CHAPITRE III
Une famille et une nouvelle baguette
Harry et Hadès Potter transplanèrent à Godric's Hollow. Le village était semblable à ses souvenirs, mais aussi différent. La première et seule fois où il y était venu, sept mois auparavant, les vieilles maisonnettes en pierre qui bordaient les allées étroites étaient couvertes de neige et de décorations de Noël. De plus, le blanc éthéré qui tapissait les ruelles tortueuses reflétaient les lumières artificielles des lampadaires, sous un ciel bleu sombre, presque noir. Le tout semblait provenir tout droit d'un monde parallèle, un monde onirique et immatériel qui n'avait pas d'existence réelle.
L'agencement des petites rues étroites serpentant entre les maisons campagnardes était semblable à son souvenir; l'église, dont on voyait le clocher dépasser les toits de tuiles rouges, était la même. Tout cela lui permettait d'affirmer qu'il était bien dans son village natal.
En revanche, l'aspect magique et irréel dû aux fêtes, à la neige et à la nuit hivernale avait complètement disparu. Les maisonnettes qui s'entassaient les unes à côté des autres étaient grises et ternes, toutes semblables avec leur toit en tuile et leurs murs en pierre. Les allées n'étaient plus recouvertes d'un tapis blanc étincelant, elles étaient simplement pavées. La lumière du soleil estival éclairait le village dans les moindres détails, ne laissant aucune ombre s'installer. Godric's Hollow n'était pas laid, loin de là, c'était même un village plutôt agréable, mais c'était un petit bourg de campagne comme on en voit d'autres...
Les deux hommes s'avancèrent vers la petite place centrale, au pied de l'église. Le cimetière était toujours là, avec quelques tombes en moins, dont celle de ses parents. Le monument au morts était un simple monument aux morts, pas une statue ensorcelée de sa famille.
Harry et son grand-père contournèrent le cimetière et s'engagèrent dans une petite rue. Ils passèrent devant le pub du village et continuèrent leur chemin le long de la rue qui menait à l'extérieur du petit bourg. Là, à quelques mètres des maisonnettes moldues, se dessinaient les silhouettes des demeures sorcières. Le manoir Potter était toujours à la même place que la dernière fois, bien qu'il ne fût pas en ruines.
C'était même une demeure magnifique, bien que les manoirs voisins n'avaient rien à lui envier. Le quartier magique était très probablement ensorcelé pour ne pas montrer son véritable aspect aux moldus. Le manoir Potter ressemblait à un petit château, avec ses six tours de pierre aux tailles différentes qui pointaient vers le ciel d'un bleu éclatant, telles des aiguilles essayant de piquer la soie qu'étaient les cieux afin de les coudre avec la terre.
Le reste du bâtiment, lui aussi en pierre, devait bien faire dix mètres de haut et était surmonté de créneaux argentés. Les fenêtres étaient en réalité des vitraux représentant des membres de la famille qui bougeaient et parlaient comme les portraits sorciers, répandant des rayons de lumière colorés et mouvants sur le sol et les murs des maisons voisines.
Hadès Potter s'avança sur le perron, grimpant l'escalier à la rambarde en fer forgé et aux marches en marbre, suivi de son petit-fils. Il sortit une grosse clé en bronze de sa cape et l'introduisit dans le trou de la serrure avant de la tourner deux fois dans le sens des aiguilles d'une montre, puis trois fois dans le sens inverse. La lourde porte en chêne émit un grincement sourd en s'ouvrant. Le grand-père de Harry se dépêcha d'entrer dans le hall où régnait une douce fraîcheur, agréable après la chaleur étouffante du mois d'août, alors que le jeune homme hésitait sur le seuil et restait immobile.
Harry regarda le hall d'entrée, les yeux grand ouverts brillant d'incrédulité et d'avidité. Son regard émeraude parcourut l'immense hall de marbre blanc comme la neige, parcouru de rayons lumineux colorés en mouvements. Les murs étaient couverts de tapisseries rouges et or qui réchauffaient la pièce. La voûte était soutenue par des piliers immaculés, représentant des nymphes enlacées avec différentes plantes magiques. En face de la porte d'entrée, au fond de la pièce, se dressait un immense escalier de marbre qui se divisait en deux bras partant dans des directions opposées. Tout autour de la pièce, entre chaque tapisseries se dessinaient des portes en bois, certaines ouvertes, d'autres fermées, donnant sur des pièces encore inconnues.
Le tout était d'une beauté irréelle, pourvu d'un luxe élégant et chaleureux. Chaque fois que les yeux émeraudes se posaient sur une porte, la lueur de curiosité avide qui y brillait s'intensifiait. C'est avec un visage émerveillé que le Garçon-Qui-A-Vaincu pénétra dans la demeure de ses ancêtres. La porte se referma d'elle-même, tandis qu'il suivait son grand-père à travers un dédale de pièces toutes plus féeriques les unes que les autres. Les rayons lumineux et colorés provenant des vitraux mouvants glissaient sur chaque meuble, chaque mur, chaque tapisserie, les faisant étinceler et les rendant presque vivants. Les murmures constants des personnages de verre peint permettaient d'écarter le danger d'un silence qui se serait révélé lourd dans un tel décor.
Soudain, ils arrivèrent dans un petit salon aux teintes bleu ciel et indigo. Mr Potter demanda gentiment à Harry de s'installer dans l'un des sofas pendant qu'il allait chercher James et Sirius, qui vivait chez les Potter depuis sa fuite, l'année précédente. Le jeune homme fit comme on lui disait et observa son grand-père disparaître derrière une porte en bois. Il se demandait s'il était prêt à faire face à son père et à son parrain alors qu'il pensait ne plus jamais les revoir. Peu importe après tout, se dit-il, prêt ou non, je vais devoir me débrouiller. Ce n'est pas comme s'ils connaissaient mon identité. Ce ne seront que des adolescents de mon âge, pas mon père, ni mon parrain...
Il continua à se répéter ces phrases sans cesse et finit presque par se convaincre lui-même... C'est ainsi, plongé dans ses pensées et les yeux clos que le trouvèrent son grand-père accompagné de son père et de Sirius. Harry ne les avait pas entendus entrer et sursauta lorsqu'il sentit la main d'Hadès sur son épaule. Il ouvrit les yeux et se tourna vers l'homme, qui lui dit:
- Harry, je te présente mon fils et ton cousin, James. Le garçon qui l'accompagne est Sirius Black, son meilleur ami.
Harry se tourna vers les deux adolescents qui se tenaient devant lui et l'observaient curieusement. L'un était de taille moyenne, avec des cheveux en bataille d'un noir de jais, des yeux noisette et des lunettes rondes. Il ne faisait aucun doute qu'il s'agissait de son père. Le deuxième était donc Sirius. Un Sirius d'à peine dix-sept ans, grand et musclé, séduisant, avec ses longs cheveux noirs soyeux et ses yeux bleus habités d'une lueur espiègle qu'il avait perdue après son emprisonnement. Ce jeune homme semblait bien différent de l'homme sombre et hanté qu'il avait connu.
Harry se redressa et s'avança vers eux, ses longs cheveux noirs glissant au creux de son dos et ses robes claquant contre ses jambes à chaque pas. Il se força à sourire, le cœur battant à tout rompre. Babump! Babump! Babump! Voilà ce que criait l'organe de la vie au creux de ses veines et de ses oreilles, le rendant presque sourd. Il tendit la main à son père qui la serra en lui offrant un sourire ouvert et en s'exclamant:
-Salut, je suis, comme mon père l'a déjà dit, James Potter, ton cousin, à ce qu'il paraît.
- Harry Potter, ravi de te rencontrer. J'ai bien cru que ça n'arriverait jamais avec mes parents qui voulaient absolument me faire croire que le monde se limite à une petite portion d'Alaska... Enfin, me voici en Angleterre et ravi de l'être.
Sirius émit un petit sourire ironique et amer à l'énoncé d'une autorité parentale exacerbée aux droits outrepassés. Puis son rictus se transforma en sourire chaleureux et il serra la main de Harry en s'exclamant avec son exubérance coutumière:
- Salut à toi, ô Cousin de mon frère d'âme! Je suis Sirius Orion Black, fils aîné, héritier renié et déshérité de la ô combien toujours pure et ridiculement obsolète grande famille des Black. La gentille famille Potter a bien voulu me recueillir dans son humble demeure après la querelle qui mit fin aux minimes relations que j'entretenais avec ma famille de sang et je suis devenu un nouveau membre officieux de cette accueillante Maison. Me voici donc ton presque cousin. Alors voilà, presque cousin, du moment que tu as le sens de l'humour et que le respect des règles établies te dégoûte, on est fait pour s'entendre. Qu'en dis-tu?
Harry le regarda de travers, percevant les sentiments que cachait ce discours prononcé avec une désinvolture et une exubérance exagérées, avant de répondre:
- Étant donné que je suis parti de chez moi sans demander la permission à personne et que mes actions passées n'ont pas toujours été approuvées par des "autorités supérieures", je suppose que mon non-respect des règles est un fait établi. Quant à mon sens de l'humour, ce sera à toi de juger s'il est acceptable ou non.
Sirius hocha exagérément la tête d'un air approbateur avant de s'adresser à James qui regardait la scène d'un air incontestablement amusé.
- James, je crois qu'on va pouvoir faire quelque chose de mon presque cousin...
- Si tu le dis, Sirius, si tu le dis... Tu sais que je n'aime pas te contrarier. Après tout, ça peut être dangereux, tu pourrais mordre comme le sale cabot que tu es, railla James.
Sirius lui lança un regard assassin avant de répliquer:
- Et toi, Cornedrue, tu ferais mieux d'arrêter de te pavaner. Tu sais bien qu'Evans déteste ton côté arrogant. Tu viens juste de la conquérir après six ans d'essais infructueux, évite de lui donner des raisons de faire cocu. Tu as déjà les cornes...
Les deux adolescents continuèrent ainsi à se lancer des pics pendant quelques minutes avant que Harry n'émette un petit toussotement qui lui rappela douloureusement et pour sa plus grande honte Dolorès Ombrage. Ils se tournèrent alors vers lui, légèrement contrits.
- Désolé, Harry, on a l'habitude de se titiller comme ça, c'est comme un jeu entre nous. Va falloir t'y habituer.
- Pas de problème. C'est juste que je dois encore déballer mes affaires et que je ne sais toujours pas où est ma chambre.
- Oh! Désolé Harry, viens, je vais te montrer.
Et James entraîna son futur fils dans un nouveau dédale de couloirs jusqu'à la tour de l'aile sud. Ils montèrent des escaliers en colimaçon enchantés agissant comme un ascenseur moldu et amenaient les grimpeurs à l'étage annoncé préalablement à haute voix.
Arrivé au sommet de la tour, James ouvrit une porte à sa droite et invita Harry à entrer. Le jeune homme franchit donc le seuil de sa nouvelle chambre et examina la pièce. Il s'agissait en réalité d'une suite composée d'une chambre à coucher, d'une penderie, d'une salle de bain et d'un bureau. Le tout était décoré aux couleurs de Gryffondor et de Serdaigle en ce qui concernait la pièce d'études. Les pièces étaient de taille moyenne et ne comportaient que les meubles absolument nécessaire. L'appartement n'en restait pas moins luxueux et lui rappelait Poudlard.
James lui adressa alors la parole:
- Bon ben, Sirius et moi, on te laisse t'installer. Nos chambres sont juste à côté. La mienne est à ta droite en sortant et celle de Patmol est en face. Si tu as besoin de quoi que ce soit, tu sais où t'adresser.
Et sur ce, les deux amis s'en furent. Harry ouvrit le couvercle ouvragé de la malle sans fond et s'exclama, haut et fort:
- Défaislamalle!
Aussitôt, un nombre impressionnant d'étagères pleines de livres, accompagnées d'un gros lit à baldaquin, d'un énorme bureau en bois, d'une centaines d'objets plus étranges les un que les autres, d'une cape d'invisibilité, les tableaux des directeurs de Poudlard et de plusieurs autres meubles furent éjectés dans la pièce qui sembla tout d'un coup bien minuscule. Peut-être même trop petite pour tous ses bagages, à en juger par l'effondrement des étagères sur le bureau, suivi d'un boucan d'enfer.
Quelques secondes plus tard, la porte de la chambre s'ouvrit à la volée sur deux maraudeurs bruns dont les yeux s'écarquillèrent à la vue de l'immense foutoir qu'était devenu la chambre, qui, une ou deux minutes auparavant, ne contenait qu'un lit et une table de chevet.
- Mais qu'est-ce qui s'est passé, ici?! S'exclama Sirius.
- Euh... j'ai oublié un détail en défaisant ma malle.
- Oublié un détail?! S' étouffa James. Oublié un détail? Comme le fait d'avoir amener le double de la bibliothèque de Poudlard et l'ensemble des meubles de ta maison?!
- Un truc de ce genre là, en effet, répondit calmement Harry. Mais ne vous inquiétez pas, je vais me débrouiller pour tout ranger.
- Tu veux un coup de main? Demanda Sirius.
Harry observa son parrain, qui, en effet, semblait désireux d'aider. Peut-être était-ce dû au fait qu'il tenait entre ses mains un livre ramassé dont le titre annonçait: Mille et une façon d'humilier vos ennemis, par Maliça Lablague? Peut-être était-il intéressé par certains ouvrages que pouvait receler sa bibliothèque...
- Je veux bien un coup de main, en fait, annonça Harry en embrassant une nouvelle fois la pièce du regard.
Et les trois jeunes hommes se mirent au travail. Il firent léviter les étagères dans le bureau tout en en laissant une partie dans la chambre, la pièce précédente n'étant pas assez grande pour tout contenir. Puis Harry utilisa le sortilège d'attraction modifié de Dumbledore pour ranger les livres dans la bibliothèque. Il rangea les meubles qui ne lui servaient à rien (comme le lit, la table de chevet et les portraits(avant que les deux jeunes hommes ne les voient)) dans la malle sans fond. James se chargea de ranger ses vêtements dans la penderie et de remettre l'armoire dans la valise. Quant à Sirius, il était très occupé à observer la multitude d'objets plus étranges les uns que les autres qui s'étalaient sur le bureau de Dumbledore et par terre, au milieu de plusieurs rouleaux de parchemin. Objets, qui, par miracle, étaient indemnes après l' écroulement des étagères.
Quant Sirius d'un petit Retourneur de Temps et s' apprêta à tourner le sablier, Harry se précipita et le lui arracha des mains en criant:
- Ne touche pas à ça! C'est un Retourneur de Temps!
Sirius le regarda d'un air choqué avant de laisser un petit sourire s'étaler sur son visage et de s'exclamer:
- Trop cool! Où t'as trouvé ça? C'est illégal d'en posséder, normalement!
Harry, gêné, répondit vaguement:
- Tous les objets que tu vois là son un héritage. C'est un ami de mes parents qui me les a légué après sa mort.
- L'ami de tes parents n'aurait-il pas un lien de parenté avec Dumbledore? Parce que, franchement, tes ustensiles ressemblent beaucoup aux bidules qui s'étalent dans son bureau, dit James de derrière son épaule.
Harry se retourna, nerveux. Que dire? Que faire? La réponse s'imposa dans son esprit: fuir.
- Je ne pense pas. C'était simplement un vieux monsieur ayant voyagé toute sa vie et récolté plein de trucs bizarres. Bon, sinon, il faudrait peut-être continuer à ranger, non?
Ainsi se termina la discussion. James et Sirius firent léviter les objets qui avaient éveillé leur curiosité sur le bureau de la pièce d'à côté. Pendant ce temps, Harry tria les notes de Dumbledore, éparpillées sur le sol, avant de les ranger dans l'armoire calée contre un des murs de la chambre, d'où elles étaient tombées. Puis il vida les tiroirs du bureau de Dumbledore, révélant multitudes de parchemins vierges, d'encres et de plumes (magiques ou non). Il transféra-le tout dans le meuble d'études de la pièce voisine puis termina son rangement en faisant disparaître l'ancien bureau du directeur de Poudlard dans sa malle sans fond.
Puis, les trois jeunes hommes s'installèrent sur le lit et discutèrent de tout et de rien. Ils passèrent en revue les blagues dont les maraudeurs étaient le plus fier, la vénération de James pour Lily, avec qui il sortait depuis la fin de l'année scolaire, des difficultés de Sirius avec sa famille, des supposés différents de Harry avec ses "parents", etc... Ensuite, ils firent des batailles explosives et jouèrent à plusieurs autres jeux, comme le Cluedo version sorcier, jusqu'à l'heure du dîner.
Après son repas, Harry remonta seul dans sa chambre, se doucha et se coucha directement, épuisé. Avant de s'endormir, il passa en revue les évènements de la journée avant de penser aux projets qu'il avait pour le lendemain. Il se rendrait sur le chemin de Traverse et à Gringotts, avant de commencer à réviser ses buses et ses autres examens. Encore une journée chargée en perspective.
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Un rire cristallin résonna dans le creux de son oreille. Il se retourna et vit une touffe de cheveux de feu s'évanouir entre deux arbres. Il s'élança à sa poursuite, guidé par le son de son rire et l'éclair de cheveux roux entre-aperçu ici et là. Des branches lui griffaient la peau, mais il n'y prêta pas garde, obnubilé par sa course.
Soudain, il déboucha dans une clairière occupée par trois personnes qui l'intimèrent de les rejoindre. La jeune fille aux cheveux de feu s'avança vers lui et le prit dans ses bras. Il cala son visage au creux de son épaule et respira son parfum, se sentant plus en paix et plus heureux qu'il ne l'avait jamais été.
Le couple restant, un jeune homme roux et une jeune fille aux cheveux châtains ébouriffés, s'avança à son tour et se joignit aux embrassades. Le jeune homme lança une plaisanterie quelconque et fut rabroué gentiment par sa compagne.
Tout à coup, un froid glacial s'empara de la clairière et la gaîté s'en fut. Un homme vêtu d'une robe noire, ses yeux écarlates aux pupilles reptiliennes luisant dans l'obscurité, apparut, une faux à la main. Un rictus cruel apparut sur son visage au moment où il décapita le couple et la jeune fille rousse, faisant jaillir leur sang et souillant le sol de la clairière.
Harry s'éveilla en sursaut à l'écho onirique d'un rire suraigu, l'image des corps décapités de Ron, Hermione et Ginevra imprimée sur ses rétines. Un gémissement étranglé lui échappa et une larme solitaire dégringola la pente de sa joue gauche. Il resta ainsi prostré dans son lit un long moment avant de se rappeler où il était, quand et pourquoi. Il sursauta en entendant le tut tut tut que fit son réveil en sonnant. Puis, lentement, il se leva et se rendit dans la salle de bain où il prit une douche glacée afin d'effacer les derniers vestiges de son cauchemar.
Il sortit de la salle de bain enveloppé d'un peignoir et les cheveux enroulés dans une serviette. Il ouvrit la penderie et choisit une robe de Dumbledore, en satin vert pomme aux motifs de phénix dans différentes positions et différents états. Ne voulant pas attirer l'attention, il bannit les décorations d'un coup de baguette et fonça la couleur de la robe, la rendant couleur sapin. Après avoir enfilé la robe, il entreprit de se démêler les cheveux avec difficulté. Enfin, il les attacha en catogan à l'aide d'une bague en argent et descendit prendre son petit déjeuner.
Il retrouva sa grand-mère dans la salle à manger. Elle lui fit un sourire maternel avant d'entamer la conversation.
- Comme je te l'ai déjà dit hier, j'ai régularisé ta situation le mieux possible mais je ne peux agir que sur les archives de mon département. J'ai bien peur que mes sortilèges puissent être défaits par un membre du Département de la Justice Magique, si une enquête devait être ouverte. Il vaut donc mieux faire profil bas.
- J'ai compris. Je ferais mon possible pour ne pas me faire remarquer. Vous pensez que je peux ouvrir un compte à Gringotts sans provoquer de soupçons au ministère?
_ Gringotts est entièrement dirigée par des gobelins. Officiellement, le ministère n'a aucun droit de regard en ce qui concerne la banque, son fonctionnement et ses clients. Officieusement, c'est une autre histoire.
Les gobelins sont une race avide d'or et par là même, aisément corruptible. Certains des employés sont payés pour fournir des renseignements concernant toute activité inhabituelle ou suspecte. Étant donné que la plupart des mangemorts proviennent de vieilles, riches et "respectables" familles de sorcier, ils entendront forcément parler de l'ouverture d'un compte aussi conséquent que celui que tu désires ouvrir. En fonction de ce que Tu-Sais-Qui pensera de ces informations, le ministère sera au courant ou non.
Je pense donc qu'il est risqué d'ouvrir un compte à Gringotts. Car un jeune homme d'à peine dix-huit, appartenant à la famille Potter mais dont personne n'a jamais entendu parler, qui débarque d'Alaska avec l'une des plus grosse fortune du monde magique est définitivement suspect. D'autant qu'après ta prétendue brouille avec tes "parents", il serait logique qu'ils ne t'aient pas laissé d'argent.
- L'ouverture d'un compte est donc déconseillée. Et si je change mon nom et mon apparence?
- A moins d'utiliser du Polynectar, les gobelin verront à travers les sortilèges. Quant à ton nom, tu ne peux pas le simuler. Par les temps qui courent, la sécurité a été renforcée et une identification de ta baguette magique est nécessaire pour ouvrir ou fermer un compte. Tous les fabricants de baguettes sont tenus de rapporter le détail de leurs ventes à un officiel du ministère. Il est, de plus évident que tu ne peux pas utiliser la Baguette de Sureau pour une identification, cette baguette étant officiellement celle d'Albus Dumbledore.
- Je ne peux donc pas tricher de cette façon...
Harry poussa un soupir et se perdit dans ses pensées, cherchant la solution à son problème. Puis, la lumière se fit.
- Et si je vous confiais un tiers de mon argent et que vous l'encaissiez sur votre compte avant de me faire plusieurs virements espacés de quelques jours? Je pourrais ouvrir un compte à mon nom avec un autre tiers de ma fortune et garder le dernier tiers sur moi. Vous pourriez faire croire avoir possédé l'argent que je vous aurais confié dans un coffre personnel indépendant de la banque. Ainsi, j'éveillerais moins les soupçons. Vous pensez que ça pourrait marcher?
Elfara fronça les sourcils d'un air pensif tout en passant une main dans ses cheveux courts, analysant les paroles de son petit-fils et les conséquences que pourraient entraîner un tel acte. Puis elle répondit:
- Je pense que c'est possible, qui nous blâmerait de donner de l'argent à notre neveu déshérité par ses parents? Mais il faudra expliquer la provenance de l'argent que tu utiliseras pour ouvrir ton compte. Et il te faudra aussi racheter une baguette magique. Tu n'auras qu'à dire que la tienne a brûlé, cette partie là ne devrait pas trop poser de problèmes.
- Je suis d'accord, répondit Harry. Quant à mon argent, il s'agit d'une partie de l'héritage que m'a légué un vieil ami de mes parents avant de mourir, tout comme la plupart de mes biens. J'ai déjà servi cette histoire à Papa et à Sirius, quand ils m'ont demandé d'où je tenais les ustensiles qui me viennent du Dumbledore du futur. C'est une histoire plausible et personne n'ira fouiller plus loin sans bonne raison de le faire. Quant au nom du vieil homme, je ne le connais pas, il utilisait un pseudonyme. Cela fera taire les suspicions me concernant, du moins, je l'espère.
-Bien, les formalités concernant tes finances sont donc réglées. En revanche, le fait que tu passes tes buses et tes examens de fin d'année pendant l'été risque d'éveiller l'intérêt du ministère. D'autant plus que tu as choisi énormément de matières. Cela risque aussi d'intéresser Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom. Tu es sûr de vouloir étudier autant de matières?
- Sûr et certain, répondit Harry. J'attirerais l'attention du ministère et de Voldemort quoique je fasse, ne serait-ce que par mon arrivée à Poudlard lors de ma septième année et le fait que j'appartienne à votre famille. D'après ce que j'ai entendu dire, Papa a une certaine réputation à Poudlard et le fait que je porte le même nom que lui suffira à me faire remarquer.
Alors, quant à attirer l'attention, autant le faire par un surnombre de cours et des notes élevées plutôt que comme cousin suspect d'un des Maraudeurs et cible privilégiée des Serpentards.
Je m'explique: si on me prend pour un amoureux des livres et un sorcier plus doué que la moyenne, je représenterais une menace potentielle et je serais plus difficile à aborder. On me laissera donc relativement tranquille, et mes secrets n'en seront que mieux gardés.
Si, au contraire, je choisis de me faire moins remarquer en étudiant moins de cours, je deviendrais celui à qui il faut s'adresser pour avoir des informations sur les maraudeurs. Je deviendrais également une cible privilégiée pour ceux qui voudraient se venger de leurs farces. A force de me fréquenter ou de chercher à me blesser, des recherches concernant ma vie privée seront automatiquement lancées et mes secrets risqueront d'être révélés.
Je préfère qu'on s'intéresse à moi en tant qu'élève brillant plutôt qu'en tant que jeune homme débarqué illégalement d'un futur révolu détenant la clé de la fin de Lord Voldemort. Si je suis repéré par mes notes académiques, je pourrais peut-être même infiltrer le ministère et tenter de limiter les dégâts. Je pourrais aider à "démasquer" un mangemort ou deux, je serais alors au-delà de toute suspicion.
Quant à Voldemort, s'il s'intéresse à moi, je lui ferais croire que je suis intéressé par l'idée de rejoindre ses rangs, mais que je préfère attendre d'avoir reçu mes aspics. D'ici la fin de l'année, j'aurais très certainement détruit ses Horcruxes et je pourrais m'occuper de lui. Quant au fait de dénoncer des mangemorts, je n'aurais qu'à affirmer m'être attribuer le travail que d'autres avaient mené dans l'ombre après avoir effacé leur mémoire. Cela pour me conférer une couverture me faisant passer comme insoupçonnable, qualité plus qu'utile au travail d'espion.
Le fait d'étudier autant de matières sert donc mes intérêts à la perfection. Ni Voldemort, ni le ministère, ni même les élèves de Poudlard n'iront chercher plus loin. Voldemort parce que la vie privée de ses sujets ne l'intéresse pas, le ministère parce que je serais au-delà de toute suspicion et que m'avoir de leur côté servira au mieux leurs intérêts, et les élèves parce que je serais toujours fourré dans mes livres et que je ne les intéresserais pas.
- Avec un esprit pareil, tu ferais un parfait politicien. Tu contourne les difficultés en faisant ce qu'on attendrait le moins d'une personne dans ta situation, tu manipule pour arriver à tes fins... Brillant mais également très...Serpentard, dirais-je, observa Mrs Potter.
- Ce n'est pas comme si j'avais le choix, répondit Harry. Maintenant que je suis là, il ne faut surtout pas que j'échoue, c'est primordial. Je me suis juré que si je devais manipuler les gens si cela me permettait de sauver des vies, alors je le ferais. Tout comme je donnerais ma vie pour sauver celle d'un ami ou d'une personne innocente. Pour ce qui est du côté Serpentard, soit, j'ai un esprit Serpentard. C'est d'ailleurs là où m'aurait réparti le Choixpeau si je ne lui avais pas demandé de n'en rien faire.
Sa grand-mère pencha un peu la tête sur le côté et l'observa un moment avant d'objecter:
- Mais tu as aussi un côté très Gryffondor, d'après ce que m'a raconté Dumbledore et ce que tu viens de me dire. Tu es assez loyal et courageux pour sauver tes amis, ta famille et des inconnus au prix de ta vie et tu es même près à faire un voyage dans le passé, à faire face une nouvelle fois à Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom pour sauver le monde sorcier et ceux que tu aimes. Cela demande une grande force morale et un courage exceptionnel. Plusieurs auraient abandonné devant l'ampleur de la tâche.
Après tout, tu ne risque pas que ta vie, mais aussi ta liberté et ta raison. Car si tu te fais attraper avant d'avoir mené ta tâche à bien, tu es bon pour Azkaban. Si je comprends pourquoi le Choixpeau voulait t' envoyer à Serpentard, je comprends aussi pourquoi il a choisi Gryffondor lorsque tu as refusé. Tes actions sont celles d'un vrai Gryffondor et je suis sûre que tu as fait la fierté de ta maison, à ton époque.
Harry sentit ses joues s'empourprer à ces paroles. Il ne pouvait nier se souvenir que sa maison avait été très fière de le compter en son sein. Du moins lorsqu'il n'était pas soupçonné d'être un psychopathe sanguinaire ou un mythomane cherchant à attirer l'attention sur lui par n'importe quel moyen. Il ne pouvait pas non plus nier qu'il ne regrettait en aucun cas les folles épreuves qu'il avait traversé avec ses amis, au travers desquelles chacun d'eux aurait pu mourir à plusieurs reprises. Mais cela avait été justifiable par le fait que chaque fois, une ou plusieurs vie avaient été en jeu, directement ou non.
Harry était donc un savant mélange entre un Gryffondor impulsif et téméraire et un Serpentard réfléchi et près à tout pour parvenir à ses fins. Intéressant mélange...
Le court de ses pensées fut interrompu par l'arrivée de son grand-père, encore en pyjamas et l'air passablement endormis. Il s'affala sur une chaise et étouffa un bâillement derrière sa main. Puis il entreprit de se servir une assiette d'œufs brouillés sans paraître se rendre compte de la présence de sa femme et de son petit-fils à la même table que lui.
Harry haussa un sourcil en entendant sa grand-mère étouffer un rire et s'étrangler avec sa salive. Elle avala son verre d'eau à toute vitesse et prit de grandes goulées d'air tout en crachotant, ce qui eut pour effet de réveiller un peu Mr Potter. Un peu seulement...
- B'jour, ma chéri, b'jour Jamesie, marmonna-t-il entre deux bouchées, un morceau d'œuf coincé entre les incisives.
S'en fut trop pour Elfara qui se leva de table, retenant son rire à grand peine, et alla exploser dans une autre pièce pour ne pas vexer son mari endormi. Harry, quant à lui, se retint le mieux qu'il put et avala une part de tarte aux pommes et un café avant de remonter dans sa chambre se laver les dents. Il se perdit plusieurs fois en chemin mais finit tout de même par arriver à destination. Ensuite, il enfila une cape bleue marine brodée de lunes et attrapa sa bourse ensorcelée. Il divisa son contenu en trois à l'aide du sortilège de movi-attraction (le sortilège modifié de Dumbledore nommé ainsi par ses soins). Une partie retourna dans la bourse, une autre fut transférée dans sa malle sans fond et une troisième demeura dans la chambre, recouvrant de gallions d'or le lit et ses environs jusqu'au plafond. Cette partie là serait destinée au coffre des Potter.
Il sortit de sa chambre après l'avoir verrouillée et instauré un mot de passe comme droit d'entrée, puis alla rejoindre sa grand-mère et l'informa de ce qui l'attendait dans sa suite. Elfara promit de s'en occuper dès aujourd'hui et partit vers les appartements de Harry, armée d'une bourse ensorcelée. Harry, quant à lui, se dirigea vers la cheminée du salon dans lequel il se trouvait, prit une poignée de poudre de cheminette dans le pot posé au-dessus de l'âtre, et s'en fut au Chaudron Baveux.
Quelques clients se retournèrent à son arrivée, mais retournèrent bien vite à leurs occupations en se rendant bien compte qu'il n'y avait rien à voir. Harry se rendit donc sans difficulté à l'arrière du bar et entra sur le Chemin de Traverse. Là, la foule était dense, colorée et bruyante, bien qu'elle n'atteigne pas la masse qu'elle pouvait avoir après l'arrivée des lettres de Poudlard. Les échoppes se succédaient au rythme de ses pas et il arriva bientôt devant la vitrine de la boutique d'Ollivander.
Il pénétra dans le sombre magasin encombré et attendit que le vieil homme daigne se montrer. Au bout de quelques minutes, celui-ci apparut derrière son comptoir.
- Ah...Mr Harry Potter, n'est-ce pas? Albus m'a prévenu que vous viendriez probablement me voir, bien qu'il ne m'ait donné aucun détail. Alors, dîtes-moi, pourquoi avez-vous besoin d'une nouvelle baguette?
- La mienne a malencontreusement été détruite lorsqu'elle a brûlé, Monsieur, répondit poliment Harry.
- Je vois, je vois, et comment une telle chose a-t-elle bien pu se produire?
- Mes parents l'ont détruite intentionnellement lorsque je leur ai annoncé que je venais en Angleterre, contrairement à leur volonté, monsieur.
- Ils ont fait ça, vraiment? Enfin, retournons à nos hippogriffes... Il vous faut une nouvelle baguette... Quelle était la composition de la votre?
- Plume de phénix et bois d'if, Monsieur.
- Vraiment? Les yeux d'Ollivander s'écarquillèrent de surprise et une lueur d'intérêt brilla dans son regard. Une combinaison originale et puissante, mais j'ai justement ici une baguette du même acabit.
Sur ce, il disparut derrière les rayons et revint chargé de l'ancienne/future baguette de Harry. Il la tendit à ce dernier qui l'empoigna et ressentit immédiatement une douce chaleur envahir tout son corps. Il agita doucement sa baguette qui projeta des lumières colorées et mouvantes sur les murs avant de s'éteindre.
Il releva la tête vers Ollivander, dont les yeux brillaient d'excitation. Le vieil homme encaissa fiévreusement les onze gallions trois noises que coûtait la baguette et retint le jeune homme lorsque celui-ci s'apprêtait à passer le seuil de la porte.
- Jeune-homme, sachez que la baguette qui vous a choisi n'est pas une baguette ordinaire. La phénix qui a produit la plume qui se trouve à l'intérieur a produit une autre plume pour une autre baguette. Si j'avais su ce que cette dernière allait accomplir, je ne l'aurais jamais vendue. Mais le mal est fait. Sachez que votre baguette est désormais la sœur de celle de Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom.
Harry qui connaissait déjà ce détail fit de son mieux pour paraître surpris et un peu apeuré.
- Vraiment? Murmura-t-il. Vous en êtes absolument certain?
- Absolument, Mr Potter, absolument. Prenez soin de cette baguette, jeune homme, elle le mérite. Vous êtes destiné à accomplir de grandes choses, oui, de grandes choses... Après tout, Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom a accompli de grandes choses, terrible, il est vrai, mais stupéfiantes...
Et ce fut sur ce discours déjà entendu quand il avait onze ans que Harry sortit de chez Ollivander, armé de sa nouvelle baguette. Il se dirigea ensuite vers Gringotts où il ouvrit un compte, comme prévu. Il prit tout de même une centaine de gallions en prévision des livres et des ingrédients de potions qu'il allait devoir acheter pour ses révisions et son apprentissage personnel.
Après être sorti du grand bâtiment de marbre blanc, il se dirigea vers Fleuri et Botte, où il s'empara d'un grand panier à roulettes. Puis il se mit en quête de livres. Il entassa dans son panier:
Premiers Pas du Médicomage, par Angine Lamalade, niveau 1,2,3 et4
Comment se faire comprendre du monde magique et de ses peuples dans son entier, par César Poliglott, niveau 1
Grammaire et numérologie: le secret de l'Arthmancie, par Julius Jeuconte, niveau 1,2,3 et 4
A la découverte des runes anciennes, par Maya Traduis, niveau 1,2,3 et 4
Il ajouta à ces ouvrages les manuels de cinquième et sixième année de Métamorphose, Enchantements, Défense Contre les Forces du Mal, Potions, Botanique, et Soin aux Créatures Magiques. Enfin, il continua sa collection en achetant des livres complémentaires sur la Médicomagie et les Langues Étrangères.
Il partit payer le tout à la caisse et en profita pour s'abonner à une revue relatant des nouvelles découvertes du monde magique, dans toutes les matières: Cela variait de la Défense Contre les Forces du Mal au sortilège ménager en passant par les potions et l'Arithmancie... Le magazine était publié une fois par semaine et était très complet.
Une fois qu'il en eut terminé, il se dirigea vers l'apothicaire auquel il acheta plusieurs ingrédients de potions pour son usage personnel et pour ses révisions. Puis, enfin, ayant terminé ses achats, il rentra à Godric's Hollow.
