CHAPITRE 3

Poudlard riait à s'en tenir les côtes.

Malfoy en tenu de Gryffondors ! Jamais dans les rêves les plus fous des élèves cette idée leur serait passée par la tête. Et pourtant ! Le Prince des Serpentards venait de passer le pas de la porte de la Grande Salle en parfait petit gryffis.

Bien sûr, il était toujours entouré de sa clique -même si une certaine personne manquait à l'appel- mais il n'en menait pas plus large : il s'était ridiculisé deux fois en l'espace d'à peine 13 heures ! Plus jamais il pourra se regarder dans une glace sans penser à tout les murmures et les regards moqueurs qu'il aurait reçu au cours de cette semaine.

Il avait définitivement décidé de supprimer Zabini de cette planète.

D'ailleurs, il ne savait toujours pas où se trouvait cet abruti.

J'ai pas encore fait la Salle sur Demande... M'enfin, pour l'instant mon principal soucis est de ne pas m'énerver contre ces minables!

En effet, alors qu'il passait entre les tables pour aller s'assoir à sa place pour le petit déjeuner, il entendait très clairement le rire bruyant de la plupart des Gryffondors qui se foutaient complètement de lui. Un regard noir traversa la Grande Salle, faisant taire ainsi les plus douillets et calmant quelque peu les inconscients.

Bon, c'était sans compter qu'il avait à faire avec Potter et sa bande. Il fallait plus que des regards de haine pour les faire taire. Et il en payait les frais : Londubat tentait désespérément de rire silencieusement (c'était le plus raisonnable), les deux crétins -dont celui qu'il devait étriper- étaient écroulés sur la table, hurlant de rire, Weasley les accompagnait, Granger avait un petit rire discret et lascif et Potter tentait de garder contenance sans y parvenir avant de partir dans un grand rire.

A partir de ce moment, Draco se déconnecta complètement du monde qui l'entourait. La vision de Potter atteint d'hilarité le plongeait dans ses pensées du soir et c'était quelque peu troublant. Il n'entendit plus que son rire. Il ne vit plus que lui. Plus que ses gestes. Plus que les yeux illuminés et moqueurs. A cet instant, rien ne lui importait plus que Potter et son rire, lui qui n'avait jamais rit pour lui. Il se foutait complètement de savoir que si Potter riait, ce n'était que pour se foutre de lui.

Il se promit de garder le rire de Potter et son image dans un coin de sa tête.

Une secousse venant de sa droite le fit redescendre sur terre. Pansy le regardait avec de grands yeux, l'air complètement abasourdie : Draco ne faisait rien pour calmer ces idiots qui le ridiculisaient en public ! Elle avait envie de hurler sur le bond et de lui mettre des claques juste pour vérifier qu'il était toujours le même, qu'on l'avait pas troqué contre une quelconque réplique bidon.

Ok, un Malfoy ça ne se remplace pas, mais là, elle était complètement désespérée !

L'attitude de son amie eut le mérite de réveiller Draco. Celui-ci reprit contenance et regarda une nouvelle fois du côté des Gryffondors qui crevaient sous les rires qui ne se calmaient pas.

Plissant des yeux, il marmonna un sort dans un sourire sadique. La seconde d'après, d'énormes nuages noirs se formèrent au dessus de la tête des Gryffondors fêlés qui continuaient toujours de rire sous les regards surpris, apeurés et moqueurs de la Grande Salle. Lorsque tout les nuages prirent une forme plutôt volumineuse et qu'ils furent bien noir, un bruit de tonnerre résonna dans la salle. Les regards se tournèrent instantanément vers l'origine du bruit soit les nuages. Même Potter et sa bande relevèrent la tête toujours tout sourire... et comprirent que ça sentait mauvais pour eux...

-Potter !

L'interpellé regarda avec une nuance d'effroi dans les yeux le blond au sourire éclatant :

-Bonne douche.

A l'instant même des trombes d'eau jaillirent des nuages pour s'abattre sur les personnes qui se trouvaient en dessous d'eux.

-Putain c'est froid !

-Argh ça brûle !

Lancèrent simultanément quelques rouge et or prit pour cible. La Grande Salle hurla de rire en voyant les pauvres Gryffondors se lever d'un seul bloc et courir vers la sortie. Les rires doublèrent quand les élèves constatèrent que les nuages suivaient leur victime.

Le sourire de Draco s'élargit lorsqu'il vit Weasley sauter dans les airs pour une tentative inespérée d'attraper son nuage ou du moins, le dissiper. Il se permit même de rire de lui lorsqu'il vit que malgré la taille plutôt imposante de Weasley (il pouvait au moins lui accorder cela !), il n'arrivait pas à l'atteindre.

-Naon ! On va être trempé ! S'exclama Londubat

-Par les couilles de Merlin c'est FROID ! Hurla Potter

En effet, il avait l'air particulièrement frigorifié. Ses cheveux trempés dégoulinaient sur son visage et son cou, son pull le collait au corps, moulant à la perfection ses muscles et ses formes. Quant au pantalon... n'en parlons pas ! Il aurait très bien pu se balader nu comme un vers que ça n'aurait rien changé au résultat : toute sa physionomie était visible à l'œil nu.

Draco se pourlécha discrètement les lèvres avant de se réinstaller sur son banc, gêné. Tout compte fait, tremper Potter de la tête au pied n'était peut être pas une chose à faire quant on sait que le diable damnerait pour avoir un tel corps.

Mon vieux t'es cuit se dit-il pour lui-même.

Il ferma les yeux deux secondes histoire de se retrouver la tête froide avant de regarder une nouvelle fois à la dérobée son ennemi de jamais...

… Qui devait vraiment se peler le dernière vu le claquement de dents qu'il exerçait.

Pour se donner un peu plus chaud (même si la démarche ne servait strictement à rien), il s'enroula les bras autour du torse alors que la pluie qui lui tombait dessus devenait, Potter en était sûr, de plus en plus froide !

Il veut que je crève d'une pneumonie ou quoi ?

Il grimaça en s'imaginant alité avec une fièvre de cheval alors que Voldemort frappait encore.

Charmant tableau...

Voyant que ses compagnons de mauvaise fortune avaient disparut de la salle en courant se mettre à l'abri (oui mais où ?), il prit lui aussi ses jambes à son cou tout en regardant avec mépris, du moins le voulait-il, Malfoy qui continuait de rire.

Il sentit d'étranges gazouillis dans son ventre quand il le vit sourire.

-Saloperie de nuage de merde ! gronda la demoiselle qui sortait de son dortoir une serviette sur la tête à l'adresse de son arrosoir ambulant.

-Hermione ? lança Ronnald en regardant la jeune fille complètement excédée par son nuage.

-Oh par pitié Ron ne me regarde pas avec ces yeux de hibou constipé et fous moi la paix tu veux ! Continua Hermione en levant les yeux au plafond, oups, au nuage.

Elle venait de se laver, ou plutôt de se passer sous l'eau chaude histoire de se réchauffer. Son nuage lui lançait des giboulées d'eau glacée depuis près d'une heure. En plus, elle venait de manquer le cours de sortilège alors qu'elle devait rendre un devoir capital pour les Aspic !

Raaaah !

Ron regarda bouche bée sa camarade de classe faire de grands gestes et regarder son nuage noir d'un regard tout aussi noir. Dean et Seamus étaient encore sous la douche froide a essayer de refroidir leur corps brûlant et rouge écrevisse. Harry lui était sorti quelques minutes avant Hermione en même temps que son meilleur ami et Neville devrait être roulé en boule quelque part dans une douche à prier un dieu inconnu au bataillon pour que Malfoy se fasse électrocuter par la foudre et bouffer tout cru par un monstre quelconque.

Bon, ok. Ils venaient de prendre une douche, sauf que ça changeait rien au fait que ces saloperies continuaient de leur déverser tout un océan à la figure !

Ils restaient toujours là, gonflés d'eau et d'électricité, trempant leur victime jusqu'à leur moelle. Le pire dans tout ça c'est que l'eau qui leur tombait dessus ne semblait mouiller que les personnes qui leur étaient désignés : aucun tapis, couloir, meuble, fauteuil, drap, couverture, mur et on en passe n'était trempé ou même humide. De quoi énerver passablement les jeunes gens qui étaient frustrés de penser que seuls eux étaient la cible de tout ce déluge (au sens large).

-J'en ai marre...

-A qui le dis-tu... Si seulement on pouvait avoir des fringues imperméables !

Tilt !

-RON JE T'AIME ! Hurlèrent à l'unisson Harry et Hermione avant de se jeter dans les bras du rouquin qui décidément ne comprenait pas très bien.

-Euh...

-T'es génial mon vieux !

-Oui je veux bien mais...

-Aquarectus, fit Hermione d'une voix douce et apaisante sur les deux garçons.

Une douce chaleur naquit autour des deux silhouettes, réchauffant encore un peu leur peau redevenue froide suivi d'un mince voile protecteur qui les illumina quelques secondes avant de disparaître leur laissant ainsi l'impression de s'être passé le sort de réchauffement. La sensation était agréable et ils ne remarquèrent pas tout de suite que l'eau déversée par leur nuage ne les atteignait plus.

Hermione affichait un éclatant sourire à la vue de son sort réussit. Enfin, elle agissait en parfaite Hermione quoi.

Les deux amis regardèrent un instant les gouttes de pluie rouler sur leur peau et leurs vêtements sans réussir à pénétrer le tissu.

-Tu sais qu'on t'aime toi ?

Elle rigola à la réplique d'Harry alors que celui-ci déposa un baiser sur sa joue.

-Ah bah voilà, maintenant la favorite c'est 'Mione...

-Serais-tu jaloux mon choux ? Lança Harry les mains sur les hanches et le regard joueur.

-Avec toi toujours grand fou, répondit Ron en s'approchant dangereusement du corps de son meilleur ami.

-On s'amuse bien à ce que je vois !

Neville débarqua dans la salle commune accompagné par les deux autres Gryffondors. Leur nuage persistait autant que ceux de leurs camarades.

-Dites, vous pensez que ça va disparaître d'ici combien de temps ? Non pas qu'on a déjà foiré une heure de cours et qu'on est en train de louper la deuxième mais bon...

-Argh !

Hermione regarda l'heure : par Merlin, il ne lui restait plus qu'une minute et deux secondes avant qu'elle ne soit en retard en botanique appliquée ! Et elle avait toujours son nuage au dessus de la tête et de l'eau qui lui dégringolait à la figure !

-Harry arrête de sourire bêtement et lance moi ce sort !

-Eh ! Je souris pas bêtement ! Je me dis juste que c'est génial de penser que si on n'est pas en cours c'est à cause de Malfoy et que...

-Plus tard les balivernes et rend mes vêtements imperméables ! S'il te plait Harry dans dix secondes je suis en retard..!

-D'accord, d'accord, ça vient.

Une poignet de secondes plus tard (beaucoup trop pour la demoiselle), Hermione sortit de la tour en hurlant à ses amis qu'ils feraient mieux de faire pareils s'ils ne voulaient pas manquer une deuxième heure de cours. Un rapide coup d'œil échangé confirma la pensée des garçons : bah, une heure de sèche de plus ou de moins..?

-Au fait Harry !

Les yeux émeraudes se tournèrent vers Dean.

-Tu voudrais pas recommencer pour les fringues ?

Le brun remarqua qu'effectivement, il n'avait pas encore imperméabilisé tout le monde.

Les pauvres.

OoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOo

Et merde ! Pourquoi fallait-il que ces abrutis aient trouvé une faille dans son sortilège hein ? C'était tellement drôle de les voir courir partout pour essayer de se mettre à l'abri de la pluie. Mais non il avait fallu qu'ils utilisent un sort d'imperméabilité ! Pfff... Ils n'étaient franchement pas drôle.

Draco était installé à la bibliothèque à une table près de la porte en compagnie de Pansy et Théodore. Vincent et Grégory avaient finalement retrouvé Zabini à l'étage des septièmes années alors qu'il était en train de se changer. Du coup, ils avaient reçu pour ordre (ou plutôt pour demande faussement amicale) de la part du blondinet préfet en chef de le surveiller et de le garder à porté de main le temps qu'il finisse une recherche sur les scroutts à pétard. Il en avait besoin pour le nouveau devoir de Potion.

-C'est dommage quand même que ces stupides Gryffis aient trouvé une solution à leur problème... j'aimais bien les voir cavaler à travers le château pour trouver un refuge, lança Théodore le regard perdu dans le dos de Miss-je-sais-tout penchée sur une pile de bouquin, le nuage toujours au dessus de sa tête mais qui décidément ne servait plus à grand chose.

Mme Pince avait quand même fait de gros yeux en voyant débarquer la jeune fille accompagnée d'un nuage aux pluies diluviennes. C'était d'ailleurs avec une certaine réticence qu'elle avait accepté la présence de son raz de bibliothèque préféré au sein de sa caserne de livres (non sans avoir au préalable demandé un million de fois si l'adolescente était réellement sûre que rien n'était touché par l'eau).

Dire que les Serpentards présents dans la salle étaient déçut de voir que la très stricte bibliothécaire avait laissé entrer Granger était peu dire. Mais en tout honneur ils n'en avaient rien laissé paraître.

Depuis quelques minutes Pansy regardait par la fenêtre Londubat faire de grands gestes à l'adresse de poufsouffles avides de savoir comment il avait réussit à ne plus se faire tremper par la cascade ambulante.

-Mine de rien je ne pensais pas qu'ils allaient trouver quelque chose pour y remédier. En fait, c'était limite à croire qu'ils sécheraient toute la sainte journée...

Draco leva un sourcil septique.

-... sauf peut-être Granger. Mais ça c'est moyennement une surprise.

Ses deux acolytes hochèrent la tête sans trop d'énergie. À quoi bon ? C'était couru d'avance que même avec les chutes du Niagara sur la tête la Sang de Bourbe irait à tout ses cours. Enfin, c'était quand même avec une petite fierté que les Serpentards se disaient que leur Prince avait tout de même réussit à lui faire manquer un cours entier et qu'elle était arrivée avec quelques secondes de retard au suivant.

Rien que cela la mettait dans des états d'hystérie totale. S'en était particulièrement navrant.

Draco senti du mouvement venant de la porte de la bibliothèque. En relevant les yeux, il aperçut Potter accompagné de Weasley qui se dirigeaient vers la table où leur copine était installée. Le balafré regarda dans sa direction. Draco n'aimait pas, mais alors pas du tout, le sourire de démence qu'ornait les lèvres de son ennemi au moment où il le regarda avec un peu plus d'attention.

L'échange fut intercepté par les deux autres Serpentards.

-Ça sent le roussis pour toi ça...

-Drake je sens que tu vas t'en prendre plein la figure. Et d'ici pas tard en plus !

-Merci pour vos traductions, je pense que je m'en serais sorti seul, railla quelque peu le blond en grimaçant en imaginant ce que pouvait bien lui réserver cet idiot.

D'ailleurs en parlant d'idiot, quand celui-ci fait son entré en scène :

-Tiens Malfoy quelle mauvaise surprise !

-Potter, je ne me souvenais plus que ta voix était aussi irritable merci de me rafraichir la mémoire, soupira l'interpelle sans bouger le moindre centimètre de sa tête.

De toute façon, pas besoin de bouger pour voir que Potter recherchait un grimoire quelconque dans le rayon juste derrière lui.

-Toujours aussi direct à ce que je constate. Quand vas-tu apprendre qu'il y a des choses à ne pas dire ?

-Un Malfoy n'apprend rien de personne et encore moins d'un pseudo héros de guerre incapable de sauver un des rares rescapés de sa famille.

Premier coup de poignard.

-Je ne pensais pas qu'un larbin pouvait avoir une opinion qui ne soit pas celle de son « supérieur hiérarchique » si tu vois ce que je veux dire.

-Non, désolé Potter, notre langage est trop différent pour que l'on se comprenne.

-Je vais parler ta langue alors : je disais qu'il était incroyable qu'un type de ton espèce sans amour propre puisse penser par soi-même sans en référer papounet ou le maître de papounet.

Un point partout.

Ça faisait mal. Très mal. Ça faisait mal au point de presque arracher les pages du manuel qu'ils étaient en train de feuilleter. Ça faisait mal au point qu'Harry eut les larmes aux yeux au souvenir de son parrain. Ça faisait mal au point que Draco serrait sa plume à la casser et se mordait les joues pour ne pas hurler de rage face à tant d'idioties et de conneries.

Ça faisait mal au point qu'aucune personne, qu'elle soit de Serpentards ou de Gryffondors, n'osait prendre la défense de leur vis-à-vis. Parce qu'il n'y avait rien à dire. Parce que ça ne servait à rien.

-Si tu savais à quel point tu es méprisable...

Un murmure.

-Tu l'es tout autant que je le suis... J'ai fini, fit Draco à l'adresse des deux autres.

Se faisant, il se leva, rangea ses affaires et sorti de la bibliothèque, non sans avoir donné un grand coup de sac dans le dos du brun qui ne bougea pas.

-Draco !

Théodore partit à sa suite et le rattrapa au milieu du couloir. Pansy rangea ses affaires en lançant des éclairs à Potter.

-T'es vraiment crétin quand tu t'y mets...

-Tais-toi.

La jeune fille soupira et le força à la regarder en face.

-Harry...

Elle murmurait maintenant.

-Ne te met pas Draco à dos... Tu n'as pas que des amis ici. Beaucoup doutent, beaucoup ne savent pas dans quel camp aller et un certain nombre va se retrouver du côté de Tu-sais-qui alors fait attention. Draco est à coup sûr celui qui va faire pencher la balance. Ne te le met pas à dos.

Des curieux avaient relevés leur tête au vu d'une quelconque bagarre entre Maisons, d'autres essayaient franchement d'entendre la conversation.

Pourtant ça n'empêchait pas l'autre idiot de parler assez fort pour qu'on l'entende.

-De quel côté es-tu Pansy..?

« Pansy » ? Il l'avait appelé « Pansy »? La plupart des élèves murmurait l'information à leurs voisins avec une rapidité qu'ils étaient les seuls à avoir. Harry Potter avait appelé la petite amie de Draco Malfoy par son prénom et non par un surnom blessant et rabaissant ! Depuis quand étaient-ils si proche l'un de l'autre ?

Entre temps, ladite Pansy n'avait pas bougé d'un cheveux. Seule sa figure avait légèrement changé d'expression : ses sourcils s'étaient froncés, sa lèvre pincée et son regard s'était fait un peu plus dur.

-Quand je te vois aussi con, j'ai des doutes sur qui suivre ! Cracha-t-elle à l'adresse de l'imbécile qui se trouvait en face d'elle avant de partir en trombe à la poursuite de ses camarades de Maison.

Harry regarda Parkinson sortir de la bibliothèque sans même avoir le courage et l'envie de répliquer. Peut-être avait-elle raison. Peut-être était-il con, peut-être qu'il ne comprenait rien à rien. De tout façon, ce n'est pas comme si il avait été une lumière le reste de sa vie. Tout ce qu'il entreprenait, du moins une bonne partie, il le faisait par flaire, sans réfléchir et il devait bien admettre que parfois il ferait mieux de la fermer.

Il garda le livre qu'il venait d'ouvrir et parti s'installer à la table d'Hermione où l'attendait avec elle Ron sous les regards interrogateurs des élèves de la bibliothèque.

Comme à son habitude, il venait de créer une nouvelle vague de rumeurs et de suppositions. Bah, c'était pas la première fois et surement pas la dernière.

-Harry, je me demande si parfois tu ne le ferais pas exprès...

-Merci 'Mione...

-Elle a pas tord vieux c'était peut-être pas la peine de le provoquer sur ce plan-là, fit Ron d'un air de douce reproche.

-En fait ce n'était pas la peine de le provoquer tout court ! Balança Hermione sèchement en refermant tout aussi sec son bouquin sur l'Histoire de la Magie des septième années.

-Hermione...

-Quoi ? Lâcha-t-elle en se tournant vers Ron, c'était vraiment pas la peine de le chercher maintenant alors qu'il est quand même celui qui va faire pencher la quasi totalité des Serpentards en notre faveur ! Et encore, si jamais il choisi notre camps ce qui n'était pas gagné mais maintenant j'ose à peine imaginer ! Harry ce que tu as fait était idiot et irréfléchi mais comme tu ne réfléchis jamais à ce que tu fais ou d...

-Hermione !

La jeune fille s'arrêta net, surprise que Ron ait haussé la voix contre elle. Celui-ci la regarda une seconde avant de détourner son regard vers Harry. Quand Hermione le regarda à son tour, elle vit qu'il gardait la tête basse et tourné vers la porte de la bibliothèque. Elle ne distinguait pas son visage mais à la tête de Ron, Harry devait ressentir beaucoup de peine.

-Harry je...

-C'est rien oublie ça.

Harry se leva, prit son sac et déposa le livre devant Mme Pince qui le regarda d'un air mauvais. Enfin, elle regardait plus l'eau qui glissait sur sa peau que l'élève en question. Après qu'elle lui eût rendu le livre, il s'empressa de sortir de la pièce où trop d'élèves jacassaient sur son compte.

Il traversa les couloirs, marchant machinalement sans se soucier des gens qui l'entouraient et des murmures que s'échangeaient les autres concernant son nuage. De toute façon, il n'en avait cure et comme il n'avait pas cours de l'après midi il comptait faire un tour dans le parc pour se changer les idées. Et surtout pour être seul quelques minutes avant de tomber sur Ron ou Hermione qui pourrait l'avoir suivi à distance.

Il arriva devant la porte principale, réajusta son col et son écharpe et se décida à sortir dans le vent froid de novembre.

Le parc était presque vide de présence humaine, seuls deux ou trois petits groupes d'élèves marchaient bon train dans des directions opposées. Lui fila droit jusqu'au bord du lac et passa sous les sols pleureurs avant de s'installer contre une grosse racine noueuse qui faisait office de fauteuil. La vue sur le lac et ses remous était magnifique, il pouvait voir la quasi totalité de son étendu. Harry se pencha un peu en avant, ramena ses genoux sur son torse et croisa les bras autour avant d'y déposer sa tête et de se perdre dans sa contemplation.

Il en oublia complètement son nuage qui se dissipa totalement au bout de quelques minutes.

OoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOo

Cela devait bien faire une heure à deux qu'il était là, sans bouger, près de l'étendue d'eau. Ses pensées avaient vagabondé de tout côté alors qu'il avait perdu et son regard sur le lac et ses réflexions lorsqu'un hibou en papier vint voleter autour de lui pour se poser sur le nœud de racine où il était. Harry regarda l'origami avec étonnement et appréhension : ce n'était pas dans ses habitudes de recevoir des messages par pliage volant. C'était surtout par «professeurs courant» qu'il recevait des ordres ou des mots.

Sans se poser plus de question, il avança sa main jusqu'au petit pliage et la suspendit devant lui. Le hibou s'envola gracieusement puis commença à se défaire avant d'atterrir parfaitement déplié dans la main de Harry.

Celui-ci ne fut pas si surpris que ça en découvrant l'écriture penchée et l'encre verte sur le parchemin.

Harry,

Je te convies à venir me voir maintenant dans mon bureau,

nous avons des nouvelles sur la disparition

des vêtements de ton camarade Draco Malfoy.

J'ai aussi une demande personnelle à te faire.

À tout de suite,

Dumbledore

P.S : J'ai une nouvelle boîte de bonbon au citron !

À la lecture de la lettre, Harry ne savait pas s'il devait rire pour la nouvelle boîte de bonbon acquise par son directeur ou s'il devait s'inquiéter que celui-ci y parle de Malfoy. Bah, après tout, ça ne devait pas être trop méchant.

Après s'être étiré ses membres engourdis, il se leva et prit la direction du château sans trop penser aux idées farfelues que pouvait avoir Dumbledore.

OoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOo

Quelques heures plus tôt.

-Draco !

Il ne se retourna pas, trop énervé et blessé pour ça. De plus il fulminait sur place à l'idée de juste entrevoir la porte de la bibliothèque et, qui sait, la face de ce connard de balafré ! Et ça, il n'en avait vraiment pas envi.

Qu'il aille se faire foutre !

Théodore arriva à sa hauteur et lui attrapa le bras.

-Draco...

-Théo' lâche-moi tu veux...

-J'ai pas envi.

Draco s'arrêta suivi de son poursuivant qui serra un peu plus sa prise.

Théodore qui lui répondait cash qu'il «n'avait pas envi»... Il avait un certain culot de lui dire ça à lui dans l'état où il était. Parce qu'il pouvait très bien l'envoyer dans les roses et faire de sa vie un enfer si l'envi lui prenait.

Ce qui n'était même pas le cas.

-...

-Je... Désolé Draco... Mais il n'est pas question que je te lâche. En tout cas, pour le moment ce n'est pas dans mes intentions.

Le concerné s'autorisa un sourire.

-Dit moi, je ne deviendrai pas trop gentil ? Plus ça va et plus j'ai l'impression que je peux tout laisser passer, que je ne répond plus comme avant.

Son compagnon le regarda dans les yeux, le visage impassible.

-Tu sais, je crois surtout que tu te laisses dépasser par les événements. Sinon tu ne péterais pas aussi facilement les plombs avec Potter et tu le remettrais bien à sa place comme il faut.

Il marqua une courte pause avant de continuer :

-Donc oui d'une certaine manière tu deviens un peu trop «gentil» même si je suis sûr que c'est un mot que tu ne connait pas, finit-il tout sourire.

-Oui, tu dois avoir raison.

Au moins, cette mini conversation avait eut le mérite de lui redonner un semblant de sourire.

Il regarda rapidement vers la bibliothèque. Des pas se faisaient entendre et il supposait justement que ce devait être Pansy qui venait à la rescousse après avoir passer un savon sanglant au pote Potter. Même si le savon n'avait pas été si sanglant que ça.

-Ce crétin est encore plus stupide qu'un elfe de maison !

-Pansy je crois que tu viens de dire la phrase la plus véridique qui soit !

Théodore encaissa un regard noir de la part de sa vis-à-vis avec un grand sourire.

-Tu sais que tu es horripilant quand tu t'y mets ?

-Il parait oui. Mais d'après ce que j'ai compris c'est une partie intégrante de mon charme.

Sur le coup, Pansy se retint de faire pousser des dents de cheval au merveilleux sourire Colgate de son acolyte.

-Toi je te jure que...

Elle ne put finir sa phrase que Draco avait lever sa baguette en direction de Théodore avec un sourire carnassier.

-Draco qu'est ce que...

-Théo' chéri, tu vas tout de suite me raconter l'origine de cette idée saugrenue qui est de me voler mes vêtements...

La voix et le sourire de son agresseur de blondinet étaient presque sans appel. Non, en fait, ils étaient sans appel, sauf qu'en tout bon Serpentards de septième année qu'il est, Nott était du genre à aimer jouer avec le feu. Et puis, avec ces histoires, on en oublierai presque que le Prince des Serpentards se balade avec la parfaite tunique du parfait Gryffondors. Même si le concerné n'avait, semble-t-il, pas oublié ce détail, quand bien même il venait de sortir d'une situation un peu critique...

-Drake, c'est moi où tu es du genre à très rapidement passer l'éponge en ce moment ? C'est pas sur moi que tu dois pointer ta baguette mais sur Potter. Bon, ok, et accessoirement sur Blaise...

-Mon petit Théodore... Tu n'oublierais pas de te nommer ?.. susurra Draco avec un sourire faussement amical comme il sait si bien les faire.

-Moi ? Non mais pas du tout ! Je n'ai rien à faire dans cette histoire de vêtements volés moi ! Promis, croix de bois, croix de fer...

-... Mon petit Théo' te voilà déjà en Enfer...

Hum... Dans ce genre de moment avec Draco Malfoy, soit on est spectateur et on a peur, soit on est victime et on est pétrifié. Présentement Nott serait plutôt dans la première catégorie même s'il est persuadé que ça ne va pas durer très longtemps.

-Ah... Déjà, t'es sûr..?

A la tête du concerné, on imaginait bien son inquiétude quand à sa longévité de vie.

-Certains... répondit Draco en levant un sourcil, Pansy ? Tu veux bien me trouver une salle de classe vide près d'ici ? Je sais que ce n'est pas ce qu'il manque dans Poudlard mais j'aimerai trouver un coin vraiment tranquille pour cuisiner mon futur-ex-camarade de chambre...

-Pansy tu ne vas quand même pas le laisser faire !

S'il pensait trouver de l'aide chez la personne qu'est la brunette, il pouvait toujours rêver. Enfin ça, il le comprenait par le regard qu'elle lui lança.

OoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOo

Bon, d'après ce que lui avait dit Théodore, il n'avait pas été d'une grande aide pour le vole de ses affaires. En effet, il était juste celui qui avait mit la puce à l'oreille de Blaise... Donc, s'il voulait vraiment prendre sa revanche il devait mettre la main sur son abruti de meilleur ami, soit Blaise et lui faire payer au centuple les humiliations continues qu'il avait subit par sa faute. Donc direction son dortoir puisque c'est là que Grégory et Vincent gardaient presque en otage le futur cadavre de son ami (Non en fait ils le gardent carrément en otage).

C'était donc d'un pas déterminé qu'il marchait en compagnie de Pansy et Théodore vers sa chambre.

En chemin il rencontra quelques groupes qui discutaient bon train jusqu'à ce qu'un cinquième année remarque la présence du Prince entre les murs. Au fur et à mesure que les élèves prenaient conscience que le blond était là les conversations s'arrêtèrent ou continuèrent sur un tout autre sujet.

Au moins ils ont le bon sens d'esprit d'arrêter de parler de Draco...

Effectivement, même si les élèves discutaient, on sentait que la conversation qu'ils tenaient quelques secondes auparavant était tournée vers le Prince.

Draco passa devant eux, la tête haute. Il continua sa route jusqu'à sa chambre et envoya Théodore chercher Blaise.

Heureux de retrouver celle-ci, il déchanta rapidement en constatant que les tiroirs et placard à vêtements qu'il avait laissé ouverts ce matin étaient tout aussi vide qu'à son départ.

Pansy se dirigea vers le lit et s'assied dessus, l'esprit partagé entre ironiser sur la situation ou se taire pour ne pas subir les foudres de son acolyte -qui d'après le regard qu'il lui lançait, la mettait au défi de faire la moindre réflexion.

Assis sur son canapé, le Prince attendit patiemment le retour de Nott et le reste de sa bande.

Un silence pesant fit son apparition au bout de la deuxième minute et le reste du temps avant le retour de Théodore paru les heures.

Lorsque celui-ci revint, il était seul.

-Où est-il ? Lâcha d'une voix blanche Draco qui commençait sérieusement à perdre le peu de patience que ses parents avaient bien voulu lui attribuer à la naissance.

-Euh...

-Théo, il est où ? Il se passe quoi ? Demanda Pansy qui préférait prendre la parole plutôt que laisser Draco sortir de ses gonds.

Nott prit une grande inspiration avant de regarder Draco dans les yeux et de lui répondre.

-Il est allé voir Rogue...

-Pardon..?

Question double pour Pansy et Draco.

-Il est allé voir Rogue, répéta-t-il. Vincent et Grèg' ont eu le dos tourné deux secondes mais assez pour qu'il s'éclipse. Une demi-heure plus tard, Rogue a débarqué dans le dortoir et a exigé de te voir. Depuis il te cherche partout et je viens de le croiser.

Draco se pinça l'arrête du nez puis se fit craquer les vertèbres avant de se lever sans conviction, presque mollement de son canapé. Sans un regard à ses amis qui le regardaient étrangement depuis quelques minutes, il retira sa cape aux armoiries des Griffondors et la posa sur son lit avant de se tourner vers Théodore.

-Je dois aller où maintenant ?

Un silence gêné lui répondit.

-Nott !

-Désolé... T'as rendez-vous avec le directeur Draco.