Titre : Point de rupture
Base : Naruto
Genre : Hurt / Confort / Romance
Disclaimer : Les personnages et l'univers du manga "Naruto" ne m'appartiennent pas.


Point de rupture 3 : Jusqu'à comprendre

Le chef du village se montra particulièrement serviable, trop heureux de voir cet homme recherché quitter son territoire. On mit à leur disposition une vieille charrette et un cheval tout aussi vénérable. Une fois arrivé à Endo, un membre du village viendrait récupérer le véhicule.

Sakura pris le temps de dispensé le maximum de soins au blessé. Elle nettoya ses blessures, les désinfecta et lui posa une attelle plus adaptée au poignet. Elle changea le pansement recouvrant les yeux de Sasuke. Elle ne prit pas le temps de s'attarder sur se qui lui apparaissait à présent comme une véritable opération et non pas une simple blessure. Le temps lui manquait et ce n'était pas ce point là qui mettait la vie de l'Uchiha en péril mais bien sa réaction au chakra médical. Emballé dans d'épaisse couverture, on le sorti de la cache sur un brancard de fortune pour le déposer au fond de la charrette sur un lit de paille. Une toile huilée fut tendue par-dessus le corps inanimé. Sous l'abri, Sakura pouvait s'y tenir assise en cas de nécessité.

La route fut longue et périlleuse. Mal entretenue, la chaussée était particulièrement détériorée se qui secouait vivement la carriole. De temps à autre, la médic-nin se retournait pour veiller son chargement. Ils roulaient depuis presque trois heures quand la voix enrouée de l'Uchiha lui parvint. Elle stoppa la voiture et se glissa sous la toile. A la façon dont il dodelinait de la tête, elle comprit qu'il était en plein rêve. Ses paroles n'étaient pas distinctes, cependant au ton de sa voix elle comprit que le rêve de devait pas être joyeux. Profitant d'un instant de calme, elle posa sa main sur le front poisseux du jeune homme. La fièvre regagnait du terrain. Elle humidifia une compresse avec l'eau de sa gourde et en profita pour faire boire le blessé par la même occasion. Ce ne fut pas chose aisé. Presque la moitié du récipient termina dans son cou. Ils reprirent la route et moins d'une heure plus tard, la petite ville d'Endo se trouvait en contrebas sur le bord de l'immense pleine forestière recouvrant toute une partie du pays du feu.

La journée déjà bien avancée, ils arrivèrent dans la rue principale emplie de brouhaha et de gens. Sakura soupira profondément. Quelle idée d'arrivé un jour de marcher. Heureusement pour elle, l'hôpital se trouvait sur une rue parallèle praticable. Un ninja lui indiqua la direction à prendre. La jeune femme ne s'attendait certes pas à un bâtiment aussi impressionnant que l'hôpital de Konoha au vue de la taille de la ville mais elle ne s'attendait pas non-plus à cette petite maison qui devait contenir tout au plus deux étages pour un volume d'une villa standard. Une fois arrêtée devant la porte d'entrée. Elle se demanda si on ne l'avait pas mal dirigée.

La porte qui s'ouvrit avant qu'elle n'ait eu le temps de sonner laissa apparaître une grosse femme à la cinquantaine bien tassée dans une tenue blanche d'infirmière.

- On peut vous aider ? demanda-t-elle avec un fort accent du pays de la terre.

- Je… oui, bien sur. J'ai un blessé à l'arrière de la charrette.

- Vous êtes d'où ? s'enquit la soignante, soupçonneuse.

- De Konoha. Je suis médic-nin. On m'a chargé d'aller soigner un blessé dans un village mais son état est trop préoccupant pour que je puisse le faire seule là-bas. Je me suis donc rendu dans cette ville qui était la plus proche. Expliqua calmement la jeune demoiselle.

Au son des dernières paroles, la porte s'ouvrit un peu plus grand, laissant apparaître une autre infirmière. Celle-ci était grande, filiforme et probablement encore plus vieille que celle tenant la porte ouverte.

- De quoi s'agit-il ? maugréa une voix masculine provenant du fond de la bâtisse.

- Une médecin de Konoha avec un blessé grave, docteur Ranzuki ! expliqua la seconde infirmière.

Un pas lent et lourd se fit entendre sur le parquet de la demeure. Sakura fut étonné par le physique du docteur qui se tenait à présent devant elle. Il devait avoir près de quatre-vingt ans, mesurait sa taille et portait une longue chemise blanche de l'ancienne école, son stéthoscope autour du coup. Il boitait bas de la jambe gauche et trois profondes lardasses lui marquait le visage sur la moitié droite de ce dernier. Ses petits yeux noir caché derrière d'épais sourcils blancs la scrutèrent à leur tour.

- Vous me paraissez bien jeune pour être médecin jeune femme. lui fit-il remarquer.

- Et vous bien vieux pour encore exercer. Lui rétorqua-t-elle fatiguée par cette constante méfiance qu'on lui portait partout ou elle se rendait depuis le début de cette mission.

Le vieil homme ne silla pas, puis il sourit et se mit à rire.

- Allons donc, pardonnez nous cet accueil un peu froid mais nous avons des consignes de sécurité stricte aussi loin de Konoha. La vie n'est pas toujours aussi évidente que dans un village caché. Montrez-moi votre blessé ! s'exclama-t-il en enfilant ses lunettes.

Sakura lui expliqua ce qui c'était passé depuis la découverte du jeune shinobi jusqu'à son arrivée ici. Elle omit cependant de lui préciser que le ninja allongé à l'arrière de cette charrette était quelqu'un de particulièrement rechercher et accessoirement tout aussi dangereux. Le vieux médecin auscultât à son tour le blessé mais de manière traditionnelle. Sakura en déduisit qu'il n'était pas médic-nin.

- Miho ! Sugi ! Préparez les chambres du fond au deuxième. Ce jeune homme et son médecin vont rester parmi nous quelque temps. Ordonna Ranzuki. Quand à vous belle demoiselle je pense que vous devez manier aisément le chakra au vue de votre bandeau. Pourriez-vous m'aider à le porter jusqu'à son lit ?

- Bien entendu. Merci beaucoup. Répondit Sakura en agrippant les bords de la couverture se trouvant de son coté.

Le vieil homme fit de même et un léger voile vert se créa sous le corps du blessé pour alléger leur charge.


Le soleil se couchait sur la forêt éclatante des milles couleurs de l'automne. La nuit serait froide, pas un nuage dans le ciel pour venir empêcher les étoiles de scintiller. Le thé bouillant créait une douce vapeur qui s'étiolait dans l'air de la chambre. Sakura se détourna du spectacle que lui offrait la nature pour se concentrer sur celui du vieux docteur entrain d'ausculter l'Uchiha. Elle sourit. Du bout de ses doigts osseux, il palpait le corps du malade avec une grande dextérité. De temps à autre, il notait quelques mots dans son petit carnet, puis il reprenait. Délicatement, il commença de démonter le pansement recouvrant les yeux du malade.

- Je ne suis pas sur que cela soit une très bonne idée. Il n'aime vraiment pas que l'on s'approche de trop près de ses yeux. fit remarquer la kunoichi en s'approchant du lit.

- Peut-être bien que oui mais pour le moment il est inconscient et j'ai besoin de voir se qu'il cache là-dessous pour pouvoir donner mon diagnostique. Il faut toujours profiter quand un patient est inconscient, cela nous permet de faire notre travail plus rapidement sans être constamment déranger par ses remarques. Expliqua-t-il en souriant.

Sakura l'observait avec intérêt. Elle avait toujours utilisé le chakra par mesure de rapidité et de sécurité. Certes elle avait appris la médecine traditionnelle mais jamais elle n'avait eu à traiter un patient dans un état pareil uniquement avec ce savoir. Le docteur Ranzuki se redressa en se frottant la barbe pensivement. Il replaça le bandage, nota encore quelques remarques sur son calepin, puis il se dirigea vers le lavabo pour se laver les mains. Il fit signe à Sakura de le suivre.

Une fois dans son bureau à l'étage inférieur, il s'assit derrière le meuble de travail ancestral et s'appuya sur ses coudes avant de commencer de parler.

- Dites-moi Mademoiselle Haruno, ce jeune homme est-il un de vos proches ?

- Il… Il l'a été, il y a longtemps. Nous étions dans la même équipe lors de notre formation de shinobi. Pourquoi ?

- Je tenais à savoir quels étaient vos liens avant de vous donner mes résultats. Tout en sachant que vous faites vous aussi partie du corps médical, je sais d'hors et déjà que je ne vous ménagerai pas dans mes paroles.

Il sorti un étui à cigare de sa poche et en alluma un.

- Sans prendre en compte le fait que ce jeune homme est probablement un ninja, je peux déjà vous dire qu'il est dans un état de fatigue physique que je n'ai jamais pu constater chez des personnes de son âge. Inutile de vous dire que les cicatrices qu'il présente laissent à penser qu'il a subit déjà un grand nombre de combat. Peut-être qu'à Konoha vous avez l'habitude de voir ce genre d'état. Quand à moi, je pense que s'il ne prend pas des mesures strictes rapidement pour se remettre en forme, il ne va pas tenir le coup encore bien longtemps. Ce n'est probablement pas son chakra qui lui manquera mais c'est son organisme qui va céder le premier ou son état mental mais ça je n'ai pas pu l'analyser.

Sakura hocha doucement de la tête. Elle était en plein accord avec son confrère.

- En ce qui concerne l'opération qu'il semble avoir subit. Je pense qu'on lui à fait quelque chose qui s'apparente à une transplantation. Il me semble que c'est une pratique courante parmi certains ninjas ?

- Courante est un grand mot mais cela peut effectivement arriver. répondit la jeune femme étonnée que Sasuke puisse se lancer dans ce genre d'opération.

- Les morsures de serpents, vous les avez parfaitement soignées. Elles commencent doucement à cicatrisée. Par contre les ecchymoses sur ses cotes sont particulièrement préoccupantes. fit-il remarquer.

- Cela fait partie des premières choses que je voulais soignée mais au vue de sa réaction à mon chakra, j'ai bien été obligée de les laisser ainsi et de simplement leur administrer un peu de baume.

Le vieille homme se frotta la tempe de son indexe gauche.

- En arriver à un arrêt cardiaque en voulant soigner quelqu'un. Je n'en avais jamais entendu parler même à l'époque ou je servais sur le front lors de la guerre contre le pays de la terre et pourtant on en a vu des horreurs, je vous l'assure.

Sakura nota le voile de tristesse qui passa tout à coup dans les yeux fatigués du vieillard. Cette guerre avait laissé des cicatrices profondes un peu partout sur son chemin. Certaines sur les visages des hommes et d'autres au plus profond de leurs âmes. Elle n'avait pas connu cette sombre époque et elle sentait la crainte montée en elle à l'idée que de telles horreur puissent à nouveau se dérouler. L'attaque du village de Konoha lui avait déjà donné un solide aperçu des malheurs de la guerre.

- Auriez-vous un peu de matériel pour faire des analyses ? Je souhaiterais faire des recherches au niveau de son sang notamment. demanda la médic-nin en sortant de sa torpeur.

- Nous n'avons pas grand-chose mais je pense que vous arriverez à des résultats avec notre matériel aussi rudimentaire soit-il. Suivez-moi, je vais vous montrer notre « laboratoire ».


Le réveil de Sasuke se fit en douceur. Ce furent les jappements d'un chien dans la cours du bâtiment médical qui le tirèrent de son sommeil. L'esprit encore cotonneux d'avoir tant dormis, il lui fallu presque une heure avant qu'il se sente complètement éveillé. Son odorat lui indiqua qu'il se trouvait très probablement dans une chambre d'hôpital. Désinfectant, draps propre et cette sensation de flottement que procurent les antidouleurs suffisamment puissant pour permettre cette impression et qui ne se trouvent pas chez le premier venu. D'un geste las, il voulu palper son visage, le pansement sur ses yeux aussi. Ce simple mouvement déclencha une vague de souffrance qui lui parcouru tout le bras. C'est alors que tout son corps sembla s'éveiller pour lui montrer dans quel triste état il se trouvait. Le jeune Uchiha eu l'impression que chacun de ses os avaient été méticuleusement brisés un à un, que tous ses muscles étaient au bord de la rupture et puis cet épuisement qui le terrassait de seconde en seconde.

C'est à cet instant que la porte de la chambre s'ouvrit. Le jeune homme se figeât. Un pas léger mais volontaire s'approcha de son lit. Le bruit d'un plateau métallique déposé non-loin de sa tête, un froissement de vêtement et ses draps qui s'écartèrent. Sasuke frissonna. Il ne faisait pas chaud dans cette chambre ou peut-être que son corps était encore en semi léthargie.

- Je sais que tu es réveillé. lâcha une voix qu'il reconnu immédiatement.

Un morceau de métal froid fut déposé sur sa poitrine. Il resta un moment au-dessus de son cœur puis il se déplaça sur d'autres parties de son anatomie. Les doigts de la jeune femme enchaînèrent à la suite de l'instrument, palpant ses cotes toujours aussi douloureuses. Une odeur forte et relaxante lui empli les narines, un baume réchauffant doucement ces flans meurtris. Sakura lui massa fermement le tors, la force de ses mains arrachant des grimaces de douleur à son ancien équipier.

- Pourquoi tu n'utilises pas le chakra. demanda-t-il dans un hoquet de souffrance.

- Tu ne te souviens pas ? soupira la jeune femme.

- Me souvenir de quoi ? cracha-t-il froidement.

- De ça ! s'exclama-t-elle durement.

La médic-nin lança une quantité standard de chakra guérisseur dans le ventre du noiraud. La réaction fut immédiate, il se tordit de douleur en se prenant la tête entre les mains. Haletant, peinant à reprendre son souffle, le jeune homme se mordit la lèvre inférieur pour ne pas laisser échapper le moindre son. La médic-nin replaça le drap sur le corps encore tremblant et reprit le plateau. Juste avant de sortir, la voix enrouée de Sasuke murmura faiblement ;

- Que m'as-tu fais ?

Elle ricana froidement.

- Sasuke, te voilà devenu bien puéril. Reprocher tes erreurs aux autres, ce n'était pas dans tes habitudes autrefois. Il faut croire que tu es tombé bien bas pour en arriver là.

Il voulu lui répondre tout ce qu'il pensait d'elle mais la porte claqua avant qu'il ait eu le temps de cracher son fiel. Une grimasse rageuse lui déforma le visage l'espace d'un instant, puis il reprit son masque de froideur habituel. L'épuisement se chargea du reste. Quand bien même il aurait voulu parler, ses forces ne lui en auraient pas laissé l'occasion. Il se sentit à nouveau profondément exténué, faible. Il s'endormit.


Accoudée au cadre de la fenêtre, regardant les flocons de la première neige recouvrir tout doucement la petite ville, Sakura tenait sa tasse de thé bouillant entre ses doigts fins. Un lourd volume de médecine trônait sur la table de travail derrière elle, pèle mêle avec de nombreuse notes manuscrites. Elle inspira lentement, puis se retourna pour contempler une semaine de travail de recherche. Abattue n'était pas le bon adjectif pour la qualifier à cette instant. Elle n'éprouvait pas vraiment de remord à ne pas trouver de traitement pour soigner l'Uchiha plus rapidement. Seul demeurait cette curiosité latente. Comment diable avait-on pu rendre le dernier héritier du tout puissant clan à l'éventail allergique au chakra médical ? Dans son fort intérieur, elle était persuadée que ce n'était que la pointe de l'iceberg, soupçonnant le blessé d'en savoir plus mais comment aurait-elle pu avoir accès à cela si ils ne s'adressaient pas la parole depuis presque cinq jours.

- Je me demandais quel était votre petit jeu ? l'interpela le docteur Ranzuki depuis le seuil de la porte. Peut-être que le reste de l'hôpital pourrait y participer ? J'aurais enfin un moyen de faire taire mes deux bavardes invétérées qui me servent d'infirmière.

La médic-nin resta imperturbable, esquivant une réponse qu'elle ne savait de toute manière pas vraiment comment formuler.

- Vous vous connaissez. N'ai-je pas raison ? Non seulement vous vous connaissez mais en plus de cela, je parierais mon diplôme de médecin que vous avez été proche. Je ne sais pas si il s'agit d'une nouvelle manière de soigner à Konoha mais je puis vous assurer qu'ici laissez un patient dans le mutisme le plus complet pendant presque une semaine ne fait pas partie de la palette des soins.

Le vieil homme sorti de la pièce. Ses reproches flottant encore dans le bureau qu'il avait mis à la disposition de la jeune femme. Cette dernière passa une main fatiguée dans sa belle chevelure rose. D'un œil accablé, elle contempla son reflet dans la vitre. Elle eu de la peine à se reconnaître, les cernes sous ses yeux n'ayant fait qu'augmenter tout comme la pâleur de son visage. Il pouvait lui faire toutes les remontrances qu'il voulait, elle ne pouvait pas mouvoir la langue de Sasuke à sa place à moins d'un miracle et puis si pendant des années c'était elle qui avait toujours fait le premier pas, aujourd'hui il en allait autrement. Son ancien équipier devrait mériter l'aide qu'il s'attendait à recevoir de la frêle jeune femme dont il avait le souvenir en tête. L'époque ou elle se serait traînée à ses pieds pour quémander le peu d'attention qu'il voulait bien lui donner était belle et bien révolue.

Au bout du couloir, le grincement de la porte de la chambre du blessé la tira de son spleen. Ranzuki entra dans la pièce sans se faire prier. Sasuke attentif à cette démarche qui ne pénétrait que rarement en ces lieus, se tendit imperceptiblement à l'affut du moindre danger. Le médecin pris soins de bien refermer la porte derrière lui. Il s'approcha du lit, pris le poult du malade et fit encore quelques petites vérifications avant d'enfin parler au patient.

- Je sais que vous m'entendez, jeune homme. Je suis devant un profond dilemme voyez-vous. Je suis un simple médecin pas un ninja. Je suis donc habitué à soigner de manière traditionnelle. Votre collègue qui prends soins de vous depuis presque une semaine se débrouille elle aussi très bien dans cette discipline même si elle me soutient ne pas être habituée à le faire.

Le vieil homme retira les draps recouvrant le corps pâle du shinobi d'un coup sec. D'un touché expert, il analysa l'état des cotes brisées de ce dernier.

- Elle est vraiment très douée cette petite. Ce qui m'amène à mon dilemme comme je disais précédemment. Comment une jeune soignante aussi talentueuse qu'elle passe des heures à potasser des livres de médecine sur le flux du chakra qu'elle a fait venir en express depuis Konoha sans pour autant vous adressez le moindre mot ?

Toujours avec expérience, le médecin changea les pansements sur les coupures qui n'avaient pas encore cicatrisées.

- Je pense qu'elle est en tord sur cette manière d'agir mais je pense que vous y êtes largement pour quelque chose. Je devine sous votre froideur une logique implacable car si vous avez pris le risque qu'elle vous découvre c'est que vous saviez que Konoha enverrait quelqu'un au moins d'aussi doué qu'elle. Peut-être même espériez-vous que ce soit justement elle qui vous soigne.

De sa main droite, le vieil homme releva le bandage sur les yeux du ninja toujours muet et sans réaction. Les rougeurs présentes les premiers jours s'estompaient gentiment mais sûrement.

- J'ai cru comprendre que vous étiez quelqu'un de puissant et de recherché. Sachez que dans l'état des choses actuelles rien ne l'empêche de vous livrer et ce peut importe l'état dans lequel vous êtes en ce moment même. Je crois pouvoir dire sans la moindre hésitation que c'est une grâce qu'elle vous fait de soigner vos blessures ici et non pas à la prison de Konoha. Sachez encore une chose, je ne la connais que depuis votre arrivée mais je suis persuadé que si vous ne vous décidez pas à collaboré, elle vous laissera purement et simplement choir entre les mains de l'ANBU.

Ranzuki laissa son regard parcourir le corps du combattant allongé là pendant quelques secondes, puis il replaça les draps et s'en retourna vers la sortie.

- La balle est dans votre camp, jeune homme.

Sasuke écouta le pas lent et inégale du vieux médecin s'éloigner dans le couloir. Sa première réaction fut de reléguer le sermon dont il venait de profiter dans le coin le plus éloigné de son esprit. Décidément Sakura n'avait pas changé, elle avait encore besoin de l'aide d'autrui pour la défendre. C'est un sifflement moqueur directement adressé à la jeune femme qui résonna dans le calme de la chambre. Ce n'est qu'une fois la journée terminée, après le traditionnel passage de la rose, vers vingt heures, qu'il comprit les mises en garde du médecin de manière nouvelle. Un peu plus attentif à la manière dont elle s'était occupée de lui, il comprit que dans les gestes de la jeunes médic-nin il n'y avait qu'une douceur forcée à son égard. La prise de conscience lui fit l'effet d'un coup de point dans l'estomac. Sakura devait se contraindre pour lui donner des soins dignes de ce nom, évitant de justesse certains gestes prompt à réveiller quelques douleurs. Il comprit que la jeune femme éprouvait encore moins de considération à son égard qu'elle n'en aurait eu pour un inconnu, l'aversion qu'elle éprouvait pour lui était palpable et cela Sasuke ne l'en aurait jamais cru capable. Au fond de lui, un dernier lambeau d'humanité avait gardé le frêle espoir qu'entre les mains de la jeune femme, il soit toujours en sécurité, à l'abri du reste du monde comme quand elle le soignait après les missions de l'équipe sept. L'espoir n'était plus. Que lui restait-il dans ce domaine qui le raccroche encore à quelque chose d'autres que la vengeance dont il s'était fait l'instrument ?

Le silence de la chambre se fit plus oppressant, cette sensation de calme chaleureux se transforma en une solitude glaciale. Les draps lui parurent plus rugueux, l'odeur des baumes moins apaisante et alors que la nuit recouvrait inexorablement le village, elle jeta aussi son voile d'ombre sur l'âme du nukenin. Sasuke frissonna au contact d'un état qu'il n'avait plus ressenti depuis de longues années, la vulnérabilité face à un monde qu'il devait affronté seul, la solitude d'une enfance sans famille, la violence d'un apprentissage inculqué sournoisement par un sannin devenu fou et pour finir cette isolation avec son propre esprit marqué par tant de blessure. Ce retrouvé face à lui-même, regarder dans la glace de son âme et trembler devant le reflet méconnaissable qui lui faisait face. Depuis quand Sasuke n'était pas revenu dans cette partie de son esprit ? Dix ans ? Cent ans ? Une éternité ? Le jeune Uchiha se rendit alors compte que ce qu'il contemplait dans ce miroir le mettait profondément mal à l'aise, lui renvoyant à la figure son obstination à poursuivre les chimères de la vengeance, le poussant à tuer son propre frère, l'entraînant à la suite du père de son clan et de sa folie contre Konoha.

Les tremblements se firent plus violents quand il se souvint du dernier geste de son frère avant de mourir, cette pichenette amicale qu'il lui faisait si souvent enfant et qui était la dernière de sa trop courte vie. Comment avait-il pu laisser son cadet l'haïr à ce point pour le protéger ? Comment avait-il pu quitter le village le laissant seul avec les murs de son quartier décimé, dernier survivant d'un clan célèbre alors qu'il avait à peine dix ans ? Itachi avait du profondément souffrir, tout autant si ce n'est plus que lui. Les mains pâles du derniers Uchiha agrippèrent désespérément les couvertures de son lit, se rattachant aux étoffes comme à une bouée de secours l'empêchant de se noyer définitivement dans ce trop plein de souvenir et de manques. Souvenirs indistincts de l'affection de sa mère, de la présence protectrice de son père, quand seul dans son lit trop grand pour lui il s'endormait le soir après le massacre, les cauchemars le guettant pour continuer de le torturer jusque dans son sommeil.


Sakura s'éveilla en sursaut, la tête posée sur son livre, le corps courbaturé par la mauvaise position que la fatigue lui avait fait prendre. Pourtant ce n'était pas les étirements désagréables de sa colonne vertébrale qui l'avait sorti de son sommeil mais bien un bruit, une sorte de cri dans la nuit. Elle tendit l'oreille un instant, se demandant si tout cela n'était pas un rêve, au fond. Lentement, elle se leva. Quitte à se rendormir, autant le faire dans son lit. Elle prit le couloir, traversa la maison avec précaution et une fois arrivée devant sa porte, vis-à-vis de celle de l'Uchiha, elle perçu à nouveau un cri supplient provenant à son grand étonnement de la chambre de son patient.

Délicatement, elle ouvrit la porte et se glissa dans la pièce. La lune frappait le vieux parquet de bois, sa lueur pâle permettait d'y voir presque comme en plein jour. Un mouvement sur la droite lui indiqua que le jeune homme s'agitait. Après quelque pas, elle se tenait devant le lit du blessé. Son front perlait de sueur, son teint plus livide que jamais ne présageais rien de bon pourtant elle comprit immédiatement qu'il était en plein cauchemars. Ses lèvres fines s'agitaient en de longs discours à peine perceptibles. Sa tête dodelinait dans tous les sens comme si il voulait échapper à quelque chose alors que ses bras repoussaient d'invisibles menaces. D'une main experte, la médic-nin prit la température du malade. Il était bouillant, une montée de fièvre incroyablement fulgurante parce que deux heures auparavant, il était dans un état tout à fait stable et satisfaisant. Le contact de la main fraiche de son ancienne équipière déclencha une crise panique chez le nukenin qui se redressa sur sa couche, hurlant :

- Non ! Laisse-moi ! Laissez-moi tous ! termina-t-il, suppliant de sa voix qui se brisa.

Sakura eut à peine le temps de se reculer pour éviter un mouvement désarticulé du bras du jeune homme. Puis elle le vit prendre sa tête entre ses mains, un gémissement plaintif filant doucement entre ses lèvres serrées. Sa respiration se fit moins chaotique, il s'était éveillé. Redressant ses jambes pour mieux y prendre appuis de ses bras, il prit à nouveau son visage entre ses mains comme pour s'assurer qu'il était toujours là bien vivant.

Un craquement le fit sursauter, à nouveau sur ses gardes, cherchant de la tête d'où pouvait surgir l'ennemi.

- Qui est là ? lâcha-t-il, sa voix froide et neutre comme à son habitude.

- C'est moi. balbutia la jeune femme en s'approchant avec précaution.

Sasuke eu une mimique étrange, mélange de colère et de soulagement. La médic-nin remarqua alors du sang coulant du bandage sur les yeux de son ancien équipier. Elle prit une compresse sur le chariot de soin resté non loin du lit et posa une main sur l'épaule du jeune homme.

- Allonge-toi, tu saignes. Murmura-t-elle en le poussant en arrière.

- Beaucoup ?

- Assez, oui. Répondit-elle en démontant le bandage.

Les compresses étaient empruntes de rouge. Elle les retira une à une en les emballant dans un morceau d'essuie tout pour éviter de salir les draps du lit. Avec application, elle nettoya le pourtour des yeux du jeune homme, retirant le rouge pour ne plus laisser que le blanc et le violet des cernes sous ses yeux. Il devait être vraiment épuisé. Elle ne se souvint pas l'avoir vu avec de telles marques de fatigue à l'époque ou elle pouvait encore remarquer ce genre de détail, avant qu'ils ne deviennent des étrangers.

- Combien de temps as-tu dis qu'il fallait que tu attendes avant de pouvoir ouvrir les yeux ? demanda-t-elle en plaçant les nouvelles compresses propres.

- Trois semaines.

- Encore une alors… soupira-t-elle en enroulant le bandage autour de la tête du blessé.

- Encore une… murmura-t-il.

La rose profita d'éponger la sueur sur le visage du jeune homme et sur son cou, nettoyant ainsi les dernières traces de son sommeil mouvementé. Elle le surprit à soupirer d'aise. Immédiatement elle tourna la tête, guettant la mimique de son visage à demi caché par le pansement. Une certaine quiétude s'y lisait, apportant une note de surnaturelle sur se visage qu'elle avait rarement vu exprimer autre chose que de la froideur et de la haine ces derniers temps.

- Tu vas me livrer avant, n'est-ce pas ? raisonna doucement la voix grave du noiraud.

- Pardon ?

- Tu vas me livrer avant que je ne recouvre la vue parce que une fois à nouveau opérationnelle tu n'es pas sur de pouvoir continuer à me garder ici. N'ai-je pas raison ?

- Si, tu as raison. Je ne peux me permettre que l'on me reproche de t'avoir soignée pour que tu t'enfuies après. Je ne tiens pas à être accusée de complicité. répondit-elle en replaçant les coussins sous la tête de l'Uchiha.

Il tourna doucement la tête dans la direction opposée à la jeune femme.

- Ma vue une fois recouverte ne me servira pas. Tu n'as plus rien à craindre de moi. Souffla-t-il de sa voix teinté de frustration.

N'étant pas sur d'avoir bien saisi le message, elle ouvrit de grand yeux ronds tout penaud. Elle allait lui demander de répéter quand elle se rendit compte que la grimasse qui lui tordait le visage n'était pas de la colère mais de la désillusion teintée de tristesse. S'il n'avait pas été Sasuke Uchiha, elle aurait pu concevoir qu'il soit au bord des larmes à cet instant précis. Elle rangea les instruments et les compresses puis se détourna du lit pour regagner le sien.

- Sakura ! Est-ce que tu crois qu'ils prononceront la peine de mort contre moi ? demanda-t-il juste avant qu'elle ne quitte la pièce.

La rose ne su pas vraiment quoi répondre déstabilisée par le comportement et la question de son ancien équipier.

- Probablement que oui… s'aventura-t-elle à répondre, consciente que la réponse n'était pas probablement mais assurément.

- C'est mieux ainsi. murmura-t-il.

- Je…

- Bonne nuit Sakura. coupa-t-il, sa voix regagnant cette froideur habituelle.

- Bonne nuit Sasuke. souffla-t-elle, déçue, en refermant la porte.

Elle ne parvint pas à se rendormir cette nuit là, trop troublée par ce qui c'était passé. Lui non-plus ne dormit pas, la crainte de voir les cauchemars l'assaillir à nouveau l'oppressant et puis si il pouvait éviter d'attirer encore l'attention de Sakura dans de tel moments de faiblesse ça lui allait aussi. Certes, il devait reconnaître que sa présence avait eu quelque chose d'agréable, de lointain. Quand elle s'était occupée de lui, il avait senti que la réserve dont elle faisait habituellement preuve à son encontre n'était pas présente. Conscient que son état devait y être pour quelque chose, un peu d'attendrissement éventuellement, il se contenta de garder le meilleur de cet instant passé afin de ne pas se focaliser sur tous les autres moments, qu'ils soient bon ou mauvais mais surtout mauvais.


Le docteur Ranzuki remarqua un léger changement dans la relation entre les deux jeunes gens. Ce n'était pas grand-chose mais il fallait un début à tout. Parfois, quelques phrases échappaient à la jeune femme, le garçon lui répondait par hochement de tête voir quelques mots. De toute évidence, parler n'était pas le fort de ce dernier. L'ambiance semblait un peu moins tendue. Le vieil homme, conscient que cela ne durerait pas éternellement, pria pour que si cela devait changer cela soit en positif.

Il ne restait plus que deux jours avant que l'Uchiha puisse à nouveau ouvrir les yeux. Ses propres sens l'étonnaient par leur rapide adaptation à la situation. S'affinant pour mieux entendre et sentir, mieux toucher. Il entendait Sakura marcher dans le couloir à plus de vingt mètres, il était aussi capable de reconnaître les démarches des deux infirmières, du médecin ainsi que l'odeur de chacun des médicaments ou des baumes que la jeune médecin utilisait.

Lors ce qu'elle entra dans sa chambre, la kunoichi triturait sa blouse blanche entre ses doigts fins. Le blessé ne pouvait certes pas le voir mais il sentit une certaine gêne, un certains malaise dans l'attitude de la jeune femme.

- J'ai besoin que tu me dises quelque chose Sasuke. déclara-t-elle sur un ton plus assuré que son attitude. Il faut que je sache se qui t'es arrivé avec tes yeux. Je ne peux pas trouver pourquoi tu réagis ainsi au chakra médical si tu ne m'explique pas ce qui est arrivé.

Le blessé soupira lentement, puis il remonta ses mains au niveau de son visage pour commencer de malaxé un peu de chakra. Sakura fronça les sourcils, étonné du peu de quantité qu'il utilisait à comparé de se que ses réserves pouvait lui fournir en tant normal. Doucement, il amplifia la dose de chakra. C'est alors qu'elle le vit commencer à transpirer à grosses goutes, ensuite ce furent ses bras qui se mirent à trembler et pour finir une grimace de souffrance lui laboura le visage avant que dans une râle d'épuisement il ne relâche tout. Essoufflé, sa poitrine se soulevant rapidement, il posa un bras las sur sons front.

- Je ne supporte plus non-plus mon propre chakra. Haleta-t-il difficilement.

- Comment…

- C'est un poison. La coupa-t-il avant d'enchaîner avec la véritable histoire qui l'avait conduit jusque sur ce lit.

Quand il eu terminé, Sakura ne su que dire. Dégoutée par la motivation qui l'avait poussé à cette transplantation tout comme le simple fait de cautionner ce genre d'opération, elle fut cependant touchée par ce que devait éprouver le jeune homme. Avoué à demi-mots entre les lignes de son récit, elle percevait la désolation semée par cette découverte de son incapacité à manipuler le chakra comme par le passé. Concevant aisément le vide que cela produirait chez elle si cette épreuve devait un jour lui arriver, elle n'imaginait que plus pour un puissant ninja comme lui les répercutions que cela engendrait.

- Est-ce pour cette raison que la condamnation à mort de Konoha t'importe tant ? demanda-t-elle.

Il hocha doucement la tête.

- Je ne vois pas se qui pourrait m'arriver de pire maintenant. J'ai tout perdu et le peux qu'il me restait je l'ai brûlé dans ma vengeance. Je mérite le sort qui m'attend.

- As-tu pensé à Naruto ? Crois-tu qu'il soit de cet avis lui aussi après les années qu'il a passé à te poursuivre, s'entraînant chaque jour pour devenir aussi fort que toi ?

- Je n'en sais rien… Cet idiot se doutait bien de la tournure que prendrait ma vie. Ne me dis pas qu'il a cru un seul instant que si je revenais, Konoha m'accueillerait à bras ouvert.

- Bien sur qu'il l'a cru et moi avec lui dans mon désespoir. Il aurait pu te faire réintégrer le pays du feu si tu n'avais pas continué à t'obstiner dans la vengeance, la violence et la haine. s'emporta-t-elle soudainement.

- Je ne tiens pas à parler de ça avec toi. Gronda-t-il

Sakura frappa d'un point rageur la table de chevet du malade.

- Et avec qui crois-tu que tu vas pouvoir encore en parler ? Ce n'est pas le bourreau de l'ANBU qui va te laisser t'épancher sur tes agissements quand viendra l'heure de ton exécution. Mon Dieu se que tu peux être égoïste Sasuke ! T'est-il jamais venu à l'idée que quelqu'un puisse se soucier de toi pendant tout ce temps ? Tu crois que lors ce que tu es partis tout le monde c'est dépêché de t'oublier ? On voit bien que tu n'as pas vu le visage de Naruto, sa détermination pour te pister jusqu'à la vallée de la fin. Tu n'as pas vu le regard de Kakashi s'assombrir quand ton nom était prononcé. Qu'est-ce que tu croyais ? Hein ? Répond ! Vociféra-t-elle en l'agrippant par le col de sa chemise.

Sasuke se cramponna à l'avant-bras de ça main droite, le broyant de toute sa force.

- Il ne pouvait y avoir que vous pauvres sentimentaux pour encore penser à moi alors que je vous avais demandé de m'oublier. Vous ne pouviez et ne pourrez jamais comprendre. Railla-t-il.

Une gifle lui brula le visage, un filet de sang coulant de sa lèvre fendue par le choc.

- Effectivement, je ne te comprendrai jamais. Souffla-t-elle en en sortant de la pièce, la porte claquant à sa suite.

Le jeune homme effleura sa joue meurtrie, bouillant de colère non pas contre elle mais bien contre lui, sa vie, ce qu'il était devenu. Au loin, il entendit la démarche rageuse de la jeune femme s'affairer dans la chambre voisine. Une armoire qui s'ouvre, le cliquetis des lanières d'un sac de voyage et puis il perçu sa voix qui s'adressait au vieux médecin venant d'atteindre le seuil de la chambre.

- J'en ai fini avec lui. L'ANBU sera là sous peut, ils se chargeront de l'emmener à Konoha. Merci pour tout docteur, je suis désolée que notre rencontre ce soit faite dans ces conditions, je serais volontiers resté encore quelque temps ici.

- Très bien… Je vous souhaite un bon retour jeune femme. Répondit-il, déçu par la tournure des événements.

- Merci, bonne continuation à vous. Lança-t-elle alors qu'elle dévalait l'escalier la menant à la porte de l'hôpital, le froid de l'hiver s'engouffrant dans les couloirs.

Ce fut un tremblement d'une fraction de seconde dans son esprit trop vif pour être naïf. Il su, il su que si il n'agissait pas immédiatement, plus rien ne serait pareil. Il su qu'il mourrait pour trahison et cette idée lui parue tout à coup repoussante à souhait. La conviction que c'était la dernière chose qui pourrait lui apporter un peu de répit dans sa vie meurtrie venait de s'évanouir comme un halo de fumée. Dans un soubresaut de bon sens, Sasuke se leva et se jeta hors de la chambre dans le couloir, avançant à tâtons. Il s'encoubla, roulant dans les escaliers jusqu'au rez-de-chaussée. Se relevant douloureusement, il s'élança vers le courant d'air froid de la porte encore ouverte sur l'extérieure. Le docteur Ranzuki l'invectiva mais il n'entendit pas. Ses pieds se prirent dans le seuil, lui écorchant les mains et les genoux quand il se réceptionna à terre.

- Sakura ! Cria-t-il de toutes ses forces

Il se redressa à nouveau, les mains en avant pour se protéger du moindre obstacle ou d'une nouvelle chute. Sa démarche maladroite, son pyjama taché de sang et de boue froide et humide, il avançait en titubant. Les passants le regardaient abasourdis, puis un murmure se rependit dans la foule. Sasuke eu un mauvais présentement quand il comprit que la rue se vidait tout à coup de tous ses passants. Il mit ses sens en éveil en quête d'une information qui pourrait lui expliquer la situation. Bientôt, il ne perçu plus que le vent chahutant quelques détritus dans la rue. Le froid le fit frissonner lui rappelant un instant qu'il était pieds nus.

Un gémissement lui fit faire volte face. Sakura, c'était elle. Il en était persuadé. Tout son corps tendu sous la concentration pour tenter de localiser la jeune femme mais rien ne vint. Un pas lent remuait la boue en s'approchant inexorablement. Ce n'était pas celui de la rose, il était plus lourd, plus masculin. L'Uchiha se mit en position de combat, prêt à parer un coup ou n'importe quoi d'autre.

- Je te retrouve enfin. Tu sais bien choisir ton personnel Sasuke. Crois-tu qu'elle me soignerait avec autant d'application si j'avais besoin de ses services ? s'enquit la voix de Madara.

- Où est-elle ? cracha le plus jeune.

- Tu t'inquiètes pour elle ? Ce n'est pas dans tes habitudes ça. T'aurait-elle tapé dans l'œil ? ricana sardoniquement le père du clan Uchiha en se déplaçant circulairement autour de son protéger.

Sasuke ne réagit pas à la pique, toujours sur ses gardes. Son esprit fonctionnait à plein régime. Ils étaient tombés dans une embuscade ou alors Sakura l'avait dénoncé mais cela il ne pouvait y croire. Elle avait appelé l'AMBU, le vendre à l'Akatsuki lui semblait impossible pour une femme de sa droiture.

- Tu as une bien étrange manière de me remercier pour tout ce que j'ai fait pour toi. Tu as disparu sans que je n'aie eu l'occasion d'admirer le travail de notre nouvel associé. C'est regrettable. J'espère que tu auras au moins su profiter de tes petites vacances pour te refaire une santé.

D'un geste souple, l'homme masqué fut derrière le blessé.

- Nous allons tout de suite le savoir. Murmura-t-il à l'oreille du noiraud qui fit immédiatement demi-tour.

Déjà, Madara avait disparu et le jeune homme brassa de l'air. Un chuintement le força à se baisser, un autre le poussa à faire une parade sur le coté gauche, malmenant son bras cassé encore fragile. Il se releva immédiatement. Le froissement du manteau de son aîné lui permit d'éviter le premier coup de point qu'il aurait du recevoir en pleine tempe. Malheureusement, il ne parvint pas à esquiver celui qui le cueilli dans l'estomac. Le souffle coupé, il réussi tout juste à ne pas tomber sous le coup de pied destiné à le faire chuter. Incapable de riposter, l'Uchiha se mordit la langue au sang quand d'un crochet bien placé Madara lui frappa les cotes droites. Un peu de liquide poisseux lui remonta dans la bouche alors qu'il s'effondrait à genou, tenant désespérément son buste avec sa main gauche. Ses jambes devenues coton lui interdisaient de se relever. Un nouveau coup de pied dans le dos le fit basculer la tête dans la boue.

Sakura se libéra un instant de la main de Kabuto et hurla désespérément le nom de son ancien équipier. Sasuke toussait difficilement, le sang donnant un gout métallique au mélange de salive et de boue qu'il avait dans la bouche. Madara lui asséna encore plusieurs coups avant que le jeune homme ne perde définitivement connaissance. L'ancien assistant d'Orochimaru invoqua un jutsu étrange. Sakura se retrouva dans une sorte de grande boîte circulaire en bois. L'homme masqué traîna le corps inerte de son protéger jusqu'à la caisse. Avec l'aide de son acolyte, ils l'y jetèrent lui aussi. Sakura attira le corps sans force contre elle alors qu'un lourd couvercle venait les plonger dans le noir. La voix de Kabuto sella la boîte puis la médic-nin comprit qu'ils les emmenaient.

Elle invoqua un peu de chakra médical pour illuminer le visage inconscient du jeune homme. Du sang coulait d'une plaie à la tempe droite, la boue tachait une bonne partie de son visage qu'elle commença de nettoyer méticuleusement avec un morceau de sa tunique. Le voyage dura probablement plusieurs heures mais elle fut incapable de préciser son impression. Sasuke revint à lui peut de temps avant leur arrivée à destination. Tout son corps le tiraillait, chaque inspiration le mettait au supplice. Il perçu un peu de chaleur contre sa peau glacée à hauteur de son visage et de ses bras.

- Ne bouge pas. Tu vas attiser la souffrance. Chuchota la voix rassurante de son ancienne équipière. C'est Kabuto qui m'a enlevé alors que je te voyais sortir de l'hôpital. Madara n'as eu qu'à te cueillir au milieu de la rue.

Sasuke se contenta d'émettre un grognement, incapable de mieux formuler se qu'il pensait ou ressentait.

- Il t'a fichu une sacrée raclée. Je me fais du souci pour tes cotes et ton bras gauche. J'ai peur que le processus de guérison soit mis à rude épreuve après un traitement pareil.

Le silence s'installa, ponctué par la respiration douloureuse du jeune homme pelotonné contre la rose. Le froid l'engourdissait, la souffrance lui soutirait toutes les misérables forces qu'il avait mis deux semaines à récupérer avec peine.

- Que veulent-ils ? interrogea la jeune femme. Ils n'étaient pas sensé être tes alliés ?

- C'est moi qu'ils veulent… balbutia-t-il doucement. Surtout ne tente rien contre eux. Avec un peu de chance il ne s'en prendront qu'à moi et tu auras peut-être une occasion de t'en sortir.

Sakura sourit tristement dans l'ombre. La tentative de son équipier pour la rassurer était pleine de bonne volonté mais elle ne parvenait pas à en croire le moindre mot. Ils commenceraient peut-être par Sasuke mais tôt ou tard ils s'en prendraient à elle, c'était une certitude. Le jeune homme fut prit d'une quinte de toux brutale qui lui arracha des hoquets de souffrance. Proche de l'inconscience il sentit la médic-nin le tirer encore un peu plus contre son corps. Le souffle tiède de la rose lui chatouillait le front alors qu'il sentait un morceau de tissus éponger le sang coulant de sa bouche.

- Doucement, ça va aller. murmura-t-elle à son oreille bourdonnante.