It's hard being left behind. [...] It's hard being the one who stays. — Audrey Niffenegger

Tino tournait et retournait la boîte entre ses mains, espérant découvrir dans une écaille du bois, dans une griffure, quelque chose, un indice. N'importe quoi. Pourtant le coffre restait désespérément muet, ne livrant que quelques mots qui, loin d'éclairer l'étudiant, le plongeaient dans une perplexité plus intense. Ses notes étaient éparpillées sur le matelas, sur lesquelles on voyait un nombre impressionnant de ratures et de mots écrits à la va-vite. Il avait en vain cherché à traduire les quelques runes lisibles sur le couvercle, sans grand succès. La moitié avait été effacée par le temps, par les aléas climatiques aussi très certainement. Il se dégageait cependant quelques idées : quelque chose à propos d'une séparation, du temps et de la mort.

Les runes chez les Vikings n'étaient généralement pas utilisées pour écrire des textes de la vie de tous les jours ; Tino savait que l'écriture était plutôt quelque chose de chrétien, peu utilisé chez les anciens peuples du Nord. Les runes se retrouvaient sur des tombes, des objets portant un nom ou des incantations magiques. Ce coffre n'entrait dans aucune des deux premières catégories, il devait donc forcément posséder un attrait surnaturel pour les hommes qui vivaient autrefois dans la région.

Ce qui frappait Tino, c'était le fait que malgré l'état usé du coffre, il était très solide et très bien conservé. Les matériaux comme le bois se décomposaient généralement très vite, même dans des climats gelés. Pourtant, il n'avait pas l'air d'avoir plus d'une cinquantaine d'années et donnait l'impression d'avoir été stocké à l'abri dans un grenier.

Abandonnant la traduction des inscriptions, il regarda plus en détail la serrure, et remarqua un minuscule dessin gravé juste au-dessus du trou pour la clé ; en plissant les yeux, il parvint à distinguer un symbole abstrait, comme des armoiries.

- Tino ?

L'étudiant sursauta et glissa d'un geste fluide le coffre dans ses affaires, et se retourna vers la scientifique qui était chargée de s'occuper de lui, les joues rouges et le cœur battant.

- Oui ?

- Tu devrais venir voir, je pense que ça peut t'intéresser.

Elle n'avait rien vu. Bien. Le Finlandais se leva et rangea rapidement ses notes.

- J'arrive.


Tino trépignait sur place, complètement surexcité et incapable de se contrôler. Il avait en face de lui une découverte archéologique majeure, un trésor historique qui n'était cette fois pas derrière une vitrine comme il avait eu l'occasion d'en voir. Il était à la fois euphorique mais aussi étrangement gêné ; il s'agissait là, après tout, de la dépouille d'un guerrier qui venait d'être tiré de son profond sommeil de glace. Le corps était très bien conservé, comme souvent dans ces climats arides et froids. On pouvait distinguer sans trop de peine les traits robustes et masculins et la carrure impressionnante du Viking.

À première vue, l'homme avait été enterré avec ses possessions les plus importantes, comme il était coutume de le faire. Ses mains avaient été posées sur une grande épée abîmée, et il portait de simples vêtements avec quelques morceaux d'armure. On devinait des cheveux blonds, plutôt courts, et une absence de barbe, ce qui était plutôt étrange.

Loin de s'attarder sur ces détails intrigants, il examinait avec attention la sépulture. Plusieurs objets se trouvaient dans la tombe ; des coffres, des pots en terre cuite, le tout généralement brisé. L'étudiant s'approcha et se pencha pour observer la tombe, d'où l'on sortait avec précaution le corps. C'était la première fois qu'il était si près et n'aurait eu qu'à se baisser pour toucher toutes ces merveilles.

Il reporta cependant son attention sur le Viking qui avait dormi là pendant toutes ces années. Les scientifiques s'affairaient autour, mais il put cependant s'approcher. Tandis que les archéologues préparaient leur matériel, il s'accroupit pour examiner un peu plus en détail les vêtements et bijoux. L'homme était vêtu d'une simple tunique et d'un pantalon, avec des bottes en cuir lourd qui semblaient résistantes et robustes. À son majeur gauche, on devinait une chevalière frappée d'une rune censée attirer la chance et la victoire.

Tino était en admiration devant la très grande épée : rouillée, abîmée, on devinait pourtant qu'elle devait être extrêmement lourde et difficile à manier. Il se demandait s'il s'agissait vraiment d'une arme utilisée en combat ou une simple parure pour une quelconque cérémonie traditionnelle. Toujours était-il que le corps était très bien conservé, ce qui était une première ; jamais on n'avait retrouvé un Viking dans un si bon état, même si la peau était brunie par le temps et loin de l'apparence endormie de Rosalia Lombardo*.

Un éclat couleur or attira alors son regard ; il s'agissait d'un pendentif. Après un rapide coup d'œil, il se rendit compte qu'il s'agissait d'une clé.

Et elle portait exactement le même symbole que son coffre.

Choqué, Tino se figea pendant un instant, le souffle suspendu, avant d'arracher d'un geste vif la clé du coup de son (ancien) propriétaire. Il la rangea dans sa poche, puis se demanda brutalement si personne ne l'avait vu. Mort d'inquiétude, il regarda autour de lui, pour se rendre compte que personne ne réagissait. Il était bien incapable de dire ce qui le prenait ; il avait simplement le sentiment, non, l'urgence de saisir cette clé, il savait, instinctivement, qu'elle constituerait une partie de la réponse. Au fond de lui, une culpabilité maladive lui tordait les entrailles sans qu'il ne puisse se résoudre à laisser l'artéfact à quelqu'un d'autre.

- Hey gamin, pousse-toi s'il te plaît.

L'étudiant s'écarta rapidement du passage, puis resta quelques minutes à observer les autres prélever des échantillons et réaliser différentes mesures, avant d'emballer le corps dans un conteneur adapté à sa préservation. Prétextant des maux de tête dû à l'excitation, il s'éclipsa sans attendre vers sa tente, une envie bouillonnante d'ouvrir le coffre pulsant dans ses veines.

Il se jeta dans sa tente, la referma, enleva ses chaussures et son manteau et sortir le coffre, tremblant comme une feuille. Sortant la clé de sa poche, il la glissa, lentement, dans la serrure, s'attendant presque de nouveau à recevoir un choc électrique.

Mais non. Un léger "clic" se fit entendre, et le couvercle se déverrouilla. Partiellement. Il y avait un léger jeu, à présent, qui permettait d'ouvrir le coffre sur un tout petit millimètre ; pas assez pour en voir l'intérieur. Tino se rendit compte que ce qui retenait le coffre était le fermoir à code. Il lui fallait trouver ce code, à tout prix. Il posa la boîte à côté de lui et se mit en position de réflexion, les mains jointes sous son menton, ses pensées filant à toute allure.

Les symboles du code lui étaient inconnus. Sans doute avaient-ils une signification, mais il aurait bien été incapable de la déchiffrer ; cela ne ressemblait pas à des runes ou à une quelconque écriture. On aurait plutôt dit de minuscules dessins. Ils étaient quelque peu encrassés et Tino peinait à les voir correctement. Il doutait de parvenir à faire quoi que ce soit sans aide extérieure ; or, il ne pouvait se fier à personne ici. Le Finlandais ne pouvait compter que sur lui-même et sur ses capacités de détective.

Se relevant, l'air déterminé, il prit la décision d'explorer les ruines jusqu'à trouver un deuxième indice. Une petite voix, quelque part au fond de lui, lui soufflait, lui murmurait tendrement qu'il était ici pour cela. Sa présence n'était pas un hasard. Il avait un rôle à jouer, et il allait devenir l'acteur de ce récit avec plaisir, et un soupçon d'excitation.

Alors qu'il cachait le coffre et la clé et se préparait à sortir de sa tente, il remarqua un papier qui dépassait de sa couverture. Fronçant les sourcils, il le sortit, et hoqueta légèrement en voyant qu'il s'agissait d'une lettre, en tout point semblable à celle de son casier. Il l'ouvrit avec des gestes tremblants, et parvint à déchiffrer sans brouillon le poème, comme de vieux souvenirs d'une langue maternelle oubliée.

Je m'attends à ce que la mort soit le néant

Je m'attends à ce que tu meures

Je m'attends à un miracle

Je n'en attends pas moins


* Rosalia Lombardo : Rosalia Lombardo est une petite fille inhumée dans les Catacombes de Palerme, en Sicile, et dont la technique de conservation est si efficace qu'elle semble simplement dormir à ce jour.

Voilà pour ce chapitre qui a mis longtemps à venir *vive le bac*... Ahem, j'espère qu'il vous plaira, chapitre de transition, je distille mes informations petit à petit :D

À une prochaine fois o/