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Alors, quelle est donc la raison de ce baiser ? D'un autre côté, Si Severus arrêtait de se poser des questions et se contentait de savourer l'instant... Mais bon, on ne va pas lui en vouloir pour ça, n'est-ce-pas ?

Dans le précédent chapitre, une petite partie du récit se déroule selon le point de vue de Lily. N'hésitez pas à me faire savoir si vous appréciez le procédé ou non !

A nouveau, je vous souhaite une bonne lecture pour ce troisième chapitre !

Meadow


Chapitre 3 : Au-delà des espérances

Après une courte nuit, Severus ouvrit les yeux aux premières lueurs de l'aube. Pourtant, il n'avait pas de cours à donner, de potions à préparer ou d'ordres urgents à exécuter, mais il fallait croire que certaines habitudes pouvaient difficilement se perdre. Instinctivement, il tourna la tête vers l'autre côté du lit.

Lily était toujours là, en train de dormir, l'air parfaitement calme et serein. Il l'avait sentie remuer plusieurs fois au cours de la nuit, mais inconsciemment, elle avait fini par se mettre dans la même position que la veille, c'est-à-dire au bord de son coussin, sur le côté, tournée vers lui.

Pendant plusieurs heures, après qu'elle eut fermé les yeux, le sorcier avait réfléchi à l'attitude de la jeune femme, mais aussi à ses paroles et, surtout, à son geste, cependant, il n'était pas parvenu à trouver d'explications cohérentes. Le jour précédent, alors qu'il venait à peine d'arriver chez les morts, leurs lèvres s'étaient aussi rencontrées, mais cela avait été un baiser d'amour sincère, celui auquel ils n'avaient jamais eu droit. Celui qui semblait remettre tous les compteurs à zéro et dont la passion faisait disparaître dix-sept années d'existence douloureuse.

Ce baiser symbolisait tellement de choses… Il était presque impossible de retranscrire sa valeur ou ses effets avec des mots, pourtant, dans son esprit, l'homme pouvait se l'expliquer de mille et une façons. Il formait un puzzle complexe à l'intérieur de sa tête, mais à chaque fois qu'il y jetait un regard, peu importait l'angle, il pouvait voir ce qu'il représentait avec une clarté déconcertante.

Et il y avait le baiser de cette nuit. Tout aussi présent dans sa mémoire et pourtant, il était incapable d'en trouver le sens. Certaines pièces étaient manquantes et d'autres semblaient refuser de s'imbriquer entre elles.

Pourquoi l'avait-elle embrassé de manière si naturelle, comme l'aurait fait une femme à son mari en guise de « bonne nuit » ?

Il devait arrêter de se poser des questions, de penser à des choses qui ne pouvaient que lui faire du mal. Il avait déjà assez souffert et n'avait aucune envie que cela continue. Lily n'était pas à lui et ne le serait jamais. Elle avait un fils et était mariée à James, qu'elle irait retrouver sous peu, en laissant le Serpentard dans l'état dans lequel il était plongé depuis si longtemps : la solitude. Si seulement il avait su que même dans la mort, sa douleur ne s'atténuerait pas, il se serait probablement arrangé d'une manière ou d'une autre pour disparaître à jamais.

Quoi qu'il en soit, il n'y avait qu'une seule solution pour qu'il arrête de se torturer l'esprit : il devait interroger Lily pour comprendre son attitude. Et il le ferait dès qu'il en aurait l'occasion.

Avec une discrétion digne de l'espion qu'il était (ou avait été), il se faufila hors du lit sans le moindre bruit. Une fois arrivé dans la cuisine, il se fit rapidement couler un café bien corsé -, comme il en avait l'habitude- et après avoir vidé sa tasse, il entreprit de préparer un copieux petit déjeuner pour Lily. Une fois cela fini, il prit soin d'utiliser un sortilège afin que les aliments censés être chauds le restent, puis alla s'intéresser de près aux ouvrages qui composaient sa bibliothèque.

Ce ne fut que deux heures plus tard que la Gryffondor émergea, alors que le maître des potions était à son bureau, plongé dans un grimoire de magie noire ancienne qu'il s'empressa de refermer.

- Bonjour, la salua-t-il en se relevant. Bien dormi ?

- Très bien.

Le sourire aux lèvres, elle s'approcha et vint doucement enlacer le sorcier.

- Merci pour le p'tit dej' ! C'était très bon. Je n'ai pas réussi à tout finir par contre…

En retour, il se contenta de caler l'un de ses bras dans son dos et de la serrer légèrement contre lui.

- Aucune importance.

- Qu'est-ce que tu étais en train de lire ? demanda-t-elle en se décollant doucement de lui.

- Trois fois rien. Un simple traité sur la fabrication de potions à l'époque de l'Egypte antique.

- Ça à l'air intéressant !

Ignorant quelque peu la remarque, le sorcier se dit que le moment était idéal. S'il voulait une réponse précise à la question qui hantait son esprit, il allait devoir amener le sujet petit à petit et avec une certaine finesse il était hors de question de brusquer la jeune femme ou de se montrer discourtois.

- Lily, sans vouloir être indiscret, j'aimerais savoir comment Po… James a réagi lorsqu'il a appris que tu souhaitais venir me voir.

Puis, voyant la Gryffondor baisser les yeux, il s'empressa d'ajouter.

- Excuse-moi, si tu juges ma curiosité déplacée, fais comme si je n'avais rien dit.

- Non, non, ne t'excuse pas, c'est simplement que… Eh bien… Il l'a assez mal pris.

Evidemment. Après tout, ce n'est pas comme s'il s'était attendu à autre chose. Voulant briser le silence qui commençait à s'installer entre eux, il poursuivit d'un ton très calme.

- T'a-t-il retenue ? Ou dissuadée de venir ?

- Ça n'aurait rien changé.

La jeune femme avait toujours le regard tourné vers le sol, alors que le Serpentard continuait de l'observer. Bien sûr que cela n'aurait rien changé, quel obstacle pouvait bien se dresser devant les envies de Lily Evans ? A la connaissance de Severus, il n'y en avait tout simplement pas et cela faisait partie des choses qu'il admirait chez elle.

Après quelques secondes, elle releva ses yeux couleur émeraude vers lui.

- Nous ne sommes plus ensemble Sev'.

- Je te demande pardon ? Questionna-t-il, persuadé d'avoir mal compris.

- J'ai rompu avec James avant-hier soir.

Définitivement perplexe, le sorcier se contenta de cacher au mieux sa stupéfaction à la jeune femme. Une foule de phrases lui venaient à l'esprit, il aurait pu lui dire qu'il était désolé, lui demander comment une telle chose était possible, ou encore la prier de répéter ces mots une nouvelle fois, comme pour se convaincre qu'elle les avait bel et bien prononcés, mais il était incapable de parler.

- Tout est fini, continua Lily, un ton plus bas. Si Harry a besoin de ses parents, il sait qu'il pourra compter sur nous deux, mais je ne veux plus vivre avec James. A vrai dire… Je n'ai qu'une seule envie : vivre avec toi, Sev'. Si tu veux bien de moi.

Un infime sourire étirait ses lèvres et une émotion transparaissait bien plus que toutes les autres sur son visage : l'espoir.

Merlin, elle paraissait si jeune avec cet air… La même expression s'était trouvée sur son visage lorsqu'elle avait demandé à Severus s'ils pourraient rester amis quoi qu'il arrive et continuer de se voir tous les jours après leur première rentrée à Poudlard.

Déjà à cette époque, rien ne s'était déroulé comme il l'avait prévu…

Alors c'était pour cela. Voilà la raison pour laquelle elle l'avait embrassé hier soir. L'homme n'avait aucune idée de ce qu'il était censé faire. Lily avait fait une croix sur James Potter et venait explicitement de lui demander si elle pouvait venir vivre avec lui. Il aurait dû… Eh bien, lui dire qu'évidemment, il était d'accord. Le répéter trois fois d'affilée avant de la prendre dans ses bras et de l'enlacer au point d'en entraver sa respiration. Il aurait dû laisser de nouvelles larmes rouler sur ses joues pendant qu'il l'embrassait tendrement, puis se rendre à l'extérieur du manoir pour crier son bonheur à quiconque pourrait l'entendre.

Pourtant, le sorcier ne fit rien de cela. Il restait immobile, pris d'un malaise qui n'allait qu'en s'amplifiant. Il avait attendu ce moment chaque jour, chaque heure, chaque minute de son existence. Pourquoi était-il incapable de lui répondre ?

Tout cela était trop rapide, trop soudain. Il avait besoin de réfléchir, ne serait-ce que quelques heures, il fallait qu'il se reprenne et que tout se remette lentement en place dans son esprit. Mais Lily était là, juste en face de lui et continuait à le dévisager, attendant son verdict. L'homme sentit alors une émotion qui lui était pratiquement inconnue s'emparer de lui : la panique.

Et si la Gryffondor ne lui disait pas la vérité ? Si Potter et elle s'étaient simplement disputés au point d'obliger la jeune femme à s'éloigner de lui, au moins pendant un moment. Qu'elle n'était venue trouver Severus que pour obtenir un peu de réconfort ? Pour lui dire qu'elle ne lui en voulait plus, passer un bref moment en sa compagnie, puis retourner dans les bras du père d'Harry, parce que c'était de cette manière que les choses devaient avoir lieu.

Non, elle ne pouvait pas lui faire cela, c'était impossible.

- Sev' ? tenta-t-elle timidement en se rapprochant.

Le sorcier aurait probablement pétrifié ses jambes sur place s'il avait pu ne serait-ce que soupçonner qu'elles chercheraient, par reflexe, à l'éloigner de Lily. Devant cette réaction inattendue, la jeune femme s'arrêta, les deux êtres désormais aussi figés l'un que l'autre.

Si ce n'était pas à cause d'un manque de confiance, qu'est-ce qui pouvait bien lui faire perdre ses moyens à ce point ? L'homme se sentait mal et, à nouveau, un sentiment auquel il n'avait jamais affaire le submergea. C'était de la culpabilité. Il ne culpabilisait pas de faire attendre et d'inquiéter Lily, ou en tout cas, pas au point d'en devenir incapable de parler. Non, il ressentait de la culpabilité envers James Potter. En fait, il avait la très nette impression d'avoir pris la place de ce dernier des années auparavant, lorsqu'il lui avait ravi Lily et qu'il l'avait laissé, anéanti, avec pour seuls refuges la magie noire et les rangs du Seigneur des Ténèbres.

Qu'il ressente une telle chose, le maître des potions était encore capable, au prix d'un effort surhumain, de le concevoir, mais ce qu'il ne comprenait pas, c'était pourquoi cette constatation l'affectait-il ?

Ils avaient rompus avant hier-soir, c'est-à-dire au moment où il était mort, ou très peu de temps après. Il n'avait aucun doute sur le fait qu'il ait été le sujet de leur dernière conversation. Etait-il responsable de la destruction de leur couple ? Avait-il ruiné, de manière tout à fait involontaire, des années d'existence commune entre deux personnes qui s'aimaient et qui avaient eu un enfant ensemble ?

Lui qui se moquait éperdument des sentiments et des désirs des autres, qui pensait ne plus avoir la moindre empathie à l'égard de qui que ce soit et n'hésitait pas à réduire les rêves de certains à l'état d'illusions à grand renfort de remarques froides et cyniques, de discours cruels, faisant parfois aux personnes à qui ils étaient destinés l'effet d'une pluie de couteaux aux lames mortellement aiguisées…

Et ce n'était pas comme si n'importe quel inconnu était en cause, il s'agissait de James Potter, l'être qu'il haïssait plus que tout au monde, qui lui avait pourri l'existence, l'avait rabaissé, insulté et blessé physiquement un nombre incalculable de fois et qui s'était enfui avec la seule chose qui comptait véritablement à ses yeux.

L'homme devenait fou.

Il ignorait l'air qu'il pouvait bien afficher à ce moment, mais il pouvait clairement discerner une once d'inquiétude dans les yeux verts de la Gryffondor.

-Sev', est-ce que tout va bien ?

- Je…

Cherchant à se reprendre, le Serpentard soupira profondément et constata que sa respiration était tremblante. Avant de continuer, il s'efforça de n'en rien faire paraître dans sa voix.

- Je pense que… J'ai besoin de réfléchir. Pardonne-moi. Tout est allé si vite ces dernières heures. Certaines choses m'échappent encore et…

La mine de la jeune femme s'assombrit sensiblement. Désormais lancé, Severus se sentit incapable de s'arrêter.

- Je ne peux pas te répondre maintenant. A vrai dire, je ne sais même pas si j'arriverais à accepter… Il y a Harry. Et James… James ne permettra jamais ça quoi qu'il arrive. Il va vouloir te récupérer. Il aura envie de me tuer une seconde fois. Et ce serait justifié. Lily… Nous avons dix-sept ans de différence…

A ces mots, ses propres yeux s'agrandirent de surprise.

Ce n'était pas possible. Il n'avait pas réellement pu dire cela. Qu'on le rassure, il n'avait pas ne serait-ce que pensé à une telle chose et ne venait en aucun cas de prononcer ces paroles devant Lily ?

A son grand étonnement, il ne remarqua qu'un bref éclat inexplicable dans le regard de la Gryffondor. A priori nullement choquée par ses propos, elle l'interpela d'une voix douce.

- Prends le temps qu'il te faudra, j'attendrai ta réponse en bas.

Puis, n'osant probablement pas en faire d'avantage, elle quitta la pièce, tandis que le sorcier se laissait lourdement retomber sur son fauteuil de bureau.