Hanim chapitre 3 : Révélations

Sur la route entre l'université et Wolf Trap, Will s'arrêta brièvement dans un petit magasin d'art où il acheta des carnets de croquis, du papier à dessin de qualité et des crayons graphites pour Hannibal. Il avait bien du mal à résister au plaisir de le gâter, mais il se disait tout de même qu'il faisait une erreur en agissant de la sorte. L'Hanim-canin s'était mal comporté en grognant sur le livreur de colis et ce n'était vraiment pas le moment idéal pour lui faire un cadeau. Une fois rentré chez lui, il posa le paquet bien emballé dans une des étagères du salon, sans préciser de quoi il s'agissait et en sachant que son jeune compagnon n'y toucherait pas. Hannibal avait fait le repas du soir et l'accueillit avec un sourire hésitant qui l'attendrit, puis s'empara de son carnet de notes, écrivant :

Vous voulez parler de ce qui s'est passé avant votre départ ?

― Je pense que c'est nécessaire, oui.

Après le repas ? Tout est prêt, et j'aime autant éviter de réchauffer la nourriture au micro-onde.

― Bien sûr, nous avons toute la soirée pour discuter, accorda Will.

Comme toujours, il remercia son compagnon pour le repas et le complimenta. Il appréciait sa cuisine en général, et ce soir ne faisait pas exception, même s'il n'avait jamais mangé de ce poisson au nom imprononçable mais délicieux que l'Hanim lui avait servi. Il insista pour faire la vaisselle ensuite, puis fit un geste vers Hannibal pour l'inviter à aller s'asseoir au salon. Ce dernier avait l'air tendu, mais moins que ces deux premiers jours passés en sa compagnie, et Will le rassura en lui caressant brièvement la joue. Il n'osa cependant pas prolonger le contact, déjà heureux de voir que son compagnon ne le fuyait pas, et semblait même l'apprécier.

― Hannibal, je souhaite juste que tu m'expliques ce qui t'as pris avec cet Hanim-porc. Je ne vais pas te punir ni quoi que ce soit de la sorte, surtout que je pense que tu as mal réagi à cause d'un mauvais souvenir. C'est le cas ?

Hannibal hocha la tête et écrivit :

Mason ne possédait que deux types d'humains-animaux, des Hanims-porcs et des Hanims-chats. Les Hanims-félins étaient des domestiques, et c'est dans cette optique qu'il a acheté ma sœur. J'aurais dû être vendu séparément, mais il a eu un... coup de cœur pour moi. Du moins, c'est ce qu'il m'a dit. Il a essayé de me mettre dans son lit dès la première nuit, et je pensais qu'il me forcerait la main, mais il a préféré user d'une autre méthode.

― T'enfermer dans une cage, jusqu'à ce que tu changes d'avis...

C'était comme un jeu pour lui. Ma plus grande crainte était qu'il s'en prenne à ma sœur, parce qu'il violait souvent les plus jeunes Hanims à son service, mais elle ne lui plaisait pas. Il préférait qu'ils ou elles aient les cheveux châtains et lisses, comme sa propre sœur qui était également une Hanim.

― Mais c'est interdit... Les Hanims actuels sont créés d'après des gènes qui datent d'il y a au moins trois générations.

Le père de Mason n'avait pas le moindre respect pour la loi. Il a utilisé ses gènes et ceux de sa femme pour créer Margot, ainsi que des gènes de chat naturellement. Elle était donc la sœur biologique de Mason, tout comme Mischa était la mienne.

― Mais ça aussi, c'est...

Interdit, oui. Les gènes des donneurs sont censés ne donner naissance qu'à un Hanim unique, mais Lady Murasaki voulait me faire une surprise et a monnayé la recherche et l'utilisation des gènes de mes géniteurs pour créer Mischa. Mais sœur biologique ou non, cela importe peu. Elle était ce que j'avais de plus précieux, et Mason et ses hommes-porcs me l'ont prise , écrivit-il à toute vitesse.

― Je suis désolé, Hannibal.

Will posa sa main sur celle de l'humain-doberman et lui laissa un petit moment avant de le questionner à nouveau :

― Les Hanims-porcs, quel était leur rôle exactement, si les Hanims-chats étaient ses domestiques ?

Mason les utilisait pour des paris. Il organisait des combats, et il préparait la prochaine génération en croisant les gènes des plus agressifs. Il accélérait souvent leur croissance, sans se soucier des tares et des malformations qu'un tel procédé engendre souvent. Pourvu qu'ils soient capables de se battre, c'était tout ce qui lui importait. Et pour les rendre plus belliqueux, il les affamait. Ils n'étaient plus que des corps se mouvant uniquement par instinct.

― C'est monstrueux.

Le professeur était sous le choc, ayant du mal à imaginer ces pauvres créatures réduites à s'affronter l'une l'autre, sans doute parfois jusqu'à la mort. Il était également révolté que Mason ait pu agir en toute impunité, en achetant le silence qui avait entouré ses pratiques répugnantes.

Il m'a affamé également, voulant voir jusqu'où irait ma résistance. Il avait peur de moi, mais il voulait toujours la même chose. Les barreaux de la cage étaient suffisamment espacés pour qu'il y passe les mains, et je laissais faire même si son contact me faisait horreur. Puis, je ne l'ai plus supporté et je l'ai mordu. Je pensais bien qu'il se vengerait, mais pas de cette façon. Pas sur ma sœur. Si j'avais su, je l'aurais laissé faire tout ce qu'il voulait.

― Ce n'est pas de ta faute. Tu n'as rien à te reprocher. Il... il l'a tuée ? Ou il a demandé à l'un de ses hommes-porcs de le faire, c'est pourquoi tu les hais autant ?

Hannibal releva des yeux étincelants de douleur contenue vers son propriétaire et referma son carnet, indiquant qu'il ne voulait plus poursuivre la conversation. Will respecta sa décision, à la fois extrêmement triste pour lui et soulagé qu'il ait accepté de se livrer autant : cela ne pourrait que lui être bénéfique. Il lui caressa doucement le dos de la main tout en lui parlant :

― Je ne suis pas... toujours très bon avec les émotions. Mais si je peux faire quoi que ce soit pour toi...

L'Hanim hocha la tête et prit la main du professeur, puis il la pressa contre sa joue. Will sourit doucement et lui caressa délicatement le visage avant de remonter sa main jusqu'à la base de ses oreilles, s'attendant à ce qu'il ferme les yeux mais certainement pas à ce qu'il se blottisse contre lui. Surpris, il réagit néanmoins immédiatement en refermant son bras libre autour de sa taille, continuant à lui grattouiller les oreilles de l'autre. Hannibal finit par poser sa tête sur son épaule, et il resta contre lui un long moment. Lorsqu'il s'éloigna, Will songea qu'il allait se réfugier dans sa chambre comme les deux soirs précédents, mais il lui demanda quand même s'il voulait rester un peu auprès de lui. Hannibal s'empara de son carnet et nota :

Je vais prendre une douche et je vous rejoins.

Will hocha la tête et mis la télévision en attendant, avec le son au minimum et sans vraiment la regarder, pensant encore à ce que son compagnon venait de lui révéler. Mason était un humain de la pire espèce, un violeur et un meurtrier de par les combats qu'il organisait, et il n'avait dû montrer aucune pitié envers la petite sœur d'Hannibal. Will supposait qu'il l'avait fait exécuter par un Hanim-porc devant ses yeux, et que si Hannibal refusait d'en parler, c'était parce que les images le hantaient. Il n'imaginait pas que la vérité était bien pire que ce qu'il s'imaginait. Perdu dans ses pensées, il n'entendit pas son compagnon revenir et sursauta quand il lui posa une main sur l'épaule.

― Hannibal ! Ne me surprend pas comme ça...

Le léger sourire amusé de l'Hanim ne l'agaça pas, bien au contraire, et il lui sourit en retour avant de jeter un coup d'œil rapide à sa tenue. Will le trouvait adorable, vêtu dans les tons bleu d'un gros peignoir moelleux, d'un bas de pyjama et de pantoufles chaudes.

― Ça te va bien. Que veux-tu faire ? Regarder la télévision, jouer, lire, autre chose ?

L'humain-canin donna sa réponse en s'installant contre lui dans le canapé, et Will se sentit fondre quand il le regarda dans les yeux avec ce regard typique des Hanims qui veulent un câlin. Il l'attira en douceur contre lui pour ne pas risquer de le surprendre ou de le faire se méprendre sur ses intentions, puis passa les doigts dans ses cheveux presque blonds.

― Tiens, tu peux regarder ce que tu veux, moi ça m'est égal ce soir, lui dit-il en lui donna la boîte de télécommande.

L'Hanim changea de chaîne jusqu'à tomber sur un documentaire historique, son choix ne surprenant guère son propriétaire qui continua ses caresses sans se lasser et sourit lorsque son compagnon changea de position pour se coucher sur le canapé, la tête sur ses genoux et la queue remuant légèrement. Il regarda distraitement le documentaire durant l'heure qui suivit, et plus attentivement Hannibal, frottant sa main contre son épaule lorsqu'il commença à s'assoupir.

― Hey, tu serais probablement mieux au lit.

L'intéressé s'étira puis reprit son carnet de note, demandant de sa belle écriture penchée :

Et vous ?

― Moi aussi, je pense que je vais aller me coucher.

Will se leva et alla boire un verre d'eau à la cuisine, et lorsqu'il revint dans le salon, il vit que son compagnon y était toujours, l'attendant visiblement pour monter à l'étage. Il lui avait déjà précisé qu'il n'avait pas besoin de l'attendre ni de permission pour aller où bon lui semblait, mais Hannibal semblait avoir besoin de ses règles qu'il associait à la stabilité, alors il ne dit rien. Il monta les escaliers et lui souhaitait bonne nuit devant la porte de sa chambre, et compris alors qu'il s'était trompé en voyant qu'il ne le quittait pas des yeux. Si Hannibal l'avait attendu, c'était tout simplement parce qu'il désirait sa compagnie.

― Je vais prendre ma douche. Si tu n'as pas envie d'être seul, tu peux venir me rejoindre après. Je vais installer un second lit dans ma chambre.

L'humain-canin sembla hésiter une seconde, puis il hocha la tête pour marquer son accord. Will rejoignit directement la salle de bain, se dénuda puis entra dans la douche où il régla la température du jet jusqu'à ce que l'eau soit bien chaude. Il se lava puis caressa son sexe à moitié dur, imaginant Alana en train de se dénuder, de dos et remontant l'une de ses robes d'un rouge vif jusqu'au niveau de ses hanches, puis la passer par-dessus sa tête pour s'en débarrasser. Les yeux fermés, il se vit caresser son dos nu jusqu'en bas de ses reins, sa main s'activait à présent sur son membre dressé, et il se mordilla la lèvre inférieure quand il l'imagina penchée en avant, portant encore son sous-vêtement alors que lui-même était nu. Il émit un petit soupir étouffé, les lèvres serrées alors qu'il se la représentait en train de frotter ses fesses contre son sexe, sentant presque contre celui-ci le tissu satiné qui les recouvrait. Il se cambra en gémissant, continuant à se caresser encore un moment avant de ralentir le rythme de ses coups de poignet et de pousser un long soupir de soulagement, le sperme s'évacuant déjà via la bonde. Il resta encore quelques minutes sous le jet, rinça le bac de douche puis coupa l'eau avant de sortir et de s'essuyer. Il utilisa un essuie de bain pour enlever une partie de la buée qui recouvrait le miroir et se sécha, puis se vêtit d'un pyjama léger et doux. Il alla ensuite changer ses draps, puis alla chercher son tapis de sport qu'il installa dans sa chambre, le recouvrit d'une couverture épaisse, puis déposa dessus un sac de couchage avant d'aller frapper à la porte de son protégé. Celui-ci lui ouvrit immédiatement et le suivit dans la chambre, mais quand il comprit que Will avait l'intention de lui laisser son lit et de dormir dans le lit improvisé, il chercha son carnet pour protester.

― Ce n'est pas la peine d'écrire, tu dors dans le lit. Moi je serai très bien ici, dit le trentenaire en s'installant dans le sac de couchage.

Hannibal fit la moue puis enleva et plia son peignoir, révélant un court moment son torse nu et ses côtes encore saillantes avant de se glisser sous les draps. Will attendit qu'il soit confortablement installé pour éteindre la lumière principale, puis la lampe de chevet.

― Bonne nuit, Hannibal.

Bien sûr, l'humain-doberman ne pouvait lui répondre et Will l'entendit remuer dans le noir avant sentir sa main sur son épaule. Les longs doigts d'Hannibal s'y attardèrent puis descendirent le long de son bras jusqu'à trouver sa main, se refermant sur elle. Spontanément, le professeur entrelaça leurs doigts, souriant dans l'obscurité.

― On pourra faire comme ça les autres jours aussi, si tu veux.

Les doigts d'Hannibal se resserrèrent légèrement, ce qui signifiait certainement « oui », et ce dernier ne retira sa main de celle de l'humain qu'après un long moment. Will dormit très bien malgré son lit de fortune, et il peina à émerger le lendemain quand un Hannibal déjà lavé et habillé le réveilla pour le petit-déjeuner. Il mangea et se prépara pour le travail rapidement, puis dit à son compagnon, juste avant de partir :

― Il y a un paquet pour toi dans l'étagère. Oh, et j'ai pris ton rendez-vous chez le médecin, j'ai complètement oublié de te le dire hier soir. C'est demain soir, nous irons dès que je rentrerai du travail.

L'Hanim leva le pouce pour indiquer son accord, puis réclama une petite caresse au niveau des oreilles avant de laisser Will s'en aller. La matinée du professeur se déroula agréablement : ses étudiants étaient attentifs et motivés, et il était de très bonne humeur. Sur l'heure de midi, il alla jusqu'au bureau d'Alana dans l'idée de lui demander de déjeuner avec lui, mais la porte du local était entrouverte et il put entendre qu'elle n'était pas seule. Il capta quelques brides de phrases en provenance d'une autre femme qui devait travailler dans l'université mais qu'il ne connaissait pas, et sa bonne humeur s'envola en comprenant que celle-ci parlait de lui. Habituellement, il se moquait bien de ce qu'on pouvait penser de sa personne, mais Alana lui plaisait et l'inconnue dans le bureau était en train de lui dire de réfléchir avant d'accepter un rendez-vous avec lui, parce qu'il avait séjourné en hôpital psychiatre, et qu'il n'était sans doute pas « tout à fait comme tout le monde ». Il s'apprêtait à tourner les talons, mais sa curiosité le poussa à rester pour entendre la réponse d'Alana. Celle-ci le surpris agréablement, disant qu'elle connaissait son vécu et qu'elle se fichait bien des rumeurs qui couraient à son sujet. Rassuré, il resta juste le temps d'entendre Alana ajouter qu'il avait l'air intéressant et gentil, et qu'elle se ferait son opinion par elle-même, puis il alla manger seul, n'osant tout de même pas interrompre la conversation des deux femmes.

Ses pensées revinrent vers Hannibal lorsqu'il termina son repas, et il songea qu'il devrait lui acheter un téléphone portable pour avoir de ses nouvelles lorsqu'il restait absent toute la journée comme aujourd'hui. Les cours de l'après-midi passèrent plus lentement, et il fut soulagé lorsque la dernière étudiante quitta l'amphithéâtre et que Alana le rejoignit, lui demandant si elle ne dérangeait pas.

― Non, pas du tout. Si ça tient toujours pour le café, on pourrait y aller ?

― Avec plaisir, répondit-elle, et elle lui fit l'un de ces charmants sourires qu'il trouvait si séduisants.

Une fois bien installés dans un établissement tranquille et peu fréquenté, ils discutèrent de l'université, de leurs hobbys et de leurs Hanims. La jeune femme se montra rapidement entreprenante, lui faisant comprendre qu'elle cherchait davantage que de la compagnie, et il tenta de lui montrer le plus clairement possible qu'il était intéressé. Après un long baiser échangé hors du café, il lui proposa de venir chez lui, ce qu'elle accepta. La psychologue le suivit avec son véhicule d'abord jusqu'à un magasin où il acheta un téléphone portable pour Hannibal, puis jusqu'à Wolf Trap. Comme chaque soir, Hannibal l'attendait, et ce dernier observa Alana avec une légère moue que Will remarqua. Il fit les présentations, puis l'Hanim salua Alana par écrit, indiquant qu'il allait modifier le repas pour qu'ils puissent manger tous les trois. Elle le remercia et voulu lui caresser les oreilles, mais elle suspendit son geste en se rappelant de ce que Will lui avait dit à propos de ses difficultés à accepter les contacts. L'humain-doberman la regarda un moment puis frotta l'une de ses oreilles contre sa main, et elle se permit alors de le toucher à cet endroit.

Will aurait dû être heureux que Hannibal se sociabilise, mais ressentit néanmoins une pointe de jalousie en voyant quelqu'un d'autre que lui le toucher. Il se reprit néanmoins très vite, parce que c'était ridicule et indigne d'un bon propriétaire. Il mit la table pendant que Hannibal cuisinait puis alla le rejoindre, lui disant qu'il lui avait pris un téléphone pour qu'il puisse le joindre à tout instant. Occupé avec la nourriture, le jeune humain-canin ne put répondre mais il le remercia en l'embrassant sur la joue. Ils dînèrent ensuite dans une ambiance calme, Hannibal s'effaçant autant que possible car il avait deviné que Will et Alana n'attendaient qu'une seule chose : quitter la table et s'isoler à l'étage. Il écrivit qu'il se chargerait de la vaisselle puis qu'il resterait au salon à regarder la télévision. Il serait donc loin d'eux, et risquerait peu d'entendre leurs ébats.

Le professeur le remercia et chercha son regard car il arrivait souvent que les Hanims soient jaloux lorsque leur propriétaire ramenait un coup d'un soir ou un nouveau compagnon à la maison, mais Hannibal refusa le contact visuel. Will émit un léger « hum » pour se donner une contenance alors que Alana lui prenait la main, attendant clairement qu'il s'isole avec elle. Il jeta un dernier petit coup d'œil à l'Hanim puis monta les escaliers avec la jeune femme.

En entrant dans la chambre, cette dernière remarqua le lit de fortune qui se trouvait toujours là.

― Hannibal dort avec toi ?

― Depuis hier, oui. Mais il a sa chambre, bien sûr.

― C'est comme ça chez moi aussi, avec Margot. Elle et Hannibal sont assez semblables, ils ont eu un mauvais propriétaire et ils ont du mal avec les contacts physiques...

― Sauf que Margot parle.

― C'est vrai. Mais Hannibal semble se confier à toi, alors que Margot refuse de me parler de son passé. Je ne sais même pas à qui elle appartenait, juste qu'elle s'est enfuie.

― Tu pourrais le savoir en faisant scanner sa puce, si elle en a une.

― Elle en avait une, mais elle se l'est arrachée...

― Elle devait vraiment vouloir effacer cette partie de sa vie. Mais je suppose qu'elle finira par se confier à toi. Tu trouveras les mots justes et... le fait que tu sois psychologue aide un peu j'imagine ?

― Oui et non. Je suis psychologue, pas psychohanim. Même si les deux sont assez semblables, chaque branche à ses spécificités. Et puis je ne veux pas qu'elle me perçoive comme un docteur qui analyse tout ce qu'elle peut dire ou faire...

― Je comprends. Je n'aimerais pas non plus être... psycho-analysé constamment.

― Il n'y a pas de danger, je suis là pour le plaisir pas pour le travail, répondit franchement Alana en passant ses bras fins autour du cou de l'ex profiler.

Ils échangèrent un long baiser pendant lequel ils commencèrent à se dévêtir l'un l'autre, l'excitation montant au fur et à mesure que le sol se couvrait de tissu et que leurs mains découvraient de nouvelles zones de peau plus ou moins sensibles. La nervosité du trentenaire s'envola lorsqu'il se retrouva collé contre le corps nu et chaud de la jeune femme, voyant dans son regard qu'il lui plaisait vraiment. Ils s'embrassèrent à nouveau tout en se caressant, les mains du professeur s'attardant sur la poitrine d'Alana tandis qu'elle caressait les muscles de son dos et le bas de ses reins. Will qui n'était pas très à l'aise quand on le regardait trop longtemps dans les yeux reporta son regard sur le corps de son amante, et celle-ci, compréhensive, ne chercha pas à renouer le contact visuel, même lorsqu'il la pénétra après de longs préliminaires. Elle n'était pas surprise par sa douceur et même si elle pouvait apprécier les étreintes un peu plus brusques, ce n'était pas ce qu'elle voulait aujourd'hui, et il l'avait parfaitement compris. Ils prirent leur temps, soupirant et gémissant longuement avant d'atteindre l'orgasme l'un après l'autre, en sueur et à bout de souffle.

― Mmmh, ronronna presque le professeur alors que la main de son amante jouait avec ses boucles brunes.

― Oui, mmh, absolument, rit Alana, en continuant un moment ses petits attentions.

Lorsqu'il se retira et se débarrassa du préservatif qu'il avait utilisé, il lui proposa de prendre une douche avec lui, ce qu'elle accepta. Comme la douche étant à l'étage, ils ne risquaient pas de croiser Hannibal, et ils purent se laver et se rhabiller à leur aise, même si pour Will cela se résuma à enfiler un boxer et un peignoir.

― Tu peux rester dormir, si tu veux, lui proposa-t-il.

― J'aurais bien aimé, mais il faut que je rentre. Je n'aime pas savoir Margot seule à la maison.

― Alors mmh... à demain ?

― A demain. J'ai passé un bon moment, et tu me plais beaucoup, Will.

― Alors peut-être que par la suite, si ça colle toujours entre nous...

― Oui. On verra comment les choses évoluent.

Il hocha la tête puis se pencha pour lui donner un petit baiser sur les lèvres. Elle lui sourit puis descendit les escaliers, lui disant au revoir ainsi qu'à Hannibal juste avant de partir. Dès qu'ils furent seuls tous les deux, l'humain-canin observa le visage de son maître un peu plus longuement que nécessaire.

― Quoi ? demanda Will en approchant d'Hannibal qui sortait déjà son carnet de note.

Vu votre mine réjouie, je suppose que c'était bien. »

― Je n'ai pas une mine réjouie.

Vous en avez une. Vous êtes amoureux d'elle ?

― Non. Je l'aime bien, et peut-être que ça évoluera en quelque chose de plus... heu, fort, à l'avenir, je ne sais pas. Mais même si on se met en couple, ça ne changera rien. On passera toujours du temps ensemble, juste toi et moi.

Hannibal hocha la tête, mais Will comprit que même s'il tentait de ne pas le montrer, il était un peu jaloux. L'Hanim accepta malgré tout quelques caresses au niveau de sa nuque avant d'écrire :

Je vais prendre une douche puis je vous rejoins avec de quoi lire.

― Ok. Moi je vais heu... mettre un peu d'ordre dans la chambre.

Très bien, à tout de suite.

L'humain-canin pris une douche comme annoncé et Will changea la literie pendant ce temps, peu à l'aise avec l'idée que ce dernier dorme dans des draps dans lesquels il venait de faire l'amour. Il retourna ensuite au salon, choisit un livre puis s'installa dans le canapé en attendant son compagnon qui ne tarda pas à le rejoindre. Comme il le redoutait, Hannibal marqua sa jalousie en ne venant pas contre lui, et en lui parlant peu. L'ex profiler leva plusieurs fois les yeux de sa lecture pour l'observer, mais l'Hanim l'ignora, et après un peu plus d'une heure passée dans le silence, le son de sa plume grattant le papier résonna à nouveau :

Je vais aller me coucher. Dans ma chambre.

― Tu peux venir dans la mienne. J'ai changé les draps. Ou je peux venir dans la tienne, si tu préfères ça et que tu veux un peu de compagnie.

Non, je préfère être seul, merci.

― Tu es... mécontent, que je côtoie Alana ?

Non, vous faites ce que vous voulez.

― Je n'ai pas envie de dormir seul ce soir.

Eh bien vous auriez pu la raccompagner chez elle et rester là-bas.

― Tu es jaloux. La plupart des Hanims le sont lorsque leurs propriétaires s'intéressent à quelqu'un d'autres qu'eux.

Je ne suis pas la plupart des Hanims.

― Non, tu ne l'es pas. Avec ce que tu as vécu, tu dois encore plus avoir peur de tomber sur un mauvais propriétaire. Tu es ma priorité, Hannibal. S'il-te-plaît... Allons nous coucher.

Will tendit la main vers l'Hanim, paume vers le haut, et sourit lorsque Hannibal la lui pris, ne la lâchant qu'une fois dans la chambre. Le jeune homme aux oreilles pointues se glissa sous les draps après s'être débarrassé de son peignoir, torse-nu et vêtu juste d'un pantalon de pyjama. Will fit de même pour se glisser dans le sac de couchage comme la veille, mais Hannibal émit un « mmmh » qui attira son attention. L'Hanim souleva la couette pour l'inviter à le rejoindre, et le professeur ne se fit pas prier pour revenir dans son lit.

― Tu es sûr que ça ne te dérange pas ? demanda Will, étonné par ce changement rapide d'attitude.

Hannibal ne lui répondit pas et se blottit contre lui, alors Will passa très prudemment un bras par-dessus sa taille, ne voulant pas lui donner l'impression d'être piégé. Lorsqu'il frotta son nez dans son cou, le professeur supposa qu'il se montrait plus tactile parce qu'il l'y encourageait généralement. Comme si Hannibal souhaitait marquer des points avec lui, de peur de perdre son affection au profit d'Alana.

― Tu n'es pas obligé d'être plus tactile si tu ne veux pas.

A ces paroles, l'intéressé recula un peu et lui prit la main, comme la veille. Ils passèrent une nuit tranquille et le lendemain, au petit-déjeuner, l'empathe demanda à son protégé s'il souhaitait toujours travailler.

Oui, absolument, écrivit Hannibal.

― Je sais que tu aurais aimé donner des cours de langues mais... comment feras-tu, si tu ne peux pas parler ?

Je reparlerai. C'est une question de volonté. Ce n'est pas comme si j'étais réellement muet.

― Est-ce que tu peux définir ce qui t'empêche de parler ?

Non. Lorsque j'essaie, rien ne vient. Comme si quelque chose empêchait les mots de sortir.

― On verra ce soir avec la docteure si elle peut nous conseiller à ce sujet.

Hannibal hocha la tête puis accompagna Will jusqu'à la porte, souriant lorsque ce dernier pensa à le gratifier d'une longue caresse au niveau des oreilles avant de partir travailler.


Notes : Merci à Maeglin Surion pour la correction ! :)