DISCLAIMER : tous les personnages et l'univers de Harry Potter appartiennent à JK Rowling.
RATING : M+
WARNING : slash / Yaoi - relations homosexuelles explicites
Chapitre 1 – Pourquoi ?
« Derrière l'amour il y a
Touteune chaîne de pourquoi
Question que l'on se pose
Il y a des tas de choses …. »
Jeudi 17 août 2017 – Hôtel Plaza Athénée, Paris
bzz bzzzz….. bzz bzzzz…. Bzz bzzzz…..
Une main sortit des couvertures et tâtonna sur la table de nuit jusqu'à trouver un téléphone portable qui vibrait.
- Al … Allô, dit une voix un peu éraillée.
- Harry ?
- Salut Gin'…
- Tu dormais encore ? demanda Ginny d'une voix suspicieuse.
Harry jeta un rapide coup d'œil à sa montre Cartier. Il était 9 heures 25 du matin. Il ne dormait jamais si tard d'habitude …
- Hmmm ouais … la réunion a terminé à une heure impossible et elle était pénible… J'étais vraiment crevé … Tu m'appelais pour quoi ? demanda-t-il afin de mettre un terme à ses explications boiteuses.
- Je voulais savoir si tu nous accompagnes avec les enfants au Poudlard Express le 1er septembre …
- Evidemment ! Tu sais très bien que je ne rate jamais la rentrée ! Surtout que c'est la première rentrée d'Albus cette année.
- Bien. Je vais appeler Maddy pour qu'elle le note à ton agenda.
- A mon avis, elle l'a déjà noté mais tu peux l'appeler pour confirmer bien entendu.
- Bon, je vais te laisser. Tu rentres quand ?
- J'ai encore une réunion qui durera toute la journée. Je devrais être de retour en début de soirée.
- Bien. A ce soir alors. Bonne journée Harry.
- Merci. A ce soir.
Clic.
Harry reposa son téléphone portable en soupirant.
Il se retourna pour contempler le corps allongé de dos à côté de lui. Il se rapprocha, enlaçant d'un bras la taille fine, respirant le doux parfum des cheveux blonds clairs soyeux, embrassant la peau pâle de l'épaule dénudée.
Bzz bzzzz …. Bzz bzzzz … bzz bzzzzz
Merde ! s'énerva Harry en délaissant le corps lisse sous ses doigts pour s'emparer à nouveau de son téléphone portable.
- Allô ! fit-il d'une voix sèche.
- Monsieur Potter …
Harry reconnut immédiatement la voix de Maddy Braddock, son assistante et s'en voulut du ton employé.
- Ah Maddy, c'est vous.
- Je viens d'être contactée par la secrétaire du Ministre Fauchon. La réunion aura toujours lieu à 11 heures mais au Ritz et non plus au Ministère français de la Magie.
- Bien. Merci Maddy.
- Je vous en prie. Bonne journée Monsieur Potter.
Maddy était une perle. C'était une sorcière d'une cinquantaine d'années, peu souriante mais d'une rare efficacité. Elle était déjà l'assistante de Rufus Scrimgeour, de Kingsley Shackelbolt et d'Arthur Weasley. Harry appréciait surtout sa discrétion. Quelque soit la requête, elle exécutait et ne posait jamais de question.
Harry regarda l'heure encore une fois et soupira derechef. C'était fichu pour la petite gâterie du matin.
Il rabattit la couette et bascula les jambes hors du lit. Il prit encore trente secondes avant de se lever pour de bon. Il traversa la chambre, complètement nu, en direction de la salle de bain.
Il s'arrêta un instant à hauteur de la femme blonde qui émergeait doucement du sommeil.
- Tu pars ? demanda-t-elle d'une voix pâteuse.
- Bientôt. Je vais prendre une douche.
- Tu veux que je vienne ?
- Non … reste dormir.
- Ok … dit-elle en se réinstallant confortablement.
Sous la douche, Harry sentit son corps et son esprit se réveiller lentement.
C'est vrai que la journée d'hier avait été pénible.
D'abord, il y avait eu cette assommante réunion avec le Ministre français des transports sorciers au sujet de l'inauguration du nouveau terminal de portoloins de Calais. Ensuite, il avait dû participer à une conférence au département de la coopération magique internationale en vue de l'organisation prochaine du Tournoi des Trois Sorciers à l'école de sorcellerie de Beauxbâtons.
Finalement, il était rentré épuisé à son hôtel et n'avait eu qu'une idée : descendre au bar et se détendre avec quelques cocktails.
Durant ses séjours à l'étranger, Harry aimait séjourner dans des hôtels moldus de luxe. Il en appréciait le confort et la discrétion. Et surtout l'anonymat en ce qui le concernait.
Lorsqu'il venait à Paris, comme c'était le cas en ce moment, il aimait descendre au Plaza Athénée, sur l'Avenue Montaigne. Il appréciait tout particulièrement la Suite Eiffel qui, comme son nom l'indiquait, donnait sur la célèbre tour du même nom.
Il appréciait également grandement le bar de l'hôtel, un lieu moderne, aux lumières tamisées et à l'ambiance jazzy.
Il se souvenait y être descendu la veille et avoir pris place sur une des chaises hautes, face au comptoir en verre poli rétro-éclairé.
Une jeune femme blonde, belle à couper le souffle, s'était installée sur le tabouret voisin et très naturellement, ils avaient entamé la conversation. Tout aussi naturellement, Harry lui avait offert plusieurs coupes de champagne. Et c'est encore plus naturellement qu'elle se retrouva quelques heures plus tard, complètement nue avec un Harry Potter déchaîné entre les cuisses.
La nuit avait été courte et Harry devait bien admettre que sa fatigue était plus largement due à ses ébats de cette nuit qu'aux palabres sans intérêt du ministre français des transports sorciers.
Au sortir de la douche, il se rasa de près et s'habilla. Vu que la réunion était finalement fixée dans un lieu moldu, il avait choisi un costume croisé Yves-Saint-Laurent bleu foncé, chemise blanche et cravate bleu Klein.
Avant de partir, il réveilla sa compagne d'une nuit.
- Je m'en vais. Tu peux rester encore un peu si tu veux. La chambre doit être libérée à midi.
- Ok, se contenta-t-elle de répondre.
Harry quitta la chambre sans bruit. Il ne se souvenait même pas du prénom de la fille.
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Jeudi 17 août 2017 – Manoir Potter, Richmond
POV Harry
- Ginny ? Je suis rentré !
Il est 19 heures et je ne suis pas fâché de passer la porte de mon Manoir situé au sud de Londres, à Richmond, une petite ville au bord de la Tamise. C'est un endroit que j'apprécie parce que tout en étant proche de la capitale, il a un petit côté campagnard.
Quand j'étais Auror et que j'en avais encore le temps, j'adorais flâner le long des berges de la Tamise et jouer dans les parcs verdoyants avec mes enfants. A l'époque, on habitait une petite maison non loin du centre ville où l'on tenait à peine tous les cinq. Maintenant, j'occupe un Manoir de 500 mètres carrés entouré d'un terrain de 3 hectares. Les temps ont bien changés …
Malgré sa taille, j'ai veillé à ce que le Manoir reste chaleureux. Sa façade en briques rouges et au perron à colonnades blanches, rappellent un peu les maisons coloniales du sud des Etats-Unis.
A l'intérieur, les pièces sont lumineuses et décorées principalement dans les tons crèmes, taupe et chocolat. La couleur est apportée par les tapis et les tableaux accrochés un peu partout.
Ginny m'a entendu. Je la vois descendre le grand escalier en marbre de l'entrée. Elle porte un élégant pantalon en daim couleur grège et un pull en cachemire crème. Ses cheveux roux sont ramenés en un chignon souple à l'arrière de la tête.
Elle m'embrasse distraitement avant de me demander :
- Tu as fait bon voyage ?
- Hm hm… ça été. C'était horriblement ennuyeux mais bon, on ne me paye pas pour me divertir …
- Le dîner sera servi dans une demi heure.
- Bien. Je vais me changer. A tout de suite.
En gagnant ma chambre, je me demande quand ma relation avec Ginny a commencé à être aussi ennuyeuse. Question inutile s'il en est. Je sais très bien depuis quand mon mariage périclite dangereusement.
Certes mon épouse est toujours aussi belle et je suis toujours fier d'être avec elle en société mais elle n'a plus rien de la jeune fille joyeuse et téméraire que j'avais connue à Poudlard.
Ginny et moi, c'est une longue histoire. Pour moi, elle a d'abord été la sœur de Ron, mon meilleur ami. J'ai eu l'occasion de la côtoyer à de nombreuses reprises lors de mes séjours au Terrier. Je savais plus ou moins qu'elle avait le béguin pour moi depuis ses 12 ans mais je ne m'en étais jamais vraiment préoccupé jusqu'à ma sixième année.
En cinquième année, j'étais sorti avec Cho Chang mais cette relation avait été aussi brève que désastreuse. Cho avait une tendance à geindre pour un oui ou pour un non et j'avais très clairement le sentiment qu'elle restait irrémédiablement amoureuse de son ex, Cédric Diggory, tué devant moi par Voldemort l'année précédente.
Comparée à Cho, Ginny avait cela pour elle qu'elle n'avait pas continuellement la larme à l'œil. Etre la seule fille aux côtés de 6 frères l'avait considérablement endurcie et je dois dire que j'appréciais sa force de caractère.
Malheureusement, à l'époque, ma vie n'était faite que de drames et j'avais trouvé nécessaire et terriblement romantique de renoncer à une relation plus poussée avec elle de crainte que Voldemort ne s'en prenne à elle. Notre séparation avait tout eu du scénario mélodramatique.
Après la bataille, le Seigneur des Ténèbres étant définitivement vaincu, nous nous étions retrouvés. Notre idylle s'est poursuivie durant la septième année que nous fîmes tous les deux à Poudlard, le Château ayant été entièrement reconstruit.
On s'est fiancés jusqu'après l'obtention de nos ASPIC.
J'avais ensuite entamé des études d'Auror et Ginny des études de journalisme.
Nous nous étions finalement mariés en juillet 2002, après que j'aie obtenu mon diplôme.
Les premiers mois de notre mariage furent vraiment heureux. Mais en y repensant, je dois bien admettre que ce qui contribuait à ce bonheur tenait davantage à l'exaltation d'être enfin libre, à mon métier que j'adorais et à la présence de mes amis.
La réalité, c'est que je n'avais jamais vraiment réfléchi à ma volonté réelle d'épouser Ginny. Je l'ai fait parce que c'était ce qui semblait le plus naturel. C'était aussi ce que tout le monde attendait de nous, de moi. Je la connaissais depuis longtemps et l'appréciais énormément. C'était la sœur de Ron.
Mais rétrospectivement, je dois bien admettre qu'aucune de ces raisons n'était véritablement suffisante pour se lier à quelqu'un pour la vie.
La première fois que j'ai trompé ma femme, c'était en février 2003. Le 13 pour être précis.
2003. La plus belle année de ma vie.
Vous me prenez pour un salaud, n'est-ce-pas ? Sans doute. Mais je ne peux pas renier combien j'étais heureux à ce moment-là. J'ai bien failli quitter Ginny d'ailleurs. C'est vous dire si j'étais convaincu d'avoir trouvé le bonheur.
Seulement, Ginny m'annoncé qu'elle était enceinte de James, mon fils aîné, ma fierté.
Quoi qu'on puisse dire de ma relation avec Ginny, je lui serai éternellement reconnaissant de m'avoir donné mes enfants. Ils sont ce que j'ai de plus cher au monde et pour eux, je serais capable de tout.
Quand Ginny m'a annoncé qu'elle était enceinte, j'étais bouleversé. D'abord parce que j'allais être père et ensuite parce que cela changeait la donne dans ma vie de couple. Je ne pouvais pas abandonner Ginny et mon fils. Moi qui n'avais jamais eu de famille, je ne pouvais pas faire ça à un petit enfant en devenir.
J'ai donc pris la résolution de rester. J'ai rompu assez douloureusement avec la seule personne qui détiendrait mon cœur à jamais et je me suis consacré à mon rôle d'époux et de futur père.
Mais j'étais devenu morne, irascible, cynique même. Mon amour me manquait cruellement.
Deux ans plus tard, le monde – enfin, mon monde – a basculé quand un matin, j'ai appris son prochain mariage. Il était annoncé par un petit encart dans les pages mondaines de la Gazette du Sorcier.
Ce jour-là, j'étais tellement en colère, j'avais en moi une telle frustration que j'ai pris Ginny à même la table de la cuisine. Elle ne s'en est pas plainte, croyant naïvement que mon emportement était dicté par le désir que je ressentais pour elle. Elle n'a jamais su que ce jour-là, j'avais joui en elle en hurlant silencieusement le prénom de mon amour perdu.
C'est ce jour-là qu'Albus a été conçu, dans la colère et le ressentiment.
C'est sans doute pour cela que j'ai toujours nourri un sentiment particulier pour mon second. Il n'est en rien comparable à James, il est beaucoup plus timide, réservé, comme s'il s'excusait constamment d'être là.
Cette réserve agace beaucoup Ginny d'ailleurs. Pour elle, Albus devrait prendre exemple sur son frère, s'endurcir, devenir comme lui. Moi, je dis à Albus de surtout rester comme il est, doux et tendre, délicat et fragile.
Les choses n'ont définitivement plus été pareilles à partir de là. Je me suis éloigné d'elle tout comme elle s'est éloignée de moi. C'est à se demander comment Lily a pu voir le jour en 2008 … Il paraît que j'étais mort bourré le jour où on a fait l'amour et où Lily été conçue … je ne m'en souviens même plus.
J'en suis là de mes réflexions quand je descends à la salle à manger, après avoir passé des vêtements plus confortables.
Je suis accueilli par une petite tornade rousse de 9 ans. Lily. Elle a les flamboyants cheveux roux des Weasley et de jolis yeux marron.
- Papaaaa ! Tu es rentré !
- Bonsoir ma puce !
Juste derrière arrive Albus. Il vient d'avoir onze ans, il a mes yeux verts et ne rechigne pas encore sur les câlins. Je l'entoure de mes bras et l'embrasse au sommet de la tête.
- Je suis content que tu sois rentré Papa, me dit-il.
C'est bien Albus ça, tout en retenue.
Par contre, de James, 13 ans, la tignasse indomptable, j'ai juste droit à un :
- 'Lut, P'pa …
Pas de câlin, pas d'embrassade. Ça craint, selon lui.
Nous nous asseyons à la table pour commencer le repas. Boxi, notre elfe de maison – dûment rémunéré – a préparé un de mes plats favoris, un pot-au-feu d'agneau.
- Alors ? dis-je à Albus et James. Vous êtes allé chercher vos fournitures pour la rentrée ?
- Ouais répond James d'un air blasé. Par contre, j'aurais besoin d'un nouveau balai si je veux avoir une chance de refaire partie de l'équipe de Quidditch cette année… c'est pas sur un vieil Eclair de feu que je vais y arriver …
- Le balai ne fait pas tout, je lui réponds. Et c'est sur cet Eclair de feu que j'ai remporté la …
- … la première épreuve du Tournoi des Trois sorciers, on sait ! me coupe mon fils aîné. Mais c'était il y a plus de 20 ans, p'pa !
- Sur un autre ton jeune homme ! Apprends déjà à tenir correctement sur ton vieux balai avant d'en réclamer un autre !
- Harry ! s'offusque Ginny alors que James arbore une expression scandalisée.
Là, j'ai été un peu dur, je le sais. James est persuadé qu'il est aussi doué que moi sur un balai mais c'est loin d'être le cas. Le lui faire remarquer n'est peut-être pas très gentil de ma part mais il doit apprendre à être moins arrogant.
- Nous irons demain chez Flyte & Barker voir ce qu'ils proposent, dit posément Ginny.
- Gin', tu as entendu ce que je viens de dire ? James continuera à s'entrainer sur l'éclair de feu. Si à Noël, il a fait des progrès significatifs, je reconsidérerais la question.
Je vois bien que Ginny m'en veut d'avoir brimé notre fils et cela m'agace qu'elle ne voit pas que je fais ça pour son bien. Je sais qu'à l'école il est perçut comme un petit snob arrogant parce qu'il est d'une part le fils du Ministre de la Magie et d'autre part parce qu'il est le fils de Harry Potter. Cette attitude ne me plaît pas et je veux lui apprendre que rien n'arrive tout cuit dans la vie.
- Papa, dit timidement Albus. Tu crois que je pourrais essayer d'entrer dans l'équipe déjà cette année …
Il est coupé dans sa phrase par un ricanement méprisant de James.
- T'es bien trop fragile pour jouer mon pauvre Albus ! Au premier coup de vent tu t'envolerais !
Albus est peiné de la remarque de son frère.
- Rien ne t'empêche d'essayer Albus, lui- dis-je, mais ne soit pas trop déçu si tu n'es pas pris.
La vérité, c'est qu'Albus a exactement le même physique que moi à son âge, petit et maigre. Il ferait un très bon attrapeur. Mais ça, je ne peux pas le dire tout haut devant James. Il voulait à tout prix être le nouvel attrapeur de Gryffondor mais son physique plus massif en a décidé autrement. De fait, s'il était plus doué sur un balai, il pourrait faire un excellent batteur mais il ressent encore comme un échec de ne pas jouer au même poste que moi.
- Papa ? Dans quelle maison crois-tu que j'irai ? questionna encore Albus.
- Je ne sais pas. Sincèrement, Albus, je ne sais pas.
- Et si je vais à Serpentard ?
Nouveau ricanement méprisant de James. Je décide de réagir :
- Il n'y a pas matière à ricaner James !
Puis me tournant vers Albus :
- Quel est ton deuxième prénom Albus ?
- Severus …
- Severus, exactement. C'était mon professeur de potions, un des Directeurs de Poudlard, un serpentard et surtout l'homme le plus courageux qu'il m'a été donné de rencontrer. Alors si le Choixpeau t'envoie à Serpentard, j'en serai très fier Albus.
Je vois le visage de mon garçon se détendre quand sa mère assène :
- Et bien, si grand-père Weasley apprend que tu es à Serpentard, il en fera une attaque Albus. Tu veux vraiment avoir la mort de Grand-père Weasley sur la conscience ?
Albus arbore un teint livide et une mine terrorisée. Il adore son Grand-Père Weasley.
- GINNY ! POURQUOI DIS-TU CA ENFIN !
- Oh ça va Harry ! On peut plaisanter quand même !
- Tu vois bien que ça ne le fait pas rire !
- Et bien, il doit apprendre !
Je secoue la tête, abasourdi par tant de bêtise de la part de ma femme, de la mère d'Albus.
- En parlant de Serpentards, nous avons croisé les Malefoy sur le Chemin de Traverse, dit Ginny pour changer de sujet.
- Ah ? C'est tout ce que je trouve à dire.
- Ils venaient acheter les fournitures pour leur fils. Il entre à Poudlard cette année également, précise-t-elle.
- Ouais, dit James. Scorpius ! Pour un nom débile c'est un nom débile ! En plus il ressemble à son père comme deux gouttes d'eau. Un blondinet tout pâlot. Je ne l'aime pas.
- Comment peux-tu dire que tu l'aimes ou non, tu ne le connais pas, dis-je à mon fils.
- Ben et toi alors ? T'as détesté son père au premier regard !
- Ce n'est pas parce que j'ai été idiot que tu dois faire pareil ! Je ne t'ai pas élevé comme ça ! je m'emporte.
- Moi, je l'aime bien, avance timidement Albus. Il a l'air gentil.
- Hm … c'est parce qu'il est aussi timide que toi, dit Ginny avec une touche méprisante dans la voix que je n'apprécie pas du tout.
J'ai bon espoir que le sujet Malefoy soit clos quand Ginny dit, l'air de rien :
- Je les ai invité à déjeuner dimanche midi.
- QUOI ? J'ai failli m'étrangler avec mon verre de vin. Tu as quoi ?
- Je les ai invité à manger dimanche midi. Astoria est une femme charmante. Je ne peux pas en dire autant de son mari, mais bon. C'était difficile de ne pas les inviter tous les deux. Enfin, tous les trois. Ils viennent avec Scorpius.
- Mais … mais nous recevons Blaise et Hermione dimanche !
- Justement ! Blaise et Malefoy étaient amis à Poudlard non ? Et puis comme ça, je ne devrai pas me farcir Hermione et sa splendide carrière pendant tout un après-midi. Au moins, Astoria me comprend, elle …
- Que veux-tu dire Ginny ? Que tu te languis d'être femme au foyer ? Je ne t'ai pas empêchée de faire carrière, que je sache ! C'est toi qui a repoussé l'offre des Harpies de Holyhead !
- Parce que j'étais enceinte de James !
- Et tes études de journalisme ? La Gazette était prête à t'engager ! Mais je suppose que tu as refusé parce que tu étais enceinte d'Abus … ou de Lily ? Et je te prie de ne pas d'en prendre à Hermione. Ce n'est pas de sa faute à elle si son mariage avec ton frère a pris l'eau !
Voyant qu'elle ne peut rien répliquer à ça, Ginny appelle rageusement Boxi pour qu'il débarrasse et elle se lève de table.
- Maman est fâchée à cause de nous, dit Lily d'une toute petite voix.
- Non mon cœur, Maman n'est pas fâchée à cause de vous. Elle vous aime très fort. Elle est juste un peu fatiguée par cette journée.
Je vois bien que mes enfants ne sont pas dupes. Lily est triste, Albus est angoissé et James me regarde comme si j'étais responsable de tous les maux de la terre.
Dans ces moments là, je déteste Ginny à un point que vous ne pouvez pas imaginer.
Je me lève à mon tour :
- Vous pouvez quitter la table les enfants. Montez vous préparer pour la nuit, je viens vous dire bonsoir dans quelques minutes.
A 21 heures piles, je monte à l'étage.
Je commence par la chambre de ma petite princesse.
- Bonne nuit mon cœur, dors bien, dis-je en l'embrassant tendrement.
- Bonne nuit papa.
Dans la chambre de James, je me contente de passer la tête et de souffler un « bonne nuit » qu'il fait mine de ne pas entendre, comme toujours.
Je termine par la chambre d'Albus. J'aime bien discuter avec lui quelques minutes, seul à seul.
- Ça va mon grand ? je lui demande.
- Ouais …
- Qu'est-ce qui te tracasse ?
- Tu … tu crois que je pourrais être ami avec Scorpius Malefoy ?
- Pourquoi ne pourrais-tu pas ?
- Ben … tu sais … à cause de son père…
- Albus … Draco Malefoy et moi étions ennemis à Poudlard, c'est vrai. Mais ça ne veut pas dire que vous devez tous reproduire mon comportement ! Et regarde-nous maintenant ? On est adultes et obligés de travailler ensemble ! On a mis nos querelles de côté.
- Hmhm.
- Et puis … tu sais … si c'était à refaire, je crois que j'aurais bien aimé être l'ami de Draco Malefoy.
- C'est vrai ? me demande Albus, un sourire extatique sur le visage.
- Oui. Draco n'était pas aussi méchant qu'il en avait l'air.
Albus semble soulagé.
- Dors maintenant mon ange.
- Bonne nuit papa.
Je sors à pas lents de la chambre en éteignant la lumière derrière moi.
Je me rends ensuite dans mon bureau, mon refuge, l'endroit où je passe l'essentiel de mes soirées quand je suis au Manoir.
La pièce est chaleureuse. La majorité des murs est recouverte de bibliothèques en merisier. Les fenêtres donnent sur le jardin à l'arrière de la propriété. Les tentures d'un beau vert émeraude font ressortir la couleur rose Mountbatten des murs.
A gauche de la pièce, deux canapés Chesterfield en cuir fauve se font face de part et d'autre d'une table basse en merisier.
Sur mon bureau, on trouve l'encombrement habituel des hommes occupés : courriers, livres, classeurs … On pourrait s'étonner d'y trouver également un ordinateur portable dernier cri ainsi qu'un téléphone sans fil. Mais c'est chose commune chez les sorciers dorénavant. Sous l'impulsion d'Arthur Weasley, le confort et la technologie moldue ont envahi le quotidien des familles sorcières. Elles sont maintenant farouchement attachées aux ordinateurs, aux smartphones, aux tablettes, aux écrans plats et aux voitures !
Je m'allonge dans le canapé. J'avise quelques bouquins sur la table basse mais je n'ai pas le cœur à lire.
Mon cœur est ailleurs, depuis si longtemps déjà … Depuis tellement longtemps qu'on pourrait penser que je m'y suis fait mais non … Il n'y a pas un jour qui passe sans que je n'y pense. Cette rupture a été la plus grande erreur de ma vie.
Alors j'essaye de l'oublier dans les bras de femmes de passage, qui lui ressemble de préférence. Parfois, je me dégoûte mais je ne peux pas m'empêcher. J'ai parfois l'impression que j'essaye de me punir pour tout le bonheur que nous avons partagé durant toutes ces années …
Je sens mon téléphone portable dans ma poche. La tentation est forte. Trop forte. Bientôt, j'ai le sentiment que le métal du petit appareil est brûlant contre ma cuisse.
Je sors le téléphone et compose le numéro. Il n'est pas préenregistré. Trop dangereux. Et surtout inutile puisque je le connais pas cœur. J'appuie sur la touche verte.
Dans mon oreille, la petite mélodie correspondant aux chiffres formés résonne agréablement. Puis la tonalité. Une fois, deux fois, …
- Allô ?
- Allô … c'est moi.
- Harry ? Que se passe-t-il ? Tu ne m'appelles jamais si tard …
- Ooh … Je te dérange ?
- Non ! Bien sûr que non ! C'est juste que … tu vas bien ?
- …
- Harry ?
- …
- Harry ? ça ne va pas ? Je t'en prie ! parle-moi !
- Tu me manques…
- (soupir) ….Harry … tu sais bien qu'on s'était promis de ne plus en parler…
- Je sais … mais je ne peux pas. C'est trop dur … tu me manques trop. Je pense tout le temps à toi … Et toi ? Tu penses parfois à moi ?
- Harry …
- S'il te plait. Dis-le moi.
- … Tout le temps. A chaque minute, à chaque seconde.
Je souris. C'est égoïste mais c'est ce que j'avais besoin d'entendre.
- Pourquoi s'est-on séparé ?
- Harry … tu sais très bien pourquoi. Tu veux vraiment qu'on reparle de ça ?
- Non, tu as raison. Comment s'est passée ta journée ?
- (rire) … Très bien. J'ai failli encastrer un stagiaire dont la bêtise frôle la pathologie clinique mais à part ça, ça va. Et toi ?
- J'étais à Paris hier et aujourd'hui. Ennui mortel. J'ai couché avec une femme rencontrée au bar.
- Harry … on en a déjà parlé. Tu sais que ça ne t'aide pas. Après, c'est même pire.
- Tu as raison, c'est pire. Tu me manques.
- Tu me manques aussi.
- Tu crois qu'un jour …
- Je ne sais pas … Non, je ne crois pas. Il y a tant d'obstacles. Nos familles. Nos carrières.
- Je veux y croire. Je suis malheureux sans toi.
- Moi aussi.
- …
- Harry … il faut qu'on arrête. On se fait du mal …
- Tu as raison mais je n'y peux rien …
- Je sais.
- Je pourrai t'appeler encore ?
- Bien sûr. Tu m'appelles quand tu veux.
- Bonne nuit
- Bonne nuit Harry.
Clic.
