Elle marchait à présent d'un pas vif, ses ballerines ayant des airs de chaussons en comparaison à ses talons du soir. Derrière elle, un jeune homme peinait. C'était un portraitiste du journal, censé, grâce aux interviews des personnes que Loïs allait interroger, faire un portrait de ces héros.
Durant toute la matinée, Loïs avait étudié tout ce que le journal savait des nouveaux venus. Il n'était pas question de Talon Aiguille dans l'article qu'elle allait écrire. Tout le monde savait à quoi l'héroïne ressemblait. Après tout, Loïs avait fait en sorte de se faire photographier par Jimmy. On ne voyait pas son visage, la photo la montrant de profil, un talon sur le dos d'un homme à terre.
Les nouveaux héros étaient plus réservés. Pas une photo. Seul quelques personnes pouvaient se vanter d'avoir entre aperçu les sauveurs. Et parmi toutes ces personnes, une bonne partie était des arrivistes louchant sur une quelconque quart d'heure de gloire en voyant leurs propos dans le Daily Planet.
En bref, c'était une longue après midi qui s'annonçait pour la journaliste.
Le journal avait reçut de nombreuses lettres et coups de téléphones signalant un quelconque témoignage. Perry avait prit soin de TOUTES les faire noter, et les avaient fait donner à Loïs. Il voulait un article pour dans deux jours. Avec les portraits et témoignages, et que tout cela soit véridique.
- Bon, écoute mon petit, déclara soudain Loïs en s'arrêtant sur le trottoir, manquant de percuter le jeune qui le suivait avec tout son matériel. On va en baver durant les jours à venir. Alors ne me ralentit pas. Je n'interrogerais qu'une fois chaque personnes. Parce que tu vois, Perry White m'a donné une liste de personne à interroger, dit elle en sortant deux feuille A4 remplies recto verso. Et comme tu le vois, on a du pain sur la planche, et nous n'avons que deux jours. Sinon, je n'aurais pas ma première page. Compris ?!
- Ou… oui mademoiselle Lane.
- Très bien, alors si tu as compris, tu vas me faire le plaisir d'accélérer, parce qu'on n'a pas toute la journée.
Soupirant devant l'empoté qu'on lui avait apparemment collé, Loïs redémarra au quart de tour, prête à décrocher le record du made de vitesse de marche dans la ville. Oh oui, cette journée allait être longue.
Ils arrivèrent quelques minutes plus tard devant leur première adresse. Une femme qui c'était fait dérober son sac, bien vite rendu par une mystérieuse personne. Loïs réajusta sa queue de cheval, et toqua. Une femme rousse, la quarantaine, leur ouvrit. Elle sourie an voyant leurs badges, et les invita à entrer.
Les femmes s'installèrent sur le canapé, tandis que le jeune homme à peine sortit de l'adolescence prenait une chaise, sortant papiers et crayons.
- Bien, commença Loïs. R… Rachel. Vous nous avez envoyé une lettre il y a deux jours pour signaler au Daily Planet que vous avez été sauvé par un de ces nouveaux justiciers masqués. Pouvez-vous nous en dire plus ?
- Oh oui. C'était effrayant, commença Rachel en jetant des coups d'œil dans tout le salon. Je rentrais du travail, quand un voyou m'a agressé avec un couteau. Il m'a dit, « le sac, vite ». J'étais toute seul dans la rue.
- Mh, dit Loïs en prenant des notes. Continuez.
- Et, continua la rousse en tentant de lire le contenu du bloc note. Je lui ai passé mon sac, je n'avais pas le choix. Il s'est enfuit avec, et d'un coup, j'ai sentit une grosse bourrasque de vent. Le temps de cligner des yeux, le voyou était attaché avec des menottes à un lampadaire, et mon sac était dans mes mains.
- Je vois, mais vous n'avez aucune indication sue l'apparence de votre sauveur ? Un habit, une silhouette ?
- Non ! Je vous l'ai dit, il y a eu une bourrasque, puis plus rien.
- Ah…
Loïs se tourna vers le jeunot, les yeux vides. Lui aussi la fixait, les yeux vides. Sur son papier dessin, rien. Une bourrasque… Il était censé faire quoi avec une « bourrasque » ?
- Bien, entonna Loïs de son plus beau et faux sourire. Je vous remercie Rachel, vous nous avez bien aidés.
Elle et le jeune quittèrent la maison pour se diriger vers l'adresse suivante.
- J'ai vu le Diable ! Je vous le jure, je l'ai vu, et il m'a aidé ! postillonnait un vieil homme. Il avait de grandes ailes noires, aussi noires que les abîmes de l'enfer. Et une arme énorme ! Il a fondu sur le type comme ça !
- C'était un homme, j'en suis sûr. Habillé tout en noir, avec une cape. Un masque pointu. Et là, il s'est mit à lancer des shurikens ! Et à ce moment, au moment où il allait partir, il y a plein de bêtes noires qui se sont mises à voler autour de lui ! Il a prit sa moto et…
- Monsieur, rétorqua Loïs en regardant le dessin. C'est Batman que vous êtes en train de nous décrire.
- Ah bon…
- Une bourrasque, puis plus rien.
- Je me suis sentie portée, posée sur un banc. Tout est noir. Juste la sensation de vent sur mon visage.
- Il y avait une silhouette en haut de l'immeuble. Il tenait quelque chose. Je pense que c'était un arc. Il y avait une flèche plantée dans la veste de mon agresseur.
- Le voyou m'a poussé sur la route. J'ai vu les phares d'un camion. Et l'instant d'après, j'étais sur le trottoir, et le type gémissait de douleur par terre.
- Il y a eu un bruit strident, j'ai eu l'impression qu'on me déchirait les tympans. Toutes les vitres se sont brisées. J'ai relevé la tête. Une silhouette finissait de mettre l'homme à terre. Je n'ai rien vu. La couleur de son habit se fondait dans l'obscurité. Mais il tout cas, il n'était pas épais le bonhomme.
- C'était l'homme chauve-souris ! Je vous jure !
Et l'après midi se déroula ainsi. Des témoignages tous aussi flous et pauvres que ceux des précédents jours. Le pauvre portraitiste du Planet avait souffert. De la journée, il en ressortait quatre portraits trop proches du héro de Gotham, une bonne dizaine représentants au mieux une bourrasque de vent. L'amélioration consistait en une silhouette sur un immeuble, un arc à la main, et le portrait d'une personne, menue, qui devait être un krypto-monstre, si l'on en croyait son cri strident.
Seulement, ce n'était pas avec ça qu'elle irait loin. Elle avait besoin de faits concrets, d'images, de descriptions, de pouvoirs sur lequel cogiter. De quoi donner des noms à ces nouveaux personnages !
Fatiguée de cette journée, elle rentra au journal, en compagnie du portraitiste. Lui non plus n'avait pas bonne mine. Quoique pour lui, la journée était finie. Loïs n'en avait pas fini avec ces interviews. Elle allait devoir tout trier, classer, dégoter une façon de faire un article concret avec le ramassis de conneries qu'elle avait collecté. Non mais franchement… une bourrasque… plus de la moitié de ces témoignages mentionnait « une bourrasque ». Depuis quand le vent était-il un super héros ? Quel pouvait bien être le pouvoir de ce krypto-monstre ? Invisibilité ? Contrôle du vent ?
Et d'abord, il y en avait combien des héros comme ça ? Chaque jour amenait de nouveaux témoignages, des possibilités de nouveaux héros. N'avaient-ils donc aucune pitié envers elle ? En plus de lui voler la vedette, donc de lui pourrir sa vie d'héroïne, ils lui pourrissaient son boulot au journal.
Alors ils allaient payer, foi de Loïs Lane. Elle allait leur faire un sacré bon article, et plus encore. Elle les percerait à jour.
Chloé descendit à l'étage de sa cousine, sitôt le message de cette dernière reçu. Il fallait dire que la blonde, sans s'ennuyer ferme, n'avait pas eu grand-chose à faire durant cette après-midi. De nouveaux pare feux installés, des conseils donnés à des collègues, un rapport à Tess Mercer, et le tour était joué. Des fois, elle se disait qu'elle devrait être mieux payée…
Alors une succession de joute verbale, et un peu de travail venant de sa cousine lui semblaient tomber à pic.
Elle arriva devant le bureau de Loïs, qui se noyait littéralement sous un déluge de papier. En regardant plus attentivement, Chloé discerna des portraits, des dessins, des collections d'articles, et des feuilles de bloc-notes remplient de griffonnages.
- Tu sais quoi, entonna tout d'un coup Loïs. Je suis sûr que Perry me déteste.
- Pardon ?
- Il me déteste, c'est évident ! Sinon, pourquoi m'aurait-il collé sur cet article. Je n'ai rien, rien ! Les gens n'ont rien ! Le monde n'a rien sur ces arrivistes sans cœur ! Imagine un peu que je rende un mauvais article à Perry. Il ne me ferait plus jamais confiance ! Je serais grillé pour les 5 prochaines années, je…
- Du calme ! Du calme… Loïs, je te propose un truc. On va rentrer toute les deux ensemble, se faire un bon café, manger des beignets, et tu vas l'écrire ton fichu article. Et il sera magnifique. Quand dois-tu le rendre ?
- Demain soir, annonça Loïs, dépitée.
- Bien, voilà ce qu'on va faire. On rentre, tu vas faire un somme, et le temps que tu prépares ta cravache, je vais faire des recherches. Tu en auras des informations sur tes justiciers ma belle.
- Je ne veux pas t'utiliser pour ce genre de chose Chlo. Ce n'est pas ton travail.
- C'est à moi d'en décider. Vois-le différemment, je protège notre double vie. Si tu te mettais à écrire des abominations, Perry te pendrait devant l'enseigne du Daily Planet et Tess Mercer cracherait sur les morceaux. Tu sais qu'elle est super jalouse de la hauteur des talons de notre héroïne préférée ?
- Ah oui… ?
- Puis ce que je te le dis.
- Mh… d'accord.
Ahlala… il fallait toujours la coucouner. Ce n'était pas dans les habitudes de sa cousine de désespérer, mais Chloé trouvait leur nouveau train de vie éreintant, à la fois pour elles et pour leurs nerfs. La jeune blonde se demandait parfois si Talon Aiguille n'avait pas fait son temps, si ces nouveaux héros, sortis eux aussi de nulle part, mais disposant d'immenses budgets et pouvoirs, n'étaient pas les mieux placés pour faire régner la justice dans les rues.
Car Chloé avait peur. Toutes les nuits, elle avait peur. Peur du devenir de sa cousine. Et si quelqu'un, un jour, lui tirait dessus ?
Et si un jour, suite à un geste mal placé, le masque de Talon Aiguille tombait et le responsable reconnaissait Loïs Lane, jeune journaliste du Daily Planet ?
Et si un jour, Tess Mercer ou Lex Luthor, lassés de ce numéro de clown, capturaient Loïs ?
Il y avait trop de « et si un jour », et Chloé avait bien vu que sa cousine ne revenait pas toujours indemne de ses sorties nocturnes. Un hématome, une écorchure, une douleur aux côtes… Toutes ces choses faisaient pâlir Chloé qui, ces derniers jours, ressentait de plus en plus l'envie de retourner à la normal. Parce qu'il ne fallait pas oublier que cette double vie était un gouffre pour sa vie sociale. Depuis combien de temps n'était-elle pas sortie avec un groupe d'amis ? Depuis combien de temps n'était-elle pas sortie avec un garçon ? Certes, il y avait Jimmy, mais quoi de plus dangereux que de sortie avec un journaliste-photographe fouineur, et tout aussi borné qu'une Lane…
Seulement, elle ne pouvait se permettre de dire tout cela à Loïs. Pas encore… Sa cousine était tellement investie dans son personnage, tellement en quête de reconnaissance et de justice que Chloé ne pouvait se résoudre à lui dire ses quatre vérités. Du moins dans l'immédiat. Encore une semaine… peut-être deux… après cela, le rythme se fera vraiment ressentir et Loïs commencera peut-être à comprendre que la nouvelle brochette de bons samaritains était plus efficace. Elle voyait bien que les nouveaux arrivants s'amélioraient depuis leur arrivée. Ils couvraient plus de terrains, sauvaient plus de gens.
Elle leur tirait son chapeau.
Mais en attendant, l'heure de la retraite n'avait toujours pas sonné et Loïs piquait un gros somme dans sa chambre. Et elle, Tour de Guet, avait du boulot. Elle pouvait considérer que se documenter sur leurs « concurrents » était quelque chose de bénéfique. Après tout, c'étaient ces gugusses qui leur faisaient de l'ombre.
Seulement, sa déception fut grande. Comme Loïs lui avait dit, le monde ne savait rien de ces nouveaux héros, si ce n'était leurs actions. A travers ses recherches et celles de Loïs, Chloé pu néanmoins arriver à une conclusion certaine.
Ces types travaillaient en équipe.
Pourquoi ? Parce qu'il n'y avait jamais de nuit où tous les pouvoirs des nouveaux arrivés se manifestaient en même temps. Ces types s'alternaient dans leurs rondes. Vachement bien organisés. Mieux qu'elles en tout cas.
Ces recherches ne prirent pas si longtemps à la blonde. Cela lui permit de faire elle aussi un petit somme avant le travail nocturne.
A 21h, Loïs la réveilla, toute souriante, un plat de pâtes surgelé sur la table. Chloé déglutit. La cuisine et sa cousine, ça faisait deux. Même un plat surgelé à réchauffé, elle trouvait toujours le moyen de le rater…
Les deux cousines s'attablèrent, et commencèrent à déguster en silence. Après la première bouchée, Chloé déglutit. C'était bien ce qu'elle pensait. Loïs avait réussi, on ne sait par quel miracle, à cramer certaines parties du plat et à ne pas assez décongeler l'autre. Que la brune lui pardonne, mais dès qu'elle serait dans les rues de Metropolis à jouer les terreurs ambulantes, Chloé commanderait Thaï.
Evidement, Loïs aussi avait pâlit en goûtant son plat, mais elle ne laissa rien paraître. Hors de question de s'avouer vaincu. Un jour, elle ferait la cuisine aussi bien, et même mieux que Chloé !
- Au fait cousine, merci pour tes recherches, commença Loïs. Ce que tu as trouvé est intéressant, et surtout, semble tellement logique maintenant quand on l'a sous les yeux. J'enrage de ne pas l'avoir vu plus tôt !
- Aucun souci. Je n'ais fait que te donner les bases. A toi de faire le reste. Ce n'est pas moi qui ferais la mise en forme ou la syntaxe. Écris-nous un bel article !
- Si Perry est content et me met vraiment en première page avec félicitations, je t'offre le resto !
- Attention Lane, je te prends au mot !
Elles finirent de manger dans la bonne humeur, et Loïs alla se préparer dans sa chambre. Elle en ressortit très vitre, un long manteau cachant ses hautes bottes et son ensemble de cuir, un sac à main contenant sa cape et quelques effets. Le tout, elle le laisserait dans une rue désertée, derrière une benne à ordure, bien à l'abri dans un sac plastique.
- Voyous ! Bandits ! Malfrats ! Criminels ! Tremblez ! Car Talon Aiguille va vous traquer ! Pleurez ! Car l'héroïne masquée va vous dénicher ! Suppliez ! Mais elle ne vous laissera pas en paix ! Concurrents ! Dégagez ! Cette ville jamais vous ne l'aurez !
Le tout accompagné d'un remix de la pub l'Oréal et un claquement de talon. Chloé éclata de rire. Non, il était décidément trop tôt pour raccrocher. Toutes ces histoires seront parfaites pour faire rêver leurs gosses plus tard. Elle imaginait bien la bouille joufflue d'un garçon de 6 ans sourire devant une Loïs déchaîné relatant ses exploits.
Une bande de folles…
Voilà ce qu'elle était avec sa cousine…
Chloé ouvrit son PC, piratant d'emblé les systèmes de surveillances, radio de la police et détecteurs thermiques des satellites Luthorcorp.
Que la fête commence…
La fête débuta assez vite cette nuit là. D'emblée, Loïs eu à intervenir : Une grand-mère agressée par une jeune de 18 ans, juste sous les yeux de la brune. Elle ne prit même pas le temps de se changer et intervint. Ni une ni deux, le délinquant tenta de s'enfuir. Il échappa à Loïs, qui ne le poursuivit pas, rappelée à l'ordre par sa cousine lui intimant l'anonymat.
Tant pis, de toute façon, il devait tellement avoir eu peur qu'il n'était pas prêt de recommencer.
La grand-mère la remercia chaleureusement, des larmes perlant au coin de ses yeux.
Finalement, Loïs trouva un coin tranquille pour se changer. Elle abandonna manteau et sac, prête à remplir son rôle.
- Très bien Loïs, ça commence, entonna la voix de Chloé dans l'oreillette. Une alarme de bijouterie s'est déclenchée sur la 9ème. C'est à 300m !
- Roger Tour de Guet !
C'était Noël ce soir… pas à attendre. Qui plus est, avec un sauvetage de bijouterie, Talon Aiguille allait retourner sur le devant de la scène ! Peu être même que Perry allait lui demander d'écrire un nouvel article sur la méga héroïne, et reléguer l'article sur les nouveaux à la 6ème page…
- C'est pas vrai, murmura Chloé dans l'oreillette.
- Quoi ?! Qu'est ce qu'il y a ?!
Loïs arriva à destination, entrant avec prudence dans la boutique, ses talons craquants sur le verre brisé. Et elle vit ce que sa cousine voyait sur son écran.
Les bandits étaient à terre, assommés.
C'était impossible… qui avait pût faire ça… elle avait mit moins de 5 minutes à venir !
- Tour de Guet ! Tour de Guet ! Que s'est il passé ?!
- Je n'en sais rien ! Je regardais les caméras de surveillances, je les voyais ! Et… et d'un coup, ils étaient à terre ! Ils se sont tous écroulés en même temps ! Ils… ils ont volés contre le mur ! D'un seul mouvement !
- C'est pas vrai… c'est encore ces nouveaux venus… ils font du bon boulot, mais là je dois avouer que ça devient flippant… tu imagines de quoi ils sont capables… ?
- Oui… vas t'en de là Loïs ! La police va arriver d'un instant à l'autre !
Alors elle couru. Loin, sans regarder en arrière. Elle s'engouffra dans une ruelle, reprenant son souffle. Quelle merde… elle avait faillit les croiser ces saliguaux. Et elle en était certaine… elle n'aurait rien put faire.
- Talon Aiguille à Tour de Guet ! Tu ne remarques rien ? Aucun stalker ne me suivant ?!
- Je ne détecte rien… reposes toi un moment. Je te tiens au courant.
Chloé entrait en jeu. Il fallait qu'elle sache comment ces types avaient fais. Et elle avait peu être un moyen de le découvrir. Il fallait qu'elle passe cette vidéo en boucle. Qu'elle revoit le braquage, qu'elle voit cette force mettre les malfrats KO. Qu'elle passe tout au ralentit, image par image. Elle devait savoir quel était ce pouvoir.
De son coté, Loïs entendit des cris. Des cris de femme. Sûrement une autre agression. Avertissant rapidement Chloé, elle se précipita vers le lieu de l'agression.
Concentré sur la séquence à analyser, Chloé ne tenta pas de la suivre avec les caméras de la ville. Elle lui faisait confiance. Après tout, elle en avait géré des dizaines d'agressions la Loïs durant ce dernier mois. Entendre les claquements des talons de sa cousine à travers l'oreillette suffisait à la rassurer.
Lois arriva sur les lieux du crime. C'était révulsant. Une femme gisait à terre, l'homme l'ayant apparemment assommé tentant de lui enlever son manteau. Loïs vit rouge. Dans un cri de guerre, elle se précipita vers l'homme, lui administrant un magnifique coup de pied dans l'estomac.
Alertée, Chloé redémarra la surveillance visuelle. Loïs ne poussait jamais des cris de guerre en mission, sauf pour…
L'homme se redressa bien vite, le souffle court. Il poussa un juron en reconnaissant son agresseur. Oubliant sans doute les articles parlants de l'héroïne, il se précipita vers elle, prêt à engager un combat à mains nues. Qui tourna rapidement à son désavantage. Excédé de recevoir poings et pieds, l'homme sortit son joker de sa poche.
Un révolver.
Loïs s'immobilisa, soudainement sourde au monde et à la voix stridente de sa cousine hurlant son nom.
Loïs ferma les yeux.
L'homme tira
Loïs entendit un râle.
Ne sentit jamais la balle.
Quand la brune rouvrit les yeux, elle ne vit rien. Son agresseur avait disparue. A l'autre bout de l'oreillette, Chloé n'émit aucun bruit, trop abasourdie. Comment cela était il possible… ?
Loïs se retourna vers la jeune femme qu'elle était venue secourir, reportant les questions à plus tard.
Elle avait disparue.
Et Loïs commençait à paniquer. Tout lui échappait. Elle n'avait plus aucun contrôle sur la situation ! Il y avait quelqu'un ici ! Quelqu'un…
- Loïs ! lui hurla Chloé. Dégage de là ! Barre-toi tout de suite ! On s'arrête ! On s'arrête !
Chloé voyait sa cousine. Elle la voyait à travers la caméra de surveillance.
- Loïs !
Loïs tourna les talons pour courir.
Elle disparue d'un coup de l'écran.
- LOOOIIIIIIIIS !
