Chapitre 3

Dix ans plus tôt…

Clarke regarda la femme qui venait de tuer une personne devant elle.

– Tu étais simplement l'appât... disait-elle songeuse.

Un regain d'espoir naquit dans son esprit. Peut-être n'allait-elle pas mourir ce soir ?

– Tu auras une cicatrice… continua la femme en noir.

Elle jeta son poignard sur le sol, hésita puis fit de même avec son zippo et tourna les talons.

– Libère toi si tu le peux, dit-elle en partant.

Clarke ferma les yeux de soulagement et attendit de ne plus la voir avant de se précipiter sur le couteau.

Clarke rencontra quelques difficultés pour couper ses colliers en plastiques aux poignets et aux chevilles. Elle tremblait et surveillait la porte, s'attendant à voir revenir cette folle qui l'avait épargnée. La jeune femme finit par se libérer et garda le poignard dans sa main, toujours sur ses gardes. Elle ramassa le zippo, en se demandant quel était le symbole imprimé dessus, et étudia le cadavre.

Clarke avait reconnu la mère de Roan, son employeur, qui commençait à la regarder d'un œil appréciateur et avait même plus ou moins essayé de l'inviter à dîner. Elle lui avait gentiment fait comprendre qu'elle préférait les femmes, mais elle avait lu dans ses petits yeux qu'il ne la croyait pas, qu'il pensait qu'elle le rejetait. S'il était capable de se plaindre à sa mère, qui voulait la tuer parce qu'elle avait refusé un dîner avec son fils, elle était plutôt heureuse de ne pas être entrée dans la famille…

Ils avaient voulu la tuer se répéta-t-elle. Elle regarda autour d'elle. Clarke savait qu'il y avait son sang par terre, sûrement ses cheveux, son ADN, et que la police scientifique l'identifierait comme étant présente sur les lieux du crime. Elle avait fait des erreurs dans son adolescence et possédait un casier, elle était donc fichée.

Elle pouvait aussi dire la vérité à la police...

Clarke eut un rire amer. Roan avait le bras long et l'accuserait du meurtre de sa mère. Elle ne tiendrait pas deux semaines de plus dans ce monde. Il fallait qu'elle disparaisse… Mais d'abord les preuves devaient être détruites.

Ce nouveau but la rasséréna. Elle regarda autour d'elle et découvrit de vieux pots de peintures cabossés dans un coin près d'un poteau. Elle s'approcha espérant qu'il resterait un peu de peinture qui servirait de combustible. Deux pots étaient encore au trois quart pleins. Elle revint vers la femme morte et vida ses poches, lui volant ses papiers, son identité. Elle savait qu'on pouvait identifier une personne avec ses dents, mais peut-être que les dégâts du feu seraient suffisant pour que ce soit impossible.

Elle inonda complètement le cadavre et ses alentours de peinture, puis s'empara du briquet, alluma un papier pris au hasard dans les affaires de la femme, et le jeta sur le produit qui s'enflamma. Clarke observa les vêtements de qualité du cadavre prendre feu en se disant que la vie qu'elle connaissait était définitivement terminée.

Elle n'était plus Clarke Griffin, elle deviendrait quelqu'un d'autre. Elle pleura sur l'innocence qu'elle venait de perdre durant cette horrible soirée, et sortit de l'entrepôt alors que les flammes léchaient le corps d'une des femmes responsables de son changement de vie.

Elle n'avait pas eu du mal à rentrer chez elle. Elle s'était nettoyée, douchée, avait brûlé ses vêtements et recousu l'entaille sur sa joue. C'était vrai, elle garderait une cicatrice. Elle rédigea une lettre de démission. Prépara une valise, regarda une dernière fois son appartement et partit. Elle posta la lettre, vida son compte en banque, puis se débarrassa de ses cartes de crédit. Elle acheta quelques affaires utiles, hésita puis prit une couleur pour ses cheveux. Clarke devint rousse en une demi-heure dans les toilettes de la gare routière, et monta dans un bus en direction de Chicago. Elle appela Bellamy durant le trajet et lui demandant asile pour quelques jours.

Elle s'endormit en regardant la route et se réveilla en sursaut à plusieurs reprises à cause des cauchemars, revivant les dernières heures.

Bellamy la récupéra le lendemain. Tout sourire. Il la serra dans ses bras et Clarke faillit craquer. Il lui manquerait. Elle apprécia l'accolade de son ami d'enfance et sourit pour la première fois en vingt quatre heures. Il toucha une mèche de ses cheveux.

– Je te préférais en blonde, mais ce n'est pas si mal, dit-il tendrement. Allez viens ! Tu dois mourir de faim, je t'offre un petit déj' !

Ils parlèrent de tout et de rien et Clarke se berça d'illusion pendant le repas, se disant que peut-être elle n'avait pas besoin de fuir, mais elle n'était pas idiote.

– Je peux te demander un service ?

– Bien sûr, répondit-il en enfournant un morceau de bacon dans sa bouche.

– Le bureau enquête sur une série de meurtres, tout ce que j'ai c'est un surnom The Commander.

Il mâchouilla en réfléchissant.

– Ah, vous les procureurs vous êtes tous les mêmes. Toujours à demander de l'aide à la police…

– C'est parce qu'on ne peut pas se passer de vous, lui répondit-elle avec malice.

– Ok, je vais voir ce que je trouve.

Il soupira.

– D'ailleurs faut que j'y aille. Il lui tendit des clefs. Tu seras retrouver le chemin de l'appartement ?

– Ouais, je suis une grande fille.

Il se leva et paya l'addition. Il s'arrêta avant de partir et la fixa. Il avait reculé au maximum cette question.

– Qu'est-il arrivé à ta joue ?

– Je me suis pris une porte…

– Clarke…

– Disons que je fais un métier dangereux, et je tombe parfois sur des clients mécontents qui vous le montrent lorsqu'ils ne sont pas d'accord avec le verdict du juge…

Bellamy hocha la tête. Ce n'était pas la première fois que Clarke se faisait agresser par un voyou, mais elle savait faire face.

– Ça va aller ? Lui demanda-t-il un peu inquiet.

Elle leva les yeux vers lui.

– Il faudra bien…