CHAPITRE 3 : « MANGEMORT »
Durant leur septième année, Ludwig du se montrer plus prudente que jamais. En effet, avec le tournoi des trois sorciers, ils étaient tous à Poudlard pour encourager Viktor. Elle se trouvait donc à proximité de Dumbledore. Mais elle était passée maître dans l'art de dissimuler son identité et ses pensées aussi. Le vieux directeur ne remarqua rien. Son attention était de toute façon bien trop absorbée par la protection de Harry Potter. Cela avait bien aidé Ludwig. Et elle avait passé une assez bonne année. Le climat bien plus clément et les règlements plus souples de Poudlard avaient permis à elle et ses compagnons de chambrée de s'ébattre à leur aise. Le fait que le concierge ne les connaisse pas avait facilité leurs frasques. (Pauvres jumeaux Weasley ! Ils avaient écopé de quelques heures de retenue à leur place... Mais bon, c'est la vie ! Et puis, ils n'avaient pas mis longtemps à poser les jalons d'une coopération fructueuse.) Elle avait vu Lucius à plusieurs reprises (au lieu de son unique visite pour son anniversaire et la lettre qu'il lui envoyait habituellement à Noël), et rencontré son fils Drago (état d'esprit exécrable, mais joli derrière… normal, le fils de Lucius). Viktor, lui, avait rencontré « Hermy » (grrr) et surtout elle avait fait connaissance avec l'irascible professeur de potions qu'était devenu son père. Elle n'avait pas osé lui parler (coucou je suis ta fille, je ne suis pas morte et je ne me transforme pas à la pleine lune, comment ça va ? Comment ça deux heures de retenue pour impertinence ?) Elle s'était contentée de l'observer, de faire profil bas quand elle se trouvait dans la même pièce que lui et de réussir ses potions en cours… Jouer les garçons sans histoire, quoi.
A la fin de l'année, Lucius devint de plus en plus secret. Puis il y eut ces événements étranges. Harry Potter se mit alors à clamer à qui voulait l'entendre que Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom était revenu à la vie. Viktor le croyait. Il le croyait aussi quand il disait que Lucius faisait partie des Mangemorts. Ludwig, quant à elle, ne savait qu'en penser. Il l'avait bien confiée à un orphelinat moldu, non ? D'un autre côté, il n'avait jamais caché son mépris pour eux… ni pour les « sang-de-bourbe » comme il les appelait. Alors pourquoi l'avoir sauvée, elle qui était à demi loup garou ? Rien de tout cela ne tenait vraiment la route.
Un an plus tard, ayant obtenu ses ASPIC, elle avait ouvert une apothicairerie. Elle avait toujours été relativement douée en potions. Elle avait commencé par vendre les potions curatives les plus courantes et augmentait petit à petit son catalogue au fur et à mesure qu'elle parachevait ses connaissances à l'aide de grimoires qu'elle empruntait à la bibliothèque de Sainte Mangouste (en toute légalité), ou à celle de Poudlard (grâce à des complicités internes établies lors du tournoi). Elle nourrissait parfois un gros chien noir qui grogna après Lucius la seule fois où il vint la voir à la boutique. Viktor passait de temps en temps. De moins en moins souvent. Les nouvelles qu'il donnait était toujours les mêmes : Quidditch, entraînement… Il mentait les trois quarts du temps.
Et puis un jour de juin, elle apprit par les journaux que Harry Potter disait la vérité depuis le début, que Lucius avait été arrêté et qu'il serait bientôt envoyé à Azkaban en tant que Mangemort. Elle ne comprenait pas. Il s'était toujours comporté en « oncle » exemplaire avec elle. Mais il y avait un moment où il lui avait menti. Quand avait-il commencé ? Comment discerner à présent le faux du vrai dans ce qu'il lui avait dit ? Dans ce qu'ils avaient fait tous les deux ? Elle savait qu'il ne lui avait pas menti quant à sa conception : d'abord à cause des souvenirs qui étaient tous clairs. Mais pour le reste ? N'avait il cessé de lui jouer la comédie en feignant de la protéger ? Elle décida d'aller le voir. Cela ne se fit pas sans difficultés. On lui refusa d'abord toute visite sous prétexte qu'elle ne faisait pas partie de sa famille proche. Raison complètement stupide si l'on voulait son avis : qui, plus que la famille proche, serait tenté de l'aider à s'enfuir ? La logique judiciaire lui échappait. Sans Viktor, jamais elle n'aurait pu le voir. Quand elle entra dans la cellule, il la fusilla du regard.
« Qu'est-ce que tu fiches ici ? cracha-t il.
- Je voudrais comprendre…
- Comprendre. Comprendre quoi ? Comprendre qui ? Qui tu es ? Toujours la même question ! Mais ce n'est pas le nom de ton père qui te le dira. Crois-moi : je ne me comprends pas moi-même et pourtant je connais toute ma généalogie depuis la fondation de Poudlard. Comprendre quoi ? Pourquoi j'ai agi ainsi avec toi alors que je suis un Mangemort ? Si je le savais, je ne serais sûrement pas là à l'heure actuelle. Je n'en sais rien. Je ressentais juste un besoin viscéral de t'aider, de te protéger… Et cela va à l'encontre de tout ce que je suis, de tout ce que j'ai toujours été, de tout ce que les Malefoy ont toujours été ! En un mot : cela défie toute logique ! Sans doute une entourloupe de ce cher vieux Severus. C'était cela que tu étais venue comprendre ? »
Une entourloupe de ce cher Severus… Oui. Elle le savait bien. Ne sachant si elle pourrait finalement rencontrer Lucius, elle s'était introduite dans le manoir Malefoy en prenant l'apparence d'un elfe de maison et avait consulté le grimoire d'Archibald Malefoy. Severus l'avait annoté, se doutant que jamais Lucius ne l'ouvrirait. Il avait eu raison : malgré ses soupçons, il ne l'avait visiblement pas ouvert. Il ne savait donc pas que la potion de conception n'avait pas besoin de deux cheveux supplémentaires. En revanche, la potion pour désigner un protecteur si. Et c'était là l'entourloupe : Severus Rogue, maître des potions émérite, avait mêlé les deux potions. Il savait sans doute qu'il n'obtiendrait pas de Lucius un serment inviolable, alors il lui avait un peu forcé la main... Pas très fair-play le daddy s'était-elle dit en découvrant cela.
Pour l'heure, elle ne savait plus ce qu'elle était venue chercher ici. Quand elle avait lu les journaux, une foule de questions s'était mise à tourbillonner dans sa tête. Des questions et quelques griefs. Maintenant, elle ne savait plus lesquels. Elle ne reconnaissait même pas le Lucius qu'elle avait connu dans cet homme maigre, le visage défait, les yeux cernés, les joues creuses, le teint gris, en tenue de bagnard et qui lui crachait à la figure. Comment ? C'était cet homme qui l'avait sauvée, lui avait appris qu'elle était une sorcière, que ses parents, au moins l'un d'entre eux, étaient vivants, qui lui avait offert un rat pour qu'elle se sente moins seule durant sa première année à Dumstrang, pour qui elle avait cuisiné sa première tarte au potiron un soir de décembre dans un chalet qu'il lui réservait pour ses vacances de Noël, cet homme qui maintenant lui tenait les bras à lui faire mal et la soulevait à la seule force de sa colère ? Car comment l'homme famélique qu'il était devenu pouvait-il la soulever autrement ? Et ses cheveux ? Où ? On les lui avait coupés... La gorge sèche, elle demanda :
« Pourquoi ? Pourquoi as-tu... as-tu tué ces gens ? Comment as-tu pu devenir Mangemort ? Et mon père est-ce que... Est-ce qu'il... Qu...Que faisais-tu au ministère cette nuit-là ?
-Si ce n'est que ça, tu n'as qu'à lire la presse ! »
Il la relâcha. Elle manqua de tomber Il lui tournait le dos à présent. Un dos voûté. Lucius Malefoy avait perdu toute sa superbe. Lucius Malefoy n'était plus.
« Sors ! »
Elle se retourna à son tour et s'apprêtait à appeler le vieil auror qui servait de cerbère quand il la rappela.
« Attend »
Il la rejoignit et lui tendit un petit pendentif de forme tubulaire.
« Tiens. Un souvenir. Tu y verras tes parents. Les deux. J'ai réduit le flacon pour pouvoir le dissimuler, mais si tu veux récupérer le souvenir, tu dois lui faire reprendre sa taille normale. Achète-toi une jolie chaîne en argent pour le porter.
- Merci !
- De rien. Maintenant, vas t'en. »
Elle obéit. Mais non sans avoir embrassé la joue de son sauveur.
« Je reviendrai »
La porte se referma sur elle. Il entendit ses pas dans le couloir : elle portait des talons hauts.
« Non jolie fée, tu ne reviendras pas, mais c'est gentil d'avoir menti. »
Et son père ? Lucius n'avait pas répondu à la question. Et pourtant, elle savait. « La seule chose importante aura lieu demain soir » « il le tuera » « Tu as enfin compris que tu ne l'amènerais pas dans notre camp, qu'il ne comprendra jamais ! Un vrai Gryffondor ! ». Leur échange dans le souvenir devenait très clair. Elle décida d'aller secouer un peu Viktor pour qu'il parle, qu'il lui raconte un peu ses activités depuis un an et ce qu'il savait de Severus Rogue exactement. C'est à dire qu'elle fit une entrée spectaculaire à laquelle la porte d'entrée ne pu résister. La voyant ainsi dans l'encadrement de sa porte, les trais tirés, le visage fermé, le corps tendu et la main crispée sur sa baguette, Viktor Krum eut peur un instant qu'elle ne se soit laissée entraîner par Malefoy du côté de Voldemort et qu'elle ne vienne le tuer. Il avait même très peur. Cependant, il fut très vite rassuré car elle s'effondra. En larmes. Il la prit dans ses bras. Lui caressa les cheveux un moment et, quand elle commença à être plus calme, la dirigea vers le canapé où il lui fit prendre place.
« Tu veux une tisane ?
Oui. Volontiers. »
Il se leva, alla dans la cuisine et revint quelques minutes plus tard avec deux mugs remplis d'eau chaude et avec chacun un sachet. Il les posa sur la table et s'assit à côté d'elle. Et là, la tête sur son épaule, elle raconta tout.
« Tu devrais aller voir Dumbledore, déclara-t'il après l'avoir écoutée
-Dumbledore ?
-Oui. Après tout : il a accepté ton père comme professeur à Poudlard et, d'après ce que je sais, il lui fait entièrement confiance. Qu'est-ce que tu risques ?
- À part un refus, voire qu'il me rie au nez ? Sans doute pas grand-chose. Si : qu'il utilise l'occlumencie pour savoir s'il peut me faire confiance. J'imagine sa tête, soit je le bloque, soit il découvre d'où je viens...
-Même s'il ne lit pas tes pensées, on ne cache rien à Dumbledore. En tout cas, pas bien longtemps.
-Pff... »
Ils restèrent un moment silencieux. Elle avait laissé sa tête sur son épaule et finit par s'endormir ainsi. Le lendemain, à sa grande surprise, elle se réveilla dans un lit. Apparemment Viktor l'avait portée jusque là. Il lui avait même enlevé ses chaussures sans qu'elle ne s'en rende compte. Ce n'était donc pas une simple tisane qu'il lui avait servie. Il devait y avoir rajouté un peu de potion de sommeil sans quoi elle se serait réveillée au moins à un moment. Il avait dû beaucoup s'inquiéter pour lui en servir alors qu'elle pouvait la détecter. Quel culot tout de même ! De toute façon, elle s'était fait avoir comme un bleu. Et dire qu'à tous les coups c'était même une de celles qu'elle vendait... Mais elle ne lui en voulait pas. Bizarrement, ça lui faisait chaud au cœur qu'il se soit ainsi inquiété.
