Titre : Un regard glacial.
Auteur : Nandra-chan
Disclaimer : Rien n'est à moi, sauf les prises de tête.

Note : Une fin alternative à l'arc d'Infinity. Je n'en dis pas plus pour ne pas gâcher le suspense. 12 courts chapitres.

Voilà, voilà, la suite. J'espère que cette partie va vous plaire j'ai eu vraiment du mal à l'écrire.

Tatouina : oui maitwesse, tout di suite maitwesse ! mewci maitwesse !
Merci à Shini, et aussi merci à ceux qui on mis ma fic dans leurs favoris, je suis émue !

Pour me taper dessus, on clique sur reviews !! Plus vite vous me tapez dessus, plus vite je poste la suite, na !


Chapitre 3 – Appel.

L'air frais lui fit du bien. Il resta un moment sur la terrasse, à regarder le jardin couvert d'une épaisse couche de neige, qui dissimulait les massifs et faisait disparaître les étangs, modifiant profondément le décor pour lui donner un aspect nouveau et étrange. C'était le palais, mais en même temps, ce n'était pas le palais.

Il prit plusieurs grandes inspirations pour faire retomber sa colère et se frotta le front en signe de contrariété. Toute cette histoire lui donnait des aigreurs à l'âme. Il avait mal. Il ne comprenait pas ce qui lui arrivait. Il avait toujours assumé la responsabilité de ses actes, par le passé. Il s'était appliqué à soigneusement tout maîtriser, pour ne plus être blessé.

Mais pendant son voyage, tout avait changé. Il avait réappris à aimer, et sa carapace s'était peu à peu effritée. Et puis il y avait eu Infinity. Il n'avait rien pu faire pour empêcher la malédiction d'accomplir son œuvre. Et tout s'était écroulé.

A présent, il ne savait plus que faire, qui être. Il aurait voulu redevenir l'ancien Kurogane, celui qui ne pensait à qu'à lui-même, qui était seul, mais protégé, seulement, il ne pouvait pas car il y avait Fye. Et que Fye comptait. Il aurait pu aussi rester celui que ce voyage avait enfanté, un Kurogane plus sensible, plus humain, seulement, il ne pouvait pas car il y avait Fye, que Fye souffrait, et que lui, ça le détruisait.

Fye. Sa Némésis, celui qui l'avait fait douter, s'interroger, celui qui l'avait le plus profondément déstabilisé. La personne la plus proche de lui, qui le comprenait le mieux, qui savait lire ses silences, interpréter ses regards, voir ce qu'il ne voulait pas montrer, son pire ami. Son meilleur ennemi, celui qui n'avait jamais eu peur de lui, qui le poussait dans ses derniers retranchements, celui contre qui il n'avait encore jamais gagné.

S'il avait pu le sauver, rien ne serait arrivé, tout aurait été préservé. S'il avait réagi plus tôt, s'il avait su l'inciter à se confier, à lui parler de ce qui semblait tant l'effrayer, les choses auraient peut-être été différentes.

Sors de ma tête, stupide magicien ! Il donna un coup de pied rageur dans une poutre, et y gagna un violent élancement dans ses orteils glacés. Il grimaça mais il était content. La douleur, ça, il connaissait. Physique ou morale, elle était devenue sa compagne de tous les instants. Elle ne le trahirait jamais, elle serait toujours présente avec les souvenirs de son voyage. Il maudit tout de même le poteau, pour sanctionner l'outrage, et s'apprêta à regagner ses appartements.

Il tournait les talons quand un cri retentit dans la cour.

- Au secours ! A l'aide ! Je vous en supplie ! Quelqu'un !

Il fit volte face pour voir une femme courir dans sa direction, le visage décomposé, agitant les bras dans tous les sens.

- S'il vous plaît ! S'il vous plaît ! Aidez-moi !

Elle s'arrêta à sa hauteur et leva sur lui des yeux affolés.

- C'est mon fils ! Il est tombé dans l'étang ! Il va se noyer ! Je ne sais pas nager ! Aidez-moi !

Il la regarda mais ne bougea pas. Ce visage éploré ne le touchait pas vraiment, ces mains qui s'accrochaient à sa veste, cette voix que la détresse enrayait, le laissaient froid. Il faut vous faire à cette idée, avait-il envie de lui dire. Aimer, c'est s'exposer à la souffrance. Je n'ai pas pu l'aider, je ne peux aider personne. Pourtant, il ne pouvait pas la laisser comme ça. Il avait fait serment de protéger les faibles, et il n'était pas homme à se parjurer.

- Je vous suis.

Il emboîta le pas à la femme, qui repartait en courant. Ils contournèrent le bâtiment principal et débouchèrent dans une cour tapissée d'une épaisse couche de neige. Dans le bassin consacré à l'élevage de carpes, un garçon qui ne devait pas avoir dix ans se débattait pour garder la tête hors de l'eau.

Le ninja retira sa cape et courut jusqu'à la margelle, puis plongea sans hésiter. Le liquide glacée lui coupa le souffle, mais il nagea courageusement jusqu'au gamin et l'attrapa par le col pour le tirer vers la berge. Heureusement, il n'avait pas une grande distance à parcourir, car il sentait déjà le froid engourdir ses muscles et ralentir son métabolisme.

Il s'accrocha au bord et hissa l'enfant sur la berge, avant de sortir lui-même, au moment où plusieurs personnes que les cris de la femme avaient attirées se groupaient autour de la scène. Des mains le saisirent pour l'aider, il les repoussa sans ménagements. Il se leva, traversa le cercle des spectateurs, sans un regard pour la mère en pleurs qui serrait son petit contre elle.

Il revint vers la terrasse, ramassa son manteau et disparut sans un mot, laissant une trace mouillée sur le bois sombre. Aussi sombre que ses pensées.

Il ne pouvait sauver personne. Il était inutile d'avoir de faux espoirs. Il oublierait cet enfant, il oublierait son geste, car sortir un petit être gigotant d'une mare n'était rien. Ce n'était pas difficile. N'importe qui sachant nager aurait pu en faire autant. Quand il se trouverait face à un véritable ennemi, face à la véritable force, il ne pourrait sauver personne. Il n'avait pu sauver personne.

Il ne prit pas la peine de se changer. L'eau glacée aurait du apaiser sa colère, mais c'était exactement l'inverse. Il bouillait de rage, à l'intérieur. Il prit le chemin du terrain d'entraînement, s'acharna sur quelques mannequins, mais faire du petit bois ne l'apaisa pas.

A présent, il était physiquement épuisé, sa fureur était enfin tombée, seulement il ne parvenait pas à arracher de son esprit sa peine et son sentiment de culpabilité. Il avait mal, mal à en crever.

Les gardes de la prison eurent un sursaut en le voyant arriver, et lui ouvrirent la porte de la cellule sans en mot, en lui jetant des regards inquiets. Parfois ils se demandaient qui était le plus effrayant, du visiteur ou du prisonnier.

Quand il entra, Fye était à sa place habituelle, assis sur sa couchette, adossé au mur. Ils n'échangèrent pas un mot. Kurogane resta là, planté sur le seuil, immobile et muet. Après quelques instants de ce face à face silencieux, le magicien se leva et s'approcha de lui. Il n'avait pas besoin de paroles, l'expression sur le visage du guerrier lui disait tout ce qu'il devait savoir.

Il le prit par le bras et le conduisit jusqu'à la banquette, l'obligea doucement à s'asseoir, lui retira sa veste et sa tunique trempées et gelées, et lui posa une couverture sur les épaules. Comme le ninja se laissait faire, tête baissée, il posa une main sur son front pour l'obliger relever les yeux et à le regarder. Il le dévisagea longuement, puis passa une main derrière sa tête et l'attira contre lui.

Kurogane ne résista pas, il n'en avait plus la force. Il enfouit son visage dans le vêtement noir du mage, s'étonna mentalement de sentir de la chaleur se dégager du corps de son ami, qui était si froid à l'intérieur, passa sans y penser ses bras autour de sa taille et resta sans bouger. Fye glissa ses doigts dans sa chevelure d'ébène.

- Bienvenue dans mon monde, murmura-t-il. Tu as le droit de pleurer.