Chapitre II : Un si doux rêve
POV Bella
L'hypothèse du rêve se confirma par la larme qu'il me sembla distinguer sur sa joue. Un vampire ne pleure pas. Il ne peut pas pleurer. J'étais en plein fantasme. Tout était trop beau pour être vrai …
J'étais maintenant exactement face à lui, dans l'ombre de sa silhouette, et je pouvais reconnaitre sans la moindre difficulté chacun de ses traits. Jamais je n'aurais pu oublier son visage marmoréen, d'une splendeur largement trop égale à celle du dieu d'un quelconque culte païen désormais révolu. Je fixais ses yeux d'or liquide. Ils me semblaient encore plus clairs que je ne les avais jamais vus. La larme que j'avais alors crue repérée sur sa joue était bien là, je ne m'étais pas trompée. Non. En fait, son visage était baigné de larmes.
Tout cela était tellement improbable, irréel, qu'il m'était trop facile d'imaginer la suite. J'allais certainement me laisser aller à lui dire tout ce que j'avais alors sur le cœur, je voudrais l'enlacer pour ne plus jamais le quitter, et certainement qu'à ce moment là, il me sortirait une phrase qui réduirait à l'état de néant mon cœur qui ne me semblait déjà plus battre. Voilà ce qui arriverait. Et à mon réveil, j'allais souffrir. A mon réveil, je serais collée. Quelle super journée ! Charlie serait fou de joie, en rentrant du travail, rien de mieux que de trouver un billet de colle sur la table près de son repas, sans avoir d'explications puisque sa fille, shootée aux somnifères pour trouver le sommeil avant que de trop profondes blessures ne se réveillent et l'entaillent de nouveau. Voilà ce à quoi ressemblerait ma fin de journée, je le savais. Néanmoins, je me dis que je pouvais certainement arranger la partie « shootée aux somnifères ». Après tout, si je me contrôlais un minimum face à mon Edward fictif, je pourrais peut-être passer un peu de temps avec Charlie pour lui expliquer tout cela, et éviter que la colère lui monte brusquement et qu'il m'expédie vite fait bien fait à Jacksonville.
Je décidais alors de ne dire que quelques mots à la merveilleuse illusion qui me faisait face. Peut-être que si je l'implorais de revenir, cette nuit ; dans un rêve évidement, autrement, je savais qu'il n'était même une idée de demander pareille chose ; peut-être le ferait-il, ainsi j'aurais contentée chaque partie de moi. Charlie serait presque content de me voir, lui parler ; même si c'était pour lui expliquer la raison de ma colle ; et ne me renverrai pas à Jacksonville. Je pourrai rester à Forks endurer mon chagrin, purger ma peine. Et je verrai, je l'espère, Edward dans un rêve cette nuit. Car même si je devais souffrir un martyre après, je ne pouvais pas me résoudre à le laisser partir tout de suite. Sans l'avoir imaginairement touché, vu ; sans lui avoir dis mon désespoir, mon amour malgré tout. Ces derniers temps, les hallucinations se faisaient de plus en plus rares, alors je profitais comme je le pouvais de chacune d'entre elles. Je savais que jamais il ne reviendrait, et elles étaient le seul lien qui me raccrochait désormais à lui, ou plutôt, à son souvenir.
Je le regardais maintenant fixement dans les yeux. Je m'y perdais une fois encore, dans un tourbillon d'émotions, de sentiments. Il était terriblement tourmenté. Je pouvais distinguer de la culpabilité, du remord, de la joie, de la tendresse, … de l'amour ? Oui, après tout, ce n'était qu'un rêve, un de mes fantasmes, il était normal que dans mon rêve, Edward m'aime.
J'avais moi aussi, alors, la vue embrouillée, et sentais de lourdes gouttes d'échapper de mes yeux et rouler sur mon visage. Il déposa délicatement sa main sur ma joue, et la balaya de son pouce, récoltant toutes les larmes qui avaient coulées. Je fis de même sur son visage dur et froid comme le marbre, puis me retirais. Il lâcha alors mon visage et pris ma main encore humide dans la sienne qui l'était tout autant, et nos pleurs se mélangèrent. Alors, il porta ma main à ses lèvres et l'embrassa, goûtant le mélange salé de nos larmes. Je n'en puis plus et me blottis contre son torse. Il m'enlaça de sa main libre et me serra encore plus fort. Il avait baissé la tête et reniflait mes cheveux. J'embrassais sa mâchoire et lui susurrais à l'oreille :
- Je vais y aller, maintenant. Tu me manque. Tu me manque trop. Viens ce soir, Oh ! Je t'en supplie, viens ! Je t'aime.
Je me dégageais doucement de son étreinte et m'avançais vers ma voiture. J'aurais du me réveiller, là. Il aurait du me dire quelque chose. Maintenant. Ou disparaitre.
Je paniquais légèrement de ne pas deviner l'issue de ce rêve. Ou plutôt, de ce cauchemar. Parce que je le savais, tous mes cauchemars commençaient tels de beaux et doux rêves, pour finir par mes hurlements et mes pleurs à mon réveil. Alors je ne regardais pas derrière moi. Si ce n'étais pas un rêve, c'était une hallucination. C'était peut-être mieux, je ne serais pas collée, je pourrais même me coucher avant le retour de Charlie sans risquer le voyage sans retour chez Renée. Je démarrais alors la Chevrolet, et roulais le plus doucement possible jusqu'à la maison. Je manquais de m'étouffer lorsque, garée à l'emplacement même de Charlie, la Volvo grise m'apparaissait. Je pris néanmoins tout mon temps pour manœuvrer et faire le créneau qui me permettait de garer ma voiture du troisième âge. Je pris mon sac que j'avais laissé sur le plateau de la camionnette et sortis les clefs de ma poche. Je les enfonçais dans la serrure, mais tournais dans le vide. La porte était déjà ouverte. Charlie était il rentré ? Impossible, il n'y avait pas sa voiture. Ou alors, il y avait un match de baseball, ainsi, Jacob et Billy avait pris mon père à son bureau et l'avait déposé. Mais dans ce cas, ou se trouvait la voiture de Jake ? Peut-être que ce dernier était repartit, déposant ainsi Billy et mon père à la maison, il ne devait pas avoir envie de me voir. C'était compréhensible, je lui avais brisé le cœur. C'était la seule explication possible quand à l'état de cette porte.
J'entrais, imaginant trouver Billy et mon père au milieu de bières et poisson frit maison Clearwater. C'était vraiment ma journée. Billy allait encore me dévisager, me regarder de cet air « je t'avais prévenue », et dire des horreurs sur les Cullen à mon père. Que ce dernier s'empresserait de croire, du moins pour le compte d'Edward.
Quelque part, j'étais presque heureuse que Jake n'ai pas voulu rester en compagnie de son père. Un seul Black à la maison était largement suffisant, surtout que mon père avait une adoration presque surdimensionnée pour Jacob, partageant leur aversion pour celui que j'aimais. Le seul homme que j'aimais. Homme, si l'on peut dire. C'était certainement la raison de l'absence de Jake. Il m'avait fait plusieurs fois des avances, auxquelles j'avais toujours répondu de manière négative, lui signifiant que je l'aimais comme mon frère, et que, personnellement, j'étais contre l'inceste. Un jour, nous en étions venus à nous disputer à ce sujet, et il m'avait alors dit tout un tas de choses blessantes. Il insultait mon Edward et l'amour que, bien malgré son abandon, je lui portais toujours, et la fidélité dont je faisais preuve envers lui, le défendant en vers et contre tout. Nous en étions restés la, et je pensais alors, naïvement, que nous serions toujours les meilleurs amis de monde. Pas Jacob. Pour lui, tout ceci avait du être symbole de rupture, et notre amitié semblait brisée à jamais. J'avais vraiment le chic pour faire le vide autour de moi. Tout d'abord, Edward, les Cullen. Mes amis du lycée. Jake. Et mon père. J'étais vraiment en fardeau pour ceux qui m'entouraient.
Quelle fut ma surprise lorsque, me décidant finalement à pousser la porte d'entrée, je ne vis pas de lumière dans la maison. « Les économies d'énergie, pensais-je, l'avenir de la planète est l'affaire de tous ». C'était typiquement Charlie, ça. Je retirais mon coupe vent et mon écharpe, et rangeait ma paire de gants dans l'entrée. Je poursuivais mon chemin et entrais dans la pièce principale. La cuisine était vide. Le salon était vide. Aucune trace de Charlie, Billy. Personne. Le soleil se couchait lentement et bientôt, l'obscurité sera omniprésente. J'allumais alors une ou deux lampes dans la pièce à vivre, puis déposais mon sac au pied de l'escalier. Que signifiait tout cela ? Deux hallucinations consécutives, c'était beaucoup. Je regardais par la fenêtre de la cuisine. Je voyais toujours la Volvo garée devant chez moi. Je regardais l'heure : 15h45. J'avais beau avoir tout fait avec une lenteur aveuglante, le temps n'était pas de mon coté, et se laissait passer doucement. Je me mis alors à préparer le repas de Charlie pour ce soir. J'épluchais différents légumes et les plongeais dans l'eau bouillante, et fis cuire le steak haché dans une poêle proche. Parfait, comme ça, ce soir, il n'aurait qu'à passer son repas au micro-onde quelques instants, pendant que je pourrai me laisser aller à mon chagrin. Une fois la cuisine terminée, je rangeais et faisais la vaisselle. Je nettoyais consciencieusement le plan de travail, puis entreprit de monter dans ma chambre faire mes devoirs. J'espérais arriver à me concentrer.
Je pris mon sac et montai doucement une à une les marches de l'escalier. Je poussai la porte de ma chambre et posais mon sac sur la chaise de mon bureau, m'essayant sur le lit. C'est à ce moment que je le vis. Il était là, à sa place habituelle. Sur mon rocking-chair. Si je n'étais pas en train de rêver, et que ce n'était qu'une hallucination, j'allais le payer très cher, ce soir. Je le regardais, il me regardait. Je mes levais et avançai doucement vers lui. Il me tendit ses bras, je m'y jetai, le serrant toujours plus fort contre moi, pleurant dans son cou, respirant une grande goulée de son parfum qui m'avait tant manqué. Cette hallucination était parfaite, tout y était. Je sentais son torse de pierre contre ma peau fragile, ses doigts souples et froid sur mes mains, son odeur enivrante. Il était aussi beau que dans mes souvenirs. Plus beau, même. Oui, je crois que ma défaillante mémoire d'humaine ne lui avait pas rendue justice.
Mes pleurs s'accélérèrent lorsqu'il prit la parole :
- Bella, je t'en prie, ne pleurs pas. Je ne voulais pas te faire tant de mal, je suis si navré, si tu savais comme je m'en veux. Je t'aime, ma Bella. Je t'aime, si tu savais comme tu m'as manquée ! Je ne te referai plus jamais ça. Je ne le pourrai pas de toute façon. Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps (1), dit-il, et je pouvais percevoir l'émotion dans sa voix.
Les émotions. J'en étais presque sure, si je relevais la tête, j'aurais vu de grosse larmes sur son visage. Mais cette hallucination était trop belle, si belle que je voulais y croire un peu, et voir mon Edward pleurer ne m'aiderai pas. Les vampires ne pleurent pas. Ses larmes étaient fictives, comme tout le reste d'ailleurs. Mais seulement, j'espérais qu'en les ignorants, je pourrai me complaire dans ce rêve et croire à cette réalité. J'espérais, à ce moment, ne plus jamais me réveiller. Ou que cette vision ne finisse jamais. J'avais retrouvé mon amour, mais je savais qu'il finirait par me laisser à nouveau, et ma peine en serait plus grande. J'aurais du résister, faire cesser ce rêve, cette hallucination, seulement c'était plus fort que moi, je voulais profiter de chacun des moments passés en sa présence. Réelle ou fictive.
Il se mit alors à me chuchoter ma berceuse à l'oreille, et je me calmais. Il embrassait doucement le sommet de mon crâne, et resserrait son étreinte. Je sentis son souffle chaud sur mon cou, et tournais mon visage pour lui faire face. Erreur. Comme je l'avais pensé, des larmes perlaient au coin de ses yeux, et menaçaient de tomber. Je voulais à tout prix faire cesser cela, non seulement parce qu'en effet, mon rêve devenait mon crédible et je savais que le réveil me menaçait ; mais surtout, essentiellement parce que de voir souffrir l'être que j'aimais le plus au monde à ce point me rendait folle de tristesse. Il semblait brisé, et j'aurais voulu apaiser sa peine (2). Je lui murmurais alors :
- Eh …, si quelqu'un doit pleurer, dans l'histoire, c'est moi, non ? Parce que, d'ici quelques minutes, je vais me réveiller, et tu seras à nouveau partit. Quand mon rêve se terminera, je ne saurais pas si je te reverrais bientôt, si ce rêve reviendra. Tu sais, je t'aime. Et j'aimerai que ce rêve dure toujours. Et le temps qu'il durera, je n'ai pas envie de te voir pleurer. Je ne veux pas que tu souffres. C'est un rêve, mon rêve après tout ! Je vais suffisamment souffrir à mon réveil, alors, je ne veux pas de douleur maintenant, je veux que nous soyons heureux tout les deux pour les instants qu'ils nous restent. Je t'aime, je t'aimerai toujours. Tu me manque, tu sais …
Je le regardais, et souriais devant son air perplexe tout en caressant ses cheveux. Leur douceur m'avait manquée, elle aussi. J'allais poursuivre, ma tirade n'ayant pas eu l'effet escompté, il semblait encore plus retourné, encore plus inquiet. Il prit ce regard triste ; désolé, ou perçait quelque tendresse. Ce regard, je l'avais déjà vu. Je m'en rappelais trop bien. Il commença à parler, et plutôt que d'entendre ce qu'il allait dire ; un phrase qui m'enfoncerai dans ma souffrance, comme à chaque fois, à n'en pas douter ; j'aurais voulu me réveiller … :
- Bella, commença-t-il avec un air ferme, je suis désolé, mais …
OOOOOOOOOOOOOOOOOOOOO
Hey ! J'espère que ce chapitre vous aura plu également ! Je sais, je suis trop méchante de couper la, pourtant, vous devrez attendre samedi prochain pour connaitre la suite, j'ai décidé de ne poster que le weekend, un chapitre samedi, un dimanche ! Je souhaite ne pas vous décevoir, et je m'applique à écrire la mieux possible. Le prochain chapitre sera en POV Edward, et reprendra au début de ce chapitre, tout en le poursuivant. Vous allez voir ...
Vers du « Poème à ma Fille », de Victor Hugo.
Inspiration d'une chanson, Broken, Amy Lee & Seether.
