Bonsoir ! Voici le deuxième chapitre, j'espère qu'il vous plaira.

Merci Wyneo pour ta review, elle m'a fait très plaisir. Ravie que tu apprécies le point de vue que j'ai donné à Gideon, d'autant plus si tu as lu Rouge Rubis. J'espère ne pas te décevoir avec cette suite.


Chapitre 2

Nous arrivâmes rapidement à la salle des archives. C'était une salle plus confortable que ne le laissait entendre son nom. Un feu crépitait dans une cheminée. Mr George était installé dans un fauteuil moelleux entouré de rayonnages et d'armoires. Sur la table devant lui étaient disposées deux tasses de thé ainsi qu'une assiette de biscuit. L'une des tasses faisait face au large canapé, la jeune fille s'était sans-doute assise là.

Les femmes Montrose avaient été invitées à nous attendre en haut et je n'en étais pas mécontent. Le regard de chien battu de Charlotte me pinçait le cœur et l'hystérie de sa mère commençait à me donner la migraine.

Je m'adossai négligemment à l'une des bibliothèques attendant que notre fameux nouveau Rubis ne réapparaisse.

- Depuis combien de temps est-elle partie, interrogea oncle Falk.

Mr George regarda le chronomètre qu'il avait à la main.

- Bientôt quinze minutes, informa-t-il

- Je n'arrive pas à le croire, soupira oncle Falk. Comment Grâce a-t-elle pu nous cacher une information aussi importante ? Elle connait pourtant les implications et les risques.

- Elle les connaissait aussi lorsqu'elle a aidé Lucy et Paul à s'enfuir, maugréa le docteur White.

Lucy et Paul étaient les deux derniers voyageurs avant moi. Ils avaient volé le chronographe avant de disparaitre dans le passé avec. Mettant ainsi en échec tous les efforts que les Veilleurs avaient faits jusqu'alors et me faisant risquer, ainsi qu'à Char… à Gwendolyn, des sauts incontrôlés jusqu'à la fin de nos jours. Et la tante de Charlotte, la mère du Rubis, avait donc participé à cela ? Elle avait risqué la vie de sa fille ?

Wendy atterrit sur ses pieds près de la cheminée. Elle n'était peut-être pas aussi empotée qu'elle ne le paraissait. Elle rangea rapidement quelque chose dans sa poche. Je sentais les ennuis arriver. Je me doutais que Mr George lui avait donné quelques règles de bases comme de ne toucher à rien.

Elle sembla enfin nous remarquer mais je n'étais pas certain qu'oncle Falk, Mr George et le docteur White ne l'ai vue. Ils étaient toujours en pleine conversation.

- Hello, Wendy, dis-je pour les avertir.

- Gwendolyn, rectifia-t-elle avec un air pincé.

Elle était donc susceptible. Wendy, Gwendolyn, je n'étais pas si loin. Enfin, au moins, les autres s'étaient tus et l'observaient à leur tour. Si oncle Falk restait impassible, le docteur White plissa les yeux de méfiance. Mr George, lui sembla plutôt se réjouir de la situation.

- Tu as disparu pendant un quart d'heure, lui dit-il. Ça va, Gwendolyn ? Tu te sens bien ?

Elle inclina la tête.

- Quelqu'un t'a vue ?

- Non, personne. Je n'ai pas bougé d'un pouce, comme vous me l'aviez dit.

Sur ce point j'avais plus de doute. Elle ne paraissait pas être le genre de fille à écouter ce qu'on lui dictait. Plutôt une espèce de chipie à la curiosité dévorante.

Wendy ou Gwendolyn, tendit une lampe de poche et quelque chose de plus petit à Mr George. En le voyant remettre sa chevalière, je compris. Il avait dû lui prêter dans le cas d'une rencontre avec les Veilleurs de l'époque. Impossible de lui donner le mot de passe du jour puisqu'on ne savait pas à quel moment elle était tombée.

- Où est Mum ? demanda la fille.

- En haut avec les autres, dit brièvement Mr George.

- J'aimerai lui parler.

- Pas de souci, tu pourras le faire, lui répondit-il. Mais d'abord, oh, je ne sais pas par quoi commencer.

Ce cher Mr George rayonnait de joie. Je comprenais qu'il soit content d'avoir enfin le Rubis, le dernier voyageur du Cercle des Douze. Cependant j'étais nettement moins heureux que lui. Non seulement on ne savait rien de cette fille, mais en plus elle ne savait rien non plus. J'entends déjà les gémissements de Charlotte. Elle qui n'avait toujours vécu que pour être le Rubis, au point que ça en devenait exaspérant. Heureusement que mon amie avait des nerfs plus solides que ceux de sa mère, car après une telle nouvelle, elle allait finir en dépression.

- Tu connais mon neveu, Gideon, dit oncle Falk. Cela fait deux ans qu'il vit ce que tu viens de découvrir. Toutefois, il était mieux préparé que toi. Ça va être difficile de rattraper tout ce que tu n'as pas appris.

C'était un euphémisme. Au mieux elle serait un boulet inutile, au pire… Je n'osais même pas y penser. Et dire que j'étais tellement heureux il y a moins d'une heure. La mission avançait si bien.

Non, le mieux serait de la faire sauter de temps en temps dans une pièce vide où elle ne croiserait personne et de me laisser m'occuper du reste. Chacun sa place.

- Difficile ? Vous voulez dire « impossible » ! dit le docteur White.

- Ce n'est pas non plus indispensable, insistais-je avant qu'ils ne recommencent à débattre. Je peux me débrouiller bien mieux tout seul.

Comme je l'ai fait jusqu'à maintenant, m'empêchais-je de rajouter.

- Nous verrons, répondit oncle Falk.

- Je crois que vous sous-estimez cette jeune fille, déclara Mr George en donnant à sa voix une intonation solennelle, presque onctueuse.

Je pensais plutôt qu'il avait tendance à la surestimer. Elle nous observait l'un après l'autre, sans oser ouvrir la bouche. C'était sûrement mieux ainsi. D'après Charlotte, il n'y avait jamais rien de bien intéressant à raconter.

- Gwendolyn Shepherd ! Tu fais maintenant partie d'un secret très ancien, ajouta-t-il. Et il est temps que tu apprennes à comprendre ce secret. D'abord, tu dois savoir…

- Il vaudrait mieux ne rien précipiter, l'interrompit le docteur White. Elle peut avoir le gène, mais ça ne signifie pas qu'on puisse lui faire confiance.

J'étais parfaitement d'accord avec lui. Je n'avais pas passé mes deux dernières années à courir après des aïeuls ennuyeux pour qu'une empotée ne jette tous mes efforts à la poubelle. Je complétais.

- Ni qu'elle comprenne quelque chose à tout ça.

- Qui sait quelles instructions elle a reçu de sa mère ? continua le docteur White. Et qui sait de qui cette dernière a reçu ses instructions ? Nous n'avons que ce seul chronographe, nous n'avons pas droit à l'erreur. Je voudrais simplement que vous réfléchissiez.

Mr George tomba des nues, comme s'il venait de recevoir une gifle. Il marmonna tout de même quelque chose que je ne compris pas. Le docteur White voyait des complots partout mais il valait mieux être prudent. Et puis, pour l'instant, sa paranoïa servait mes intérêts.

- Je vais l'emmener avec moi dans mon cabinet, dit le docteur White. Ne m'en veux pas Thomas. Mais les explications peuvent attendre.

- Je veux voir Mum, dit la fille.

Bon sang, elle avait vraiment seize ans ? Elle avait peut-être fait un saut dans le temps un peu prématurément. La mère de Charlotte semblait dire tout à l'heure qu'elle était née avant terme, ça jouait peut-être également sur l'âge du saut d'initiation. Pourtant j'étais persuadé que Charlotte m'avait dit qu'elles étaient dans la même classe. Ou alors mon échelle de maturité avait été biaisé en ne côtoyant que mon amie. Dans tous les cas, ils n'allaient quand même pas me demander de jouer les babysitters, n'est-ce pas ? Je ne pus m'empêcher de claquer la langue de mépris à cette idée.

- Tu n'as rien à craindre, Gwendolyn, lui assura Mr George. Nous voulons juste te pendre un peu de sang. Et puis le docteur White doit veiller aussi à ton système immunitaire et à ta santé. Une foule de dangereux agents pathogènes rôdent malheureusement dans le passé. L'organisme humain ne les connaît plus du tout aujourd'hui. Ce sera rapide.

Ah, c'est sûr qu'il allait réussir à rassurer la pauvre petite en lui disant ça. Je n'étais même pas sûr qu'elle ait tout compris.

- Mais je… je ne veux pas être seule avec le docteur Franken…White, dit-elle clairement pas rassurée.

Le docteur Frankenwhite. C'est vrai que ce surnom ne lui allait pas trop mal. Il devait être ravi.

- Le docteur White n'est pas aussi… insensible qu'il peut le paraître, dit Mr George. Tu ne dois vraiment pas…

- Si, elle doit, grogna le docteur White.

Comme je le disais, il était absolument ravi. Je dus me mordre la langue pour ne pas éclater de rire.

- Ah oui ? Et qu'est-ce que vous allez faire si je refuse ? feula-t-elle comme un petit chaton sortant les griffes.

Elle fit face au docteur White sans baisser les yeux, répondant à son regard noir. Surprenant. La petite fille à sa maman avait peut-être un petit peu de courage finalement. J'avais hâte d'en découvrir un peu plus. Il était certain que le docteur White n'allait pas en rester là mais oncle Falk intervint, à mon grand regret.

- Je vais faire venir Mrs Jenkins, dit-il d'une voix ferme. Mr George va t'accompagner jusqu'à ce qu'elle arrive.

Gwendolyn afficha un air triomphant. Elle avait des yeux bleus que la lueur de victoire rendait vraiment magnifiques. Ses longs cheveux sombres les faisaient encore plus ressortir. C'était rafraichissant de voir qu'au moins une Montrose avait échappé à cette chevelure rousse. Cependant, le reste était caché par cet immonde uniforme de Saint Lennox. Cette jupe trop longue ressemblait plus à un sac qu'à un vêtement et devait cacher de très belles jambes.

En relevant les yeux je croisais les siens. Elle avait dû me surprendre en train de la reluquer. Oups. Elle ne dit pourtant rien et se contenta de passer à côtés de moi, suivant le docteur White, accompagnée de Mr George. Lorsqu'ils eurent tous trois disparus derrière la porte, oncle Falk poussa un long soupir.

- Bien, j'imagine que c'est à nous maintenant d'aller informer les femmes Montrose de la bonne nouvelle, ironisa-t-il.

- Je suis certain qu'elles vont toutes être folles de joie, grimaçai-je à mon tour. J'ai oublié de donner les fioles au docteur White, ajoutai-je en sortant la petite pochette contenant le nécessaire que j'avais utilisé pour prélever le sang des jumeaux.

- Ça ne fait rien, tu les donnerais à Jacob tout à l'heure. Félicitations pour cette réussite, me répondit-il.

- Merci, oncle Falk.

Lorsque nous arrivâmes devant la porte de la salle du Dragon nous pûmes profiter du son mélodieux de la voix de la mère de Charlotte et de celle de sa tante. Elles n'avaient donc pas arrêté de se disputer depuis tout à l'heure. Oncle Falk prit une grande inspiration, sûrement pour se donner le courage d'affronter les deux furies, et posa la main sur la poignée. La porte s'ouvrit subitement sur Charlotte en pleure, qui s'immobilisa un instant, surprise de nous voir, avant de foncer vers la sortie.

Je me lançai à sa poursuite.

- Attends donc, Charlotte ! m'exclamais-je

Je l'attrapais par le bras pour la retenir.

- Tout cela est si effroyablement contrariant et humiliant, dit-elle.

Contrariant, je pouvais comprendre. Avoir passé son enfance enfermée dans cette prison, entourés d'adultes et sans avoir le temps de se faire d'amis ou de jouer à des jeux d'enfants, et tout cela pour rien, c'étaient plus que contrariant. Mais humiliant, non.

- Non, pas du tout. Tu n'y peux rien, lui expliquais-je gentiment.

Dans les yeux de Charlotte je pouvais voir des larmes qu'elle s'efforçait de retenir. Je ne savais pas quoi lui dire pour lui remonter le moral. Que j'aurai aimé être à sa place ? Qu'elle n'avait plus à s'occuper de sauver l'humanité. Qu'elle pouvait retrouver une vie normale et découvrir le monde sans avoir à se préoccuper de ses maudits sauts dans le temps ?

- Des symptômes fantômes ! J'aimerais disparaître sous terre ! j'ai vraiment cru que ça allait m'arriver d'un instant à l'autre…

- J'aurais cru la même chose à ta place, tentais-je de la rassurer. Il faut que ta tante soit folle pour n'avoir rien dit pendant ces années. Et ta cousine est vraiment à plaindre.

Absolument pas préparée à ces sauts dans le temps et à ce qu'elle pourrait y rencontrer. Sa mère tentait de se justifier en disant qu'elle voulait protéger Gwendolyn. Je trouvais que cela tenait plus du sabotage et à de l'inconscience. Sa fille était beaucoup plus en danger sans formation.

- Tu trouves ? demanda Charlotte

- Réfléchis un peu ! Comment va-t-elle s'en sortir ? Elle n'a pas la moindre idée… Comment va-t-elle rattraper tout ce que nous avons appris ces dix dernières années ?

- Oui, pauvre Gwendolyn, ironisa Charlotte. Mais elle a aussi des points forts. Glousser avec son amie, écrire des SMS et débiter à toute allure des génériques de films, ça, c'est sûr, elle sait très bien le faire.

Ça correspondait bien à l'image que j'avais de Wendy, oui.

- Tu as raison. C'est bien ce que j'ai pensé en la voyant tout à l'heure pour la première fois. Eh, tu vas vraiment me manquer, pour nos cours d'escrime, par exemple, complétais-je.

Charlotte soupira, mais les larmes dans ses yeux avaient disparu.

- Nous nous sommes bien amusés, n'est-ce pas ?

- Oui, lui dis-je avec un sourire. Mais pense aux possibilités qui s'ouvrent pour toi, Charlotte ! Je t'envie ! Te voici enfin libre de faire ce que tu veux.

- Je n'ai jamais voulu rien d'autre que ce qui se passe ici.

Evidemment, elle ne connaissait rien d'autre. Et elle avait toujours pensait, contrairement à moi, que nous avions une chance exceptionnelle d'avoir hérité de ce don.

- Oui, parce que tu n'avais pas le choix. Mais maintenant, le monde t'appartient… Tu vas pouvoir étudier à l'étranger et voyager. Tandis que je ne peux pas m'éloigner plus d'un jour de cette salop… de chronographe et que je dois passer mes nuits en 1953. Crois-moi, je préférerais être à ta place !

La porte de la salle du Dragon s'ouvrit derrière nous. Lady Arista et la mère de Charlotte apparurent. Cette dernière avait toujours l'air folle de rage vu la rougeur de son visage.

- Ils vont le regretter ! lança-t-elle

- Glenda, je t'en prie ! Nous sommes tout de même une famille, dit lady Arista. Il faut se tenir les coudes.

- Dis plutôt ça à Grâce, répliqua la mère de Charlotte. C'est elle qui nous a mises dans ce pétrin. Protéger ! Tu parles !

Sur ce point j'étais d'accord avec elle.

- Il faudrait avoir perdu la raison pour croire un seul mot venant d'elle ! Après tout ce qui s'est passé. Mais ce n'est plus notre problème maintenant. Viens, Charlotte !

Elle passa devant nous et se dirigea vers la sortie en de grandes enjambées.

- Je vous accompagne à la voiture, annonçais-je.