Chapitre 3

Alice ne parvenait pas à accepter ce qu'elle avait découvert. Ce serait reconnaître qu'elle se trouvait dans la réalité et non au beau milieu d'un mauvais rêve.

Comment cela avait-il put se produire? Encore quelques heures plus tôt, elle réprimandait ses chatons. Puis, elle s'était endormie, avait fait un songe dans lequel elle était passée de l'autre côté du miroir, et au réveil…

Un terrible cauchemar.

Ses parents. Ses sœurs. Les domestiques.

Morts. Tués par un sinistre individu. Ou plusieurs?

Cela n'avait pas le moindre sens.

C'était un rêve. Un maudit rêve. Ce ne pouvait être que ça.

Il arrivait souvent que la petite fille fasse des songes aussi absurdes et extravagants les uns que les autres. Des songes où elle rencontrait des animaux parlants, une Reine de Cœur ordonnant des décapitations, et un chat souriant qui ne se lassait pas de disparaître.

Mais même si Alice essayait de se convaincre du contraire, elle avait conscience que cette tragédie était réelle.

Ensuite avaient débarqués ces deux inconnus - un adolescent avec un cache-œil et un adulte en livrée - qui l'avaient questionnée. Ils n'avaient rien tiré d'elle. Elle était aussi ignorante qu'eux. À ce funeste moment, elle dormait paisiblement, sans se douter le moins du monde de ce qui se déroulait.

Pourquoi l'avait-on épargnée? Le ou les meurtriers l'avaient retrouvée, à coup sûr. La pauvre Alice le savait car ils avaient également assassiné ses chats, dont celui qui était sur ses genoux.

L'adolescent au cache-oeil lui avait promis qu'il éluciderait le mystère. Bien qu'elle ne lui faisait pas confiance, elle perçut une lueur de compréhension dans son regard.

Le garçon s'était finalement décidé à renter chez lui. Et à héberger Alice, désormais orpheline.

Durant le trajet, elle demeura muette, enfermée dans un mutisme buté. Au manoir Phantomhive, elle courut se réfugier dans la chambre qu'on lui avait désignée, toujours sans un mot.

Ciel refusait d'admettre qu'il ne comprenait, ne maîtrisait plus rien. C'était pourtant le cas.

Il n'avait pas été assez vigilant et voilà, la situation lui avait échappé. Il n'avait rien vu venir.

Cependant, il était certain d'une chose: Alice était la réponse, la clé à toute cette histoire. Si elle était encore en vie à l'heure qui l'est, c'était pour raison.

« C'est sûrement vrai, monsieur, renchérit Sebastian. Cette Alice est sans doute un élément important de l'équation. Elle est spéciale.

- Mais comment sais-tu ce que…?!

- Vous pensiez tout haut, monsieur.

- Ha. Je ne m'en était pas rendu compte. »

Les paroles du majordome intriguèrent Ciel Phantomhive.

« Sebastian, reprit le comte, pourquoi dis-tu qu'elle est spéciale?

- En temps normal, je discerne automatiquement qui est humain et qui ne l'est pas. En revanche, avec elle, je reste indécis. Je le détecte en tant qu'humaine et à la fois…pas du tout. J'avoue que cela me perturbe un peu. Ne trouvez-vous pas curieux que le meurtrier ait épargné Alice alors qu'il se soit pris la peine de tuer des chats? Personnellement, je pense qu'elle s'est absentée. Si il l'avait trouvé, il l'aurait tuée.

- Elle nous a certifiés qu'elle dormait pendant que les homicides avaient eut lieux. Elle n'a pas menti, le contredit Ciel.

- Peut-être qu'elle ne savait pas, supposa le diable. Elle nous a également précisés qu'elle avait rêvé qu'elle était passée de l'autre côté du miroir.

- Insinues-tu que son songe n'en n'était pas vraiment un? Qu'Alice se serait rendue sans le savoir dans un monde parallèle? Cela expliquerait ton « malaise » avec elle; mais personne ne peut passer d'un monde à l'autre.

- Si, monsieur, les diables le peuvent. »