Remus cligna des yeux. La pièce avait retrouvé son aspect original. Il frissonna, et sa main ne trouva personne à ses côtés. Il fronça les sourcils. Bien sûr qu'il n'y avait personne.

Une fois habillé, il s'assit un moment sur le bord du lit. Des souvenirs affleuraient à son esprit sans qu'il puisse arriver à les saisir en totalité. Il se souvenait s'être consciencieusement alcoolisé, au-delà du raisonnable, puis être rentré se coucher. Et ensuite ? Un puissant sentiment de bonheur et de félicité l'envahit. Cela lui suffit comme réponse.

Une odeur flottait dans la pièce, il s'en rendait compte, mais là encore, impossible de mettre un nom sur cette odeur.

Coquelicot. Jasmin. Son odeur.

Remus secoua la tête. La Bête avait une perception bien à elle de la réalité, qu'il ne saisissait pas toujours. Il n'avait d'ailleurs aucune envie de la saisir, se dit-il avec détermination.

La nuit était déjà avancée, mais le feu qui brûlait dans l'âtre apportait une clarté suffisante dans la pièce. Ce serait sans doute sa dernière nuit de lucidité, avant de laisser la Bête le dominer, mais il se sentait étonnamment détendu, heureux. Il mit à chauffer de l'eau, avant de s'apercevoir qu'il n'y avait plus de thé. Bien sûr, il n'y en avait plus non plus hier, que croyait-il? Que la boîte s'était remplie dans la nuit ? Il secoua la tête, souriant à lui-même.

Il ramassa au sol un morceau de parchemin. La notice d'un flacon de Felix Felicis, qui indiquait en grosses lettres : « Attention, une consommation conjointe d'alcool et de ce produit peut entraîner des troubles de la vision. ».

Il tressaillit. Ce n'était pas un rêve ?

Il était levé. Elle pouvait apercevoir sa silhouette légèrement voûtée par la fenêtre. Elle sourit, pensant une nouvelle fois qu'il devrait faire des efforts et se redresser pour faire admirer sa carrure. Elle sortit un petit miroir de sa poche, et s'observa à l'aide du Lumos que diffusait l'objet. Ses yeux pétillaient tant qu'on distinguait à peine les cernes qui les encadraient. Le rose de ses joues n'avait pas grand-chose à voir avec la fraîcheur de la température, et ses cheveux étaient emmêlés. Sa faute à lui, pensa-t-elle, rougissant encore plus. Elle raccourcit sa coiffure, lui faisant prendre peu à peu la teinte rose chewing-gum qu'elle affectionnait tant. Elle sentait sa peau à vif aux épaules, là où il l'avait griffé, et eut un frisson délicieux. Elle aurait bien sûr pu faire disparaître les marques en un ou deux mots, mais elle ne l'aurait fait pour rien au monde.

La semaine du sorcier… Elle avait toujours eu plus d'imagination pour sa coiffure que pour les titres. Malgré la grossièreté du collet, le loup s'était tout de même laissé prendre, pensa-t-elle.

Nymphadora jeta un dernier regard à la fenêtre, murmurant à son balai l'ordre de se lever. Elle adressa un dernier baiser, et chargea la brume de son souffle de mener celui-ci à bon port.

« - Joyeux Noël, Monsieur Lupin, murmura-t-elle avec un sourire espiègle. Je ne te lâcherai plus maintenant. »

Et sur cette dernière promesse adressée à la lande déserte de nouveau balayée par le vent, elle s'en fut.