3.

Tout en pinçant les cordes de la harpe reposant sur ses genoux, Clio leva sa tête gracieuse sur celui qui se tenait dans un fauteuil devant elle, se régalant d'un des meilleurs vins dont les Jurassiens avaient rempli les soutes de l'Arcadia.

- Maintenant que je suis officiellement membre de votre équipage, capitaine Albator, je peux vous confier que nous n'avons jamais été rassurés, par le pavillon que vous arboriez à votre arrivée !

- J'ai tâché de vous rassurer, autant que possible. J'ai envoyé Jei parlementer. J'espérais qu'en tant que femme… Cela a marché. Et j'ai toujours été sincère !

- Aucun de nous sur Jura ne l'ignore plus, Albator. Vous nous avez rapporté bien plus que nous ne l'espérions. Vous êtes un redoutable Pirate !

- Quand il le faut… J'ai eu mes jeunes années choyées, mais j'ai appris trop récemment qu'il ne fallait pas être trop gentil, qu'on se faisait « avoir » ! Il y a de très nombreuses leçons que ma mère de sang n'a pas pu m'inculquer avant mon départ en catastrophe. Six mois sur Jura, ce fut apaisant, mais je dois à présent laisser à nouveau laisser parler les instincts guerriers que mon père m'a transmis ! Je vous ai dit, Clio, que ce voyage était davantage celui de la mort qu'autre chose !

- J'espère pouvoir vous aider, à ma manière.

- Et moi je préfèrerais ne pas exposer votre peuple ! Votre père avait raison : en m'aidant, vous vous êtes mis en grands dangers !

Albator sourit soudain, levant son verre à la santé de celle qui était devenue sa confidente.

- Et tutoie-moi désormais, Clio. Nous sommes amis !

- Si c'est ton bon plaisir, Albator !


Après des jours de vol, Albator s'était rendu à la salle du Grand Ordinateur de son Arcadia.

- Dis-moi au moins que tu as un plan, jeune Albator ? s'inquiéta Toshiro.

- Quoi, un truc du genre : je retourne défier mes adversaires pour en atomiser le plus possible ?

- J'aimerais autant que ce ne soit pas le cas. Ton père pouvait partir dans des envolées un peu hystériques, mais à présent il faut vraiment une stratégie pointue et puissante pour contrer et battre l'Imperator Zone ! Alors, Albator, quelles sont tes intentions ?

- De toutes façons, même si tu es rentré à distance tu ne peux pas en ressortir, n'est-ce pas ?

- J'étais lié à ton père de mon vivant et du court temps de ma mort. Là, tu ne disposes que d'une copie de ma mémoire, de mon âme. Mais, en effet, je serai à jamais dans cette colonne électronique. Où veux-tu en venir avec ta provocation aussi gratuite que cruelle ?

- Nulle part. C'est juste que je réalisais depuis le départ, le premier, celui de Technologia que sans toi nous étions perdus. La formation que tu nous as donnée, ce sera faible face aux troupes performantes de l'Imperator. Et si tu partais t'incarner ailleurs, dans le Queen Eméraldas qui finira bien par réapparaître un jour j'imagine, ou même le Karyu, nous serions tous très mal… Et je redoute tout autant que les Terriens ou Illumidas de Zone parviennent à t'extraire de là… Tu es le quarante énième homme, Toshiro, mais nous ne pourrions pas aller bien loin sans toi ! J'ai peur pour nous tous ! Et puis, si tu étais l'ami fidèle de mon père, moi tu ne me connais pas ! Comment pourrais-tu me faire une absolue confiance ? !

- Je le peux parce que tu es le fils d'Albator et de Kei ! Et tout dans tes paroles et actions le prouvent depuis que Kei t'a confié ce nouvel Arcadia ! Je ne quitterai jamais tes côtés, Albator, et de mon propre chef, pas parce que je suis enfermé.

- Merci, Toshy, j'avais grand besoin de ce réconfort. Je commençais à douter, de moi !

La colonne du Grand Ordinateur clignota de tous ses feux.

- Je t'interdis de ne plus croire en toi, jeune homme ! hurla Toshiro de la seule force de ses clignotements et autres grincements qui devenaient son seul moyen d'expression quand il était particulièrement sous tension. Tu es promis à briller ! Kei t'a porté et mis en sécurité en ce seul but ! Et j'ai beaucoup apprécié tes débuts !

- Zone m'a ratatiné…

- Tu t'es jeté sur lui en fou furieux. Il ne pouvait en être autrement. Mais l'important est que tu es sorti du secret et que maintenant, il sait ! Il ne dormira plus tranquille sur ses lauriers, cet Imperator ! Fonce, jeune Albator ! Il se pourrait fort bien que ton inexpérience et tes instincts soient tes meilleures armes, avec mon merveilleux cuirassé !

Albator soupira, tressaillit avant de reprendre du poil de la bête.

- J'ai oublié un moment que je n'étais pas parti seul de Technologia, que j'avais trouvé des amis ! Je ne douterai plus, promis.

Le jeune homme serra les poings.

- Et je vais poursuivre et remplir la tâche que mon père m'a laissée en héritage ! rugit-il. Je vais me battre et je compte bien marquer des points pour les adeptes de la liberté, et ce quand bien même mon pavillon me condamnera toujours à la bonne morale des rares alliés qui peuvent demeurer fidèles à des idéaux…

- Nous serons là ! insista Toshiro. Tu as des alliés ?

- Je vais aller contacter le seul que je connaisse : Warius Zéro !