Résumé: Andraste tente de se faire à sa nouvelle vie, entre les disciples d'Eillistraée et les attentes de sa Maison. Les évènement vont vite prendre un tour inattendu pour l'elfe noir.
L'elfe noir ne savait pas si c'était la fin de la journée ou le début de la nuit, mais cela n'avait guère d'importance dans ces cavernes. Il quitta le bureau qu'il occupait jusqu'à présent, et rassembla d'un geste vif les parchemins qui l'encombrait. Il devait prendre soin des cartes qu'il était parvenu à établir, au prix de bien des efforts et aussi d'un certain nombre de sorts de divination (ce qui n'était pas sa spécialité). Les rangeant dans une besace, il quitta les lieux, choississant de remettre à plus tard le moment où il devrait les remettre à la Matrone...
Il retourna donc à sa chambre et ouvrit la porte, s'attendant à y trouver Siolan. Andraste poussa un soupir en découvrant ce spectacle. De toute évidence, l'enfant avait une nouvelle fois décidé de lui fausser compagnie, lui désobéissant par là même... Quoiqu'en réalité, le mage faisait preuve d'une certaine mauvaise foi puisqu'il n'avait jamais donné un seul ordre au petit demi-drow. En toute logique, celui-ci était donc libre de ses mouvements, comme n'importe quel drow. Il n'était plus esclave.
Réalisant tout ce que signifiait cette simple phrase, Andraste porta une main à ses lèvres et se ravisant, la laissa retomber le long de son flanc. Qu'est ce qui lui avait prit au juste, d'emmener ce garçon avec lui? Il ne savait même pas depuis quand il ne le considérerait-il plus comme un esclave. Peut être que le simple fait de l'avoir prit sous son aile, (en quelque sorte) changeait le statut de Siolan.
A vrai dire, Andraste ne se considérait pas comme son maître. Il ne savait pas vraiment non plus quelle relation il entretenait avec l'enfant... Évidement, le mage n'avait aucune expérience dans ce domaine. Il ne lui était jamais venu à l'idée, contrairement aux elfes et aux humains par exemple, de fonder une famille avec une femelle drow. Il aurait fallu qu'il éprouve une grande confiance envers elle.. ou qu'il soit assez fou pour servir de géniteur à une quelconque matrone, ce qui avait plus de chance de lui attirer des ennuis que de lui apporter le pouvoir.
Quant à s'acoquiner avec des roturières ou des esclaves, l'idée ne lui avait même jamais traversée l'esprit.
Autant dire qu'il n'avait pas la moindre connaissance dans ce domaine, ou presque. Bien sûr, la maison Maéviir comportait quelques enfants, mais il n'avait jamais eu un quelconque intérêt à aller les voir. D'ailleurs, en y repensant, la mère de Siolan les avait mentionnés.. Mais il ne savait pas qui était parti en les emmenant...En y repensant, c'était peu probable. Les drows privilégiaient leur vie avant toute chose, et ce n'était pas eux qui songeraient à sauver leurs héritiers d'une destinée funeste.
A son arrivée à Lith My'athar, il n'avait pas prêté attention à ce genre de détail. D'ailleurs Gulhrys avait coupé court à son examen des lieux, l'interrogeant au sujet du gamin. Et il ne savait toujours pas si Siolan possédait bel et bien un quelconque pouvoir magique. Si c'était le cas, ce serait vraiment un heureux hasard, puisqu'il avait bien entendu raconté la première chose qui lui était passé par la tête. Il se rendit donc là où il pensait peut-être trouver l'enfant, se dépèchant un peu plus que d'ordinaire. Perdu dans ses pensées, il quiitta les lieux et erra quelques instants dans la caverne, ses pas le condjuisant de nouveau au temple de lolth, à présent occupés par les fidèles de l'ennemie de la déesse araignée.
Franchissant la lourde porte décorée de toiles, il laissa son regard s'habituer à la lueur des bougies qui parsemaient désormais les lieux et resta à l'entrée. Jamais auparavant il n'avait eu l'occasion d'admirer de si près un temple de Lolth. D'ordinaire, ses yeux restaient rivés au sol lors des rares cérémonies où les mâles étaient conviés. Ce qui valait mieux pour sa survie, bien sûr. Ce qui lui convenait très bien. Croiser le regard d'une prêtresse n'était rien de plus que le début des ennuis, selon lui.
- Andraste? interrogea une voix douce à l'accent inquiet. Tout va bien? Vous n'avez pas prononcé un mot depuis tout à l'heure...
- Je... Non tout va très bien tenta-t-il de répondre d'un air naturel. Cela ne dut pas être suffisant, puisque Nathyrra le regardait toujours, l'air soucieux. Il reprit alors d'une voix qui se voulait plus assurée:
- Je suis juste un peu surpris que Siolan se sente chez lui dans un tel temple. Après tout, cela n'a pas dû être le cas auparavant... Son regard abandonna presque à regret le visage superbe de la jeune drow pour se tourner vers le petit, qui questionnait à présent l'homme aux cheveux roux. Tout en les observant, Il demanda à Nathyrra:
- Qui est cet homme au fait? je l'ai déjà croisé, mais je ne connais même pas son nom.. Elle lui fit un joli sourire, ses yeux brillants à la lumière des torches.
- C'est Valen, qui est pour l'instant le général de l'armée que nous avons constitué afin de contrer la Valsharesse. Andraste hocha la tête.
-C'est un tieffelin, constata-t-il d'un ton neutre.
- Cela vous dérange? questionna-t-elle. Je peux vous assurer qu'il est tout à fait capable d'assumer ce poste.
- Bien entendu. Andraste l'abandonna, malgré une certaine envie qui le tiraillait. Il aurait voulu rester avec elle un peu plus longtemps, la lumière des flambeaux jouant d'une manière toute à fait charmante sur ses cheveux blancs, éclairant ses pommettes et le bombé de ses lèvres... Mais il s'approcha plutôt du dit Valen, qui était bien plus grand que lui, comme il le remarqua bien vite.
- Dis, c'est quoi ce que tu as sur le côté? demanda Siolan alors qu'il s'avançait. Le tieffelin parut embarrassé par la question, ce qui était assez drôle à voir.
- Et bien, c'est ma queue, répondit-il tout de même. Tu en a d'autres, des questions comme ça? bougonna-t-il, plus pour faire bonne mesure que par réel ennui.
- Non, ça, sur le côté. rétorqua l'enfant en désignant le fléau d'arme lourd qui pendait effectivement à sa taille.
- C''est mon arme. Le ton du roux était plus léger, il semblait soulagé de la tournure que prenait la conversation.
- Et ça sert à quoi? questionna à nouveau le demi-drow, ses grands yeux bien ouverts prouvant que Valen avait toute son attention.
- Je l'utilise pour blesser...non, pour tuer, reprit l'homme, soudain beaucoup plus sérieux. Il s'accroupit d'ailleurs à la hauteur de l'enfant, posant une de ses grandes mains sur sa tête.
- Mais ça fait mal, non? Comme quand maman renverse quelque chose, ça lui fait toujours mal après, avec les serpents, rajouta-t-il d'une petite voix. Et pourquoi tu tue des gens? Andraste devina ce à quoi Siolan faisait allusion. Sa mère avait dû subir les foudres d'une prêtresse, qui l'avait alors punie à l'aide de son fouet vipérin.
- Pour protéger des personnes qui sont précieuses. Pour me défendre... Siolan et lui échangèrent un regard qui conclut cet étrange échange. Puis l'enfant rejoignit Andraste, lui adressant un beau sourire.
Celui-ci lui caressa timidement les cheveux, pas certain de ce qu'il devait faire dans ces cas-là. Mais il eut l'impression que c'était la chose à faire. Et même si il l'avait quitté, le gamin semblait heureux de le retrouver. Cette sensation était tout à fait inédite pour lui. C'était comme de se dire, en rentrant d'un long voyage, que quelqu'un vous attend. Non pas parce que vous représentez pour cette personne un pion, une opportunité ou un rival, mais juste pour ce que vous êtes. Pour lui. Siolan avait sans doute besoin de lui, mais c'était différent par exemple de la relation qu'il pouvait entrentenir avec ses pairs.
Il n'entretenait aucun lien d'amitié avec sa cousine Zesyyr, tout comme il ne respectait Gulrhys uniquement pour ses pouvoirs supérieurs aux siens. L'elfe ne connaissait personne parmi les siens qui puisse se targuer d'une véritable amitiée, au sens où l'entendent les elfes de la surface. ou peut-être les disciples de la Vierge Noire.
Quant à Siolan, comment le considérait-il? Il ne pouvait pas mettre le moindre mot sur ses sentiments. Andraste ne se souvenait pas beaucoup de son enfance, mais ses préoccupations avaient évolués avec le temps, il en était certain. Cela devait donc être la même chose pour le demi-drow. Bien que ce dernier ne semblait pas rêver de pouvoir et chercher à acquérir l'admiration de sa mère ou tout autre chose qu'un enfant drow aurait pu vouloir.
Mais Siolan était fils d'esclave, après tout. Quant à savoir qui pouvait bien être son père, il n'en avait absolument aucune idée. Comment aurait-il pu le deviner, d'ailleurs? Bien que le petit ait les traits fins, caractéristiques de son héritage elfique, rien dans ses traits ne lui rappelait quelqu'un qu'il ait pu connaître. Il semblait en effet plus tenir de sa mère pour la forme du visage. Andraste se promit pourtant d'y réfléchir. Il devait sans doute y avoir un détail qu'il avait laissé passé, un tic, une quelconque expression qui le mettrait sur la piste.. Mais pour l'instant, ce n'était sans doute pas nécessaire de lui en parler.
Après tout, il avait été séparé de sa mère, et si il se souvenait bien, la plupart des enfants n'aimaient pas cela. Lui cela ne l'avait jamais dérangé, il faut dire que sa propre mère ne lui avait jamais réellement accordé son attention. Et cela ne le dérangeait pas, à vrai dire. Andraste n'avait pas eu besoin de son contact ni de ses conseils pour avancer et devenir ce qu'il était. En outre, il se sentait satisfait de ne devoir rien à personne. Tout ce qui comptait, c'était sa maîtrise des arcanes, pensait-il. Siolan n'avait fait que s'ajouter à tout cela..
Quelque part cette Valsharesse lui avait causé beaucoup de tort, en commençant tout d'abord par perturber ses habitudes. Andraste n'avait plus de quoi préparer son précieux sort d'acuité visuelle, s'était retrouvé à fuir sa maison, le tout en emportant avec lui un demi-drow comme un souvenir de ce funeste jour. Devait-il se réjouir de tout ces changements ou plutôt se lamenter? Il avait décidé de faire avec, préférant attendre une quelconque opportunité pour, comme toujours, mettre en avant ses capacités. Néanmoins, le drow avait surtout exploré les environs et fait la connaissance des fidèles de la Vierge Noire.
Pourrait-t-il user de ceci à son avantage? Andraste en doutait sérieusement.
- Je ne me souviens pas vous avoir été présenté, commença le tieffelin en se relevant. Andraste abandonna ses réflexions muettes et se tourna vers lui. Bien entendu, il dut lever la tête pour planter ses yeux gris dans ceux du tieffelin. Ce qui l'agaça un peu.
-Je suis Andraste, mage de la maison Maéviir. se présenta-t-il tout de même.
- Ah oui, la maison Maéviir... Je suis Valen Soufflombre, général de "l'armée" que nous possédons ici. Andraste haussa un sourcil, étonné.
-Cela n'a pas l'air de vous enchanter, remarqua-t-il d'un ton qui ne trahissait que peu sa surprise.
- Si vous avez déjà survécut, c'est une bonne chose, mais je vous conseille de vous préparer à pire. Sur ces bonnes paroles pleines de promesses, Valen quitta les lieux après l'avoir sobrement salué. Andraste croisa les bras sur sa poitrine puis les décroisa. Il se tourna alors vers Nathyrra, qui avait observé leur échange.
-Il est toujours comme ça? demanda-t-il. La lumière du feu produisait sur ses cheveux aussi de jolis reflets, tout comme sur les dalles du sol.
- Disons que c'est une grande responsabilité, fit la jeune drow tout en esquissant un sourire amusé. Mais vous devez vous doutez que nos chances sont bien minces. L'armée de la Valsharesse est considérable. Et elle a conclut de nombreuses alliances, qu'un drow se refuserait à faire, en temps normal. Son expression se fit plus dure, plus froide même. Le mage sentit que sous son apparence douce et amicale, la drow cachait de nombreux talents...
- Mais j'en ai déjà trop dit. Je vais vous laisser, on dirait que Siolan vous attend! conclut-elle avec un sourire léger qui vient détendre l'atmosphère tendue qu'avait instauré les paroles du tieffelin. Andraste hocha la tête, et quitta les lieux après une salutation d'usage, Siolan sur ses talons.
Sur le chemin du retour, alors qu'ils traversaient une place assez animés où bavardaient quelques drows autour d'un comptoir, Andraste lança, l'air de rien:
-La prochaine fois que tu pars tout seul à l'aventure, j'apprécierais d'en être informé. Le demi-drow baissa la tête, tel un gamin prit en faute et rougit, avant de répondre tout bas:
- D'accord. Le magicien laissa alors un sourire éclore sur ses lèvres pleines, tout en poursuivant la route
Il sourit légèrement. Après tout, ce n'était peut être pas une si mauvaise chose. Siolan s'adaptait plutôt bien à son nouveau mode de vie, prenant peu à peu une certaine autonomie vis à vis de son "papa" . Pourtant, il préférait toujours la compagnie du mage à celle des autres, ce qui lui procurait un certain sentiment de fierté.
Il leur arrivait ainsi de se promener tout les deux dans Lith My'athar, et parfois le drow le laissait rejoindre Nathyrra et les autres au temple de Lolth, si le petit en manifestait l'envie. Ce qui bien sûr l'amena à fréquenter plus assidûment qu'il ne l'avait prévu les disciples d'Eillistraée.
Les cavernes qui abritaient le campement drow étaient plutôt sûres, mais Andraste trouvait tout de même plus sage de ne pas laisser Siolan y gambader seul. Après tout, il était encore jeune et il était tout à fait possible qu'il se perde. Mais l'elfe noir craignait surtout l'accueil probable que ne manquerait pas de réserver la population drow au petit, s'ils venaient à le trouver tout seul.
Il avait noté avec attention les comportements de ses pairs lorsqu'ils se promenaient tout deux. Même si Andraste avait de sérieux problèmes de vues, ses oreilles et sa sensibilité naturelle ne pouvaient le tromper sur les réactions de la plupart des elfes noirs sur leur passage. Tout ceci était bien entendu dû à l'héritage de Siolan. Si on leur donnait l'occasion, ils en profiteraient sans doute pour se défouler sur l'enfant. Cela serait pour eux une sympathique distraction, sans aucun doute. Depuis le temps qu'ils étaient ici à attendre, presque parqués, devant supporter les fidèles d'Eillistraée et n'attendant plus que la guerre...ou la mort.
Andraste songea avec justesse que les esclaves devaient pâtir de cette situation, du moins plus que d'ordinaire.
Alors il se faisait un peu de soucis, mais rien qu'un peu...Bon d'accord, il lui arrivait, parfois, de réellement s'inquiéter. Mais sa réaction n'était tout de même pas dénuée d'une certaine logique, se rassura-t-il. Il serait tout de même dommage qu'un enfant, fut-il de sang mêlé, subissent l'aigreur et la cruauté de ses pairs. Le mage n'avait pas envie qu'on abîme le petit. Après tout, il leur serait peut-être utile, par la suite. Si tant est qu'ils survivent à cette guerre bien entendu.
Le drow tentait de se convaincre que Siolan, d'une manière ou d'une autre, avait un rôle à jouer dans cette mascarade. Peut-être était-ce le hasard qui l'avait poussé sur ce chemin, à commettre autant d'actes inconsidérés, et même, inutiles. Ou peut-être pas.
Le temps passant, la résistance contre la Valsharesse s'organisait, avec plus ou moins de succès il fallait bien le dire. Andraste, à son grand dam, se retrouva bien souvent au temple de Lolth à discuter stratégie avec Nathyrra ou même Imloth. Comme si tout ceci le concernait. En réalité il était tout autant concerné que la population drow qui s'était réfugié dans ces cavernes. Et c'était le moins hostile aux fidèles, alors il faisait souvent la liaison entre les disciples d'Eillistraée et les gens de sa maison. Le mage n'avait pourtant pas choisit ce rôle, loin de là.
Cependant, Siolan appréciait cet endroit, tout comme lui à vrai dire. L'elfe noir n'avouerait jamais, pas même sous la torture que les différentes personnes s'y trouvant y étaient pour beaucoup. Il faut dire que la Prophétesse avait été une drow comme les autres, et elle était loin d'être idiote. Au moins, elle savait s'entourer. Qu'il s'agisse d'Imloth, perspicace et rusé, ou encore de Valen, le tieffelin à la chevelure de feu (qui correspondait assez à son tempérament, de l'avis d'Andraste) elle possédait là des hommes tout à fait digne de l'armée d'une matrone.
Nathyrra était elle aussi un agent redoutable, comme il l'appris plus tard. Bien entendu, la jeune elfe possédait nombres de renseignements utiles sur leur ennemi commun, mais surtout, elle était plus que capable. Ses beaux yeux sombres fascinaient le mage...Tout comme ce sourire qu'elle arborait parfois, lorsqu'elle s'adressait à la Prophétesse.
Ainsi donc, Andraste se retrouvait donc bien plus souvent parmi les fidèles du culte de la Vierge Noire que dans la sombre maison Maéviir, qui semblait tout aussi froide et anxieuse que sa dirigeante.
Posant sa plume et rangeant ses documents, il se leva et fit signe à Siolan de le suivre. L'enfant était tranquillement assis sur les genoux d'une disciple, qui s'occupait de lui pendant que son "père adoptif" discutait avec Imloth. Les deux hommes s'entendaient assez bien, à vrai dire. Ce qui était compréhensible puisque bien que l'un soit tourné vers l'art de la guerre et l'autre celui des arcanes, ils avaient tout deux vécus dans le même environnement. Et puis l'elfe plus âgé avait une certaine expérience des combats, et un sens de la stratégie certain. Bien sûr, sa conversation était d'autant plus intéressante qu'il était calme, patient, mais aussi plutôt bon vivant. Andraste ne s'entendait pas aussi bien avec le tieffelin, qui était presque plus méfiant qu'un drow. Et surtout qui l'affichait clairement. Les drows avaient au moins le mérite de la dissimuler sous un sourire de convenance.
Sur une salutation d'usage, le drow et son fiston quittèrent le temple pour rejoindre la maison Maéviir, où ils résidaient tout deux.
Avançant tranquillement dans les rues de Lith My'athar, les deux s'arrêtèrent un instant devant le camp d'entraînement, où d'ordinaire on trouvait de nombreux soldats, le plus souvent sous la direction d'un sergent de la maison Maéviir. Aujourd'hui, nota le mage tout en haussa un sourcil, l'endroit était désert. Il plissa alors ses yeux de mécontentement, ses lèvres s'inclinant vers le bas en une moue dédaigneuse. Siolan, constatant qu'il n'avançait plus, perdu dans sa contemplation des lieux, le tira par la manche, requérant ainsi son attention:
- Andraste ? l'appela-t-il doucement. L'enfant semblait pressé de rentrer, après tout c'était bientôt l'heure du souper.
Tout ceci ne présageait rien de bon, pesta Andraste en lui même. Puis, docilement, il se laissa conduire par l'enfant jusqu'à la sombre maison Maéviir, qui se dressait à quelques pas à peine devant eux. Ils entrèrent alors, saluant à peine les gardes à l'entrée qui demeuraient impassible en toute circonstance.
Ils suivirent l'habituel couloir froid à peine éclairé lorsqu'une servante les rejoignit à grand pas, courant presque.
-Maître Andraste, s'écria-t-elle, tout en tentant vainement de reprendre son souffle. La matrone veut vous voir immédiatement dans la salle du conseil, poursuivit-elle après s'être incliné avec grâce devant le drow, qui la regardait, l'air dubitatif.
A en juger par ses traits et ses oreilles pointues, cela devait être une elfe de la surface, probablement une elfe de la lune... Le mage n'en avait jamais rencontré auparavant, mais il savait tout de même reconnaître ses cousins. Cela étant, il ne se souvenait pas de cette jeune esclave. Cette dernière avait peut être été acheté récemment. Ce qui semblait concluant, à en juger son côté insouciant. Les longs cheveux bruns de l'elfe étaient tressés mais quelques mèches s'échappaient de sa coiffure. Ses joues prirent une légère teinte rosé sous cet examen insistant, et elle se permit d'ajouter:
-La maronne a dit que c'était urgent... Si vous voulez, je peux garder le petit, ajouta-t-elle avec un sourire lumineux, qui étonna franchement l'elfe noir. A croire qu'elle n'avait pas eu le loisir de faire l'expérience de la cruauté naturelle des drows. Ces derniers vouaient en effet une haine farouche à leurs cousins de la surface, ils étaient donc les premiers à subir maints supplices. Leur mort précoce mettait généralement un terme à leur servitude. Mais, à voir sa silhouette harmonieuse et son joli visage, le drow crut deviner pourquoi. Pour l'instant, elle avait droit à un traitement de faveur, mais ça ne durerait sûrement pas, songea-t-il.
- Très bien, je m'y rend tout de suite. Emmenez donc Siolan manger, pendant ce temps. répliqua-t-il nonchalamment, tout en faisant un signe à l'enfant, qui obéit bien promptement et prit la suite de la jeune elfe, qui semblait ravie, étrangement. Andraste les quitta, tournant les talons et se rendit au plus vite à la salle du conseil. Si la matrone l'attendait, ce n'était sans doute pas bon signe...
Enfin il arriva sur au seuil de la pièce, dont la porte, une fois n'est pas coutume, était ouverte. L'elfe noir avança prudemment dans la pièce, cherchant tout d'abord à se faire discret. D'un regard myope, il engloba l'assemblée, étrangement nombreuse... Au centre et assise confortablement sur son trône se trouvait Myrune. Elle était parée d'atours resplendissant, remarqua l'elfe en s'approchant quelque peu. A son cou pendant un lourd collier fait d'argent et de diverses pierres précieuses, qui se terminait en un pendentif en forme d'araignée, où les yeux étaient symbolisés par des rubis délicatement taillés en de multiples facettes. Ses bracelets étaient à peine plus sobre, mais luisait d'une lueur sans conteste magique. Elle était vêtue d'une robe de soie rouge et une large ceinture venait ceindre sa taille.
Quant à son visage, il était particulièrement mis en valeur par quelques artifices de beautés communs à toute les races. Mais ses cheveux n'étaient pas en reste, puisqu'ils étaient soigneusement ramenés en arrière et serti de divers bijoux qui créaient une coiffure complexe. Andraste se demanda un instant si elle songeait à lui faire une quelconque proposition douteuse, mais cela ne pouvait pas être le cas, avec tout ce monde présent.
En effet, la matrone était fort bien entourée. Entre son garde personnelle et une bonne partie des soldats de sa maison... Maintenant, le drow savait où ils étaient passés. Le remarquant enfin, elle lui adressa un sourire qui le fit frissonner. Non pas de désir, mais plutôt de crainte. Après tout, Myrune avait droit de vie ou de mort sur lui.
-Andraste, te voilà enfin. Et bien je crois que nous n'attendons plus qu'une personne, désormais, prononça-t-elle d'une voix suave.
- Matrone Myrune, la salua-t-il en s'inclinant bien bas. Vous êtes resplendissante, comme toujours. Une petite flatterie ne pouvait pas faire de mal, n'est ce pas? Du moins c'est ce qu'il croyait. L'elfe noire eut alors un sourire tout à fait digne d'un prédateur et reporta son attention vers la porte.
- Ah, mais voilà enfin celle que nous attendions tous, s'exclama-t-elle d'un ton ravi.
En effet, Zesyyr déboula dans la pièce. Elle portait une tenue de cuir sommaire et ses cheveux étaient collés à son front à cause de la sueur qui perlait sur son visage. Une simple masse d'arme pendait à sa ceinture. Sans doute revenait-elle d'un entraînement, supposa le mage.
-J'ai fait aussi vite que j'ai pu, mère. Zesyyr s'avança dans la salle, se plaçant au pied du trône. Elle s'agenouilla péniblement et fit de son mieux pour ne pas montrer sa fatigue. Vous vouliez me voir? reprit-elle en levant la tête. Se faisant, elle constata elle aussi la présence de l'assemblée. Une expression fugitive passa sur son visage, que l'elfe aux yeux gris (et myope) parvint à identifier.
Elle ne savait pas non plus pourquoi étaient-ils tous convoqués ici. Elle s'attendait sans doute à un entretien privé avec sa mère. Et elle commençait sans doute à paniquer... Andraste aurait bien sourit, si il avait su ce qui l'attendait lui aussi.
Mais il entrevoyait les raisons de cette convocation par la Mère matronne. Il fronça les sourcils et resta dans l'ombre, attendant de voir ce qu'elle leur réservait. Au fond, il n'était plus seul. Siolan avait sa place lui aussi. L'abandonner aurait fait de son sauvetage une...perte de temps. Andraste laissa ses pensées de côtés, à nouveau attentif à la scène qui se déroulait devant lui.
- Ma fille, commença la matrone après une pause qui avait dû paraître interminable à Zesyyr, j'ai quelque chose d'important à te dire.
- Oui mère? La jeune drow commençait visiblement à perdre patience. Si Andraste ne pouvait trop le voir de ses propres yeux, il le sentait aisément dans son ton. Le mage la connaissait trop bien, et savait le plus souvent à quoi s'attendre selon les intonations qu'elle employait. Sa mère aurait pourtant dû lui apprendre à moins montrer ses intentions... mais sans doute cela l'arrangeait-il, quelque part.
- J'aimerais que tu quittes les lieux pour te rendre dans notre maison publique. Un air d'incompréhension s'affiche sur le visage de l'elfe noire, qui ne parvint que difficilement à reprendre un visage impassible. Le front baissé vers le sol, elle luttait pour garder une apparence soumise.
- Mère, je crains ne pas comprendre ce que vous attendez de moi.
- Ne te fais pas plus bête que tu ne l'es, ma chère, riposta sa mère. Je t'ordonne de quitter les lieux, ici et maintenant! Sa voix résonna dans le silence glacial de la salle. Enfin, elle poursuivit en se tournant vers l'assemblée:
- Et si quelqu'un a quelque chose a dire, qu'il nous en fasse profiter. Bien entendu, il s'expose à ce que je sois en désaccord avec lui. conclut-elle avec un sourire menaçant. Ses paroles étaient on ne plus claires. Mais qui oseraient se ranger aux côtés de Zesyyr, devant une telle menace? Cette dernière se releva et commença à implorer sa mère, la conjurant de revenir sur sa décision:
- Mais mère, vous ne pouvez pas faire ça, je suis plus utile à vos côtés, que là-bas...
- Assez! s'écria la matrone. De colère elle brandit son fouet, qui siffla très près de la tête de sa fille, qui eut le bon sens de se reculer d'un pas. Peut être un peu trop près tout de même, puisqu'elle lui laissa une estafilade sur la joie. Sachant que les crocs de la majorité des vipères suintaient le poison, cela devait être particulièrement douloureux. D'ailleurs, la plaie commençait déjà à enfler.
-Alors vous allez me laisser croupir là bas, loin de tout, s'exclama la plus jeune. Le geste qu'avait eu la matrone avait suffit à attiser sa colère grandissante. Elle recula cependant, voyait bien que personne ne se décidait à intervenir. Peu de drow se seraient risqués à un tel combat, sans savoir quels seraient leurs ennemis et leurs chances. A croire qu'elle savait reconnaître la défaite. Elle reprit tout de même:
- Très bien, terrez vous dans votre trou à rats! En réalité, vous avez peur mère, et vous le savez!
- Tais-toi! Ce que je fais, je le fais pour le bien de notre maison, répliqua la matrone, tremblant de fureur sur son trône.
- Ah oui? Zesyyr laissa échapper un ricanement. Le bien de notre maison, dites-vous? Alors que nous sommes piégés ici, à attendre la mort? Le seul qui daigne croire en nos chances est ce minable d'Andraste! Comme quoi, tu as plus de cran que je ne le pensais, fit-elle en s'adressant à lui, plantant ses yeux froids dans ceux du mage.
Celui-ci ne savait pas si il devait se sentir flatté ou au contraire insulté. Par défaut, il choisit de se sentir flatté. Après tout, c'était la première fois qu'elle lui faisait un semblant de compliment, se dit-il.
-Mais tout ceci causera votre perte, annonça-t-elle. Elle cracha au sol pour appuyer ses dires, montrant ainsi par cette pratique peu ragoutante tout le mépris que lui inspirait la matrone. Sur ce, elle quitta les lieux, ses talons résonnant bruyamment sur les dalles.
Le garde personnel de Myrune s'avança légèrement vers elle.
- Voulez vous que nous lui apprenons les bonnes manières? proposa-t-il. Il avait d'ailleurs déjà son arme dégainée, prête à l'emploi pour ainsi dire. Elle fit un vague geste de la main, comme pour chasser un insecte.
- Cela ne sera pas nécessaire, estima-t-elle. Veuillez juste à ce qu'elle parte bien. Et qu'elle prenne deux servantes avec elle, ajouta-t-elle. A présent, vous pouvez retourner à vos occupations, fit-elle en s'adressant à la multitude de drows. Sauf vous, Andraste. Son œil inquisiteur se tourna vers l'elfe qui s'apprêtait lui aussi à quitter les lieux avec soulagement. Il se raidit et s'inclina respectueusement, tandis que le reste partait au plus vite.
- Bien sûr, mère matrone. Enfin, ils se retrouvèrent seuls, ou presque. Le fidèle bras droit de la matrone était toujours là, et se tenait immobile derrière elle. Une vraie statue de marbre, songea le mage.
- Andraste, je tenais à souligner vos efforts admirables pour vous rapprocher des disciples de cette imposture de déesse, malgré le dégoût qu'ils nous inspirent. L'elfe noir, comprenant immédiatement où elle voulait en venir, eut un sourire des plus sournois.
- Et que voulez vous que je fasse?
- Continuez comme ça. Gagnez leur confiance, et rapportez moi toutes les informations possibles sur eux. Vous comprenez, je ne voudrais pas qu'ils cherchent à nous doubler, ajouta-t-elle.
- Oh, je ne crois pas que ce soit possible, vous savez.
- Peut être, mais il me semble qu'ils attendent quelqu'un.. Quelqu'un de plus malin qu'eux, sans aucun doute. Ils échangèrent un sourire entendu.
- Comme il vous plaira, mère matrone. Mais je ne voudrais pas abuser de votre précieux temps... Puis-je me retirer, à présent?
- Faites donc, répondit-elle avant de se désintéresser de lui. Il sortit donc de la salle à grand pas, se dirigeant vers les cuisines, car c'était sans doute là que se trouvait Siolan et la jeune elfe.
D'après ce qu'il comprenait la matrone avait décidé de jouer double-jeu... Comme l'avait souligné sa fille, elle ne croyait pas en leurs chances. Il était fort probable qu'elle songe à trahir, si l'opportunité se présentait. Andraste ne pensait pas que s'allier à la Valsharesse leur permettrait de s'en tirer indemnes.
Peut-être serait-il judicier de prévenir quelqu'un.. Quelqu'un comme Nathyrra, si tant est qu'elle lui fasse confiance. Le jeune mage n'était certain de rien à son sujet. Malgré son apparence avenante, elle semblait plutôt réservée et ne disait pas grand chose sur elle même ou la Prophétesse, qu'elle semblait pourtant admirer beaucoup. Et lui, comment le considérait-elle? pensa-t-il un instant, son cœur s'envolant un bref instant. Il se calma bien vite malgré tout, en arrivant enfin aux portes de la cuisine.
De nombreux serviteurs s'affairaient déjà pour le repas, qui seraient servi comme d'ordinaire en grande pompe, à moins que la matrone ne décide de se retirer dans ses appartements privés. Ce qui, en vu de ce qui s'était passé, était fort probable. S'avançant dans la pièce qui empestait presque les victuailles, à force d'épices et de mets sucrés, il chercha du regard Siolan, parmi les lourdes tables qui s'alignaient les une à côtés des autres, servant ainsi de plan de travail. La pièce était éclairé par un puissant feu sur lequel reposait un imposant chaudron.
Comme toujours, les serviteurs semblaient venir de n'importe quel endroit de la surface de Toril...Gnomes des profondeurs, nains, humains, drows... Mais tout ce que cherchait Andraste, c'était Siolan, qui devait sans doute être accompagné par l'elfe des bois. Il s'avança dans la pièces, les serviteurs s'empressant de s'écarter de son passage. Un jeune humain dont les mains étaient bandés à la va-vite osa tout de même lui adresser la parole.
- Maître Andraste, murmura-t-il presque, tout en s'inclinant profondément. Y a-t-il quelque chose que nous pouvons faire pour vous? Attendant la réponse du drow tandis que les autres vaquaient à leurs occupations, rendus nerveux par la présence d'un de leur maître, il n'osa pas relever la tête. Ses bras étaient soigneusement alignés le long de son corps, mais le mage releva tout de même que ses fines mains étaient serrés. En outre, le jeune garçon ne pouvait s'empêcher de trembler. C'était très léger, mais n'échappa à Andraste, qui se tenait assez près de lui pour que ses yeux ne lui fasse pas défaut.
-Je cherche un enfant drow, enfin, sang mêlé, pour être exact. Le garçon se raidit, et répondit avec difficulté:
- Il n'y a pas d'enfant demi-drow ici, seigneur.
- Pas d'enfant demi-drow, vous dites? L'elfe noir plissa les yeux, cherchant ainsi à accroître son acuité visuelle. Il parcourut la pièce du regard, alors que le jeune homme restait planté là, attendant, anxieux, la punition qui ne venait pas. Inquiet, il releva tout de même la tête et croisa le regard de l'elfe. Apparemment bien dressé, il détourna rapidement le regard.
Andraste eut un bref sourire et lui fit signe de le suivre, ce que s'empressa de faire l'humain craintif. Ils longèrent rapidement les tables pour arriver à un coin de la pièce. Là se tenait sagement Siolan, qui mangeait son dessert, la jeune elfe à ses côtés lui resservant de l'eau.
-Le voilà, l'enfant que je cherchais. Le petit releva la tête et sourit à pleines dents
- Ve...veuillez me pardonner maître, balbutia le garçon. Je ne l'avais pas vu.
- Maître Andraste, commença la jeune elfe timidement, j'ai emmené le petit ici, je ne savais pas où le faire dîner...
- Siolan, viens avec moi. Le petit se leva, ayant finit son repas et s'essuya soigneusement les mains dans une serviette. Pas de doute, sa mère avait prit soin de lui enseigner les bonnes manières. Andraste fit mine de partir, puis se fit volte face promptement, ce qui surprit les deux serviteurs qui reculèrent.
"Et vous, suivez moi. fit-il au jeune humain. Pour la circonstance, il se permit un petit sourire en coin qui eut le mérite de les faire obéir vite et sans discussion. Car Andraste détestait qu'on l'interroge, surtout de la part de serviteurs: si il demandait quelque chose, c'était tout bien réfléchit. Le mage ne laissait rien au hasard. Enfin, si l'on exceptait les dernières semaines, bien entendu.
Le garçon s'élança à sa suite puisqu'il n'avait pas daigné les attendre, et la petite troupe quitta ainsi la cuisine, sous le regard étonné de ceux qui avaient un peu de temps à perdre. L'elfe noir parcourut les couloirs sans un mot. Ce bref instant de calme fut vite interrompu par l'enfant:
- Dis, où est ce qu'on va?
- Tu le saura bientôt, répondit l'elfe noir avec un sourire énigmatique. Le petit préféra ne pas insister. Enfin, il s'arrêta devant une porte qu'il ouvrit. Il entra dans ce qui ressemblait fortement à un bureau: il y avait en effet une table, des fauteuils confortables et de nombreuses étagères remplies de livres divers.
"Entrez, ordonna -t-il au garçon, vous n'allez pas restez planté sur le pas de la porte! D'ailleurs, fermez la derrière vous. Le garçon obtempéra. Ceci dit, nul doute qu'il était nerveux. Il resta à l'écart, se demandant sans doute ce que le drow comptait faire de lui. Ce qui était assez compréhensible, à en voir ses mains toutes abîmés. Andraste doutait réellement qu'il s'agisse d'un banal « accident ». Il y avait plus de chance qu'il ait eut à subir les foudres d'une drow ou d'un drow, pour un plat trop salé, sucré ou pour le simple fait d'avoir relevé la tête alors qu'il aurait mieux fait de s'abstenir. Les elfes noirs excellaient effectivement dans l'art de tourmenter leurs serviteurs et esclaves.
Mais Andraste n'avait pas de temps à perdre à s'amuser avec des esclaves. Ainsi, il était en train de fouiller le bureau sans prendre vraiment soin aux affaires qui s'y trouvaient. Quelques papiers divers se retrouvèrent ainsi par terre, mais finalement, le mage mit la main sur ce qu'il cherchait. Il le brandit triomphalement, ne pouvant s'empêcher de marmonner à voix haute:
- Ah enfin! Je savais bien qu'elle rangeait ça ici... Il se tourna vers l'esclave, constatant que celui-ci était près de l'encadrement de la porte, alors que Siolan s'était assis sur un fauteuil.
-Approchez vous, signala -t-il au garçon, accompagnant ses paroles d'un signe de main. Ce dernier obéit, cependant apeuré. Cela se devinait facilement, à sa démarche hésitante.
-Bien, j'estime que cet emprunt ne fera plus grand tort à ma cousine. Veuillez enlever vos bandages, à présent.
-Mes bandages? répéta le jeune garçon, hésitant.
- Oui, vos bandages. Ne me dites pas que vous êtes sourd ou idiot? Voir les deux? Et asseyez vous sur ce fauteuil, là poursuivit l'elfe, agacé. L'humain dont il ne connaissait même pas le nom défit donc les bandes de gaze qui recouvraient ses mains, découvrant de vilaines plaies. L'aspect des blessures indiquait clairement qu'elles avaient été mal soignées. C'était là sans nulle doute l'œuvre d'une lame, un fouet aurait laissé des lésions moins profondes. A moins de vraiment s'acharner.
Andraste prépara soigneusement le matériel dont il avait besoin. Il imbiba les bandes du contenu d'une petite fiole qu'il avait "prélevé" dans le bureau.
-Maintenant, tendez l'une de vos main. Et cessez de tremblez, intima-t-il, je ne vais pas vous manger, grogna-t-il en roulant des yeux.
Le jeune garçon fit ce qu'on lui disait de faire. Andraste prit donc la main gauche dans la sienne, fine et sombre et commença à appliquer le produit, avant d'effectuer un bandage de première qualité. Puis il fit la même chose sur l'autre main, avec autant d'application. La peau de l'humain était plus chaude que la sienne, tout comme leurs différentes carnations formaient un contraste amusant.
Tout à ses soins, le mage ne réalisa même pas que le serviteur rougissait. Il ne devait pas être habitué à ce qu'un de ses maîtres se montre un tant soit peu amical, de toute façon. Une expérience qui avait de quoi traumatiser, de toute évidence.
Enfin, Andraste se redressa et reprit la parole:
- Bon, vous pouvez y aller maintenant. Si jamais on vous demande, vous n'aurez qu'à dire que je requérais votre aide pour une mission urgente. Mais n'oubliez pas de bien nettoyer tout ça, et de préférence, demandez de l'aide à quelqu'un qui sait soigner ce genre de plaie, finit-il d'un ton sec.
- Je.. Merci, maître, répondit doucement le jeune garçon avant de s'apprêter à prendre la fuite. Andraste lança tout de même avant qu'il ne parte:
-Et revenez me voir si ça ne guérit pas. L'esclave hocha la tête et les laissa seuls.
-Ah, j'ai oublié de lui donner mon nom, remarqua le drow à haute voix. Siolan eut un sourire, camouflé par la pénombre dans laquelle il se tenait. Bien, il est temps d'aller se coucher, conclut Andraste.
Andraste discutait tranquillement aux côtés d'Imloth et de la prophétesse lorsque tout ceci arriva. Tout ceci était bien peu de chose, contrairement à ce qu'ils pouvaient craindre, mais ce "tout ceci" allait changer bien des choses au campement de Lith Mya'thar.
Ils se tenaient debout, près de la Prophétesse, échangeant quelques paroles sur les derniers combats qui avaient eu lieu lorsque cela se produit.
Brutalement, un puissant halo de lumière apparut dans la pièce, révélant à peine quelques secondes plus tard une silhouette humanoïde. A cause de leur sensibilité à la lumière, l'effet de toute évidence magique gêna la plupart de l'assemblée. Mais grâce à leur habitude dû à la lumière des torches, ils purent réagir promptement.
- Protégez la Prophétesse! s'écria l'un des gardes, se précipitant au devant d'elle, sans doute prêt à donner sa vie si il le fallait. Ceci dit, celle-ci interrompit d'un geste la bataille qui s'annonçait:
- Attendez... ne reconnaissez vous pas l'une des nôtres? Nathyrra, vous revoilà..
- Prophétesse, qu'il est bon de vous revoir, répondit la drow d'une voix douce, tout en effectuant une belle révérence. Ceci dit, elle n'était pas seule: une femme se trouvait là, arborant une expression confuse.
- De même. Mais je vois que vous revenez..Avec une personne très importante. Elle fixa la jeune femme, tout en poursuivant:
"Bienvenue. Je suis la Prophétesse... J'attendais votre arrivée avec impatience. Veuillez, n'ayez crainte. Le visage de la femme affichait clairement une expression méfiante. De toute évidence, elle ne savait nullement où elle se trouvait. Andraste remarqua que ses oreilles étaient pointues, mais pas assez pour une elfe, lorsqu'elle tourna la tête pour embrasser toute l'assemblée.
Sûrement une demi-elfe, se dit le mage. Il tourna la tête et vit Siolan, accroché à ses jambes, qui contemplait la jeune femme avec un intérêt certain. C'était peut être la première fois qu'il voyait un demi-elfe. Pour autant qu'il s'en souvenait, il n'y en avait aucun dans la maison principale Maéviir, et il n'en avait pour l'instant pas croisé dans leur demeure ancestrale. Elle lui rappelait peut être sa mère humaine, bien qu'elle ne lui ressemble pas vraiment. Il faut dire que la mère de Siolan avait le teint clair et de longs cheveux noirs frisés, d'après ses maigres souvenirs.
- Vous attendiez mon arrivée? Vous saviez donc que je viendrais, constata-t-elle tout en relâchant quelque peu ses muscles crispés. Cela dit, elle tenait toujours fermement son épée longue, qui brillait d'une lueur rougeâtre assez inquiétante.
Elle eut droit à un sourire énigmatique de la Prophétesse, qui continua:
- Voilà qui exige des explications détaillées, mon amie. Je suis sûre que vous avez des questions, et vous aurez des réponses. Mais j'aimerais d'abord savoir comment vous avez pu venir jusqu'ici.
- Je crois pouvoir expliquer cela, Prophétesse. Nathyrra se lança alors dans ses explications détaillées, racontant comment la jeune femme, qui se nommait Isania était parvenue jusque là. Contre son gré, bien entendu. Andraste ouvrit de grands yeux à la mention du sort de quête. En effet, lançé par quelqu'un comme ce vieux fou d'Halaster, il y avait peu de chance qu'elle parvienne à échapper à son influence. Si elle n'accomplissait pas sa mission, elle mourrait. C'était aussi simple que cela.
Cela promettait, songea le drow, atterré. Pouvait-on réellement lui faire confiance quant à ses intentions? Sans doute que non, du moins aucun drow ne lui accorderait sa confiance. Par contre, le sort de quête limitait en quelque sorte sa possibilité de trahir les fidèles d'Eillistraée. Elle n'avait d'autre choix que d'accepter les alliés que la providence lui offrait. Andraste ne pouvait qu'espérer qu'elle serait utile. Pourtant, le fait qu'elle soit parvenue ici en vie démontrait assez bien ses compétences. Il ne restait plus qu'à voir l'humaine à l'œuvre. Il ne doutait pas que Nathyrra l'accompagnerait afin de l'assister dans sa quête.
